Je crois que cette série est peu connu parce qu'elle avait souffert à l'époque d'une traduction réputée calamiteuse et charcutée. Je l'ai donc lu en anglais directement à l'époque, l'année du BAC. Ca ne me rajeunit pas. Il a été réédité récemment en texte intégral et dans une nouvelle traduction (que je n'ai pas lue non plus à vrai dire).
Une trilogie, donc. Traditionnel pour de la fantasy. Et qui à première vue est très tolkienienne. le monde libre est menacé par lord Foul, le seigneur du mal local. Au premier rang des défenseurs, un collège de bons magiciens qui ne sont malheureusement que l'ombre de ce qu'ils étaient dans le passé. La cause semble perdue.
L'univers : on est plus dans la fantasy magique et "morale" à la
Tolkien que dans la sword and sorcery à la Howard où l'on découpe des ennemis en rondelle. Je crois qu'on dit "High Fantasy". le monde - the Land - est magique, éthique et vivant, et peuplé de gens aux hautes vertus morales. Je ne vous dévoilerai pas tout ici mais il y en a une liste longue comme ça, et ce ne sont pas des elfes, nains et orcs. Que des créations originales et "intéressantes". le monde est passionnant à découvrir, ainsi que son histoire. C'est un univers complet et vous pouvez toujours vous reporter à la page qui lui est consacrée (en anglais) sur wikipedia. Une création majeure par elle même, mais ce n'est pas tout, car...
Attention, spoiler !
...et Thomas Covenant dans tout ça ? C'est le "héros" de cette histoire. En même temps le pire des anti-héros qu'on puisse imaginer. Et il rend cette histoire encore plus intéressante et ambitieuse. Thomas Covenant est un écrivain de notre monde qui a écrit un ou deux romans à succès. Et puis tout bascule. Il contracte la lèpre.
Il perd deux doigts, et toute sensibilité dans ses extrêmités. Tout le monde l'évite. Ses concitoyens essaient de lui faire quitter la ville. Sa femme le quitte avec leur jeune fils. Pour survivre, aussi bien physiquement que mentalement, il est obligé de se durcir, de se forger une mentalité de survivant. Aucune pesrpective de guérison.
Et il se retrouve projeté dans cet univers... qui le guérit. Et il est sensé être le héros détenteur d'un pouvoir immense qui doit sauver tout le monde (qu'il ne sait pas utiliser). Et là il n'y croit pas. Il refuse d'y croire. La guérison est impossible. Cet univers doit être un fantasme. S'il se met à se comporter comme un homme guéri, combien de temps pourra-t-il survivre de retour dans la réalité ? D'où le titre complet : les Chroniques de Thomas Covenant l'Incrédule.
Du coup il se comporte dans cet univers d'une manière assez détestable. Un peu comme l'archétype du touriste détestable convaincu que sa culture est supérieure à tout ce qu'il rencontre. D'ailleurs tout ce qu'il rencontre est sensé être une création de son esprit. Peut-on imaginer une pire manière d'appréhender quelque-chose. Pire, il va commettre un crime abject. Thomas Covenant est sans doute l'anti héros le plus frustrant et le plus irritant que j'ai jamais lu. On est loin des héros vengeurs de la fantasy du stade anal.
Bref, une mise en abyme passionnante entre la psychologie du héros et l'univers dans lequel il évolue. Plus un univers original. Je ne vous raconterai pas comment tout ça évolue, mais pour moi c'est une "oeuvre majeure" de la fantasy, ce qui ne veut pas dire grand chose d'ailleurs.