Betty n'aimait pas s'épuiser à ruminer son passé. Lorsqu'il lui arrivait de réfléchir à certains événements clefs de sa vie, ce n'était que pour mieux appréhender son présent. Sans pleurer sur son sort, qui n'était pas pire qu'un autre, elle aimait s'interroger, suivre les pensées qui s'imposaient à son esprit pour voir d'où elles lui venaient. Elle voulait faire demi-tour, revoir les sillages qu'elle avait abandonnés ou à peine empruntés. Comme un limier rebrousserait chemin pour s'assurer de n'avoir pas perdu des indices en route, Betty se promettait de ne négliger aucune piste. Il est parfois instructif de refaire le parcours, pas celui où poussent les fleurs, mais celui laissé aux ronces de l'échec, de la perte, de l'inassouvi. Betty fouillait, écrivait, elle ne faisait plus que cela, elle ne savait plus faire que cela. Ce n'était pas une volonté de sa part, ce qui tambourinait en elle devait sortir et la faisait vibrer toute entière. Rivée à son bureau, son coeur rythmait les marées de ses émotions. Si c'était ça, vivre, vivre , c'était tanguer, du présent au passé, d'une rive à l'autre, livrée à la brise comme à la houle. Les phares, on les devine plus qu'on ne les voit. Ecrire, c'est dormir moins bien que les autres et être assez maso pour se dévaster l'âme, comme on essouche une plantation. Inassouvi, notre besoin d'une jachère.
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