" Il ne reste que les réponses, dépouillées de l'invitation cordiale qui les a appelées au-dehors et qui en partie les justifie. Elles n'ont plus le prétexte d'un interlocuteur, leur voix est la voix attentive et vigilante de celui qu... > voir plus
Robert Walser passa ses vingt dernières années à écouter des voix. Il eut la présomption, devenue persécution, de croire qu'elles s'adressaient à lui. Il n'écrivit plus rien pour ne pas les interrompre, rare courtoisie dans la défaite. Et pourtant, un écrivain doit écouter des voix, celui qui ne les entend pas est éteint.
Les questions sont la ronde d'un manège, elles attendent les clients enfants pour un tour sur le cheval à bascule, la petite voiture ou la fusée. Les questions sont plus belles que les réponses, elles durent plus longtemps, elles tournent encore et me donnent toujours envie de faire un autre tour, de donner une deuxième réponse. Mais elles s'en vont toujours, les belles questions, elles ne se laissent plus rattraper.
Celui qui se trouve dans un espace exigu, dans une vie barrée, des années sans une clé en poche, n'est pas encore perdu s'il a une pièce étreinte par les livres. Moi je l'ai eu dans une maison sombre où l'été les étagères suaient une fine poussière, une farine de pages.
Pour celui qui est aux abois, il y a le ciel ou bien les livres. Dans les deux cas sa solitude est envahie et apaisée par les voix les plus belles du monde