Le narrateur, qui mène une vie retirée dans la campagne irlandaise, y fait d'étranges rencontres. D'abord, quelques descendants de la famille Kean, Irlandais qui ont fait fortune en Amérique. Ils sont deux frères et deux surs : ... > voir plus
Philippe Marchal est venu se réfugier en Irlande après la mort de son fils. Ses seules distractions sont les visites du docteur Scully dans son vieux taxi mauve et les parties de chasse avec Jerry Kean, un jeune Américain. Mais cette vie tranquille, faite d'amitié et de silence, est bouleversée le jour où Philippe Marchai fait la connaissance du mystérieux Taubelman et de la troublante Sharon...
U récit envoûtant et plein d'atmosphère qui a pour cadre la sauvage Irlande, la nature, les tensions politiques, les complots de l'IRA, les soirées bien arrosées au pub.
On est capté par la dimension psychologique intense des personnages, qui présentent tous une certaine "insularité spirituelle", en accord avec le cadre géographique, tant ils paraissent soucieux d'échapper au conformisme social et aux pressions collectives.
Une oeuvre magnifiquement adaptée au cinéma par Yves Boisset avec l'interprétation remarquable de Charlotte Rampling et du regretté Philippe Noiret.
Difficile par les temps qui courent de s'intéresser à tous ces oisifs. Toutefois, la description de l'Irlande vaut le mal qu'on se donne pour terminer le livre.
Retourner en Déonie. Car Michel Déon, c'est, pour reprendre la si belle et juste formule de Pol Vandromme, « un canton de ma sensibilité ». Parce que nous croyons à ses personnages : nous respirons encore le goût de leur chair. Parce que la rencontre avec un livre de Michel Déon est une grande rencontre. Parce qu'il a soutenu le droit au plaisir, à l'émerveillement, au goût de connaître. Lire Michel Déon est un sentiment. Interviouwe:
Maintenant que j'écris cette histoire tandis qu'elle s'achève après un hiver doré, je sais qu'une vérité viscérale a besoin de se faire jour en nous, que seuls certains êtres sont capables de nous l'arracher ou certains signes de la provoquer et qu'il importe de ne pas l'étouffer si l'on ne veut pas être rongé. Elle crée la vie, notre vie, un douloureux enfantement jusqu'à la mort, un mélange de désespoir et d'exaltation sans lequel rien n'aurait de sel.
Je ne veux pas répondre à votre question ainsi sans me parler d'abord dans la tête. J'aimerais vous revoir. Il me faut penser à vous. J'ai très envie d'être seul pour cela, mais vous savez, malgré toute ma volonté, la solitude est la chose la plus difficile à protéger...
En parlant avec les conspirateurs de l'IRA qui ne faisaient devant moi aucun mystère de leurs projets, en découvrant au fond des campagnes dans les pubs de Galway, d'Athlone, de Limerick où nous nous arrêtions pour reprendre notre souffle, cet éventail de caractères absurdes, magnifiques, irrésistibles d'humour et de drôlerie, propres au peuple irlandais, j'explorais un microcosme qui me redonnait le goût de l'espace et de l'existence. Petit espace, petites existences, mais les passions d'alors déchaînées, le vieux rêve de l'union avec le Nord agité de nouveau après un court sommeil, tout me rendait une curiosité que j'avais bêtement crue éteinte. Si, par moments, la vie semblait s'enliser dans un morne ennui, nous savions qu'un rien, une étincelle pouvait déclencher le tonnerre.
C'est fou ce que les hommes ont le goût du travail inutile, du plaisir imbécile, comme ils aiment s'entourer de signes qui prolongent leur enfance, peut-être la seule période rassurante de leur vie.
Quant à Anne, je n'avais pas besoin de clairvoyance pour comprendre en quoi elle ruinait la grande songerie commencée ces derniers mois lorsque j'étais venu m'enterrer vivant à Inishgate. Au fond, j'avais rarement été aussi heureux dans ma vie que pendant la demi-heure où je l'avais tenue évanouie dans mes bras. Et il me restait à retrouver au fil des heures toujours anxieuses de la nuit, la saveur, infiniment douce, de sa joue effleurée à l'hôpital. Epuisante songerie qui ne s'niterrompit qu'à l'aube avec les cris d'un vol de corbeaux et le piétinement de souris de Mrs Colleen préparant sa première tasse de thé de la journée.