La Religieuse
Denis Diderot
Gallimard
Pour expier la faute de sa mère - une aventure extraconjugale -, Suzanne, fille illégitime du couple Simonin, est contrainte de prononcer des vœux qui la condamnent à la vie religieuse.
Le roman de
Diderot raconte à la première personne du singulier, sous la forme de confidences, les infortunes de la jeune fille dans les trois couvents où elle a séjourné – Sainte-Marie, Longchamp, Sainte-Eutrope -.
Le récit est une longue lettre adressée au marquis de Croismare, Suzanne lui demande secours, une fois qu'elle est parvenue à fuir de ces saints lieux de perdition.
Lors de sa publication en 1796 – douze ans après la mort de l'auteur -, le livre fit grand scandale.
La Religieuse fut cependant rédigée principalement en 1780 et publiée par feuilletons dans La Correspondance littéraire – périodique confidentiel destiné à l'aristocratie éclairée de l'époque - entre 1780 et 1782. le roman est considéré comme une œuvre majeure de la littérature anticléricale, bien que son propos soit plus riche.
Diderot s'en prend à un des préceptes de l'Ancien Testament qui prétend que les enfants doivent payer pour les fautes de leurs parents – jusqu'à la troisième et quatrième génération -. C'est en fait un prétexte pour dénoncer les pratiques singulières et malsaines qui sévissaient dans certains couvents. En effet
La Religieuse s'inspire du témoignage d'une jeune fille (Marguerite Delamarre) enfermée par ses parents au couvent de Longchamp ; elle était, à l'instar de Suzanne Simonin, le fruit d'un amour illicite entre sa mère et un homme qui n'était pas son mari.
Diderot contrairement à la narratrice était athée, mais c'est à travers elle qu'il charge contre la religion de l'intolérance et de la perversion.
La jeune nonne, ne supportant pas cette vie d'enfermement qu'on lui a imposée, décide de rompre ses vœux avec l'aide d'un avocat, maître Manouri. Dès lors, prise en grippe par sa Supérieure, elle devient le bouc-émissaire de la communauté de Longchamp, elle est victime de harcèlements, de maltraitances, des plus viles humiliations ; sa vie ressemble à un enfer.
Grâce à son directeur spirituel et à son avocat elle parvient néanmoins à changer de couvent, mais cette fois-ci on lui attribue le rôle de la favorite, l'objet du désir de sa nouvelle Supérieure, une nonne libertine et lascive aux penchants saphiques.
Elle parvient à s'échapper du couvent ; au moment de la rédaction de son témoignage, elle attend avec désespoir l'aide du marquis de Croismare.
Diderot a fouillé dans le plus sordide et le plus sale de l'âme humaine, mais ces perversions qu'il dépeint, en empruntant la voix innocente de Suzanne, sont le fruit pourri que fait germer la religion catholique.
Il s'attaque à une institution dont le premier des fondements va à l'encontre de l'essence même de l'homme : la négation de la Liberté. L'obédience et l'asservissement à Dieu avilit l'homme et l'éloigne de son accomplissement ontologique. Si l'on enlève la liberté aux hommes, on les détourne de leur humanité ; cela conduit fatalement vers le vice et l'inhumanité.
Il faut considérer
La Religieuse comme un livre à thèse dont les feuillets ont été rassemblés par les amis de
Diderot quelques années après sa mort ; les quelques maladresses stylistiques donnent parfois à l'œuvre un aspect quelque peu inaboutie, notamment dans les dernières pages du roman – à partir de la mort de la Supérieure de Sainte-Eutrope -, mais cela confère au témoignage de Suzanne Simonin un caractère plus fort et authentique qui ne dessert en rien les propos du philosophe.
Diderot dénonce le fonctionnement hypocrite de toute une société qui, même pendant ces années agitées que connait la France de la pré-Révolution, est sous le joug idéologique et moral de la religion catholique.
Les infortunes de la belle Suzanne rappellent les perversions littéraires du marquis de
Sade qui publie ses premiers textes dès 1791.
La Religieuse est avant tout un hymne à la Liberté et au droit de choisir son destin, en refusant la destinée sociale, religieuse ou politique qu'on impose aux hommes – et surtout aux femmes comme d'habitude... - sous couvert d'une éthique religieuse dont on nous refuse encore aujourd'hui le droit de questionner les fondements philosophiques.
Une œuvre-clé de la littérature française qu'il faut lire à tout prix !
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