Par Del Amo Jean-Baptiste

Note moyenne : 3.48/5 (sur 23 notes)
Editions Gallimard
ISBN : 207011984X  
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«C'est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n'a que faire des conventions, rit de la morale. Ses mœurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n'ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. On ne compte plus les mariages détruits par sa faute, pour le simple jeu de la séduction, l'excitation de la victoire. Il est impudique et grivois, vagabond et paillard. Sa réputation le précède. Les mères mettent en garde leurs filles, de peur qu'il ne les dévoie. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l'amour, il les méprise soudain car seule la volupté l'attise. On chuchote qu'il aurait perverti des religieuses et précipité bien d'autres dames dans les ordres. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n'être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s'en méfier comme du vice.» Paris, 1760. Le jeune Gaspard laisse derrière lui Quimper pour la capitale. De l'agitation portuaire du fleuve aux raffinements des salons parisiens, il erre dans les bas-fonds et les bordels de Paris. Roman d'apprentissage, Une éducation libertine retrace l'ascension et la chute d'un homme asservi par la chair.

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Critiques et avis sur Une éducation libertine


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    • Livres 3.00/5
    Par myloubook, 2009-01-26 11:43:55

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    Une éducation libertine rappelle bon nombre de classiques des XVIIIe et XIXe siècles, mettant en scène un jeune homme prêt à tout pour conquérir sa place dans la haute société. Parti de rien, Gaspard a quitté Quimper et la ferme familiale pour Paris : de la Seine à l’atelier d’un perruquier, des bordels aux meilleurs salons parisiens, il gravit rapidement les échelons de la société.



    Il rencontre tout au long de son parcours plusieurs personnages qui joueront un rôle clef, influençant sa réussite ou déterminant les changements qui s’opèrent en lui. Parmi eux: Lucas, qui lui trouve un premier métier ; Billod, maître perruquier émoustillé par le jeune provincial ; le comte de V., amoral et qui, sans avoir la prestance d’un Valmont, est le personnage qui m’a le plus séduite ; Emma, la prostituée au grand cœur ; les d’Annovres, sans autre intérêt que leur fortune et leur cercle d’habitués ; Adeline, leur fille, qui devine l’imposture de Gaspard ; enfin le baron de Raynaud, décati mais plein d’ardeur.



    D’abord un peu trop simple, trop grossier pour le raffinement de la vie qu’il ambitionne, Gaspard apprend l’art et la manière de s’exprimer et de se comporter en société. Il découvre à ses dépens que les hommes ne sont pas toujours fiables et, avant d’atteindre son but, passe à plusieurs reprises de l’espoir à la déchéance avant de décider de prendre son destin en main.



    Personnage ambitieux, Gaspard évoque Rastignac, dans un roman aux influences littéraires multiples – et lorsqu’il n’y a peut-être pas de rapport direct, on peut malgré tout faire quelques rapprochements : Balzac, mais aussi Maupassant et son Bel-Ami ; Zola avec l’expression récurrente « ventre de Paris » et des scènes évoquant les parvenus des Rougon-Macquart ; Le Parfum de Süskind, notamment avec l’introduction de Paris, personnage à part entière, ville monstrueuse, bassement humaine, éructant, exhalant un remugle immonde ; évidemment Laclos et Sade, dont les Infortunes sont vendues sous le manteau, tandis que le comte Etienne de V. semble issu d’un accouplement sulfureux entre Valmont et Dolmancé. J’ai aussi pensé à Ambre, l’héroïne du roman éponyme de Katrin Winsor qui évoque la détermination d’une jeune campagnarde prête à tout pour conquérir titre et fortune dans l’Angleterre de Charles II. Peut-être y a-t-il également dans ce roman une influence de Jean Teulé, d’après ce que j’ai pu lire de son récit sur François Villon.



    J’ai beaucoup apprécié l’aspect ambitieux de ce texte à l’écriture soignée, au langage savamment travaillé, au vocabulaire assez riche (malgré un champ lexical du corps et de ses sécrétions peut-être trop récurrent), aux métaphores nombreuses. C’est un roman fleuve comme on en trouve finalement assez peu aujourd’hui dans la littérature française – du moins c’est mon impression. Moins de poésie, d’introspection. Plus de narration, dans la tradition des grands classiques. J’ai vraiment savouré ce choix qui confère un caractère assez inédit à ce roman. A noter que quelques personnages évoluent en marge du récit, le temps de quelques pages. Ce focus sur d’autres habitants de la capitale tentaculaire suscite la curiosité du lecteur et relance parfois l’action en observant la scène sous un angle inattendu.



    Pourtant je ne suis pas totalement convaincue : Une éducation libertine rappelle énormément Le Parfum par son introduction (voire même en général, par le caractère vampirique et autodestructeur de Gaspard). Il peine à s’affranchir de ses nombreuses influences. Les personnages sont à mon avis un peu stéréotypés et ont pour beaucoup un petit air de déjà vu. Antipathique au possible, Gaspard m’a fait mourir d’ennui avant de jouer les arrivistes. Et c’est au final cette première partie (environ 200 p) que j’ai trouvée très longue, en particulier lors de l’apprentissage de Gaspard et de sa relation avec Etienne, avec des descriptions qui me semblaient redondantes et un héros qui ramait, brassait de l’air mais n’avançait certainement pas. Plus séduite par d’autres personnages que l’on ne connaît que superficiellement, j’ai mis trop de temps à m’intéresser au destin de Gaspard, malgré une deuxième partie lue d’une traite et vraiment appréciée (à part les descriptions de la chair mutilée du héros, qui m’ont finalement donné la nausée – mais cela ne m’était jamais arrivé lors d’une lecture et doit très certainement compter parmi les réussites du roman).



    J’attendais peut-être un peu trop de ce roman mais Jean-Baptiste del Amo est sans aucun doute un écrivain prometteur que je serais curieuse de relire un jour. Et, malgré mes réserves, Une éducation libertine est un bon roman, voire plus encore.



    Merci beaucoup à Gallimard et à Guillaume Teisseire, chef d’orchestre organisé et toujours très sympathique !

    Lien : http://www.myloubook.com/archive/2009/01/25/education-libertine.html
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    • Livres 3.00/5
    Par Lucile, 2009-01-18 23:54:17

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    J'ai comme l'impression que je vais avoir du mal à vous parler de ce roman, mais ma foi, il faut bien se lancer... Après avoir passé pas loin de deux semaines sur ces 430 pages, après avoir noté sur mon bloc 66 mots qui m'étaient inconnus ou dont je ne maîtrisais qu'imparfaitement le sens (pour rappel, ça a donné naissance à la rubrique "La pêche aux mots" de ce blog), il va falloir que je vous parle de ce roman qui ne m'a pas franchement emballée, malgré des qualités indéniables.



    Essayer de vous résumer l'histoire me paraît un point de départ tout indiqué. Le roman s'ouvre sur l'arrivée de Gaspard, un Quimpérois de 19 ans à peine, à Paris quelques années avant la Révolution française. De son passé dans une ferme de la campagne bretonne, on n'apprendra que des bribes à travers des souvenirs ponctuels et très précis qui lui viendront au cours du récit, annoncés par un "Quimper, rouge" (ou tout autre couleur ou nuance allant du rouge au noir). On retiendra essentiellement une crainte démesurée du père du fait d'épisodes traumatisants. Hormis cela, même Gaspard ne se rappelle pas grand-chose de son passé. Son voyage pour venir à la capitale a effacé les premières pages de sa vie, et c'est en homme neuf qu'il arrive dans la ville sale et tentaculaire. A partir de là, le lecteur va suivre son parcours dans la ville, repris par le nom des parties de l'ouvrage : le fleuve, rive gauche, rive droite puis le fleuve de nouveau (le même et ... un autre à la fois!). A ce propos, le rôle du fleuve dans le roman, carrément pesant au départ, puis toujours présent (même discrètement), est primordial et a son explication (ce dont j'avoue avoir douté au départ).



    Au départ, on a plutôt tendance à s'attacher à Gaspard, à espérer que tout se passera bien pour lui, le jeune provincial qui découvre la rude vie parisienne et qui doit apprendre à s'y faire sa place. On se ravit de sa première progression qui l'extirpe du fleuve, où il récupérait les troncs charriés par la Seine pour chauffer les parisiens, pour en faire un apprenti-perruquier... Puis son arrivisme commence à s'affirmer, et avec lui son infidélité en amitié, son mépris affiché pour ce qu'il a été, son ingratitude envers les gens qui lui ont tendu la main... Et là tout de suite, Gaspard devient beaucoup moins aimable! En somme, c'est un personnage assez détestable, à la fois écervelé et calculateur, du genre maniaco-dépressif qui croit un jour que tout lui est dû et qui est à ramasser à la petite cuillère le lendemain... Avec une avidité toujours plus intense, il passera par les plus sombres avilissements (en clair, la prostitution) pour parvenir à ses fins et se faire une place jusque dans la noblesse afin de ressembler au comte Etienne de V., qui l'a séduit avant de l'abandonner de façon méprisable ("Arriver, et vite", comme le dit Gaspard lui-même p. 334). Tout cela ne se fera évidemment pas sans heurts, et au final c'est un roman d'apprentissage plutôt original que nous livre ici Jean-Baptiste Del Amo, avec en bonus des révélations finales quant aux mécanismes en oeuvre dans l'intrigue.



    Mais je dois avouer que je ne m'y suis guère plu : j'ai souvent trouvé ma lecture longue, la progression psychologique du héros trop expliquée, trop manichéenne quelque part (alors que d'autres éléments de la psychologie des personnages sont au contraire fort bien amenées par ailleurs). Je doute qu'on pose les équations de sa vie aussi clairement que Gaspard ne le fait quand il n'est pas dans une de ses phases de passivité chroniques.



    Comme je l'ai déjà souligné, le vocabulaire est extrêmement riche et recherché. Il est très travaillé, parfois même un peu trop : des situations ou des ressentis qui se voudraient amenés subtilement en deviennent grotesques (je me rappelle avoir pesté contre le verbe "violer" qui revenait à tout bout de champ sur un ou deux chapitres du livre : même volontaire, j'ai trouvé le procédé vraiment trop lourd). Cela dit, il faut reconnaître à l'auteur un grand talent pour les descriptions plus vraies que nature des ambiances, essentiellement glauques ou peu ragoûtantes, de ce Paris de la fin du XVIIIe siècle : encore une fois, le vocabulaire employé est très méticuleusement choisi et atteint généralement son but. On sent la moiteur des corps, l'étouffement de Paris en août, l'odeur nauséabonde de la rivière... C'en est effrayant de précision parfois (combien de fois ai-je pensé : "Mon Dieu! C'était vraiment comme ça?! Beurk!"). En même temps c'est pour cette qualité, que j'avais trouvé à l'extrait qu'un magazine donnait à lire, que je souhaitais vivement lire ce roman : on peut dire que j'ai été servie!



    Au bilan, pas évident de conclure : disons que même consciente des qualités de ce roman, j'ai du mal à m'enthousiasmer...



    Merci à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce roman que j'avais très envie de lire par ailleurs!

    Lien : http://lameralire.blogspot.com/2009/01/arriver-et-vite.html
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par yann-frat, 2009-08-16 23:23:05

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    Une éducation libertine

    Histoire : Gaspard, un jeune paysan breton monte à Paris pour "réussir" et changer de vie. Récit d'un parcours entre errances, montée sociale et révélations humaines dans le Paris poisseux et populaire des dernières heures avant la révolution...

    Style : Très travaillé et de loin l'un des meilleurs atouts de ce texte. Au risque cependant de l'inondation ... "une éducation", un livre trop stylé?

    Oui : Très belle description de Paris au 18° siècle, de sa biologie, de son souffle et de ses remugles. Une écriture biologique bien trop rare (à mon gout!) dans la production actuelle.

    Non: Dans ce beau texte plusieurs problèmes se posent toutefois:

    - Problème du narrateur : On ne sait pas qui parle et du coup l'édifice bouge en entier sur son socle. Si le narrateur vit au 21 ° siècle, comment connait-il aussi bien les odeurs de Paris au 18°?; Si le narrateur est sur l'épaule de Gaspard comment peut-il parler de ciel "impressionniste" et faire autant de faute de chronologie dans le choix du champs lexical ? Mystère...

    - Problème de la narration : L'histoire de Gaspard apparait comme un prétexte pour permettre à l'auteur de parler de son vrai sujet: le corps, la proximité, la crasse, les odeurs et la biologie. Du coup cette pauvre histoire (déjà assez squelettique et peu fouillée) est un peu traitée à coup de hache et la narration chibre complètement toute notion d'écoulement du temps et de rythme: on saute, on avance, on stagne sans logique précise ni cohérence...

    -Problème du champ lexical: On est chez Gallimard et le champ lexical choisi est csp+++... Soit. Sauf que l'emploi de ce champs là ne se justifie pas outre mesure pour raconter l'histoire d'un paysan de basse Bretagne au 18 ° siècle, il me semble même carrément incongruent. En plus il n'est pas parfaitement maitrisé ( "méconial" s'applique-t-il pour décrire un vieillard ?) voire tombe carrément à coté de la plaque (ils "rirent de conserve", franchement, chez Gallimard...). A l'arrivée cela me donne l'impression un peu plane de lire de la littérature bien peignée, bien dégagée autour des oreilles d'un étudiant en lettres fraichement sorti de la Sorbonne... Ceci en décalage total (voire opposition !) avec le sujet... L'impression enfin que JBDA veut parler de quelque chose... mais qu'il n'ose pas et tourne autour en se cachant derrière des mots chics et une histoire "trop bien construite pour être honnête".

    Conclusion: "Une éducation libertine" est un des meilleurs livres sorti récemment que j'ai lu ces derniers temps. Le, sujet, l'envie de se frotter à la biologie et au corps me semblent prometteurs... Quand on sait en outre que c'est un premier roman, malgré ses (gros) défauts je me dis que je vais certainement suivre attentivement JBDA.

    Oui ou non: Oui. Mais sans l'espoir de lire un chef d'œuvre... Ce n'est pour moi qu'un premier roman très prometteur (ce qui, certes, est déjà beaucoup...;) ).





    Lien : http://xannadu.canalblog.com
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    • Livres 5.00/5
    Par Sophiepm, 2009-06-01 20:30:07

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    Gaspard décide de s'extraire de sa condition en rejoignant Paris. Il quitte donc Quimper et laisse tout derrière lui : son enfance, sa mère, la ferme.



    Nous sommes au 18ème siècle et Paris est déjà noir de monde. Paris déborde, Paris suffoque, Paris empeste.

    Des eaux boueuses de la Seine aux salons de la bourgeoisie en passant par les bordels nous allons suivre la soif d'ascension sociale de Gaspard.



    La suite de la critique sur Books & Curiosity :

    Lien : http://booksandcuriosity.blogspot.com/2009/05/une-education-libertin..
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    • Livres 1.00/5
    Par gilles38, 2009-05-24 09:14:22

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    Le titre de ce premier livre de Jean-Baptiste Del Amo est une des raisons qui m'ont poussé à le choisir, ainsi que la quatrième de couverture que Gallimard a fort judicieusement rédigé au risque de décevoir le lecteur...

    Lien : http://lecturesetnotes.canalblog.com/archives/2009/03/18/12960145.html
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Citations et extraits de Une éducation libertine


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  • Par Nibelheim, 2009-01-11 21:23:41

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    "Dans l'état où sont désormais les choses, un homme abandonné dès sa naissance à lui-même parmi les autres serait le plus défiguré de tous. Les préjugés, l'autorité, la nécessité, l'exemple, toutes les institutions sociales, dans lesquelles nous nous trouvons submergés, étoufferaient en lui la nature, et ne mettraient rien à la place. Elle y serait comme un arbrisseau que le hasard fait naître au milieu d'un chemin, et que les passants font bientôt périr, en le heurtant de toutes parts et le pliant de toutes parts."

    Citation de Rousseau, à la fin d'Une éducation libertine.
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