Texte présenté et annoté par Colas Duflo. " Je crois vous avoir dit que j'avais fait un dialogue d'Alembert et moi. En le relisant, il m'a pris en fantaisie d'en faire un second, et il a été fait. Les interlocuteurs sont d'Alembert qu... > voir plus
Comment rendre la lecture d'un sujet hautement sérieux, scientifique et philosophique, plaisante et passionnante ?
Faites appel à Monsieur Diderot.
Il vous fera se rencontrer un philosophe, un médecin et une fausse ingénue pour poser les bonnes questions. Tout en prenant le temps d'exposer ses vues et ses principes sur la structuration, la composition et le fonctionnement du corps humain, il donnera l'impression de ne s'attarder sur aucun sujet, afin de donner de la vitalité à son dialogue. Il agrémentera ses raisonnements d'exemples croustillants et surprenants montrant en cela qu'un philosophe et un docteur n'en sont pas moins des hommes. Il imposera le respect d'un impertinent, ne cachant pas ses positions matérialistes au risque de sa tête (certains de ses contemporains furent torturés sur la place publique pour moins que ça). Il étonnera enfin, en annonçant , un siècle avant Darwin, le caractère évolutif des espèces et, deux siècles avant Freud, les liens entre frustrations sexuelles et troubles psychiques.
D’ALEMBERT : […] Qu’est-ce que cette liberté, qu’est-ce que cette volonté de l’homme qui rêve ?
BORDEU : Qu’est-ce ? c’est la même que celle de l’homme qui veille : la dernière impulsion du désir et de l’aversion ; le dernier résultat de tout ce qu’on a été depuis sa naissance, jusqu’au moment où l’on est ; et je défie l’esprit le plus délié d’y apercevoir la moindre différence.
D’ALEMBERT : Vous croyez ?
BORDEU : Et c’est vous qui me faites cette question ! vous qui, livré à des spéculations profondes, avez passé les deux tiers de votre vie à rêver les yeux ouverts, et à agir sans vouloir. Oui, sans vouloir, bien moins que dans votre rêve. Dans votre rêve, vous commandiez, vous ordonniez, on vous obéissait, vous étiez mécontent ou satisfait, vous éprouviez de la contradiction, vous trouviez des obstacles, vous vous irritiez, vous aimiez, vous haïssiez, vous blâmiez, vous approuviez, vous riiez, vous pleuriez, vous alliez, vous veniez.[…]
BORDEU : Mademoiselle, pourriez-vous m’apprendre quel profit ou quel plaisir la chasteté et la continence rigoureuse rendent soit à l’individu qui les pratique soit à la société ?
Mlle DE L’ESPINASSE : Ma foi, aucun.
BORDEU : Donc en dépit des magnifiques éloges que le fanatisme leur a prodigués, en dépit des lois civiles qui les protègent, nous les rayerons du catalogue des vertus. Et nous conviendrons qu’il n’y a rien de si puéril, de si ridicule, de si absurde, de si nuisible, de si méprisable, rien de pire, à l’exception du mal positif, que ces deux rares qualités.
Jacques le fataliste et son maître : l'Auberge du Grand Cerf Adaptation par Pierre CARDINAL d'un épidode de l'oeuvre de Denis DIDEROT "Jacques le Fataliste". Dans cet épisode, intitulé "L'Auberge du Grand Cerf", Jacques et son maître écoutent leur hôtesse conter l'histoire de Madame de la Pommeraye et du Marquis des Arcis. L'histoire belle et terrible d'une femme du monde brûlée par la passion et désireuse de se venger.