ISBN : 2070130827
Éditeur : Gallimard (2011)


Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres
Mornau est né à la campagne.
Près d'une autoroute. Après les jeux de gamin, les défis tordus de l'adolescence, fatigué de l'endroit, il monte à Paris. Déchargeur aux halles par défaut, il s'ennuie. Jusqu'à une rencontre : celle qui déterminera toutes les autres. ... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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  • Par JS-KM, le 05 mars 2012

    JS-KM
    Ca faisait longtemps que je voulais lire un di Rollo. Les thématiques abordées, les objets en eux-mêmes (les éditions au Bélial sont superbes), la juxtaposition fantastique d'un éléphant qui rode dans une ville en ruines, sur un thème de fin du monde ... (Meddik, si je ne dis pas de bêtises)

    Il y a eu Bankgreen, il y a peut-être déjà un an (moins ? plus ?).

    Puis la parution de ce roman chez Gallimard, dans la "Série Noire", au nom intrigant ; Préparer l'enfer.



    C'est un décor qui se met en place sans bruits, avec une sorte d'évidence : une France de 2022, que l'on n'a guère le temps d'apercevoir. C'est l'évidence même. Nous sommes dans le présent ; c'est à notre porte, comme 2022 le sera en 2022, sans aucun pouvoir évocateur. Une date que l'on peut recouper, avec précision, d'après les informations distillées dans le roman. Et en premier lieu en découvrant cette France grise ; grise comme quelque chose qui aurait à voir avec l'air du temps. Mais sans emphase, comme on le respire, une fois encore, au présent.

    Ce qui occupe la France, c'est le bruit de fond que génère la perspective des prochaines élections présidentielles, et du résultat d'un second tour. On apprend que le pays a, en son temps, une nouvelle fois élu le Petit. Puis qu'il a donné sa voix à un candidat socialisant, pour un autre quinquennat. Et c'est ce dernier, en lice pour sa propre succession, qui affronte le candidat Saulnier. Candidat du Parti Franc. Que tous les pronostics voient vainqueur.

    Mornau est un de ses chiens de garde. Il a une longue histoire à raconter ; et c'est dans le bureau d'un inspecteur qu'il le fait. Je vous laisse découvrir ce qui l'y a mené.

    Qu'est-ce qui nous intéresse le plus, dans Préparer l'enfer ? Est-ce l'enfance de Mornau ? Près d'une autoroute, dans une région désolée et surtout délaissée par les autorités ? le croisement d'un destin et d'une personnalité pour le moins particuliers, avec une forme d'engagement envers l'extrême, qui accueillera Mornau en son sein ? A moins qu'il ne s'agisse de cette réalité suspendue, sans heurts, qui voit s'élever un parti portant aux nues, dans ses rouages, la démagogie, la communication, et qui emprunte les chemins de traverse vers une nouvelle sorte de totalitarisme ?

    Ce sont des discussions, parfois un peu sclérosantes pour le roman et en même temps fascinantes par le dévoiement des signes, du langage et des concepts, qui nous enseignent ce qui porte le Parti Franc vers la gloire annoncée, et par quelles répliques, en interne, se fomente une pensée faite pour le peuple. T. di Rollo semble prendre en tenaille le jeu médiatique, les impasses auxquelles sont confrontées tous nos chers candidats à l'élection présidentielle (la vraie cette fois!), et répond à mon sens à une question qui ressemble un peu à ça : que se passe-t-il, quand les journalistes sont pris au piège de leur propre jeu d'élucidation, dans la traque systématique des vérités, l'éclairage des pouvoirs, la surveillance des crédibilités, l'institutionnalisation, finalement, de leur fonction vers des sphères qui les tient toujours davantage liés à leurs chères proies politiques ? Quand le jeu faussé, l'impuissance de tous est mise en lumière, où s'achemine-t-on, avec toujours plus de lumière à faire ? Il se dévoile une scène où nous nous demandons, nous mêmes aujourd'hui, quelle place reste-t-il à prendre. Et s'il reste la moindre place, et bien, pour quel genre de formation politique ? Pour quoi reste-t-il de la place ?

    Analyse vite torchée par un commentateur qui n'y connaît goutte, moi en l'occurrence. Mais c'est en tout cas une physionomie du changement que s'atelle à décrire T.Di Rollo, pour le pire, bien entendu. On connaît sa proverbiale noirceur (c'est à mon tour de la découvrir!) ; on retrouve, tant dans le déroulé de sa narration, dans le tristement ironique "Préparer l'enfer", et dans cette patience reptilienne qui caractérise la montée molle d'un extrêmisme politique, un épisode d'actualité lasse et désabusée, sur fonds de relents de bistrot, de vacarme d'autoroutes, de tueries mécaniques, et d'enfances faites pour chavirer. Mornau, Mornau le mort-né.

    Il est parfaitement à l'aise, se ralliera d'un haussement de sourcils au Franc, comme pour couper court à une conversation de bar, et faire taire un voisin un peu trop bavard. Non, il ne lui en faut pas plus pour continuer, comme cette France, son chemin personnel vers l'enfer, qu'il connaît si bien.



    Un roman à découvrir, même s'il ne m'a pas porté aux nues. C'est un peu stupide de le formuler ainsi, peut-être, après en avoir dressé le portrait que l'on sait ! Il n'y a pas de longueurs à proprement parler, mais des passages ou des procédés moins convaincants, comme la propagande des militants du Franc ; la rencontre dans un sous -sol de cité. le personnage de Mornau, par instants. Autant j'ai trouvé l'auteur très troublant dans les évocations adolescentes, les jalons d'une dérive déjà présente dès le plus jeune âge, autant ses "mimiques" au commissariat m'ont moins parlé.

    Que dire d'un point de vue "littéraire" ?
    Ce n'est pas glacial. C'est mort. C'est la mort, c'est la fin, et le poisson jeté sur le quai ne remue plus que par à-coups. Ca ressemble à plusieurs instantanés, jetés sur le bureau comme preuves à charges. Ca nous parle du présent, sur un ton entre laconisme et détachement, laissant le soin aux faits de parler pour eux-mêmes ; fournissant suffisamment d'indications pour que l'on ait reconnu, de source sûre et avérée, le Petit comme notre cher président de la République. Et notre Saulnier ? Quels fantômes, personnages de chairs et de sang se sont agglomérées dans l'esprit de l'auteur, pour lui donner naissance ?



    Lien : http://aussenwelt.eklablog.com/l-envers-du-decor-vu-par-thierry-di-r..
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par MissAlfie, le 27 mars 2012

    MissAlfie
    L'ouvrage tient sur deux qualités. D'une part, la construction de l'histoire est originale et bien foutue. Les chapitres alternent entre discussion entre policier et assassin et les flash-backs sur les différents épisodes de la vie de l'assassin. D'autre part, et c'est là l'intérêt majeur, c'est la construction de l'ascension au pouvoir de ce parti extrème. C'est évidemment un parti-pris, c'est parfaitement subjectif et ça sort de l'imagination de l'auteur. On notera quand même certaines similitudes avec le fonctionnement et les idées de la politique actuelle. Ca reste crédible, toutes les sphères de l'Etat sont abordées et donc, forcément, ça fait un peu peur. Préparer l'enfer propose donc une alternative crédible à l'avenir du pays. Après, si tout le monde voulait bien ouvrir les yeux sur le comportement des politiques, des journalistes et plus généralement de tout ceux qui influencent l'opinion et le vote des personnes trop facilement influençables... C'est sans doute l'objectif de l'auteur.

    Lien : http://croqlivres.canalblog.com/archives/2011/07/04/21470094.html
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par wakinasimba, le 10 novembre 2011

    wakinasimba
    Mornau prépare notre enfer, certe, mais aidé par une main de maître. Car c'est Brunard qui décèle en lui des talents cachés, mais surtout, un désintérêt total pour la vie humaine.
    Mais au moment où débute le récit, Mornau en a assez et se fait arrêter par un policier à qui il raconte tout, depuis son enfance jusqu'à ses assassinats "politiques".
    Au début, on ne devine rien ; et puis petit à petit, la voix se trace jusqu'au dénouement final qui n'étonne pas tant que cela car ce roman est très "noir".
    Un sacré clin d'oeil à la vie politique française à peine déguisée sous des sobriquets comme "Le Petit" pour désigner le président. Sans oublier le tir à boulets rouges sur la presse.
    L'image que je retiendrai :
    Celle de Mornau avec son parka toujours sur le dos, même au plus fort de l'été.
    A ce propos, j'aurai plutôt mis parka au féminin, pas vous ?

    Lien : http://motamots.canalblog.com/archives/2011/11/08/22596687.html
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