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Une éducation libertine rappelle bon nombre de classiques des XVIIIe et XIXe siècles, mettant en scène un jeune homme prêt à tout pour conquérir sa place dans la haute société. Parti de rien, Gaspard a quitté Quimper et la ferme familiale pour Paris : de la Seine à l’atelier d’un perruquier, des bordels aux meilleurs salons parisiens, il gravit rapidement les échelons de la société.
Il rencontre tout au long de son parcours plusieurs personnages qui joueront un rôle clef, influençant sa réussite ou déterminant les changements qui s’opèrent en lui. Parmi eux: Lucas, qui lui trouve un premier métier ; Billod, maître perruquier émoustillé par le jeune provincial ; le comte de V., amoral et qui, sans avoir la prestance d’un Valmont, est le personnage qui m’a le plus séduite ; Emma, la prostituée au grand cœur ; les d’Annovres, sans autre intérêt que leur fortune et leur cercle d’habitués ; Adeline, leur fille, qui devine l’imposture de Gaspard ; enfin le baron de Raynaud, décati mais plein d’ardeur.
D’abord un peu trop simple, trop grossier pour le raffinement de la vie qu’il ambitionne, Gaspard apprend l’art et la manière de s’exprimer et de se comporter en société. Il découvre à ses dépens que les hommes ne sont pas toujours fiables et, avant d’atteindre son but, passe à plusieurs reprises de l’espoir à la déchéance avant de décider de prendre son destin en main.
Personnage ambitieux, Gaspard évoque Rastignac, dans un roman aux influences littéraires multiples – et lorsqu’il n’y a peut-être pas de rapport direct, on peut malgré tout faire quelques rapprochements : Balzac, mais aussi Maupassant et son Bel-Ami ; Zola avec l’expression récurrente « ventre de Paris » et des scènes évoquant les parvenus des Rougon-Macquart ; Le Parfum de Süskind, notamment avec l’introduction de Paris, personnage à part entière, ville monstrueuse, bassement humaine, éructant, exhalant un remugle immonde ; évidemment Laclos et Sade, dont les Infortunes sont vendues sous le manteau, tandis que le comte Etienne de V. semble issu d’un accouplement sulfureux entre Valmont et Dolmancé. J’ai aussi pensé à Ambre, l’héroïne du roman éponyme de Katrin Winsor qui évoque la détermination d’une jeune campagnarde prête à tout pour conquérir titre et fortune dans l’Angleterre de Charles II. Peut-être y a-t-il également dans ce roman une influence de Jean Teulé, d’après ce que j’ai pu lire de son récit sur François Villon.
J’ai beaucoup apprécié l’aspect ambitieux de ce texte à l’écriture soignée, au langage savamment travaillé, au vocabulaire assez riche (malgré un champ lexical du corps et de ses sécrétions peut-être trop récurrent), aux métaphores nombreuses. C’est un roman fleuve comme on en trouve finalement assez peu aujourd’hui dans la littérature française – du moins c’est mon impression. Moins de poésie, d’introspection. Plus de narration, dans la tradition des grands classiques. J’ai vraiment savouré ce choix qui confère un caractère assez inédit à ce roman. A noter que quelques personnages évoluent en marge du récit, le temps de quelques pages. Ce focus sur d’autres habitants de la capitale tentaculaire suscite la curiosité du lecteur et relance parfois l’action en observant la scène sous un angle inattendu.
Pourtant je ne suis pas totalement convaincue : Une éducation libertine rappelle énormément Le Parfum par son introduction (voire même en général, par le caractère vampirique et autodestructeur de Gaspard). Il peine à s’affranchir de ses nombreuses influences. Les personnages sont à mon avis un peu stéréotypés et ont pour beaucoup un petit air de déjà vu. Antipathique au possible, Gaspard m’a fait mourir d’ennui avant de jouer les arrivistes. Et c’est au final cette première partie (environ 200 p) que j’ai trouvée très longue, en particulier lors de l’apprentissage de Gaspard et de sa relation avec Etienne, avec des descriptions qui me semblaient redondantes et un héros qui ramait, brassait de l’air mais n’avançait certainement pas. Plus séduite par d’autres personnages que l’on ne connaît que superficiellement, j’ai mis trop de temps à m’intéresser au destin de Gaspard, malgré une deuxième partie lue d’une traite et vraiment appréciée (à part les descriptions de la chair mutilée du héros, qui m’ont finalement donné la nausée – mais cela ne m’était jamais arrivé lors d’une lecture et doit très certainement compter parmi les réussites du roman).
J’attendais peut-être un peu trop de ce roman mais Jean-Baptiste del Amo est sans aucun doute un écrivain prometteur que je serais curieuse de relire un jour. Et, malgré mes réserves, Une éducation libertine est un bon roman, voire plus encore.
Merci beaucoup à Gallimard et à Guillaume Teisseire, chef d’orchestre organisé et toujours très sympathique !
Lien : http://www.myloubook.com/archive/2009/01/25/education-libertine.html
J'ai comme l'impression que je vais avoir du mal à vous parler de ce roman, mais ma foi, il faut bien se lancer... Après avoir passé pas loin de deux semaines sur ces 430 pages, après avoir noté sur mon bloc 66 mots qui m'étaient inconnus ou dont je ne maîtrisais qu'imparfaitement le sens (pour rappel, ça a donné naissance à la rubrique "La pêche aux mots" de ce blog), il va falloir que je vous parle de ce roman qui ne m'a pas franchement emballée, malgré des qualités indéniables.
Essayer de vous résumer l'histoire me paraît un point de départ tout indiqué. Le roman s'ouvre sur l'arrivée de Gaspard, un Quimpérois de 19 ans à peine, à Paris quelques années avant la Révolution française. De son passé dans une ferme de la campagne bretonne, on n'apprendra que des bribes à travers des souvenirs ponctuels et très précis qui lui viendront au cours du récit, annoncés par un "Quimper, rouge" (ou tout autre couleur ou nuance allant du rouge au noir). On retiendra essentiellement une crainte démesurée du père du fait d'épisodes traumatisants. Hormis cela, même Gaspard ne se rappelle pas grand-chose de son passé. Son voyage pour venir à la capitale a effacé les premières pages de sa vie, et c'est en homme neuf qu'il arrive dans la ville sale et tentaculaire. A partir de là, le lecteur va suivre son parcours dans la ville, repris par le nom des parties de l'ouvrage : le fleuve, rive gauche, rive droite puis le fleuve de nouveau (le même et ... un autre à la fois!). A ce propos, le rôle du fleuve dans le roman, carrément pesant au départ, puis toujours présent (même discrètement), est primordial et a son explication (ce dont j'avoue avoir douté au départ).
Au départ, on a plutôt tendance à s'attacher à Gaspard, à espérer que tout se passera bien pour lui, le jeune provincial qui découvre la rude vie parisienne et qui doit apprendre à s'y faire sa place. On se ravit de sa première progression qui l'extirpe du fleuve, où il récupérait les troncs charriés par la Seine pour chauffer les parisiens, pour en faire un apprenti-perruquier... Puis son arrivisme commence à s'affirmer, et avec lui son infidélité en amitié, son mépris affiché pour ce qu'il a été, son ingratitude envers les gens qui lui ont tendu la main... Et là tout de suite, Gaspard devient beaucoup moins aimable! En somme, c'est un personnage assez détestable, à la fois écervelé et calculateur, du genre maniaco-dépressif qui croit un jour que tout lui est dû et qui est à ramasser à la petite cuillère le lendemain... Avec une avidité toujours plus intense, il passera par les plus sombres avilissements (en clair, la prostitution) pour parvenir à ses fins et se faire une place jusque dans la noblesse afin de ressembler au comte Etienne de V., qui l'a séduit avant de l'abandonner de façon méprisable ("Arriver, et vite", comme le dit Gaspard lui-même p. 334). Tout cela ne se fera évidemment pas sans heurts, et au final c'est un roman d'apprentissage plutôt original que nous livre ici Jean-Baptiste Del Amo, avec en bonus des révélations finales quant aux mécanismes en oeuvre dans l'intrigue.
Mais je dois avouer que je ne m'y suis guère plu : j'ai souvent trouvé ma lecture longue, la progression psychologique du héros trop expliquée, trop manichéenne quelque part (alors que d'autres éléments de la psychologie des personnages sont au contraire fort bien amenées par ailleurs). Je doute qu'on pose les équations de sa vie aussi clairement que Gaspard ne le fait quand il n'est pas dans une de ses phases de passivité chroniques.
Comme je l'ai déjà souligné, le vocabulaire est extrêmement riche et recherché. Il est très travaillé, parfois même un peu trop : des situations ou des ressentis qui se voudraient amenés subtilement en deviennent grotesques (je me rappelle avoir pesté contre le verbe "violer" qui revenait à tout bout de champ sur un ou deux chapitres du livre : même volontaire, j'ai trouvé le procédé vraiment trop lourd). Cela dit, il faut reconnaître à l'auteur un grand talent pour les descriptions plus vraies que nature des ambiances, essentiellement glauques ou peu ragoûtantes, de ce Paris de la fin du XVIIIe siècle : encore une fois, le vocabulaire employé est très méticuleusement choisi et atteint généralement son but. On sent la moiteur des corps, l'étouffement de Paris en août, l'odeur nauséabonde de la rivière... C'en est effrayant de précision parfois (combien de fois ai-je pensé : "Mon Dieu! C'était vraiment comme ça?! Beurk!"). En même temps c'est pour cette qualité, que j'avais trouvé à l'extrait qu'un magazine donnait à lire, que je souhaitais vivement lire ce roman : on peut dire que j'ai été servie!
Au bilan, pas évident de conclure : disons que même consciente des qualités de ce roman, j'ai du mal à m'enthousiasmer...
Merci à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce roman que j'avais très envie de lire par ailleurs!
Lien : http://lameralire.blogspot.com/2009/01/arriver-et-vite.html
Une éducation libertine
Histoire : Gaspard, un jeune paysan breton monte à Paris pour "réussir" et changer de vie. Récit d'un parcours entre errances, montée sociale et révélations humaines dans le Paris poisseux et populaire des dernières heures avant la révolution...
Style : Très travaillé et de loin l'un des meilleurs atouts de ce texte. Au risque cependant de l'inondation ... "une éducation", un livre trop stylé?
Oui : Très belle description de Paris au 18° siècle, de sa biologie, de son souffle et de ses remugles. Une écriture biologique bien trop rare (à mon gout!) dans la production actuelle.
Non: Dans ce beau texte plusieurs problèmes se posent toutefois:
- Problème du narrateur : On ne sait pas qui parle et du coup l'édifice bouge en entier sur son socle. Si le narrateur vit au 21 ° siècle, comment connait-il aussi bien les odeurs de Paris au 18°?; Si le narrateur est sur l'épaule de Gaspard comment peut-il parler de ciel "impressionniste" et faire autant de faute de chronologie dans le choix du champs lexical ? Mystère...
- Problème de la narration : L'histoire de Gaspard apparait comme un prétexte pour permettre à l'auteur de parler de son vrai sujet: le corps, la proximité, la crasse, les odeurs et la biologie. Du coup cette pauvre histoire (déjà assez squelettique et peu fouillée) est un peu traitée à coup de hache et la narration chibre complètement toute notion d'écoulement du temps et de rythme: on saute, on avance, on stagne sans logique précise ni cohérence...
-Problème du champ lexical: On est chez Gallimard et le champ lexical choisi est csp+++... Soit. Sauf que l'emploi de ce champs là ne se justifie pas outre mesure pour raconter l'histoire d'un paysan de basse Bretagne au 18 ° siècle, il me semble même carrément incongruent. En plus il n'est pas parfaitement maitrisé ( "méconial" s'applique-t-il pour décrire un vieillard ?) voire tombe carrément à coté de la plaque (ils "rirent de conserve", franchement, chez Gallimard...). A l'arrivée cela me donne l'impression un peu plane de lire de la littérature bien peignée, bien dégagée autour des oreilles d'un étudiant en lettres fraichement sorti de la Sorbonne... Ceci en décalage total (voire opposition !) avec le sujet... L'impression enfin que JBDA veut parler de quelque chose... mais qu'il n'ose pas et tourne autour en se cachant derrière des mots chics et une histoire "trop bien construite pour être honnête".
Conclusion: "Une éducation libertine" est un des meilleurs livres sorti récemment que j'ai lu ces derniers temps. Le, sujet, l'envie de se frotter à la biologie et au corps me semblent prometteurs... Quand on sait en outre que c'est un premier roman, malgré ses (gros) défauts je me dis que je vais certainement suivre attentivement JBDA.
Oui ou non: Oui. Mais sans l'espoir de lire un chef d'œuvre... Ce n'est pour moi qu'un premier roman très prometteur (ce qui, certes, est déjà beaucoup...;) ).
Lien : http://xannadu.canalblog.com
Gaspard décide de s'extraire de sa condition en rejoignant Paris. Il quitte donc Quimper et laisse tout derrière lui : son enfance, sa mère, la ferme.
Nous sommes au 18ème siècle et Paris est déjà noir de monde. Paris déborde, Paris suffoque, Paris empeste.
Des eaux boueuses de la Seine aux salons de la bourgeoisie en passant par les bordels nous allons suivre la soif d'ascension sociale de Gaspard.
La suite de la critique sur Books & Curiosity :
Lien : http://booksandcuriosity.blogspot.com/2009/05/une-education-libertin..
Le titre de ce premier livre de Jean-Baptiste Del Amo est une des raisons qui m'ont poussé à le choisir, ainsi que la quatrième de couverture que Gallimard a fort judicieusement rédigé au risque de décevoir le lecteur...
Lien : http://lecturesetnotes.canalblog.com/archives/2009/03/18/12960145.html
Paris, 1760. Gaspard monte à Paris pour fuir sa province. Il vient de Quimper où ses parents possèdent une porcherie. Gaspard fuit cette vie dont il ne veut pas. “Il se remémorait aussi le bruit des cochons entassés dans la porcherie attenante à la maison, le grognement des porcelets agglutinés entre les truies, l'amoncellement de chair maculée de purin, le clapotement des groins remuant la boue mêlée de déjections, le frottement des peaux couvertes de soies longues, l'odeur, l'odeur acide jusqu'à la nausée, imprégnant les murs de la maison, les cheveux de sa mère. Sa mère puait la truie.“ La capitale est pour lui le lieu de sa réussite, de son ascension sociale et de tous les possibles.
Gaspard commence néanmoins par la fange, les bas-fonds de la ville. Il y rencontre Lucas qui l'aide à trouver un travail : acheminer du bois de la Seine à ses berges. Les hommes sont dans l'eau, dans la boue du fleuve putride qui charrie aussi bien les immondices que les cadavres. Gaspard est obsédé par le fleuve qui en même temps le dégoûte, il s'abrutit dans son travail. “L'enchaînement mécanique des gestes, l'implacabilité des jours anéantissaient toute probabilité de réflexion du moins pour Gaspard qui était étranger à la tension perceptible dans les bas-fonds parisiens. Le ventre de Paris avait faim. Gaspard avait faim, et cette faim l'hébétait un peu plus, tout comme la chaleur, le ronronnement fangeux quotidien.”
Mais le moteur de la venue à Paris de Gaspard, l'ambition, reprend le dessus pour le sortir de cette misère. Gaspard se retrouve apprenti perruquier et c'est là qu'il rencontre celui qui va changer sa vie : le comte Etienne de V., un homme “(…) sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie.” Etienne, qui fascine Gaspard, l'entraine dans des sorties nocturnes dans les lieux les plus lugubres, les plus morbides. Le jeune homme semble avoir des prédispositions pour l'amoralité ce qui en fait un digne élève. L'ascension de Gaspard se fera par la chair ainsi que sa chute.
“Une éducation libertine” est le premier roman de Jean-Baptiste Del Amo qui nous narre, dans un style extrêmement travaillé, l'apprentissage pervers de ce jeune provincial. Le roman n'est pas sans rappeler “Le parfum” de patrick Suskind, le personnage de Del Amo est aussi corrumpu que celui de Suskind et on trouve la même insistance sur les odeurs. “On s'éventait avec un rien, un vieux chiffon, une gazette, une main. On soulevait, ce faisant, le remugle aigrelet des corps transpirants. La puanteur de l'un se mêlait à la ouanteur de l'autre quand déjà les corps ne se frottaient pas, mélangeant leurs sueurs respectives. Cette pestilence gonflait les haillons, les vêtements de peu couvrant un reste de pudeur, montait paresseusement dans l'air stagnant, fleurissait, envahissait la ville entière.” Paris est d'ailleurs sur ce point une ville parfaitement égalitaire : “Il eût été préférable que ces gens se taisent et cessent de dévorer l'oxygène de la salle, mais tous semblaient se complaire dans la réunion de leurs sueurs. L'Opéra puait à défaillir.”
Jean-Baptiste Del Amo montre surtout la violence des rapports humains, l'abjection des sentiments. L'animalité prédomine dans toutes les strates de la société. Cela va du père de Gaspard qui veut obliger son fils à léchert le sang d'un cochon égorgé, en passant par Etienne de V. qui rejette Gaspard par ennui et à Gaspard lui-même livrant à la police son ancien ami Lucas devenu mendiant pouilleux.
“Une éducation libertine” est une extraordinaire fresque sur un jeune arriviste nauséabond dans un Paris proche de Sodome et Gomorrhe.
Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2008/12/30/une-education-libertin..
Les Infortunes de Gaspard.
1760. Sous la canicule d'août, Gaspard fils de rien entre dans Paris pour faire fortune. La fange et la misère lui ouvrent tout grand les bras, sous la tutelle matriarche de la Seine, gorge noire de Paris qui draine sur ses rives comme sous ses eaux toute la crapule et la misère. L'héroïne c'est elle, divinité des miséreux et maquerelle des morts. C'est elle qui porte et assume la noirceur du siècle. Car l'originalité de ce roman picaresque tient en ce qu'il va à l'encontre de l'image positive des Lumières que nous avons. Ici, l'ascension ne se fait pas par la raison et l'Esprit. Depuis un siècle déjà que Dieu a déserté, on s'épanouit par les Enfers. On s'envoie en l'air avec la turpitude piétinée des corps. On gravit par les turbulences hasardeuses de la Fortune. Bref, on triomphe par le cynisme. Telle est la manière de bien former les hommes.
Lien : http://ameleia.over-blog.com/
Gaspard est un jeune breton débarquant dans la capitale en quête d'aventure et de considération, ce qu'il n'avait pas chez ses paysans de parents.
Le roman commence par une longue (trop?) description de Paris à cette époque. Ça aurait vraiment pu être intéressant mais j'ai l'impression que l'auteur a voulu trop bien faire. Oui le lecteur a compris que Paris était une ville puante à cette époque, que la sueur côtoyaient les excréments et la pourriture. Il l'avait compris au bout de trois pages alors pourquoi insister lourdement pendant 50 pages?
Ensuite, le livre m'attirait par son titre et sa quatrième de couverture qui promettaient un parcours initiatique, une ascension dans les milieux non-autorisés du XVIII° siècle et là aussi: quelle déception! Mais je sais pourquoi... Quelquechose me titillait au fur et à mesure que j'avançais dans ma lecture et je n'ai pu m'empêcher de penser au "Parfum" de Patrick Sünslind que j'avais adoré! Mais un sous-Sünskind. Là où l'auteur allemand avait su recréer une ambiance certes nauséabonde mais crédible et délicate, Del Amo n'arrive qu'à lasser son lecteur.
Parlons maintenant du "parcours initiatique" promis : Gaspard commence par trouver un emploi des bas-fonds: plonger dans la Seine. Mais le plus invraisemblable est qu'il arrive ensuite à devenir garçon perruquier, emploi bourgeois au service de l'Aristocratie qui nécessitait des recommandations. Bon admettons...
Mais voilà que notre garçon porcher de Quimper réfléchit beaucoup et sait lire... comme par magie. Trop c'est trop!
La relation qu'il entretiendra avec son mentor n'est pas digne du titre de libertinage tant elle est traitée superficiellement.
Peut-être suis-je trop exigeante. J'en attendais beaucoup de ce jeune auteur et je suis déçue. Espérons que ses prochains romans seront plus intéressants que celui-ci...
Lien : http://lectrissima.blogspot.com/2009/01/une-education-libertine-jean..
{Une éducation libertine, de Jean-Baptiste del Amo a été lu
et chroniqué dans le cadre de l'opération "Masse critique" de Babelio
Merci aux organisateurs et aux éditions Gallimard ! }
Une éducation libertine, roman de la rentrée littéraire, raconte l'ascension et la chute d'une jeune provincial "asservi par la chair" en plein siècle des Lumières. Le lecteur accompagne le personnage de Gaspard dans la découverte d'un Paris double, où l'air est vicié par les émanations humaines et la saleté du fleuve. L'auteur construit pour cela une atmosphère particulière, essentiellement sensorielle, olfactive : entre les remugles des bâtisses insalubres, les émanations méphitiques du fleuve et l'odeur de crasse et de mort posée sur les habitants, on est parfois tenté de froncer le nez. Il n'y a pas à dire : les descriptions sont bien menées, et le lecteur plonge, patauge dans cet amas de civilisation puante ; non sans un certain plaisir. Pendant ce temps-là, le lecteur assiste, impuissant, à la destruction progressive de notre héros, au fur et à mesure qu'il tente une ascension sociale. Gaspard est finalement brisé et corrompu par le monde qui l'entoure, présenté comme pourri et décadent. La ville, personnifiée, représente une entité malveillante et dangereuse, attirant les êtres dans ses rues sales et tortueuses, baignant de vice quiconque en respire les effluves. Le fleuve même, motif omniprésent dans le récit, n'apparaît que souillé par les présences humaines et les dégorgements de la ville, apparenté à un Styx, charriant cadavres et pulsions inconscientes. Une éducation libertine, sous couvert de représenter un autre XVIIIème que celui que nous connaissons, se pose comme un roman destructeur et nihiliste, miroir de la corruption du monde. Et c'est sous ces augures, par l'intermédiaire de Rousseau, que ce récit déchirant se clôt :
"Dans l'état où sont désormais les choses, un homme abandonné dès sa naissance à lui-même parmi les autres serait le plus défiguré de tous. Les préjugés, l'autorité, la nécessité, l'exemple, toutes les institutions sociales, dans lesquelles nous nous trouvons submergés, étoufferaient en lui la nature, et ne mettraient rien à la place. Elle y serait comme un arbrisseau que le hasard fait naître au milieu d'un chemin, et que les passants font bientôt périr, en le heurtant de toutes parts et le pliant de toutes parts."
Au final, j'en garde un bon souvenir de lecture. Je crois même pouvoir dire, moi qui n'ai jamais achevé quoi que ce soit, que pour un premier roman, ce livre porte avec lui de nombreuses promesses : on ne peut que saluer le travail du style, la capacité qu'a eu l'auteur à entraîner le lecteur dans les lieux les moins engageants ou encore la richesse de la psychologie du personnage. Mais l'habileté de la narration ne parvient pas à faire oublier quelques défauts ...
~*~
Il est assez étonnant qu'en lisant Une éducation libertine, j'aie pensé à autant d'auteurs : telles lignes m'ont rappelé les écrivains fin-de-siècle que je connais, un autre passage faisait explicitement allusion à Süskind, tandis que le destin d'Emma me rappelait malgré moi celui de Nana, l'héroïne de Zola ... Entre les clins d'oeil aux romans d'apprentissage, l'application à décrire horreur et pourriture qui rappellent certains aspects de la littérature fin de siècle et les références plus ou moins assumées aux écrivains libertins du XVIIIème, le propos ne se désagrège-t-il pas un peu trop ? J'ai également regretté, au fil de ma lecture, certaines maladresses, certains détails gênants qui m'empêchaient d'adhérer totalement au Paris-XVIIIème que l'auteur veut recréer sous nos yeux. Quelques anachronismes, quelques invraisemblances apparaissaient au détour d'une page, et à chaque fois j'interrompais ma lecture en regrettant la phrase, le mot, la déclaration qui avait interrompu une agréable immersion. Comment un pauvre bougre pataugeant chaque jour dans le fleuve peut-il manifester des connaissances mythologiques, déclarant à propos de la Seine : "c'est un Styx" ? Comment un homme qui se réclame des milieux philosophiques et libertins, à la mi XVIIIème siècle, peut-il déclarer que les philosophes de son temps ne s'intéressent qu'à l'âme alors qu'existent, à l'époque, des salons où se développe une pensée matérialiste ?
Enfin, j'ai eu l'impression au fil de ma lecture que lorsqu'on souhaitait gratter un peu la surface du texte pour voir ce qui se dissimule derrière, on était confronté à une sorte de malaise. Je ne veux pas croire qu'il n'y ait que du vide, du creux derrière les mots d'Une éducation libertine, mais le propos se saisit mal, très mal, derrière les soubresauts de l'intrigue. On croit souvent entendre un murmure, un simple murmure, étouffé de partout par le récit en lui-même. Le roman soulève finalement beaucoup de questions auxquelles il n'apporte pas de véritable réponse, et j'ai terminé la lecture sur une impression mitigée. J'aurais aimé trouver derrière une narration adroite et une écriture intéressante quelque chose de fort, à la hauteur de la violence du récit et de la force des descriptions. Ce ne fut pas le cas. Par conséquent, j'ai le sentiment qu'il manque quelque chose à Une éducation libertine pour en faire un roman accompli.
A mon sens, l'ouvrage représente bien plutôt un divertissement de qualité. Pour qui a le cœur bien accroché et ne s'embarrasse pas de quelques résistances et maladresses.
Lien : http://carnets-plume.blogspot.com/2009/01/une-ducation-libertine_24...
Les Infortunes de Gaspard.
1760. Sous la canicule d'août, Gaspard fils de rien entre dans Paris pour faire fortune. La fange et la misère lui ouvrent tout grand les bras, sous la tutelle matriarche de la Seine, gorge noire de Paris qui draine sur ses rives comme sous ses eaux toute la crapule et la misère. L'héroïne c'est elle, divinité des miséreux et maquerelle des morts. C'est elle qui porte et assume la noirceur du siècle. Car l'originalité de ce roman picaresque tient en ce qu'il va à l'encontre de l'image positive des Lumières que nous avons. Ici, l'ascension ne se fait pas par la raison et l'Esprit. Depuis un siècle déjà que Dieu a déserté, on s'épanouit par les Enfers. On s'envoie en l'air avec la turpitude piétinée des corps. On gravit par les turbulences hasardeuses de la Fortune. Bref, on triomphe par le cynisme. Telle est la manière de bien former les hommes.
A travers le parcours initiatique de son jeune héros, Une éducation libertine nous tend un miroir crasseux et puant de la fin du siècle. Tantôt Charon du Fleuve Cruel, chargé d'exhumer les cadavres que charrie la misère, tantôt apprenti perruquier, amant d'infortune ou giton de coussins, croupissant sous les séries de corps gras et bleus, Gaspard nous promène sur les deux rives de la Seine à la rencontre de ces clandestins sans papiers de la grande Histoire : les prostituées, les invertis et tous les métiers de l'ombre, des équarrisseurs aux vendeurs de chanson en passant par les farines de la noblesse invertie. Grimé, violent, chaque personnage est olfactif et pictural, comme découpé dans un tableau de Goya. Chacun est un enfant de Saturne dévorant ses enfants. Saturne c'est la Seine, bien sûr, avec cette langue rouge et noire qui jouit des créatures qu'elle engendre et déchire.
Pour ce premier roman, instruit et inspiré, littéraire avant tout, Jean Bapsiste Del Amo affirme son amour particulier pour le morbide et le faisandé. Sous sa plume baroque, maniériste parfois, les corps sont enlaidis, déformés par la misère morale autant que par les ombres dévorantes du décor. Le parcours picaresque est rousseauiste : par l'amoralité de ces hommes brutaux et l'obscurantisme conquérant de leurs pulsions. Bien sûr, nul recours à la justification et à la mystification littéraire qui font la parure des Confessions. Car au-delà des Lumières et de ses moralistes, Jean Baptiste del Amo a retenu la leçon moderne de Zola et des Grands romanciers du XIXème siècle. L'écriture jouit parfois jusqu'à la saturation de l'hyperbole morbide plus proche de l'exagération zolienne que de la rigueur des Classiques. Styx plus que Jourdain, la Seine, fleuve de sang, est un Destin qui prédétermine les vies. On s'en réjouit. L'histoire se dévore, le plaisir de lecture est sans pareil. On entre dans cette odyssée baroque comme un libertin au festin d'un Rastignac en gilet rose.
A lire sans modération.
Une éducation libertine, Jean-Baptiste del Amo, Gallimard, 2008, 431 pages, 19euros.
©ameleia.
ameleia.over-blog.com pour Babelio
Lien : http://ameleia.over-blog.com/
Que voilà un roman foisonnant et hallucinant! Les péripéties racontées, le portrait de la société du 18e siècle et les caractéristiques du personnage principal, dont le cheminement inhabituel et fascinant ne peut que conduire à un dénouement tragique, tout tient le lecteur en haleine. Et que dire du pouvoir d'évocation des descriptions, pouvoir si fort que l'on souhaite parfois se fermer aux odeurs et à la crasse dans lesquelles vivent les personnages! Une oeuvre hors du commun!
Ce premier roman d’un jeune auteur est viscéral.
Paris, 1760, Gaspard, jeune adulte quimpérois par de sa ville natale, son bourbier, pour partir à Paris. Une ambition : devenir quelqu’un d’autre. Un but : sortir de sa misère sociale, de l’élevage de cochons familial source de multiples traumatismes que nous découvrons au fil du roman.
Paris, 1760, ça sent le sang, la peur, la crasse, la violence, l’indifférence.
Gaspard va découvrir la Seine, « le Fleuve », fil conducteur du roman, ce fleuve repoussant mais fascinant. Gaspard va travailler au milieu de cette eau croupie, eau transportant des cadavres, des souillures, des maladies….
Il fait partir des hommes qui arrêtent, récupèrent et remontent sur les quais les morceaux de bois acheminés par voie d’eau jusqu'à Paris.. Tâche dangereuse, traumatisante lors de la decouverte d'un crane de nourisson charié par le fleuve.
Il sera ensuite assistant perruquier, c’est au sein de cette échoppe qui va se rendre compte du pouvoir du corps, des souffrances des sentiments, de la trahison. Il va y rencontrer Etienne de V. noble trainant une réputation sulfureuse. Cette rencontre va matérialiser sa soif d’ascension. Tout devient possible et cela à n’importe quel prix. Gaspard va évoluer socialement, devenir un magnifique imposteur dans un monde qui n'est pas le sien, souffrir, faire souffrir, devenir un roc insensible, expiant la culpabilité de ce qu’il est devenu en se faisant souffrir, en tentant de se libérer de toute sa pourriture intérieur.
Nous sommes parmis ces nobles qui tuent l'ennui en se retrouvant pour s'ennuyer ensemble. Ces nobles un peu au dessus du "peuple" mais bien en dessous du but ultime : paraitre à la Cour. Ces nobles sans consistance, lâches, maléables, manipulables, jeux auquel Gaspard devient un expert tout en y laissant beaucoup trop.
L’auteur aime prendre son temps, nous décrire en un paragraphe ce que nous comprenons en deux lignes et cela est agréable. C’est le genre de roman qu’on lit tout doucement pour ne pas le finir trop vite.
Lien : http://mespetitesidees.mabulle.com/index.php/2008/10/17/161439-une-e..
Vous avez aimé Le Parfum de Patrick Suskind ? Vous en aurez pour votre argent avec Une éducation libertine, les meurtres en moins et le réalisme à son paroxysme.Ça sent d'un couvert à l'autre. Bonne lecture.