Lors d'une visite du bévatron de Belmont, sorte de monstrueux accélérateur de particules, Hamilton et son épouse Marsha ainsi que six autres visiteurs et leur guide sont victimes d'un accident qui les laissent blessés et inconscients. La plateforme s'effondre, l'engin implose et les gens, ayant subi un rayonnement important, se retrouvent perdus dans des univers parallèles. D'abord celui du vieil Arthur Sylvester, ultra-religieux et conservateur, puis celui de Mme Pritchett, asexué, sans bruits intempestifs ni nuisance d'aucune sorte, puis celui de Miss Reiss, paranoïaque, torturé et infiniment dangereux et enfin celui de Marsha qui correspond à la vision que les Russes de l'ère stalinienne se faisaient des Etats-Unis : un monde de voyous, de maffieux où chacun se promène avec une arme et règle tout par la violence.
De la pure science-fiction décadente, barje, allumée. Cartésiens et rationalistes s'abstenir absolument. Avec ce livre, Dick rejoint ses grands devanciers comme
Lewis Carroll ou
Boris Vian pour la fantaisie et également
Alfred Jarry (
Ubu) voire
Kafka pour l'absurde. Chaque visite de monde est un véritable régal intellectuel qui permet à l'auteur de ridiculiser les travers de la société américaine de son époque. Publié pour la première fois en 1957, cet ouvrage qui date un peu en raison des stigmates de la guerre froide et de la paranoïa qui régnait alors (chasse aux sorcières, MacCarthisme) mérite encore d'être placé parmi les meilleurs du « maître (… du Haut Château »). Humour, dialogues percutants, situations absurdes, personnages sympathiques ou caricaturaux, intrigue bien ficelée, tout y est. Et surtout clairvoyance et intelligence. Un livre qui donne à réfléchir tout en divertissant. Quoi demander de mieux ?
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