ISBN : 2895182000
Éditeur : Alto Voce (2005)


Note moyenne : 3.72/5 (sur 29 notes) Ajouter à mes livres
Canada, printemps 1989. Trois personnages à l'aube de leurs vingt ans ont quitté leur lieu d'origine pour entamer une longue migration. Né quelque part au Manitoba, Noah Riel a appris à lire avec les cartes routières. Après dix-huit ans d'errance dans les Prairies, il t... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 25 août 2011

    LiliGalipette
    De 1989 à 1999, trois personnages errent entre Montréal et le reste du monde. On découvre le Canada dans les grandes largeurs et on s'initie aux miracles des services postaux. « Montréal ne serait-elle qu'une poste restante parmi tant d'autres ? » (p. 101) On farfouille dans les poubelles, on se dégoûte de la consommation tout en se régalant d'intertextualité subtile.
    Il y a tout d'abord un libraire à Montréal, narrateur anonyme qui s'adresse directement au lecteur. « Mon nom n'a pas d'importance. Tout débute au mois de septembre 1989, vers sept heures du matin. » (p. 11) On se demande un peu ce qui commence, entre trente sacs poubelles et quelques souvenirs. « Mais toute cette histoire, puisqu'il me faut la raconter, a commencé avec le compas Nikolski. » (p. 13) Ce compas pointe étrangement 1,5 m à gauche du Nord magnétique, « sur Nikolski, un minuscule village habité de 36 personnes, 5000 moutons et un nombre indéterminé de chiens. » (p. 21) Mais tout au long de l'histoire, on ne mettra pas un pied dans ce lieu perdu…
    On rencontre ensuite Noah, descendant d'une tribu chipeweyan, qui abandonne la vie nomade qu'il a toujours menée avec sa mère pour s'installer à Montréal. « Il ne partageait pas le Glorieux Imaginaire Routier Nord-Américain. de son point de vue, la route n'était qu'un étroit nulle-part, bordé à bâbord et à tribord par le monde réel. » (p. 45) Noah veut devenir archéologue et se spécialise dans l'histoire étrange des poubelles. En creusant les couches de déchets, il part à la recherche des origines. Les siennes lui font défaut et le tourmentent quelque peu. « Son arbre généalogique était comme tout le reste : une chose fugace, qui fuyait avec le paysage. » (p. 36) Ce n'est que quand l'arbre s'allonge d'une nouvelle branche que Noah comprend où est sa famille.
    Il y a enfin Joyce qui veut honorer la mémoire de ses ancêtres et devenir flibustier des temps modernes. « Peu à peu, l'ambition de perpétuer les traditions familiales s'insinua dans son esprit. Il lui semblait inconvenant que l'arrière-arrière-petite-fille d'Herménégilde Doucette consacrât sa vie à éviscérer des morues et faire des devoirs de sciences naturelles. Elle était destinée à devenir pirate, morbleu ! » (p. 61) Loin des galions et des abordages sabre au clair, elle se fait pirate informatique en bricolant des machines qu'elle construit de toutes pièces en fouillant les poubelles montréalaises.
    Il est beaucoup questions d'arbres généalogiques, d'évolution, d'hérédité, de transmission, d'héritage et de postérité. La paternité surtout est interrogée et traitée comme une identité à part entière, identité douloureuse s'il en est, pour le père comme pour l'enfant. « de tous temps, la paternité a constitué un concept volatil. Au contraire de la maternité, que le caractère spectaculaire de la grossesse légitime de facto, la paternité manque de tangibilité. Aucun témoin oculaire ne peut plaider la cause du géniteur, aucun accouchement ne prouve son lien avec l'enfant. le statut de père n'a réellement touché la terre ferme qu'avec l'apparition des tests d'ADN, une consécration somme toute peu glorieuse puisque le géniteur, en recourant à ce procédé pour ainsi dire judiciaire, admet son incapacité à faire reconnaître son statut par la diplomatie traditionnelle. En brandissant les résultats d'analyse, il consolide sa paternité biologique mais sacrifie, dans la foulée, sa paternité sociale. » (p. 221) La figure du père souffre oscille ici entre absence et inconsistance en la personne mythologique de Jonas Doucet.
    Dès les premiers chapitres, l'auteur lance trois lignes à l'eau et trois gros poissons remontent le courant. Ils viennent grosso modo du même banc. le narrateur anonyme, Noah et Joyce se croisent sans toujours se rencontrer dans les rues de Montréal et ailleurs, par-delà le temps et autres limites. Ce roman va à vive allure et la décennie qui sert d'arrière-plan passe comme un claquement de doigt. La quatrième de couverture annonce un « récit pluvieux, où l'on boit beaucoup de thé et de rhum bon marché. » Nikolski est un roman doux-amer, dont l'humour subtile est teintée de philosophie bouffonne : « Où vont les vieux IBM mourir ? Où se trouve le cimetière secret des TRS-80 ? le charnier des Commodores 64 ? L'ossuaire des Texas Instruments ? » (p. 112) Les trois personnages sont attachants et rappellent un peu le voisin loufoque qui a un jour ou l'autre partagé notre pallier. Ce roman est une belle découverte, servie par une plume habile et fraîche.
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    • Livres 2.00/5
    Par SebastienFritsch, le 25 avril 2012

    SebastienFritsch
    Cet auteur-là sait écrire, c'est indéniable. Il manie très habilement un langage vif, imagé, souvent amusant, qui sait tout aussi bien nous peindre des décors de grands espaces ou de villes, nous évoquer des états d'âmes de fin d'adolescence, ou nous faire part avec la plus grande précision (mais sans être ennuyeux) de considération cartographiques, archéologiques, ethnologiques, informatiques, ichtyologique, etc. Mais là encore, le style vivant et piquant sait faire sourire, même sur des digressions de ce genre.
    La trame du roman en elle-même est un voyage. Un voyage entre trois vies, un voyage sur une décennie (de 1989 à 1999), un voyage qui ramène toujours aux rues de Montréal, quel que soit le point de départ : les plaines de la Saskatchewan, un village de pêcheurs de la Basse-Côte-Nord ou une librairie de la Petite-Italie. Oui, ce dernier lieu est lui-même situé dans Montréal, mais le personnage qui y passe ses journées a une telle propension à divaguer qu'il semble souvent revenir de très loin. A moins qu'il revienne simplement des livres.
    Mais la métropole québécoise n'est pas le seul point commun des trois vies que Nicolas Dickner nous invite à suivre. Il y a aussi l'âge de ces deux garçons et de cette fille (environ 20 ans en 1989, première époque du roman). Il y a aussi leur état d'esprit, leurs airs un peu paumés, leurs envies de changer d'air, peut-être pour changer de vie, peut-être pour simplement retrouver les repères de la vie qui aurait dû être la leur, si... si l'autre point commun de leur existence n'avait pas disparu.
    Cet autre point commun, que je cite en dernier mais qui est fondateur de tous les autres, s'appelle Jonas Doucet. Oncle de la jeune fille, il est géniteur (peut-on dire père?) des deux garçons. Deux garçons qui ne se connaissent pas, puisqu'ils n'avaient aucune raison de se rencontrer : ils sont nés de deux mères différentes, au hasard des pérégrinations de ce baroudeur de Jonas Doucet. Aucun de ces deux demi-frères ne connait ce géniteur, pas plus que leur cousine, d'ailleurs.
    Et les repères que recherchent ces trois jeunes, de même que leur mal-être, lié à leur mode de vie solitaire, de même que tout leur comportement et leurs choix, semblent influencés par cet invisible parent.
    Mais que trouveront-ils de significatifs au cours de leurs recherches ? Un métier ? un rôle ? une mission ? une relation ? une passion ?
    Et ce qu'ils trouveront est-il vraiment ce qu'ils cherchaient ?
    Et ce qu'ils trouveront leur permettra-t-il de se satisfaire ?
    Et ces trois recherches personnelles trouveront-elles entre elles un lien, un point de croisement, que la ville de Montréal semble pouvoir être ?
    Je me suis posé toutes ces questions. Quelques réponses sont données. Mais beaucoup restent en suspens.
    Pourtant, on continue la lecture : portraits plaisant, ambiance bien dépeintes, style vif, imagé, amusant m'ont entraîné encore avec plaisir de page en page.
    Et c'est ce qui reste, une fois le roman refermé : le style. Mais il reste aussi, malheureusement, l'impression que Nicolas Dickner a ouvert beaucoup de pistes sur lesquelles il n'a pas suffisamment avancé : des motivations pour ses personnages, leurs états d'âmes, la réalisation de certains de leurs projets, la succession de certains évènements qui devraient être forts, tout cela est traité avec beaucoup de superficialité.
    Et dans ce contexte, les quelques hasards qui tombent du ciel (pour parfois ne pas mener très loin), semblent encore plus futiles. Comme des petites touches de peinture rajoutées sur la belle toile que Nicolas Dickner nous offre. Mais son art de l'écriture aurait été mieux employé si on avait pu trouver, derrière la toile, un peu plus de consistance.
    En fin de compte, il s'agit quand même d'un bon roman pour ses ambiances, pour sa découverte de certains lieux et de certaines habitudes. Grâce à cela et à la plume de son auteur, j'aurais envie de suivre Nicolas Dickner dans ses prochains romans. Au moins pour voir s'il saura faire oublier ce petit défaut du premier en approfondissant un peu plus ses sujets.
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Citations et extraits

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  • Par LiliGalipette, le 25 août 2011

    « De tous temps, la paternité a constitué un concept volatil. Au contraire de la maternité, que le caractère spectaculaire de la grossesse légitime de facto, la paternité manque de tangibilité. Aucun témoin oculaire ne peut plaider la cause du géniteur, aucun accouchement ne prouve son lien avec l’enfant. Le statut de père n’a réellement touché la terre ferme qu’avec l’apparition des tests d’ADN, une consécration somme toute peu glorieuse puisque le géniteur, en recourant à ce procédé pour ainsi dire judiciaire, admet son incapacité à faire reconnaître son statut par la diplomatie traditionnelle. En brandissant les résultats d’analyse, il consolide sa paternité biologique mais sacrifie, dans la foulée, sa paternité sociale. » (p. 221)
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  • Par LiliGalipette, le 25 août 2011

    « Il ne partageait pas le Glorieux Imaginaire Routier Nord-Américain. De son point de vue, la route n’était qu’un étroit nulle-part, bordé à bâbord et à tribord par le monde réel. » (p. 45)
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  • Par LiliGalipette, le 25 août 2011

    « Peu à peu, l’ambition de perpétuer les traditions familiales s’insinua dans son esprit. Il lui semblait inconvenant que l’arrière-arrière-petite-fille d’Herménégilde Doucette consacrât sa vie à éviscérer des morues et faire des devoirs de sciences naturelles. Elle était destinée à devenir pirate, morbleu ! » (p. 61)
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  • Par LiliGalipette, le 25 août 2011

    « Mon nom n’a pas d’importance. Tout débute au mois de septembre 1989, vers sept heures du matin. » (p. 11)
    Citation de qualité ? (6 votes positifs)
  • Par LiliGalipette, le 25 août 2011

    « La librairie S. W. Gam est un de ces coins du cosmos où les humains ont depuis longtemps perdu le contrôle de la matière. » (p. 23)
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