> Danièle Valin (Traducteur)

ISBN : 2070422437
Éditeur : Gallimard (2002)


Note moyenne : 3.96/5 (sur 82 notes) Ajouter à mes livres
Ce livre a la pureté lisse d'une pierre de fleuve. Les images y coulent comme un courant. Puissantes et évidentes, elles charrient l'imagination troublante d'Erri de Luca. Troublante de précision : on y entend des bras de femmes claquer aux balc... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 21 octobre 2011

    Malaura
    Après des années passées en Argentine, le narrateur, italien, est rentré au pays. C'est un homme de cinquante ans, un jardinier, avec un passé lourd comme un cheval de trait.
    Dans le bistrot où il s'arrête quotidiennement pour déjeuner, il est abordé par une jeune femme d'une trentaine d'années au nom qui sonne « comme le début d'une chanson lorsque tu en apprends la musique au vol et plus tard les paroles », Làila, « qui va avec les hommes pour de l'argent ».
    Entre eux naît aussitôt un amour naturel, spontané, un « amour à vapeur », qui a la force et l'attraction de celui que l'on n'attendait pas.
    En l'homme pourtant il y a encore tant d'Argentine, ce passé qui se conjugue encore au présent lorsqu'il en livre quelques bribes. Les traits de son visage ne parlent que de ça, de la guerre, de la dictature qui sévissait là-bas…sa bien-aimée Dvora arrachée à ses bras, exécutée, jetée pieds et poings liés à la mer, les tueries, les armes que l'on prend pour le combat ou pour le désir de vengeance, et puis les années passées à fuir, à arpenter terre et mer, pour enfin se retrouver sur le sol d'origine, à chercher la paix dans les gestes simples du quotidien, émietter un peu de sauge du bout de l'ongle, tourner les pages d'un livre, boire le café avec l'Africain Selim ou « écouter les comètes, les planètes, les amas et les essaims » comme le font les arbres qu'il plante.
    Si une vie d'homme dure comme celle de Trois chevaux, l'homme sait au fond de lui que son deuxième cheval est sur le point de mourir alors il vit simplement l'instant présent, sans penser à demain car « que sais-je de demain ? Ici, il y a tout l'aujourd'hui qu'il faut. »
    Une fois n'est pas coutume, le napolitain Erri de Lucca nous envoûte par la force et la grâce de phrases mesurées, assainies, filtrées au tamis du cœur pour en extraire l'essence universelle, celle qui nimbe les êtres et les choses d'un parfum d'absolu.
    Il faut être Erri de Lucca, ou peut-être faut-il être italien (?), pour dire l'amour comme cela, avec des mots qui sortent de terre comme des pierres qui se transforment en fleurs. Des mots tordus comme des ceps de vigne cherchant le soleil, des lignes comme de jeunes pousses affleurant du sol et tirant vers le ciel, des phrases au goût de terre, de ciel et d'eau, toutes simples, mais si lumineuses, graves mais si magiques, mélancoliques mais pas nostalgiques.
    « Trois chevaux » évoque la dictature militaire argentine des années 1980, l'amour, la constance, l'amitié, les choix et les interrogations de l'existence, avec cet art de la retenue, de l'équilibre, cette circonspection dans la narration qui caractérisent l'auteur depuis « Tu, mio», « Arc en ciel » ou « Une fois, un jour », cette façon de dire en laissant avant tout ressentir, percevoir et humer, afin de nous envelopper d'émotions intenses et durables.
    Assurément, un grand et superbe texte.
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    • Livres 5.00/5
    Par meyeleb, le 21 mai 2012

    meyeleb
    Tandis que je viens de refermer Trois chevaux d'Erri de Luca, le livre reste ouvert en moi, encore creusée dans mes recets par les sillons d'une sensibilité étonnante. Ce récit me touche, et j'ai bien du mal à dire pourquoi, sans doute parce que l'émotion a ses raisons que la raison ignore.
    Il émane du personnage principal une simplicité exceptionnelle. Simplicité qui ne signifie aucunement pauvreté, mais plutôt chaleur, abondance, vérité. Son rapport au monde semble dénué de voiles, de calcul, de manières. Il vit. Il ressent. Il touche, hume et aime sans se poser de questions. Car la vie se prend, se savoure à petites gorgées. Odeurs de sauge et d'ail frotté entre les doigts. Amis qui se livrent. Livres amis. C'est toute une poésie de la terre et du corps qui se nourrit d'immédiateté. Pour un homme qui a vécu le pire (la guerre en Argentine dans les années 80), confronté aux souvenirs lancinants, il faut savoir reconnaître dans la vie sa part de bonheur présent. Et ce jardinier parle aux arbres avant de les planter. Il s'empare d'un sourire avant d'aimer. Il sait donner et recevoir sans peine. Et le style, par sa poésie, sa rugosité parfois, vient formidablement enrober, sublimer, magnifier le caractère puissant et sincère de cet homme. J'y reviendrai comme on écoute un air préféré par un après-midi de silence. Avec cette envie de lire à voix haute pour en imprégner la maison. Cette envie d'en écouter les vibrations. Car l'émotion qu'il suscite n'a pas encore épuisé mon étonnement.
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Pasdel, le 08 février 2012

    Pasdel
    Trois chevaux
    - c'est l'histoire d'un vieil homme jardinier poète et philosophe. C'est l'histoire d'une vie qui n'a pas de passé puisque même les souvenirs s'évoquent au présent . 
    C'est aussi une histoire d'amour ( la dernière sûrement), une histoire d'amitié, une question d'existence sur fond de résistance à la dictature Argentine ( résistance subie plutôt que voulue).
    Trois chevaux c'est aussi une Géorgique des temps moderne, c'est une relation entre un homme et sa terre, relation sensuelle et affectueuse, base de ses relations humaines.
     C'est une véritable poésie avec des phrases travaillées, retournées, ciselées. Des mots greffés sur des sentiments qui affleurent à chaque page.
     Sans s'en rendre compte, le lecteur bourgeonne d'idées, de prise de consciences qui s'enracinent au fond de vos cœurs.
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    Critique de qualité ? (24 votes positifs)
  • Par LiliGalipette, le 06 juin 2011

    LiliGalipette
    Le narrateur est un jardinier de cinquante ans. Il le sait sans l'avoir appris, « une vie d'homme dure autant que celle de Trois chevaux. » (p. 115) Travailler la terre en Italie, c'est sa deuxième vie. La première a commencé et s'est achevée en Argentine. Mais il ne veut pas faire « la liste de [ses] malheurs en Argentine, les injustices effrénées, la chasse à la vie. » (p. 20) Ce pays d'Amérique représente le passé et la première femme qu'il a aimée. En Italie, il rencontre Làila. Elle est belle et vivante, elle se donne aux hommes sans retenue. C'est son métier. Mais pour le narrateur, elle est davantage. « Tu es une merveille Làila, tu mets tes coudes sur la table comme une reine devant le poids de qui tout s'écarte. Tu tiens ton dos droit comme une proue sur l'eau. Que fais-tu à table avec un jardinier ? » (p. 48) le narrateur aime Làilà, au point de renoncer aux adieux : « Je ne m'en vais plus, à présent mon verbe c'est rester, et puis il y a une femme à aimer. » (p. 92)
    Mais qu'a vu Làilà en cet homme ? Est-ce seulement lui qu'elle veut ou davantage ? Quand elle lui dit « Tiens-moi, jardinier, tiens-moi, c'est tout ce qu'il me faut. Tiens-moi. Et ne me demande rien. » (p. 65), comment ne pas entendre la voix de la femme en danger ? Et comment ne pas comprendre que le jardinier, une fois encore, voudra tout donner par amour ? L'amour est plus que physique, il est tellurique, il s'ancre dans le sol et se déploie au gré des saisons. le jardinier sait les soins que veut la plante et il comprend tout aussi bien la femme qu'il aime.
    Les souvenirs du jardinier sont vagues : pas de nom, pas de lieu, pas de date, seulement des esquisses fugaces du passé qui se mêlent au présent. On sait que l'Argentine est un pays violent, que « l'Argentine arrache une de ses générations au monde comme le fait une folle avec ses cheveux. Elle tue sa jeunesse, elle veut s'en passer. » (p. 59) Sur cette terre du Sud, le narrateur a aimé une femme, il a connu la prison et la douleur. de retour en Europe, il a rendu les armes, mais il lui suffit d'un rien pour les reprendre, au mépris du danger que court son âme. La troisième vie du jardinier commencera avec la fin de celle d'un ami qui paie ses dettes.
    Erri de Luca signe un texte fulgurant et qui palpite longtemps. L'histoire argentine et italienne sert de trame noire à une complexe histoire d'amour et de mort. C'est toute la destinée humaine qui est interrogée au travers du prisme de la violence. Les phrases sont rondes, mais courtes et ciselées. La langue est poétique, plus évocatrice que narrative. L'auteur ne fait pas un tableau : il trace quelques traits sur une feuille qui partira au vent. Ce roman très bref est vraiment réussi. On regretterait presque de ne pas en lire plus. Et puis non, c'est assez, tout est dit.
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    • Livres 5.00/5
    Par DonLo, le 12 juillet 2010

    DonLo
    Le livre qui, pour moi, se rapproche le plus de La Route de Cormack McCarthy.
    Plus qu'ouvrir une histoire, il invite à une expérience personnelle en résonance avec ce que dit l'auteur, et ce qu'il tait.
    Il y a une sorte d'évidence dans ces phrases simples, peut-être très travaillées, mais qui surgissent comme des pensées vives et libres, des actes indispensables quoique fortuits, parfois.
    Ce qui est écrit a une logique à soi, les personnages aussi.
    Ce qui se passe, l'histoire, se raconte sans souci du temps et de chronologie, et pourtant avec une limpidité rare.
    Un livre qui sait où il est, d'où il vient, et qui trace, sans la réduire, la route où il va. En le suivant, on peut presque avoir l'impression de savoir qui l'on est, d'où l'on vient, et avoir envie d'aller où on va en y mettant la manière.
    A peine plus ici : http://lorenjy.wordpress.com/2010/01/24/un-cheval-et-demi/
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 27 janvier 2010

    Je prie, dit-il, pour tout ce que je porte à la bouche. Je prie pour lier le jour à son support, comme je le fais avec le roseau près du pied de tomates. Je bénis ce café de l'amitié.
    Peut-être est-il plus facile pour un homme venu d'Afrique de lier terre et ciel par une ficelle.
    Il tient la tasse blanche dans sa paume grise de pierre.
    Nous buvons assis côte à côte sur le banc. Je lui dis que son italien est bon. Il répond qu'il aime la langue plus que tout le reste.
    Dure vie ici ? demandé-je. Non, bonne, sans satisfaction du côté des hommes, mais bonne. On sort, on a envie d'échanger deux mots, dit-il, et rien, ici les hommes ne répondent pas. Sans satisfaction, répète-t-il, mais c'est une bonne vie.

    (…)

    Selim vient au jardin pour le mimosa et pour parler un peu de son pays où l'on va pieds nus et c'est pour ça qu'on parle volontiers.
    Quand on met des souliers on ne parle pas, c'est ce qu'il pense de nous. Sans la plante des pieds nus sur le sol, nous sommes isolés, dit sa langue qui doit avoir une arête intérieure en argent pour être aussi sonore.
    C'est la vérité, dis-je, c'est un pur amen : toute notre histoire est une chaussure qui nous détache du sol du monde. La maison est une chaussure, comme la voiture, le livre.

    (…)

    Je ne fais que souffler quelque merci vers le haut, dit-il.
    Je fais monter mon souffler qui se mêle aux nuages et se change en pluie. Un homme prie et augmente ainsi la substance au ciel. Les nuages sont plein du souffle des prières.
    Je regarde vers le haut, ils arrivent de la mer. Je dis : mince alors, ce qu'ils prient en Sardaigne.
    Il rit avec moi et dit qu'il est bon de rire, que la foi vient après le rire, plus qu'après les pleurs.
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  • Par Pasdel, le 14 février 2012

    Je m’entends dire : « Il y a en moi ce qui se trouve chez beaucoup d’hommes dans le monde, amours, coups de feu, des phrases pleines d’épines, aucune envie d’en parler. Nous sommes ordinaires nous autres hommes. Ce qui est spécial, c’est vivre, regarder le soir le creux de sa main et savoir que le lendemain sera nouveau, que le tailleur de la nuit coud la peau, raccommode les cals, reprise les accrocs et dégonfle la fatigue. »
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  • Par saphoo, le 11 septembre 2010

    Un arbre a besoin de deux choses : de substance sous terre, et de beauté extérieure. Ce sont des créatures concrètes mais poussées par une force d'élégance. La beauté qui leur est nécessaire c'est du vent, de la lumière, des grillons, des fourmis et une visée d'étoiles vers lesquelles pointer la formule des branches. Le moteur qui pousse la lymphe vers le haut dans les arbres, c'est la beauté, car seule la beauté dans la nature s'oppose à la gravité. Sans beauté l'arbre ne veut pas. C'est pourquoi je m'arrête à un endroit du champ et je lui demande : « ici tu veux ? » Je n'attends pas de réponse, de signe dans la main qui tient son tronc, mais j'aime dire un mot à l'arbre. Lui sent les bords, les horizons et cherche l'endroit exact pour pousser. Un arbre écoute les comètes, les planètes, les amas et les essaims. Il sent les tempêtes sur les soleil et les cigales sur lui avec une attention de veilleur. Un arbre est une alliance entre le proche et le lointain parfait.
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  • Par ljodoin, le 31 juillet 2011

    Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d'un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les apporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés. en tombant d'un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle l'hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n'importe comment sauf d'ennui et de propriété privée, condamnés à vie à
    l’étagère
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  • Par Pasdel, le 15 février 2012

    Je suis sur le lit de ma cellule et il n’y a plus de gardien autour. On crie de faim des autres cellules et pas de nourriture pendant des jours, puis on vient nous ouvrir, tout le monde est fou de joie et moi je ne respire pas, mais je sais que la mort me crache à la figure cette fois-ci encore.
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