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> Jacques Chouillet (Éditeur scientifique)
> Anne-Marie Chouillet (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253004138
Éditeur : Le Livre de Poche (1972)


Note moyenne : 3.72/5 (sur 649 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Deux personnages déambulent en philosophant. On ne sait qui ils sont. On ne sait d'où ils viennent. On ne sait où ils vont. Tout ce que l'on sait, c'est que l'un est le maître de l'autre. Bientôt on se demandera lequel...
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 07 août 2012

    Nastasia-B
    C'est toujours délicat face à un archi classique de ne pas être totalement en phase avec la majorité et d'être un peu plus tiède que les autres commentateurs, mais force m'est, si je veux être honnête avec moi-même, d'être plus nuancée dans l'éloge que nombre d'entre-vous. Qui suis-je pour émettre un avis sur ce monument? J'aurais tant aimé pouvoir m'enthousiasmer comme souvent cela m'arrive sur les romans du XVIIIème. de plus, Diderot a tout pour plaire, le style, la finesse, l'envergure d'esprit. Aussi suis-je bien triste de ne pas avoir tant goûté la saveur du suc intime de cet ouvrage tant vanté par Kundera.
    À n'en pas douter, Diderot est un grand esprit et il soulève moult questions pénétrantes au travers des pérégrinations de Jacques (le valet) et son maître, un couple de héros à la manière de Don Quichotte et Sancho Pança. Comme dans Don Quichotte, la sagesse et l'usage du monde sont plus développés chez le valet que chez le maître, mais à la différence de l'ingénieux hidalgo, ici, Jacques possède également le grain de folie ou de roublardise qui donne la saveur au roman. le maître ici n'est donc qu'un faire valoir pour le valet qui analyse tous les aléas de son existence au crible de la fatalité "il était écrit sur le grand rouleau que cela se passerait ainsi..."
    J'aimerais dire que j'ai pris un plaisir fou à le lire, mais à la vérité les fréquentes interpellations du lecteur par le narrateur sont un peu barbantes de mon point de vue et n'apportent strictement rien au propos. Les remarques du genre "j'aurai pu faire en sorte qu'il leur arrive ça, mais finalement non" ou "vous voulez la suite et bien non je vais l'entrecouper volontairement avec un autre récit qui n'a rien à voir" sont pour moi un peu fatigantes à la longue et hachent considérablement le récit.
    Finalement, l'on est content d'en découdre même s'il est vrai que c'est facile à lire, qu'il y a toujours une agréable pointe d'humour ou d'ironie sous-jacente, que Diderot a une connaissance approfondie de l'âme humaine, et ce dans les différentes classes sociales et qu'il n'hésite pas à aller sur le terrain du grivois de temps à autres. Bref, je l'ai lu d'un point de vue culturel et d'histoire de la littérature, mais je n'en ferai sûrement pas mon livre de chevet. À vous de voir, car tout ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par Pingouin, le 02 septembre 2012

    Pingouin
    Cet ouvrage m'attendait depuis quelques mois maintenant, j'attendais en quelque sorte le « bon moment » pour l'aborder. de Diderot, j'ai lu la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient ainsi que La Religieuse que j'avais tous deux beaucoup aimé ; un peu partout j'ai pu lire que Jacques le Fataliste et son maître était son roman le plus abouti, le plus magistral ; à présent, ne connaissant pas l'intégralité de son œuvre, je ne saurais prétendre à déclarer ce genre de choses, mais c'est un fait qu'il m'est permis d'affirmer non pour l'unique œuvre de Diderot, mais bien pour l'intégralité des romans qui ont parcouru les contrées de mon esprit - sans s'octroyer la première place, mais il brigue aisément une situation dans les dix meilleurs. Jacques le Fataliste est en effet une œuvre pleine de virtuosité, d'intelligence, et de génie.

    Tout d'abord, il me semble important d'aborder cette lecture en ayant bien en tête que ce n'est pas un essai - pour le coup c'est assez évident -, mais que cela implique le fait que Diderot, en écrivant, ne cherche pas à convaincre son lecteur d'adopter cette philosophie déterministe. Il essaie juste de nous donner un aperçu de ce à quoi peut ressembler une bonne application existentielle de cette manière de penser ; et même si les démonstrations de Jacques à son maître peuvent en effet convaincre le lecteur, ce n'est pas l'objectif premier du roman - voire pas un objectif du tout. Parlons du roman intrinsèque pour commencer, sans évoquer immédiatement sa portée philosophique.
    Combien de fois l'auteur-narrateur déclare-t-il « ceci n'est pas un roman » ! Et pour cause : j'ai appris, grâce aux excellents dossiers suivants l'œuvre - éditions GF - que le roman au XVIIIème siècle était une sorte de « mauvais genre », non pas en tant qu'il n'était pas lu, au contraire, il n'avait jamais eu autant de succès ; mais en ce sens que l'on voyait le roman comme un mensonge sans intérêt et susceptible d'avoir une influence mauvaise sur les goûts et les mœurs de l'époque ; Diderot ne voulait ni être un menteur, ni pervertir son époque. Je n'ai pas lu La Nouvelle Héloïse, mais - toujours d'après les dossiers du livre -, Rousseau déclarerait dans la préface de cet ouvrage : « Il faut des spectacles dans les grandes villes, et des romans aux peuples corrompus. J'ai vu les mœurs de mon temps, et j'ai publié ces lettres. Que n'ai-je vécu dans un siècle où je dusse les jeter au feu ! ». C'est assez éloquent.
    Quoiqu'il en soit, la théorie littéraire veut que Jacques le Fataliste soit un roman, alors Jacques le Fataliste roman sera - n'en déplaise à Diderot qui n'a de toute façon plus aucun moyen de le contester. Toute l'originalité vient de ce que l'auteur-narrateur interrompt constamment le déroulement des événements pour diverses raisons, nous dire que c'est bien lui qui décide de ce qu'il se passe et qu'en tant que lecteur nous en sommes totalement dépendants, nous remettre dans le contexte de l'histoire, etc. Cette manière qu'il a de nous interpeller régulièrement pour nous dire que c'est lui qui décide peut paraître agaçante, mais elle me semble très symbolique ; il ne cesse de déclarer des choses comme « Jacques et son maître peuvent faire ci, peuvent faire ça, c'est moi qui en décide » cependant que pendant tout le roman, Jacques s'évertue à déclarer que « tout ce qui nous arrive est écrit là-haut » et qu'il ne contrôle, de fait, rien. Un symbole donc, d'abord en ce sens que ce « là-haut », que l'on peut aisément considérer comme étant Dieu - ou tout autre force que vous pourrez nommer comme vous l'entendrez - pour nous, n'est autre que Diderot pour les protagonistes du roman, et ce dernier s'en amuse ; semblant par là oublier que la chose vaut finalement pour lui aussi, s'il semble décider du sort de ses personnages, une force plus puissante que lui décide de son propre sort - et il n'est pas assez stupide pour se croire au-dessus de ses personnages, il en a bien conscience, et c'est je pense la raison qui fait qu'il nous rabâche sans cesse cette contradiction apparemment inconsciente, comme pour se mettre en scène lui-même et l'humanité, tout orgueilleux que nous sommes à grands coups de « c'est moi qui décide », Diderot ironise et fait endosser ce rôle à un auteur-narrateur qui ne semble pas constater que les ficelles qui décident des actions de ses personnages dépassent ces derniers pour s'accrocher également à lui-même. C'est par ces invectives permanentes que ce roman peut être vu comme moderne, en effet, le XXème siècle s'est beaucoup évertuer à analyser la façon dont se fait un roman, mais il ne faut pas oublier le contexte et l'époque de la création de celui-ci.

    Le précédent paragraphe qui voulait se limiter au pur roman n'a pu s'empêcher de déborder sur la philosophie qu'il contient, sans doute que les deux sont tellement entrelacés qu'il est impossible de les séparer. Parlons-en plus clairement de cette philosophie : elle semble toute entière provenir du capitaine de Jacques - qui n'est pas son maître - et qui « savait son Spinoza par cœur », là encore, plein d'ironie, Diderot se moque de ceux qui pensent que la philosophie n'est que le fait de se costumer d'un cadavre - comme les Aztèques qui, lors de cérémonie religieuse, sacrifiaient une enfant avant de revêtir certaines parties de son corps mort. La philosophie n'est pas une simple accumulation de connaissance : elle est création permanente. Elle ne peut pas se contenter de disséquer des morts - d'obtenir une parfaite connaissance d'une ou de plusieurs philosophies précédentes -, elle doit créer. Quoiqu'il en soit, selon Jacques et son capitaine, tout est nécessaire. Rien ne naît de rien, il n'y a pas de libre arbitre, « tout est écrit là-haut » sur « le grand rouleau » ; quant à savoir qui l'écrit, peu importe, ça ne modifie en rien le déterminisme total. Rien ne sert à Jacques de courir lorsqu'il est poursuivi par des voyous s'il n'en a pas envie : s'il doit s'en tirer, il s'en tirera ; sinon, rien ne sert de lutter, cela ne fera que le fatiguer. Une sorte de résignation joyeuse en résulte, si le capitaine de Jacques savait son Spinoza par cœur ; Diderot savait son stoïcisme, si ce n'est par cœur, en bonnes conditions.
    L'auteur ne cherche pas à nous convaincre, mais il peut tout de même y arriver, puisque nous assistons souvent à une conversation entre le maître et Jacques qui, lui, souhaite convaincre son maître ! L'une des plus éloquentes démonstrations est la suivante et est connu de Jacques de par son capitaine : « si vous voulez librement, essayez de vouloir vous jeter de votre cheval à terre » ; le maître, tout orgueilleux qu'il est, déclare que, bien que ce ne soit pas une perspective des plus réjouissantes, il pourrait tout à fait le faire et donc le vouloir ; « mais mon maître, lui répond Jacques, vous ne voyez pas que sans ma contradiction et sans ce souhait de votre part de prouver votre liberté, il ne vous serait jamais venu à l'idée de vous jeter de votre cheval et de vous rompre le cou ? C'est donc moi qui vous prend par le pied, et qui vous jette hors de selle. Si votre chute prouve quelque chose, ce n'est donc pas que vous soyez libre, mais que vous êtes fou. » Il lui dira un peu après, toujours depuis cette même attitude provocatrice et hilarante, qu'il n'est ainsi pas libre de vouloir aimer une guenon. Les sentences pleuvent : on passe notre vie à vouloir sans faire ; et, peut-être plus important, à faire sans vouloir.
    Ne lisez pas ce qui va suivre si vous souhaitez garder intacte l'intrigue romanesque, quoique le quatrième de couverture l'assassine déjà. L'autre modification passionnante qui a lieu, c'est ce rapport qu'entretiennent Jacques et son maître, si le maître peut se targuer d'avoir ce titre officiellement, dans les faits, c'est bien Jacques qui s'en réclame. Et ce en tant qu'il éduque ce « maître » à sa philosophie ; parce qu'il prend les décision la plupart du temps également. le maître, après que Jacques eut théorisé la chose, malin, déclare qu'il vaudrait mieux pour lui avoir la place de Jacques ; mais comme le dit ce dernier, en y prétendant, il renoncerait à son titre tout en ne pouvant pas y parvenir, parce que « ce n'est pas écrit là-haut »... Il devra donc bien s'en arranger, de cette ingrate position de maître, le pauvre ! En évoquant l'œuvre il m'arrive souvent de la nommer en ces termes : Jacques le maître et - à ce moment là je me rends compte que ce n'est pas ça et je m'arrête. Mais au final, je pourrais continuer, car une fois achevé, le roman pourrait tout à fait s'appeler « Jacques le maître et son Fatalisme ».

    Comme d'habitude, je suis bien insatisfait de cet écrit, j'ai le sentiment d'omettre le principal, ou l'important, à tout le moins... Mais qu'y peut-on, s'il est écrit là haut qu'en ma condition présente, à l'heure qu'il est et dans la situation où je me trouve, je ne ferais pas mieux, rien ne sert de me rebeller !
    Bref, c'est l'œuvre d'un virtuose que nous avons là, Diderot s'amuse des intrigues, du lecteur et de la philosophie comme personne, toute une partie de l'histoire de la philosophie prétend qu'un déterminisme total nous enveloppe tous dans sa puissance infinie, vous y souscrirez ou pas ; toujours est-il que Jacques y a souscrit et qu'il est sans doute le héros qui illustre le mieux cette manière de pensée - le plus puissant personnage conceptuel du déterminisme, comme aurait pu dire Deleuze. A lire donc absolument, même si c'est pour vous en démarquer, ceux que la philosophie n'intéressent pas, aussi fous soient-ils, devraient également se satisfaire d'un tel ouvrage, car il dépasse de beaucoup la discipline qui le permet ; au-delà du « roman philosophique », nous avons là en effet un excellent roman.
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    • Livres 5.00/5
    Par JacobBenayoune, le 09 novembre 2013

    JacobBenayoune
    Sans doute l'un de mes romans préférés!
    Des personnages sans destination, parcourant des lieux divers, affrontant des aventures "fortuites", discutant et philosophant...et un narrateur omniprésent qui mène une discussion avec le lecteur.... et les amours de Jacques?
    J'aime beaucoup ces couples (maître-serviteur) que j'ai retrouvés avec un grand plaisir dans le roman sur Palomino de Vargas Llosa (qui lui aussi, comme Kundera, admire ce roman) avec le couple Lituma-Silva. Une tradition assez communes : Pantagruel et Panurge, Don Quichotte et Sancho...les dialogues y sont drôles, familiers et intéressants; et représentent des visions assez singulières des choses les plus communes!
    Le dialogue est omniprésent; une théâtralisation que mène Diderot dans son roman, lui le dramaturge entre autre (la plupart de ses livres sont des dialogues d'ailleurs). Ce procédé lui permet de développer ses idées philosophiques d'une manière plus simple (sur la fatalité surtout), mais aussi de présenter le pour et le contre, les visions les plus opposées (toutes les idées peuvent être soutenues de deux différentes manières; et les deux sont plausibles, comme il le dit lui-même quelque part dans son roman)
    Le deuxième procédé employé est celui de la digression. Ainsi l'histoire des amours de Jacques est interrompue sans cesse par d'autres événements inattendus (des brigands, le mauvais temps, d'autres histoires d'amour, de vengeance, de trahison, d'autres rencontres et d'autres discussions...). A un moment donné, on oublie les amours de Jacques et on suit les autres aventures tellement c'est captivant et drôle (on se dit parfois que ce rusé de Diderot va terminer son roman sans nous raconter les amours de Jacques). Ce procédé me rappelle "Les Mille et une nuits" qui regroupent d'interminables histoires de la même veine (d'un réalisme magique). Même le roman de Diderot peut comporter d'autres péripéties jusqu'à l'infini avant de nous raconter les amours de Jacques.
    Par ailleurs, et loin de la philosophie, ce roman est un exemple du travail du romancier. La présence de Diderot comme narrateur est intéressante par ces commentaires sur le rôle de l'écrivain et du lecteur (qui peut créer un autre roman à partir du roman lu, ou même reprendre un personnage et le mettre dans d'autres histoires, ce qu'appelle Eco, le personnage migrateur). Diderot interrompt la narration au moment le plus important pour nous montrer toutes les possibilités qui s'offrent (une invitation au lecteur de recréer lui aussi les événements).
    Ce roman est un mélange plaisant de Don Quichotte, Tristam Shandy et Gil Blas. Diderot nous présente un ouvrage moderne et original qui a inspiré tant d'écrivains mais aussi une réflexion sur la liberté de l'individu et la destinée.
    J'ai lu ce roman pendant une époque que j'avais consacrée à la littérature française du XVIIIème siècle. J'ai gardé un très beau souvenir de cette lecture.
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    • Livres 5.00/5
    Par lecteur84, le 07 avril 2014

    lecteur84
    Un dialogue entre un maitre et son valet, prétexte astucieux pour parler des changements qui s'annoncent dans la société française. le monde change et Diderot le voit déjà l'annonce, la connaissance doit gouverner et non l'absolutisme...la naissance n'éclaire que sur l'origine non sur les compétences...Un plaisant moment de lecture..
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    • Livres 3.00/5
    Par Soleney, le 06 décembre 2013

    Soleney
    Jacques le Fataliste est un incontournable de la langue française. Pourtant, cela fait quatre ans que je fais des études de lettres (six avec le bac et les années lycée) et ce n'est que maintenant que je trouve enfin l'occasion de le lire ! C'est honteux…
    Alors qu'est-ce que je pense de ce grand classique ?
    En un mot : c'est confus. Les histoires s'entremêlent, s'interrompent, se reprennent… On perd rapidement le fil et c'est désagréable. Jacques commence l'histoire de ses amours mais est coupé par son cheval qui fait une embardée, puis reprend avant de s'arrêter à cause de l'endormissement de son maître. Puis ils croisent un char mortuaire et Jacques reconnaît les armes de son capitaine, du temps qu'il était dans l'armée, et commence à raconter son histoire. Mais bien sûr, il est encore coupé par la rencontre de brigands. Etc., etc.
    À la longue, c'est lourd. Et c'est extrêmement dommage, parce que chacune des histoires racontées par l'auteur est intéressante. Diderot a un style fluide, ses personnages sont complexes et profonds, et leurs dialogues sont drôles et passionnants. le fond philosophique de cette œuvre la rend également plus riche – évidemment, on est au 18e siècle, forcément que c'est philosophique ! Mais en moyenne, on suit une histoire pendant une page avant d'être coupés par l'hôtesse, qui apporte le dîner et veut raconter une aventure, puis elle est coupée par les gens de sa maisonnée qui ont besoin d'elle, elle part en promettant de revenir et de finir, Jacques embraye sur une autre histoire, son maître le rappelle à ses amours, il reprend donc là où il en était, puis il est encore coupé par un événement fâcheux, enfin l'hôtesse revient et reprend là où elle en était…
    En plus de cela, l'auteur joue. Il coupe son histoire en adressant un paragraphe au lecteur, soit pour le narguer de sa toute-puissance (en menaçant de couper l'histoire en faisant intervenir des brigands, en enlevant le maître de Jacques, en disant qu'il est parfaitement capable de finir cette histoire comme il l'entend…), soit pour se défendre d'une critique imaginaire. Il manipule les personnages à sa guise et se moque gentiment d'eux.
    Sur la fin, cependant, Diderot hache beaucoup moins son récit. Cela commence avec l'histoire de l'hôtesse du Grand-Cerf, qui n'a qu'une seule interruption, et celle du Marquis des Arcis, qui se fait d'un seul tenant ! C'était très reposant, et c'est à ce moment-là que je me suis rendue compte que lire des classiques pouvait être très agréable. Oui, j'ai pris plaisir à lire les aventures de Jacques et de son maître, je me suis passionnée pour les récits insérés et j'ai dévoré la fin de l'œuvre en deux jours.
    Donc, je conseille à ceux qui ont envie de découvrir les classiques (et qui n'ont pas peur des interruptions) de commencer peut-être par ce livre, qui est très bien écrit et intéressant.
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Citations et extraits

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  • Par Meduzantic, le 21 juin 2011

    J'ai oublié de vous dire, lecteur, que Jacques n'allait jamais sans une gourde remplie du meilleur ; elle était suspendue à l'arçon de sa selle. A chaque fois que son maître interrompait son récit par quelque question un peu longue, il détachait sa gourde, en buvait un coup à la régalade, et ne la remettait à sa place que quand son maître avait cessé de parler. J'avais encore oublié de vous dire que, dans les cas qui demandaient de la réflexion, son premier mouvement était d'interroger sa gourde. Fallait-il résoudre une question de morale, discuter un fait, préférer un chemin à un autre, entamer, suivre ou abandonner une affaire, peser les avantages et les désavantages d'une opération de politique, d'une spéculation de commerce ou de finance, la sagesse ou la folie d'une loi, le sort d'une guerre, le choix d'une auberge, dans une auberge le choix d'un appartement, dans un appartement le choix d'un lit, son premier mot était : "Interrogeons la gourde." Son dernier était : "C'est l'avis de la gourde et le mien." Lorsque le destin était muet dans sa tête, il s'expliquait par sa gourde, c'était une espèce de Pythie portative, silencieuse aussitôt qu'elle était vide. A Delphes, la Pythie, ses cotillons retroussés, assise à cul nu sur le trépied, recevait son inspiration de bas en haut ; Jacques, sur son cheval, la tête tournée vers le ciel, sa gourde débouchée et le goulot incliné vers sa bouche, recevait son inspiration de haut en bas. Lorsque la Pythie et Jacques prononçaient leurs oracles, ils étaient ivres tous les deux. [Il] prétendait que l'Esprit-Saint était descendu sur les apôtres dans une gourde ; il appelait la Pentecôte la fête des gourdes. Il a laissé un petit traité de toutes sortes de divinations, traité profond dans lequel il donne la préférence à la divination de Bacbuc ou par la gourde. Il s'inscrit en faux, malgré toute la vénération qu'il lui portait, contre le curé de Meudon qui interrogeait la dive Bacbuc par le choc de la panse. "J'aime Rabelais, dit-il, mais j'aime mieux la vérité que Rabelais." Il l'appelle hérétique [Engastrimute], et il prouve par cent raisons, meilleures les unes que les autres, que les vrais oracle de Bacbuc ou de la gourde ne se faisaient entendre que par le goulot. Il compte au rang des sectateurs distingués de Bacbuc, des vrais inspirés de la gourde dans ces derniers siècles, Rabelais, La Fare, Chapelle, Chaulieu, La Fontaine, Molière, Panard, Gallet, Vadé. [Platon] et Jean-Jacques Rousseau, qui prônèrent le bon vin sans en boire, sont à son avis de faux frères de la gourde. La gourde eut autrefois quelques sanctuaires célèbres ; la Pomme-de-pin, le Temple de la Guinguette, sanctuaires dont il écrit l'histoire séparément. Il fait la peinture la plus magnifique de l'enthousiasme, de la chaleur, du feu dont les Bacbuciens ou Périgourdins étaient et furent encore saisis de nos jours, lorsque sur la fin du repas, les coudes appuyés sur la table, la dive Bacbuc ou la gourde sacrée leur apparaissait, était déposée au milieu d'eux, sifflait, jetait sa coiffe loin d'elle, et couvrait ses adorateurs de son écume prophétique. Son manuscrit est décoré de deux portraits, au bas desquels on lit : "Anacréon et Rabelais, l'un parmi les anciens, l'autre parmi les modernes, souverains pontifes de la gourde."
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  • Par Irisa, le 16 juin 2009

    En suivant cette dispute sur laquelle ils auraient pu faire le tour du globe sans déparler un moment et sans s'accorder, ils furent accueillis par un orage qui les contreignit de s'acheminer... -Où ? -Où ? lecteur, vous êtes d'une curiosité bien incommode ! Et que diable cela vous fait-il ? Quand je vous aurai dit que c'est à Pontoise ou à Saint-Germain, à Notre-Dame de Lorette ou à Saint-Jacques de Compostelle, en serez-vous plus avancé ? Si vous insistez, je vous dirai qu'ils s'acheminèrent vers... oui ; pourquoi pas ?... vers un château immense, au frontispice duquel on lisait : " Je n'appartiens à personne et j'appartiens à tout le monde. Vous y étiez avant que d'y entrer, et vous y serez encore quand vous en sortirez." -Entrèrent-ils dans ce château ? -Non, car l'inscription était fausse, ou ils y étaient avant que d'y entrer. Mais du moins ils en sortirent ? -Non, car l'inscription était fausse, ou ils y étaient encore quand ils en furent sortis.
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  • Par Pingouin, le 30 août 2012

    Le Maître. - Vous avez sur le cœur un long et ennuyeux portrait de la veuve ; mais vous m'avez, je crois, bien rendu cet ennui par la longue et ennuyeuse histoire de la fantaisie de son enfant.
    Jacques. - Si c'est votre avis, reprenez l'histoire du père ; mais plus de portraits, mon maître ; je hais les portraits.
    Le Maître. - Et pourquoi haïssez-vous les portraits ?
    Jacques. - C'est qu'ils ressemblent si peu, que, si par hasard on vient à rencontrer les originaux, on ne les reconnaît pas. Racontez-moi les faits, rendez-moi les faits, rendez-moi fidèlement les propos, et je saurai bientôt à quel homme j'ai affaire. Un mot, un geste m'en ont quelquefois plus appris que le bavardage de toute une ville.
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  • Par Irisa, le 16 juin 2009

    Et moi, lecteur, je suis tenté de lui fermer la bouche en lui montrant de loin ou un vieux militaire sur son cheval, le dos vouté, et s'acheminant à grand pas ; ou une jeune paysanne en petit chapeau de paille, en cotillons rouges, faisant son chemin à pied ou sur un âne. Et pourquoi le vieux militaire ne serait-il pas ou le capitaine de Jacques ou le camarade de son capitaine ? -Mais il est mort. -Vous le croyez... ? Pourquoi la jeune paysanne ne serait-elle pas ou la dame Suzon, ou la dame Marguerite, ou l'hôtesse du Grand-Cerf, ou la mère Jeanne, ou même Denise, sa fille ? Un faiseur de romans n'y manquerait pas ; mais je n'aime pas les romans, à moins que ce ne soit ceux de Richardson. Je fais l'histoire, cette histoire intéressera ou n'intéressera pas : c'est le moindre de mes soucis. Mon projet est d'être vrai ; je l'ai rempli.
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  • Par Pingouin, le 27 août 2012

    Vous voyez, lecteur, que je suis en beau chemin, et qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous faire attendre un an, deux ans, trois ans, le récit des amours de Jacques, en le séparant de son maître et en leur faisant courir chacun tous les hasards qu'il me plairait. Qu'est-ce qui m'empêcherait de marier le maître et de le faire cocu ? d'embarquer Jacques pour les îles ? d'y conduire son maître ? de les ramener tous les deux en France sur le même vaisseau ? Qu'il est facile de faire des contes ! Mais ils en seront quittes l'un et l'autre pour une mauvaise nuit, et vous pour ce délai.
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Noces de charbon de Sophie Chauveau .
Voir l'émission : http://www.web-tv-culture.com/noces-de-charbon-de-sophie-chauveau-581.html Lippi, Botticelli, Vinci, mais aussi Fragonard ou Diderot. Sophie Chauveau est connu notamment pour ces biographies romancées qui ont connu de beaux succès en librairie. En 2013, Sophie Chauveau puise dans son histoire personnelle avec « Noces de charbon ». de la fin du XIXème siècle aux barricades de 1968, deux familles sur 5 générations. Dans l'enfer des mines de charbon, tout les sépare mais la vie se chargera de les réunir malgré eux. « Noces de charbon » de Sophie Chauveau est éditions Gallimard. Sophie Chauveau est sur WTC.








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