> Robert Mauzi (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070360571
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.92/5 (sur 90 notes) Ajouter à mes livres
Publié sans nom d'auteur, Interdit il y a quelques années au cinéma, La Religieuse fait toujours scandale ; or, ce livre, disait
Montherlant, " est à peine licencieux et n'est pas du tout frivole
mais au contraire très grave ".
Inspiré par une histo... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par aranzueque-arrieta, le 24 avril 2012

    aranzueque-arrieta
    La Religieuse
    Denis Diderot
    Gallimard

    Pour expier la faute de sa mère - une aventure extraconjugale -, Suzanne, fille illégitime du couple Simonin, est contrainte de prononcer des vœux qui la condamnent à la vie religieuse.
    Le roman de Diderot raconte à la première personne du singulier, sous la forme de confidences, les infortunes de la jeune fille dans les trois couvents où elle a séjourné – Sainte-Marie, Longchamp, Sainte-Eutrope -.
    Le récit est une longue lettre adressée au marquis de Croismare, Suzanne lui demande secours, une fois qu'elle est parvenue à fuir de ces saints lieux de perdition.
    Lors de sa publication en 1796 – douze ans après la mort de l'auteur -, le livre fit grand scandale. La Religieuse fut cependant rédigée principalement en 1780 et publiée par feuilletons dans La Correspondance littéraire – périodique confidentiel destiné à l'aristocratie éclairée de l'époque - entre 1780 et 1782. le roman est considéré comme une œuvre majeure de la littérature anticléricale, bien que son propos soit plus riche.
    Diderot s'en prend à un des préceptes de l'Ancien Testament qui prétend que les enfants doivent payer pour les fautes de leurs parents – jusqu'à la troisième et quatrième génération -. C'est en fait un prétexte pour dénoncer les pratiques singulières et malsaines qui sévissaient dans certains couvents. En effet La Religieuse s'inspire du témoignage d'une jeune fille (Marguerite Delamarre) enfermée par ses parents au couvent de Longchamp ; elle était, à l'instar de Suzanne Simonin, le fruit d'un amour illicite entre sa mère et un homme qui n'était pas son mari.
    Diderot contrairement à la narratrice était athée, mais c'est à travers elle qu'il charge contre la religion de l'intolérance et de la perversion.
    La jeune nonne, ne supportant pas cette vie d'enfermement qu'on lui a imposée, décide de rompre ses vœux avec l'aide d'un avocat, maître Manouri. Dès lors, prise en grippe par sa Supérieure, elle devient le bouc-émissaire de la communauté de Longchamp, elle est victime de harcèlements, de maltraitances, des plus viles humiliations ; sa vie ressemble à un enfer.
    Grâce à son directeur spirituel et à son avocat elle parvient néanmoins à changer de couvent, mais cette fois-ci on lui attribue le rôle de la favorite, l'objet du désir de sa nouvelle Supérieure, une nonne libertine et lascive aux penchants saphiques.
    Elle parvient à s'échapper du couvent ; au moment de la rédaction de son témoignage, elle attend avec désespoir l'aide du marquis de Croismare.
    Diderot a fouillé dans le plus sordide et le plus sale de l'âme humaine, mais ces perversions qu'il dépeint, en empruntant la voix innocente de Suzanne, sont le fruit pourri que fait germer la religion catholique.
    Il s'attaque à une institution dont le premier des fondements va à l'encontre de l'essence même de l'homme : la négation de la Liberté. L'obédience et l'asservissement à Dieu avilit l'homme et l'éloigne de son accomplissement ontologique. Si l'on enlève la liberté aux hommes, on les détourne de leur humanité ; cela conduit fatalement vers le vice et l'inhumanité.
    Il faut considérer La Religieuse comme un livre à thèse dont les feuillets ont été rassemblés par les amis de Diderot quelques années après sa mort ; les quelques maladresses stylistiques donnent parfois à l'œuvre un aspect quelque peu inaboutie, notamment dans les dernières pages du roman – à partir de la mort de la Supérieure de Sainte-Eutrope -, mais cela confère au témoignage de Suzanne Simonin un caractère plus fort et authentique qui ne dessert en rien les propos du philosophe.
    Diderot dénonce le fonctionnement hypocrite de toute une société qui, même pendant ces années agitées que connait la France de la pré-Révolution, est sous le joug idéologique et moral de la religion catholique.
    Les infortunes de la belle Suzanne rappellent les perversions littéraires du marquis de Sade qui publie ses premiers textes dès 1791.
    La Religieuse est avant tout un hymne à la Liberté et au droit de choisir son destin, en refusant la destinée sociale, religieuse ou politique qu'on impose aux hommes – et surtout aux femmes comme d'habitude... - sous couvert d'une éthique religieuse dont on nous refuse encore aujourd'hui le droit de questionner les fondements philosophiques.
    Une œuvre-clé de la littérature française qu'il faut lire à tout prix !

    http://faranzuequearrieta.free.fr

    Lien : http://faranzuequearrieta.skyrock.com/3084764141-La-religieuse-de-De..
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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 17 janvier 2010

    chartel
    Selon son propre auteur, Denis Diderot, le roman "La religieuse" est une « effrayante satire des couvents ». Autant dire que le célèbre encyclopédiste emploie ici toute la force de sa plume pour nous dresser un tableau accablant des « maisons closes » tant répandues en France et en Europe en plein siècle des Lumières. Tout s'oppose effectivement entre la pensée libérale de Diderot et les rigoureux principes de ces mystérieux cloîtres. Il n'est donc pas étonnant qu'il se soit appliqué à composer une œuvre pour y dénoncer les abus et les horreurs issues de l'organisation même de ces systèmes oppressifs, surtout quand on sait que sa propre sœur y fut internée et y perdit la raison puis la vie.
    Un concours de circonstances lui permit de se lancer dans l'entreprise sous forme de lettres écrites à un ami, le marquis de Croismare, par une certaine sœur Marguerite Delamarre, véritable religieuse ayant voulu rompre ses vœux pour retrouver sa liberté. L'ami mystifié se prit si bien au jeu que Diderot fût contraint, au fur et à mesure que la correspondance se prolongeait, de donner corps à cette jeune nonne désespérée par la vie des couvents. (Toute cette histoire est très bien expliquée dans la préface de Claire Jaquier).
    Diderot donne donc voix à son roman par l'intermédiaire de la jeune sœur Suzanne Simonin composant une sorte de journal intime rédigé afin de mettre à jour tous les vices cachés derrières les noires murailles de communautés soi-disant vouées à Dieu : tortures, supplices, extorsions et harcèlements. La tableau dressé par la narratrice montre des individus rendus fous par la claustration et les privations, les seuls personnages sensés étant ceux bénéficiant de leur liberté.
    Diderot réussit à peindre une sœur n'agissant que sous le moteur de la raison, rendant les différentes mères supérieures qu'elle rencontre totalement déconcertées, car elle les confronte à l'inanité de leur prières et de leur vie. Tout ce qu'elles font n'a alors plus de sens.
    Suzanne Simonin étant la négation même de Dieu.
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    • Livres 2.00/5
    Par MALIKA, le 16 juillet 2010

    MALIKA
    Très bonne histoire mais je me suis ennuyée ...est ce du au style (un peu desuet) ou bien à l'intrigue (peu de rebondissement) ?
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  • Par vdujardin, le 28 septembre 2010

    vdujardin
    La forme du récit, comme une longue lettre adressée à un protecteur, le marquis de Croismare, passe bien en dépit de l'absence de découpage en chapitres. Par ce texte, Diderot dénonce l'Église, la pression qu'elle exerce sur la jeunesse, mais aussi le trafic des dots, les comportements inhumains. Dans le dernier couvent, la mère supérieure est clairement lesbienne, Suzanne ne se rend pas compte de ses manœuvres, mais son directeur spirituel, si. du point de vue de l'étude d'une période, il faut lire ce livre, mais j'avoue que ce n'est pas mon préféré... Je n'avais pas vu l'adaptation récente au cinéma.

    Lien : http://vdujardin.over-blog.com/article-la-religieuse-de-diderot-4375..
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    • Livres 3.00/5
    Par missmolko1, le 15 novembre 2010

    missmolko1
    Un ouvrage très plaisant
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Citations et extraits

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  • Par MarcBibliotheca, le 17 février 2010

    La réponse de M. le marquis de Croismare, s’il m’en fait une, me fournira les premières lignes de ce récit. Avant que de lui écrire, j’ai voulu le connaître. C’est un homme du monde, il s’est illustré au service ; il est âgé, il a été marié ; il a une fille et deux fils qu’il aime et dont il est chéri. Il a de la naissance, des lumières, de l’esprit, de la gaieté. du goût pour les beaux-arts, et surtout de l’originalité. On m’a fait l’éloge de sa sensibilité, de son honneur et de sa probité ; et j’ai jugé par le vif intérêt qu’il a pris à mon affaire, et par tout ce qu’on m’en a dit, que je ne m’étais point compromise en m’adressant à lui. Mais il n’est pas à présumer qu’il se détermine à changer mon sort sans savoir qui je suis, et c’est ce motif qui me résout à vaincre mon amour-propre et ma répugnance, en entreprenant ces mémoires, où je peins une partie de mes malheurs, sans talent et sans art, avec la naïveté d’un enfant de mon âge et la franchise de mon caractère. Comme mon protecteur pourrait exiger, ou que peut-être la fantaisie me prendrait de les achever dans un temps où des faits éloignés auraient cessé d’être présents à ma mémoire, j’ai pensé que l’abrégé qui les termine, et la profonde impression qui m’en restera tant que je vivrai, suffiraient pour me les rappeler avec exactitude.
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  • Par Bloodyrose, le 30 novembre 2008

    Les couvents sont-ils donc si essentiels à la constitution d'un Etat ? Jésus-Christ a-t-il institué des moines et des religieuses ? L'Eglise ne peut-elle absolument s'en passer ? Quel besoin a l'époux de tant de vierges folles, et l'espèce humaine de tant de victimes ? Ne sentira-t-on jamais la nécessité de rétrécir l'ouverture de ces gouffres où les races futures vont se perdre ? Toutes les prières de routine qui se font là, valent-elles une obole que la commisération donne au pauvre ? Dieu qui a créé l'homme sociable approuve-t-il qu'il se renferme ? Dieu qui l'a créé si inconstant, si fragile, peut-il autoriser la témérité de ses voeux ? [...] Toutes ces cérémonies lugubres qu'on observe à la prise d'habit et à la profession quand on consacre un homme ou une femme à la vie monastique et au malheur, suspendent-elles les fonctions animales ? Au contraire, ne se réveillent-elles pas dans le silence, la contrainte et l'oisiveté avec une violence inconnue aux gens du monde, qu'une foule de distractions emporte ?
    Où est-ce qu'on voit des têtes obsédées par des spectres impurs qui les suivent et qui les agitent ? Où est-ce qu'on voit cet ennui profond, cette pâleur, cette maigreur, tous ces symptômes de la nature qui languit et se consume ? Où les nuits sont-elles troublées par des gémissements, les jours trempés de larmes versées sans cause et précédées d'une mélancolie qu'on ne sait à quoi attribuer ? [...] En quel endroit le chagrin et l'humeur ont-ils anéanti toutes les qualités sociales ? Où est-ce qu'il n'y a ni père, ni mère, ni frère, ni soeur, ni parent, ni ami ? [...] Où est le séjour du dégoût et des vapeurs ? Où est le lieu de la servitude et du despotisme ? Où sont les haines qui ne s'éteignent point ? Où sont les passions couvées dans le silence ? Où est le séjour de la cruauté et de la curiosité ? On ne sait pas l'histoire de ces asiles, on ne la sait pas...
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  • Par chartel, le 16 janvier 2010

    Faire vœu de pauvreté, c’est s’engager par serment à être paresseux et voleur ; faire vœu de chasteté, c’est promettre à Dieu l’infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois ; faire vœu d’obéissance, c’est renoncer à la prérogative inaliénable de l’homme, la liberté. Si l’on observe ces vœux, on est criminel ; si on ne les observe pas, on est parjure. La vie claustrale est d’un fanatique ou d’un hypocrite.
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  • Par chartel, le 16 janvier 2010

    Les personnes religieuses ne sont heureuses qu’autant qu’elles se font un mérite devant Dieu de leurs croix ; alors elles s’en réjouissent, elles vont au-devant des mortifications ; plus elles sont amères et fréquentes, plus elles s’en félicitent ; c’est un échange qu’elles ont fait de leur bonheur présent contre un bonheur à venir ; elles s’assurent celui-ci par le sacrifice volontaire de celui-là. Quand elles ont bien souffert, elles disent à Dieu : Amplius, Domine ; Seigneur, encore davantage… et c’est une prière que Dieu ne manque guère d’exaucer.
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  • Par chartel, le 16 janvier 2010

    En vérité, je ne vivais que parce qu’elles souhaitaient ma mort. L’acharnement à tourmenter et à perdre se lasse dans le monde ; il ne se lasse point dans les cloîtres.
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