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Robert Mauzi (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070360571
Éditeur : Gallimard (16/03/1972)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 642 notes)
Résumé :
Publié sans nom d'auteur, interdit il y a quelques années au cinéma, La Religieuse fait toujours scandale ; or, ce livre, disait Montherlant, « est à peine licencieux et n'est pas du tout frivole mais au contraire très grave ». Inspiré par une histoire vécue, Diderot imagine que la religieuse Suzanne Simonin raconte ses mésaventures en 1760. Spoliée de sa dot, elle séjourne dans trois couvents successifs. La première supérieure est cupide, la deuxième est ascétique,... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (57) Voir plus Ajouter une critique
peloignon
03 décembre 2012
★★★★★
★★★★★
Diderot, c'est pour moi l'écrivain aventurier, l'écrivain de la liberté pure, toujours en mouvement, toujours vif et brillant. Il joue dans l'écriture avec une liberté admirable, toujours rempli de surprises, il aborde tout avec la même légèreté triomphante.
Il va de soi qu'un individu de ce type est très difficile à saisir car sa liberté l'entraîne toujours à explorer de nouvelles possibilités d'existences. Il a ainsi la réputation d'avoir été un matérialiste athée alors qu'il me paraît généralement plutôt comme un déiste préromantique à la Rousseau et qu'il se montre ici comme un authentique chrétien anti-clérical dans un écrit dont le bouillant Martin Luther lui-même se serait probablement délecté. L'institution clérical est en effet exposée d'une manière très réaliste par Diderot dans La religieuse sans que la foi chrétienne authentique y soit attaquée d'aucune manière, bien au contraire.
Tout le roman tient dans cette phrase : « Ah! Monsieur, si vous avez des enfants, apprenez par mon sort celui que vous leur préparez, si vous souffrez qu'ils entrent en religion sans les marques de la vocation la plus forte et la plus décidée. »(91)
Du début à la fin du roman, l'institution cherchera à s'imposer à la petite fille qui deviendra malgré elle soeur Sainte-Suzanne et cette dernière résistera irréductiblement, car elle a besoin d'exister librement. Elle résistera, bien que son coeur appartienne véritablement au Dieu chrétien avec qui elle a une relation personnelle. C'est même dans les vérités de cette religion qu'elle trouvera le courage et les raisons de résister à l'institution :
« Ce fut alors que je sentis la supériorité de la religion chrétienne sur toutes les religions du monde; quelle profonde sagesse il y avait dans ce que l'aveugle philosophie appelle la folie de la croix. ... Je voyais l'innocent, le flanc percé, le front couronné d'épines, les mains et les pieds percés de clous, et expirant dans les souffrances; et je me disais : « Voilà mon Dieu, et j'ose me plaindre!... » Je m'attachai à cette idée, et je sentis la consolation renaître dans mon coeur ».(99)
Sur le plan de l'écriture, j'ai beaucoup aimé le fait que Diderot fasse écrire ce roman par la religieuse elle-même, et qu'il la fasse interpeller fréquemment son lecteur, « vous l'avouerai-je, monsieur? », « dont vous jugerez, monsieur, comme il vous plaira », « sauf votre meilleur avis », etc. Cela donne une tournure militante au roman. Il est vraiment dommage que Diderot se mette à lui faire apostropher une personne précise à partir du milieu du roman (« Vous fûtes de ce nombre »(93)). Évidemment, il s'agit d'une histoire vraie arrivée dans le cercle de ses amis, mais il aurait pu donner une portée universelle à cette histoire particulière si il avait simplement su tenir le cap qu'il a si bien tenu dans la première partie du roman.
Il arrive aussi assez souvent qu'en cours de récit, la simplicité de ton de la religieuse laisse place à un discours d'une précision philosophique qui ne colle absolument pas au personnage. Et comme la religieuse est elle-même narratrice, il n'est pas possible à Diderot d'intercaler un « dit-elle à en termes plus simples » ou un « voilà, en résumé, ce qu'elle fit comprendre à sa supérieure » pour bien faire passer ces incongruités d'expression.
Le roman comporte donc quelques défauts, mais ces défauts peuvent être pardonnés si on considère qu'ils n'existeraient pas si l'excellence du reste ne les ferait pas remarquer. Et, peut-on exiger de la liberté pure qu'elle se conforme totalement à la position qu'elle s'amuse à prendre?
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dgwickert
08 juin 2016
★★★★★
★★★★★
1760. Suzanne, fille illégitime d'une fratrie de trois, est mise au couvent pour que ses deux soeurs légales soient correctement dotées pour leur mariage. Mais elle ne veut pas devenir religieuse. Une fois ses soeurs mariées, elle veut reprendre sa liberté. C'est sans compter sur sa mère qui veut expier sa faute en gardant Suzanne au couvent, et qui la contraint à prononcer ses voeux. Une fois dans l'engrenage, plus moyen d'en sortir... Ce ne sont que souffrances, harcèlement et martyr de la part de Mère Catherine (1) et les cinquante soeurs du couvent de Longchamp, quand la communauté apprend que Soeur Suzanne provoque des scandales pour sortir de cette prison. Soupçonnée d'être la proie du démon....etc
Magnifique ouvrage ! Pour une fois, je suis d'accord avec le"jury" de ce qui est "classique" ou de ce qui ne vaut pas la peine d'être étudié !.... Denis Diderot a travaillé ce livre entre 1760 et 1780, avec une belle écriture très actuelle.
Cette narration est inspirée d'une histoire vraie.
Au milieu du livre, le réquisitoire de l'avocat Manouri pose des questions philosophiques essentielles sur l'utilité des couvents et l'isolement des personnes (2). Sera-ce suffisant pour faire sortir Suzanne de son état ?
La formation théologique et philosophique de "l'âme de l'Encyclopédie" étaye avec assurance cette histoire poignante de David contre Goliath, digne, avec plusieurs siècles d'avance, d'un bon thriller actuel de John Grisham comme le maître du jeu, ou l'ombre de Grey Mountain.
(1) Mère Catherine, d'après la description détaillée de Diderot, serait actuellement une perverse narcissique.
(2) Je trouve que Diderot, qui évolue tout au long de sa vie sur la question religieuse, se rapproche du déïsme ou du christianisme anti-liturgique dans ce livre.
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isabelleisapure
14 janvier 2017
★★★★★
★★★★★
Ma première lecture de « La religieuse » a été consécutive au scandale provoqué par le film de Jacques Rivette qui fut interdit pendant 2 ans.
Je n'ai jamais vu ce film, mais le battage médiatique lors de sa sortie m'avait donné envie de découvrir ce roman.
Nous étions en 1967.
J'étais une jeune étudiante crédule et rêveuse et je me souviens très nettement de mon émotion et de ma révolte sur le sort de cette pauvre jeune fille contrainte de vouer sa vie à Dieu, pour expier la faute de sa propre mère.
Il m'a fallu 50 ans pour rouvrir ce livre.
Ma lecture en est bien différente. Je me suis maintenant attardée davantage à l'étude précise et sans concession que Diderot fait de la religion catholique.
Il évoque sans détour l'expérience de la narratrice sur la cruauté qui régnait dans les institutions monastiques et de sa découverte de l'érotisme et de la spiritualité.
« La religieuse » est une relecture assez fidèle au souvenir que j'en avais.
Une phrase m'a particulièrement marquée :
« Faire voeu de pauvreté, c'est s'engager par serment à être
paresseux et voleur ; faire voeu de chasteté, c'est promettre à Dieu l'infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois ; faire voeu d'obéissance, c'est renoncer à la prérogative inaliénable de l'homme, la liberté. Si l'on observe ces voeux, on est criminel ; si on ne les observe pas, on est parjure. La vie claustrale est d'un fanatique ou d'un hypocrite. »
Je me pose une question en refermant ce livre : comment serait perçu un tel pamphlet s'il était écrit en 2017 où le politiquement correct est presque une règle dès qu'il s'agit de religion ?

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PiertyM
21 novembre 2014
D'un langage simple et fluide, La Religieuse est un mémoire rédigé par une adolescente. Elle nous fait part de son séjour, en tant que religieuse, dans les différents couvents de religieuses où elle expose tout nettement l'ambiance qui parait comme une espèce de trou de la vie surtout pour celle qui n'avait jamais eu vocation de devenir soeur religieuse...
En effet, Suzanne va découvrir, à force de résister à devenir religieuse, qu'elle est le fruit d'un adultère, que Mr Simonin qu'elle a toujours considéré comme son père, en fait, ne l'est pas. Raison pour laquelle ses deux soeurs vont pleinement bénéficier de grosses dots venant de l'héritage de leur père et à elle, on lui demandera de porter la croix de sa naissance c'est-à-dire devenir religieuse afin d'expier les péchés de sa mère...alors va commencer un long calvaire pour cette âme innocente, naïve mais tellement perspicace qu'on se rendra compte qu'elle se perd, que l'éveil de son intelligence se perd, qu'elle n'est pas là à la place qu'il faut...
On découvre dans ce livre la contradiction qui peut exister entre les lois établies et la gouvernance sensée les mettre à exécution car le gouvernant peut se considéré comme seul maître, il peut se saisir des lois et les tordre à sa volonté disant s'asseoir simplement dessus. On en a vu la différence entre les trois mères supérieures que va connaitre Suzanne. Chacune d'elle marche sur les lois à sa guise, de telle façon que dans certains cas, on se demande est-ce recommander par la religion? Et cette vie cloîtrée qui engendre bien des conséquences néfastes pour certaines personnes qui ne sont pas faites pour ce genre de vie, ce qui peut entraîner certaines perturbations psychologiques...
Un livre profond mais qui se lit aussi facilement!
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Luniver
07 juillet 2014
★★★★★
★★★★★
Depuis sa petite enfance, Suzanne est malmenée par ses parents sans comprendre pourquoi. Ce n'est qu'aux portes de l'âge adulte que la vérité lui apparaît : elle n'est pas la fille de son « père », mais d'un amant de sa mère. Doublement détestée, comme le rappel d'un moment de faiblesse impardonnable, et comme preuve d'un cocufiage toujours sous les yeux du mari, on la pousse contre sa volonté à entrer au couvent. Suzanne s'enfuit une premier fois juste avant de prononcer ses voeux, scellant ainsi son sort en s'interdisant la seule autre solution possible, celle du mariage (quel homme sain d'esprit prendrait comme épouse une femme qui a fait un *éclat*, on est en droit de se poser la question).
Suzanne raconte alors sa vie à l'intérieur de ce couvent. Si la première supérieure de Suzanne lui témoignait de l'affection, la seconde la prend immédiatement en grippe, et la troisième la poursuivra de ses assiduités. Dans un lieu fermé sur lui-même, dans lequel l'obéissance absolue est la règle, les choses peuvent vite déraper. Une fois dans le collimateur de l'autorité, impossible de s'isoler ou de partir vers un horizon plus clément : les sanctions continuent de vous pleuvoir dessus sans que vous puissiez vous échapper.
Diderot ne s'attaque pas à la religion dans ce roman, inspiré d'une histoire réelle : l'héroïne trouve consolation dans la prière, et manifeste plus de vertus chrétiennes que ses bourreaux. L'auteur dénonce principalement l'institution du couvent et estime que l'enfermement, la coupure avec le reste du monde sont non-naturels et pourraient rendre fou n'importe qui. le propos reste d'actualité et peut se généraliser à toute sorte d'institutions : le couvent décrit par Diderot n'est d'ailleurs pas sans rappeler les sectes modernes.
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Citations & extraits (92) Voir plus Ajouter une citation
mellahmellah10 juillet 2013
– Eh bien ! maman, lui dis-je, rendez-moi vos bontés ; rendez-moi votre présence ; rendez-moi la tendresse de celui qui se croit mon père. Ma fille, car vous l’êtes malgré moi, vos sœurs ont obtenu des lois un nom que vous tenez du crime, n’affligez pas une mère qui expire ; laissez-la descendre paisiblement au tombeau : qu’elle puisse se dire à elle-même, lorsqu’elle sera sur le point de paraître devant le grand juge, qu’elle a réparé sa faute autant qu’il était en elle, qu’elle puisse se flatter qu’après sa mort vous ne porterez point le trouble dans la maison, et que vous ne revendiquerez pas des droits que vous n’avez point.











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AdenoliaAdenolia18 juin 2016
Rassurée par la sainteté du lieu, par la présence de la Divinité, par l'innocence de mon coeur, j'osai lever les yeux sur elle ; mais à peine l'eus-je aperçue que je poussai un grand cri et que je me mis à courir dans le choeur comme une insensée, en criant: "Loin de moi, Satan !… " Elle ne me suivait point, elle restait à sa place, et elle me disait, en tendant doucement ses deux bras vers moi, et de la voix la plus touchante et la plus douce: "Qu'avez-vous? D'où vient cet effroi? Arrêtez. Je ne suis point Satan, je suis votre supérieur et votre amie." Je m'arrêtai, je retournai encore la tête vers elle, et je vis que j'avais été effrayée par une apparence bizarre que mon imagination avait réalisée ; c'est qu'elle était placée, par rapport à la lampe de l'église, de manière qu'il n'y avait que son visage et que l'extrémité de ses mains qui fussent éclairées, et que le reste était dans l'ombre, ce qui lui donnait un aspect singulier.
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LydiaBLydiaB23 février 2013
J’oubliais de vous dire que je vis mon père et ma mère, que je n’épargnai rien pour les toucher, et que je les trouvai inflexibles. Ce fut un M. l’abbé Blin, docteur de Sorbonne, qui m’exhorta, et M. l’évêque d’Alep qui me donna l’habit. Cette cérémonie n’est pas gaie par elle-même ; ce jour-là elle fut des plus tristes. Quoique les religieuses s’empressassent autour de moi pour me soutenir, vingt fois je sentis mes genoux se dérober, et je me vis prête à tomber sur les marches de l’autel. Je n’entendais rien, je ne voyais rien, j’étais stupide ; on me menait, et j’allais ; on m’interrogeait, et l’on répondait pour moi. Cependant cette cruelle cérémonie prit fin ; tout le monde se retira, et je restai au milieu du troupeau auquel on venait de m’associer. Mes compagnes m’ont entourée ; elles m’embrassent, et se disent : « Mais voyez donc, ma sœur, comme elle est belle ! comme ce voile noir relève la blancheur de son teint ! comme ce bandeau lui sied ! comme il lui arrondit le visage ! comme il étend ses joues ! comme cet habit fait valoir sa taille et ses bras !… » Je les écoutais à peine ; j’étais désolée.
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fredhofredho02 juillet 2014
Ne crains rien; j'aime à pleurer: c'est un état délicieux pour une âme tendre, que celui de verser des larmes. Tu dois aimer à pleurer aussi; tu essuieras mes larmes, j'essuierai les tiennes, et peut-être nous serons heureuses au milieu du récit de tes souffrances, qui sait jusqu'où l'attendrissement peut nous mener?...
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mellahmellah12 juillet 2013

« Faire vœu de pauvreté, c’est s’engager par serment à être
paresseux et voleur ; faire vœu de chasteté, c’est promettre à Dieu l’infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois ; faire vœu d’obéissance, c’est renoncer à la prérogative inaliénable de l’homme, la liberté. Si l’on observe ces voeux, on est criminel ; si on ne les observe pas, on est parjure. La vie claustrale est d’un fanatique ou d’un hypocrite. »





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