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ISBN : 2072697913
Éditeur : Gallimard (02/03/2017)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 15 notes)
Résumé :
"Comme tu peux le voir, il s'agit d'une oeuvre digne d'un maître de la Renaissance. Aujourd'hui, l'Eglise veut récupérer l'original. Il s'agit de retirer le drapé". J'examine la couverture en pierre différente, elle semble bien ancrée sur les hanches et sur la nudité. Je lui dis qu'en la retirant on abîmera forcément la nature. "Quelle nature ?". La nature, le sexe, c'est ainsi qu'on nomme la nudité des hommes et des femmes chez moi".
Dans un petit village a... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
15 avril 2017
Le narrateur, ancien mineur, sculpteur et alpiniste, vit dans un petit village au pied de la montagne, troublé par des « étrangers désorientés » qu'il aide à passer de l'autre côté de la frontière, n'ayant qu'une « adresse en poche pour toute boussole ». Une fois sur la bonne route, il rend à ces « voyageurs d'infortune » l'argent du passage. Les media arrivent jusqu'à lui et créent un remue-ménage tel autour de sa générosité qu'il doit quitter momentanément son village natal.
Dans une ville portuaire, un prêtre lui propose de restaurer un crucifix grandeur nature, en le remettant dans son état d'origine, c'est-à-dire nu, sa « nature exposée ». L'enlèvement du voile de marbre ajouté ne peut se faire sans dégâts.
Le créateur de l'ouvrage était un jeune sculpteur, retour de la Première Guerre mondiale où il a connu l'horreur des corps déformés et déchiquetés. le crucifix lui a demandé un an de travail acharné. Devant son refus de couvrir le sexe du supplicié, il est évincé. Il se tue peu après en montagne. Autre temps, autre regard sur l'Art, l'évêque d'aujourd'hui veut revenir à l'original.
L'artisan déchiffre la sculpture comme il lit la nature, en connaisseur avisé et avide d'apprendre. Fasciné par son réalisme, il s'informe sur le créateur, lit les journaux de l'époque, essaie de mélanger les pensées de l'artiste aux siennes, étudie minutieusement les étirements des muscles du supplicié, va jusqu'à se faire circoncire pour éprouver la douleur, la position du corps en état de souffrance. Est-ce pour imiter, est-ce pour interpréter la démarche totale du sculpteur ?
Ce que les yeux ne voient pas, le toucher le lui permet. Il découvre une chair de poule, des ébauches d'écailles sur les pieds, des lettres hébraïques sur la tête de chaque clou, des lettres qu'il ne connaît pas sur le bois de la croix. le rabbin l'éclaire sur les initiales ADAM et URA. le curé évoque l'ICHTHUS, signe de reconnaissance des premiers chrétiens. Dans la cantine du port, il rencontre un ouvrier algérien qui travaille dans une carrière de marbre. Il cite quelques lignes du Coran et lui offre un morceau de marbre pour terminer son chef-d'oeuvre. En quelques mois, l'homme sans foi rencontre un curé, un rabbin et un musulman. En quelques mois, il part dans une quête intérieure dont il sortira grandi.
Les thèmes récurrents d'Erri de Luca se retrouvent évidemment dans ce livre : les textes religieux, la fraternité, la condition humaine, le silence, la profondeur, la montagne et Naples.
Un symbole revient régulièrement : celui de la traversée. La traversée de la lumière vers l'ombre dans sa mine de charbon, celle des clandestins dans la montagne, celle du peuple juif que célèbre la Pâque, celle de l'Algérien qui vient chercher du travail loin de chez lui, la traversée de ceux qui arrivent en terre inconnue, la traversée de l'intimité, de ses propres ténèbres.
Pour moi qui apprécie énormément Erri de Luca, ce livre atteint un apogée, un sommet dans son oeuvre, une efficacité redoutable sans verbiage, une parole simple qui touche le coeur. Davantage que tout ce qui a précédé.
Un grand humaniste.
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nadejda
22 mars 2017
Le livre, l'écriture sont omniprésents tout au long de ce récit comme trame sous-jacente reliant tous les éléments qui le compose : l'art, la nature et les hommes qui y prennent part.
Le narrateur nous dit dès le début :
"J'habite près de la frontière, au pied de montagnes que je connais par coeur. Je les ai apprise en chercheur de minéraux et de fossiles, puis en alpiniste. le commerce de ce que je trouve et de petites sculptures en pierre et en bois me procure un gain aléatoire."
Il lit dans la nature en ramassant "des racines sèches, des pierres qui ressemblent à des lettres de l'alphabet." Il nous dit : "Dans la nature il existe des abécédaires."
Encore faut-il savoir les déchiffrer.
Cet homme proche de la soixantaine qui a travaillé à la mine après avoir passé un bac artistique vit à l'écart dans la dernière maison du village mais pas isolé car il se trouve vivre sur une "terre de passage".
Il guide hommes, femmes et enfants venus de lointains pays, fuyant guerres et famines, à travers la montagne pour qu'il puisse rejoindre leurs destinations. Ces réfugiés il les nomme, lui, du beau nom de "voyageurs d'infortune".
Malheureusement ou peut-être heureusement pour la suite du récit, la révélation de son geste généreux lui vaudra d'être rejeté du village où deux autres passeurs qui eux se font payer, le contraignent à s'enfuir de cette terre où il est né.
Il rejoint alors une ville côtière où il va être recruté par un prêtre, avec l'accord de l'évêque, pour rénover une sculpture, lui redonner son aspect initial.
Comme il sait lire dans la nature, il va également lire cette sculpture, la lire en la caressant, un peu comme le fait un aveugle déchiffrant un texte en braille. Il tâtonne et s'ouvre progressivement à ce que le sculpteur a voulu transmettre.
Un rabbin, astronome à ses heures, dont "le bureau est un fortification de livres va lui expliquer le sens des lettres grecques Ura qu'il découvre du bout de ses doigts sur le bois de la croix et des lettres hébraïques sur chacune des têtes des clous qui soutiennent le corps nu du supplicié qui reproduisent le nom d'ADAM.
Le prêtre lui fera approcher la signification symbolique du poisson quand il découvrira sur les pieds des écailles.
L'ouvrier algérien, qui travaille dans une carrière de marbre et a étudié dans une école coranique, lui offrira gracieusement le morceau d'albâtre, un bloc rare, du travertin d'Acquasanta, permettant de rendre vie au sexe du christ, sa "nature exposée" que l'église avait demander à son créateur de dissimuler sous un drapé.
Je ne peux, par ce regroupement rapide, que donner un petite idée de la portée de ce livre qui fait se croiser et s'unir des univers et des êtres que l'on pourrait croire incompatibles mais qui savent s'ouvrir aux autres quand il s'agit de redonner force de vie à une oeuvre d'art dénaturée, permettre que cette "nature exposée" soit replacée en son centre. Chacun en sort grandit.
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fanfanouche24
07 avril 2017
Un petit trésor nouveau d'Erri de Luca lu avec toujours autant de bonheur et d'admiration !
Un texte à la fois très bref et fort dense... Pour le savourer en profondeur, je l'ai lu en plusieurs fois, alternant avec d'autres lectures...
La poésie, un regard différent sur le monde et ses habitants...
Un homme, sculpteur, mais qui surtout refuse de se prendre pour un artiste, au grand dam de sa compagne, qui partira, découragée par autant de réserve et de modestie !
Cet homme se retrouve sollicité pour restaurer un christ en marbre...
Parallèlement, cet "artisan-artiste" fait office de "passeur", fait payer comme on peut s'y attendre , "les migrants" ...pour finalement leur rendre leur précieux pécule à l'arrivée ...!
Bien que le style soit différent, la prose me fait énormément songer à celle
de Christian Bobin, ainsi qu'une certaine similitude dans un regard bienveillant, rempli de poésie ainsi que d'empathie pour tout ce qui les entoure. Une manière très intense de contempler l'Humain et le monde....
Il est question à travers la restauration de ce Christ crucifié de spiritualité et d'histoire des religions...
Un écrit étonnant qui croise de multiples sujets: les fonctions de l'artiste, une quête spirituelle et humaine, l'amour de l'humain, à travers l'Art et la contemplation de la nature, une grande préférence (ceci dit de l'auteur) pour la montagne et ses secrets ... sans omettre de très belles descriptions sur la sculpture et le métier très délicat d'un restaurateur....
Christian Bobin, comme Erri de Luca sont des auteurs atypiques, qui me réconfortent; hors mode, hors du temps, dans une quête perpétuelle, dans une prose à la fois épurée et ciselée ! Tous deux possèdent une musique très personnelle...
"(...) il existe des livres qui font ressentir un amour plus intense que celui qu'on a connu,un courage plus grand que celui dont on a fait preuve. C'est l'effet que doit produire l'art: il dépasse l'expérience personnelle, il fait atteindre des limites inconnues aux corps,aux nerfs, au sang." (p. 43-44)

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Biquette
03 mars 2017
Une petite merveille ! Méfiez vous de cet auteur, il vous entraîne dans des histoires invraisemblables. Vous partez avec lui en montagne, à Naples, au bord de la mer .
Plusieurs histoires se mêlent, il se fait tantôt contrebandier, sculpteur, vagabond : De Luca est un homme insaisissable. Son authenticité, sa confrontation au sacré, son humanité, tout sonne juste. C'est génial !
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anwernet
11 mars 2017
Sublime découverte.
Un roman qui se lit d'une traite, et bien qu'il soit court, explore des sujets rarement traités en littérature, et rarement simultanément. Outre ce qui est déjà écrit par la présentation Gallimard, une très jolie réflexion sur le travail de l'artiste, et sur le passage.
A lire et à relire...
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Les critiques presse (3)
LeFigaro23 mars 2017
Erri De Luca ranime le débat vieux de deux mille ans sur la double nature du Christ.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress20 mars 2017
Un pur bonheur que ce nouveau roman d'Erri De Luca, à la fois oeuvre de sagesse et moment d'apaisement et de méditation en ces temps virevoltants.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LaLibreBelgique14 mars 2017
Une magnifique fable sur le religieux, l’art et la compassion.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations & extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
nath45nath4519 avril 2017
J’ai appris chez vous à n’être personne. Je garde les yeux baissés et ainsi je disparais, je les lève et j’apparais à nouveau. Je me tais et je suis accepté, je parle pour demander un renseignement et je suis repoussé. Vous préférez personne. C’est bon, disons que nous n’existons pas les uns pour les autres. Toi non, tu t’assieds, tu parles, tu poses des questions. Tu es quelqu’un et tu me fais aussi devenir quelqu’un.
+ Lire la suite
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ClaireGClaireG17 avril 2017
Ils sont cocasses ces Etats qui mettent des frontières sur les montagnes, ils les prennent pour des barrières… Les frontières fonctionnent dans la plaine. On dresse des barbelés et personne ne passe. Impossible en montagne.

p. 13
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nath45nath4518 avril 2017
 Nous sommes conçus pour briller comme le font les enfants. Nous devons afficher avec gratitude les dons reçus. Quand tu es brillant et génial, tu encourages les autres à l’être eux aussi. 
Commenter  J’apprécie          60
ClaireGClaireG15 avril 2017
Je suis content d’être utile à un âge où, dans cette région, on est voué au pilon, au délire alcoolique, à l’hospice.

pp. 18-19
Commenter  J’apprécie          190
nath45nath4516 avril 2017
L’infortune est une gale à gratter. Nombre d’entre eux ne parviennent pas à s’en défaire, elle pèse lourd sur leur dos, elle les écrase. 
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