Par Erri De Luca

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Editions Gallimard 2006
ISBN : 2070779580  
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Présentation de l'éditeur Erri De Luca accompagne la célèbre alpiniste italienne Nives Meroi dans l'une de ses expéditions himalayennes. Réfugiés sous la tente en pleine tempête, ils engagent une conversation à bâtons rompus. Dans ce lieu magique à la jonction entre le ciel et la terre, où la beauté des montagnes contraste avec la violence des conditions climatiques, les récits d'altitude de la jeune femme sont une trame où se tissent réflexions et souvenirs de l'auteur autour du métier d'écrire et de la Bible. Présenté sous les traits d'une Pénélope qui n'a de cesse de faire et de défaire son ouvrage - car toute ascension se conclut fatalement par le retour vers la plaine et par un nouveau départ vers une nouvelle conquête -, le personnage de Nives, symbole de force et de courage, est l'occasion pour l'auteur d'explorer plus avant les chemins de son écriture et de dévoiler au lecteur d'autres facettes de son parcours à la fois humain et littéraire. Biographie de l'auteur Erri De Luca est né à Naples en 1950 et vit aujourd'hui à la campagne près de Rome. Aux Editions Gallimard ont paru avec grand succès les romans Trois chevaux (2001) et Montedidio (2002), un recueil de nouvelles intitulé Le contraire de un (2004) un volume de commentaires bibliques, Noyau d'olive (2004), et un livre d'entretiens, Essais de réponse. En même temps que le présent récit paraît dans la collection " Arcades " "Comme une langue au palais", un ensemble de réflexions sur la Bible dans la veine de "Noyau d'olive".

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récit   italien  

Critiques et avis sur Sur la trace de Nives


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Citations et extraits de Sur la trace de Nives


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  • Par Piling, 2010-02-09 11:17:33

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    Il y eut des hommes qui affrontèrent les pires intempéries sans équipement, sans défense. J'ai eu pour ami un poète yougoslave, Ante Zemljar, commandant dans la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la victoire, Tito rompit avec Staline et de nombreux communistes yougoslaves furent incarcérés, soupçonnés d'amitié avec la Russie. Parmi ces milliers, Ante passa cinq années dans la pire des colonies pénitentiaires, l'Île nue, Goli Otok, à casser des pierres et à se faire casser les os par les gardiens. Dix pour cent des prisonniers mourut sous les coups, au début de ces années 1950.

    Même là-bas, Ante a réussi à écrire des poèmes, sur le papier des sacs de ciment, avec un fusain, puis il les cachait. Il était interdit d'écrire. La poésie lui servit de cuirasse, de fête, de réserve d'énergie. Si elle n'est pas ça, la poésie n'est rien. Elle a été la plus forte machine de résistance du vingtième siècle pour ceux qui n'avaient foi en aucun Dieu. Dans un de ses poèmes de prisonnier sur l'île damnée, il a placé le mot "Himalaya". Quand le matin le gardien lui faisait parcourir le couloir avec le seau des excréments et qu'il crie derrière lui : "Bandit, vite", en le bourrant de coups, Ante a écrit :

    Je me vante parce que j'oublie le gardien
    ("Vite ! Vite !")
    courage, me dis-je, j'oublie le gardien
    ("Vite ! Vite !")
    la plus grande victoire est d'oublier le gardien,
    je me vante effrontément
    ("Vite ! Vite !").
    Le couloir, c'est l'Himalaya
    avant qu'Alexandre l'entrevît,
    c'est l'Atlantique avant Colomb,
    que de siècles de voyage pour le traverser
    et moi je l'ai franchi
    et j'ai oublié le gardien dans le couloir
    ("Vite ! Vite, bandit !")
    et moi je l'ai oublié,
    je suis le voyageur et le timonier courageux
    avec le seau à travers le couloir
    je dois forcément me louer de ma découverte,
    plus grande que la vôtre, alpinistes,
    plus grande que la vôtre, marins,
    je lance un regard :
    la courbe du couloir tourne au-dessus de l'Himalaya,
    je suis Alexandre qui se montre là-haut,
    aussitôt après voilà au contraire San Salvadore,
    je suis arrivé.

    Il y eut des hommes qui réussirent à passer des jours et des années dans ces expéditions d'un mur à l'autre, dans la pression écrasante des centimètres, dormant sur de méchantes tables, les coudes emboîtés dans ceux de leur compagnon de cellule. Et ils ont ainsi voyagé en doublant le cap du jour avec la secrète fierté d'être des alpinistes et des marins, rappelant en eux-mêmes les énergies de ces autres entreprises, tandis qu'ils se baissaient sous les coups et s'agrippaient à la vie avec des bouts de poésie pour ne pas se laisser arracher du sol. Ante Zemljar est mort l'année 04 du siècle en cours et une autre fenêtre s'est fermée pour moi. J'ai fait le maçon et je sais qu'il est beau d'ouvrir une brèche, même illégale, dans un mur, pour y faire une fenêtre. Et je sais que murer une fenêtre, en éteindre la lumière, est un deuil. La perte d'Ante Zemljar est une fenêtre murée. J'y ai mis la dernière main avec un grossier crépi pour ne pas la cacher, pour rappeler que là se trouvait une ouverture au sud et que derrière il y avait une pièce et un homme.
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  • Par Piling, 2010-02-08 13:24:40

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    Je n'aime pas éclater de joie sur les sommets. Tu sais qu'il n'y a même pas une seule photo d'Hillary sur l'Everest lors de cette première ascension de 1953 ? Hillary avait un appareil et il a photographié Tenzing sur fond de profil montagneux, mais il n'a pas demandé à Tenzing de le prendre en photo. Ce n'est pas curieux, ça ? Hillary était là-haut au nom de la collectivité, il n'était qu'un représentant de l'espèce humaine. J'ignore s'il a eu la tentation de passer l'objectif à Tenzing. Je sais qu'il ne l'a pas fait et pour moi ce déclic raté est le plus beau de tous, un signe d'humilité qui donne la priorité à l'exploit, non pas à celui qui l'accomplit. Ce grand échalas osseux néo-zélandais d'un mètre quatre-vingt douze ne s'est pas fait prendre en photo au sommet de l'Everest. C'est pour moi une leçon.
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