> Marianne Véron (Traducteur)

ISBN : 2742774297
Éditeur : Actes Sud


Note moyenne : 2.85/5 (sur 48 notes) Ajouter à mes livres
En cette matinée du 11 septembre 2001, il y a, dans la main de Keith, masqué de cendres, criblé d'éclats de verre et revenu d'entre les morts dans l'appartement de son ex-femme, Lianne, une mallette qui ne lui appartient pas et que sa main de rescapé serre, mécaniqueme... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (13)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par Thyuig, le 05 juillet 2010

    Thyuig
    Voilà un livre compliqué à circonscrire, aussi imbécile que génial, aussi brutal qu'anodin. Des générations de critques littéraires pourraient me lapider pour une sentence comme celle-ci concernant leur chouchou parmi les chouchoux, l'écrivain américain que l'on se doit d'adorer. Alors effectivement, Don DeLillo est un romancier particulier, surtout redoutable : fin, précis, grand architecte du roman, à l'écriture toujours nette, parfois magnifique, un romancier qui sait complétement évoquer les petits instants, lorsque le temps T dure une éternité, lorsque la seconde se dilate et que l'oeil nous fait découvrir l'un après l'autre les dix milles points précis d'un paysage. Don DeLillo sait écrire, il est le grand écrivain contemporain avec Paul Auster pour Femmes actuelles et Bret Easton Ellis pour Télérama. Il n'empêche que parler du 11 septembre pour cet écrivain de la suspicion, du conflit mondial, aracchnéen, était irrémédiable : il devait fournir sa réalité au 11 septembre, abreuver de sa vision les visions étriquées du grand cirque critique littéraire.
    Il y arrive. Don DeLillo parvient à chacun de ses bouquins à élaborer une intrigue fragmentée, assez complexe et qui dévoile au fil des pages sa singulière hétérogénéité. Keith est cet homme qu'on a tous remarqué sur nos écrans de télé, cet homme qui marche en chemisette blanche ensanglantée, derrière lui la tour en feu, une mallette dans la main. Il erre dans manhattan, à demi conscient de la réalité des choses qui l'entourent, et se rend chez sa femme, de laquelle il est séparé depuis quelques temps. Lianne et Keith vont se reconstruire autour des attentats, elle en sur-interprétant chaque signe et lui en vivant sur une brêche permanente, comme si le fluctuant ne pouvait qu'être, comme si les choses immobiles n'existaient plus pour lui. On croise peu de personnages dans ce roman, Lianne et sa mère, malade, son fils à elle et Keith, un petit paranoïaque de 8 ans, qui guette le ciel en compagnie de deux faux-jumeaux, et attendent Bill Lawton. Ben Laden. Voilà pour les personnages, cette Lianne véritablement insupportable, tellement choquée qu'on lui jetterait le livre à la figure, lorsqu'elle s'emporte sur son palier face à une femme qui passe une musique ni trop forte, ni suffisamment faible qu'on ne la remarque pas en passant. Elle attaque cette femme, jugeant indécent d'écouter maintenant cette musique orientale, quasi blasphématoire. L'Amérique, vous êtes avec elle ou contre elle.
    Don DeLillo a parfaitement réussi ces instants là. Il s'est situé dans la vérité du moment, entre nos yeux et l'écran de télé, captant les messages codés que nos cerveaux ne manquaient d'envoyer à la Terre entière. C'est magnifique de vérité crue, glaciale comme ces temps l'étaient mais malheureusement, c'est aussi très affecté. Lorsque Lianne interprète tout, lorsqu'elle soigne des malades atteinds d'Alzheimer (qui pourrait oublier ça ?) le romancier accroche trop de fils à son intrigue. Il fallait penser au couple. La vérité était dans ce couple brisé, on aurait compris le rapprochement, inutile de nous coller des jumeaux, des inconscients, des blancs et des noirs, des oppositions franches. On aurait compris la subtilité de la situation. Au lieu de ça Don DeLillo s'égare à nous gâver et encore et encore de ce pathos un peu lourd, comme si les images que l'on avait tous vues devaient encore et encore nous être expliquées et décortiquées. (Pourquoi nous infliger Mohamed Atta ?)
    Cet Homme qui tombe est un artiste de rue qui se pend à des endroits stratégiques, il évoque cet homme qui s'est jetté au delà de l'horreur.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Amesoul, le 28 juin 2008

    Amesoul
    Avec son dernier roman "L'homme qui tombe", DeLillo et son écriture fragmentaire livre un ouvrage marquant, qui poursuit le lecteur de loin en loin une fois les pages refermées. Face aux débris de leurs vies, les personnages sillonnent les rues de Manhattan meurtries à tenter de recoller les morceaux, comme on peut, maladroitement souvent.
    Keith remonte Broadway complètement hagard, le bras gauche meurtri, la main droite serrant une mallette, alors qu'autour de lui tout n'est que brouillard de cendres, odeur infecte de kérosène et courses éperdues de compagnons d'infortune.
    Lianne, épouse séparée de Keith depuis deux ans, le voit revenir tel un zombie sur le pas de sa porte, le visage incrusté de petits éclats de verre. Ils ne cherchent même pas à comprendre ce qui les réunit soudain à nouveau. Dans ces minutes et celles qui suivront dorénavant, doit-on encore chercher un sens à la vie ? Ils assumeront peu à peu leur tendance à l'incommunicabilité, pour en faire un atout, une protection. Keith continuera à avancer dans la vie, en la domptant grâce au poker entre hasard, chance et stratégie. Pourquoi lui s'en est sorti?
    Dérives, tempêtes sous des crânes, (se laisser) tomber au plus profond de soi-même pour trouver une paix impossible. Bribes de pensées éparses jeter à la face du lecteur pour percer le mutisme des traumatisés, de ceux qui ont laissé une part d'eux-mêmes au pied des tours en miettes.
    Lianne anime également des ateliers de mémorisation et d'écriture pour des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, tentant d'exorciser le souvenir d'un père n'ayant pu supporter cette déchéance. Pansements de la mémoire de ceux qui peu à peu la perdent.
    Le cheminement d'êtres trimballant leurs doutes. Doute qui devient certitude inébranlable pour Hammad celui qui, de Hambourg en passant par l'Afghanistan et la Floride, dit se combattre lui-même et ira jusqu'à briser ses ailes contre ces vitres qui semblent dominer le monde. L'événement tragique et marquant de ce début de siècle n'est qu'une toile de fond, à aucun moment l'auteur ne cherche à en comprendre les raisons ou les causes, mais plutôt à replacer la vie à l'échelle d'êtres humains qui se battent avant tout avec eux-mêmes.
    Dans les oeuvres de DeLillo, il y a souvent tout ce que j'aime avec l'ancrage historique et social, la fiction dans le réel, l'introspection des personnages, le soucis du détail, et bien sûr le style inimitable... Des pages parfois âpres qui demandent toute l'attention du lecteur, qui dérangent dans leurs constructions, qui s'impriment petit à petit dans l'esprit.
    Un immense auteur, maître de la psyché, au summum de son art. le souffle puissant d'une prose entêtante qui vous happe. Une écriture expressionniste par petites touches, déroutante mais qui fait peu à peu apparaître ce qui fait le charme complexe des âmes humaines.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par caro64, le 12 avril 2010

    caro64
    Couvert de poussière et d'éclat de verre, keith vient d'échapper à l'attentat du 11 septembre et s'empare dans sa fuite d'une mallette. C'est auprès de son ex-femme Lianne, et de son fils, Justin, qu'il ira trouver refuge. Chacun à sa façon interroge l'événement et essaie de se construire un après. Keith en retrouvant la propriétaire de la mallette et essayant de partager l'insoutenable. Lianne en questionnant sa mère, une Américaine riche et cultivée, amante d'un homme au passé trouble ; Justin en scrutant le ciel avec ses copains car les avions vont revenir...
    Dans un style imagé et très haché où les interrogations de chacun des personnages se télescopent, où les devenirs se superposent sans se croiser, l'auteur traduit assez justement la confusion des sentiments face à cette catastrophe et le comment survivre à cela.
    L'ombre de L'homme qui tombe flotte sur tout le roman, un performeur qui, en costume cravate et mocassins, répète des sauts à l'élastique du haut des gratte-ciel. Pas de réponse pourtant à cette immense mal-être de l'Amérique qui prend conscience de sa fragilité face à une guerre sans nom, simplement la métaphore de l'artiste qui donne à voir et transfigure la réalité comme le fait l'écrivain.
    Don DeLillo en observateur inlassable questionne à nouveau l'Amérique. On a connu cet auteur sous un meilleur jour. Là, c'est vraiment difficile à suivre, récits intriqués, lenteur des phrases... c'est pesant, il faut s'accrocher, dommage !
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Gast, le 04 décembre 2010

    Gast
    Le jour où je l'ai fini, j'ai voulu faire ici une critique à chaud de ce livre... mais rien ne m'est venu spontanément. En fait, l'impression après lecture est mitigée. C'est le second Delillo que je lis, après "Body Art" et comme le précédent, j'ai trouvé que le style de l'auteur, bien que percutant et envoûtant, mettait une distance pénible entre le lecteur et le coeur du récit.
    Au delà de cette particularité, ce livre -- qui m'attirait déjà depuis longtemps tant son titre adossé au sujet annonce une oeuvre forte -- m'a un peu déçu, mais pas trop, j'y mets donc là l'effet de ma haute attente à son encontre.
    Découpé en trois parties dont la force va décroissante, il est surtout prenant dans la première ; les monologues intérieurs des personnages revenant sur leur trauma du 11 septembre 2001 on réussi à déclencher chez moi le souvenir des émotions fortes m'ayant piloté ce jour là malgré l'océan qui me séparait de cette horreur. D'un autre côté, les passages avec les terroristes sont juste dispensables, inutiles et fades. Pire même, en enlevant au 11 septembre cette pression de type "ombre du passé", il fait baisser la force des introscpections des personnages, et ce jusqu'à une conclusion largement pas à la hauteur du livre tant elle est sensationnaliste et ordinaire malgré l'événement.
    Donc je reste perplexe. Ce livre a d'indiénables qualités, mais j'ai eu l'impression que Delillo, incapable de gérer la puissance évocatrice de son récit, n'a pu s'empêché de l'altérer et quelque part, d'en casser un peu la belle mécanique.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par peto, le 14 janvier 2011

    peto
    Je cite:
    "Je regarde le visage sur la photo de passeport. Qui est cette femme?
    - Je relève la tête au-dessus du lavabo, dit Martin
    - Qui est cet homme? Tu crois te voir dans le miroir. Mais ce n'est pas toi. Ce n'est pas à cela que tu ressembles. Ce n'est pas le visage littéral, si pareille chose existe. C'est le visage composite. C'est le visage en transition.
    - Ne me dis pas ça.
    - Ce que tu vois n'est pas ce que nous voyons. Ce que tu vois est perturbé par le souvenir, par le fait d'être qui tu es, qui tu as été tout ce temps, toutes ces années.
    - Je ne veux pas entendre ça, dit-il."
    Bon, j'ai pris un exemple un peu appuyé.
    Il paraît que DeLillo est incontournable, cela ne m'étonne guère, c'est l'idée que je me fais d'un auteur incontournable.
    La limite entre stylé et maniéré est fine, j'ai trouvé cela maniéré.
    Un peu pédant, on nage dans le pathos, avec des vrais gens de la vraie vie : professeur donnant des conférences autour du monde, marchand d'art international, éditrice freelance...
    C'est peut-être un raté, mais de cette génération, je n'échangerais pas un Toni Morrison ou un Russell Banks pour deux Don DeLillo
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (6)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par sentinelle, le 25 janvier 2009

    Ce n'était plus une rue mais un monde, un espace-temps de pluie de cendres et de presque nuit. Il marchait vers le nord dans les gravats et la boue et des gens le dépassaient en courant, avec des serviettes de toilette contre la figure ou des vestes par-dessus la tête. Ils pressaient des mouchoirs sur leur bouche. Ils avaient des chaussures à la main, une femme avec une chaussure dans chaque main, qui le dépassait en courant. Ils couraient et ils tombaient, pour certains, désorientés et maladroits, avec les débris qui tombaient autour d'eux, et il y avait des gens qui se réfugiaient sous des voitures.
    Le grondement était encore dans l'air, le fracas de la chute. Voilà ce qu'était le monde à présent. La fumée et la cendre s'engouffraient dans les rues, explosaient au coin des rues, des ondes sismiques de fumée, avec des ramures de papier, des feuillets standards au bord coupant, qui planaient, qui voltigeaient, des choses d'un autre monde dans le linceul du matin.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par Amesoul, le 28 juin 2008

    « Il (Keith) commença à envisager la journée, la minute. C’était le fait d’être ici, seul dans le temps, qui l’y incitait, le fait de se trouver à distance des stimulations du quotidien, de toutes les formes fluides de la communication professionnelle. Les choses paraissaient immobiles, elles semblaient plus dessinées, curieusement, d’une manière qu’il ne comprenait pas. Il commença à discerner ce qu’il faisait. Il remarquait des choses, tous les petits battements perdus d’une journée ou d’une minute, la façon dont il se léchait le pouce et s’en servait pour ramasser une miette de pain et la mettre distraitement dans sa bouche. Sauf que cela n’avait plus rien de distrait. Il n’y avait plus rien qui parût familier, être ici, de nouveau en famille, et il se sentait bizarre à ses propres yeux, ou peut-être avait-ce toujours était le cas, mais maintenant c’était différent par ce qu’il se tenait en observation. » (page 82-83)
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par sentinelle, le 26 janvier 2009

    Les gens lisent de la poésie. Des gens que je connais, ils lisent de la poésie pour adoucir le choc et la souffrance, cela leur procure une sorte d'espace, quelque chose de beau dans le langage, dit-elle, qui leur apporte du réconfort ou de la sérénité. Je ne lis pas de poésie. Je lis les journaux. J'enfonce ma tête entre les pages et je deviens folle et enragée. (p.55)
    Citation de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par Corboland78, le 29 mars 2012

    Si nous occupons le centre, c’est parce que vous nous y avez mis. Voilà votre vrai dilemme, dit-il. En dépit de tout, nous sommes toujours l’Amérique, et vous êtes toujours l’Europe. Vous allez voir nos films, vous lisez nos livres, vous écoutez notre musique, vous parlez notre langue. Comment pouvez-vous cesser de penser à nous ? Vous nous voyez et nous entendez tout le temps. Posez-vous la question. Il y a quoi, après l’Amérique ? Martin répondit avec calme, presque sans conviction, comme s’adressant à lui-même. Je ne connais plus cette Amérique-là. Je ne la reconnais pas, dit-il. Il y a un espace vide à l’endroit où était l’Amérique.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par jovidalens, le 17 avril 2012

    Elle examina les dessins. Elle n'aurait pas su dire pourquoi elle regardait aussi intensément. Au-delà du plaisir, elle pénétrait dans une sorte d'état d'assimilation. Elle essayait d'absorber ce qu'elle voyait, pour l'emporter, s'en envelopper et y dormir. Il y avait tant à voir. A transformer en tissu organique, autrement dit en soi-même.
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (5)

Videos de Don DeLillo

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Don DeLillo

Bande-annonce de Cosmopolis en compétition officielle au festival de Cannes








Acheter sur Amazon

Faire découvrir L'homme qui tombe par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (87)

> voir plus

Quiz