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> Georges Nivat (Préfacier, etc.)
> Doussia Ergaz (Traducteur)
> Vladimir Pozner (Traducteur)

ISBN : 2070392538
Éditeur : Gallimard (1995)


Note moyenne : 4.51/5 (sur 990 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Seul l'être capable d'indépendance spirituelle est digne des grandes entreprises. Tel Napoléon qui n'hésita pas à ouvrir le feu sur une foule désarmée, Raskolnikov, qui admire le grand homme, se place au-dessus du commun des mortels. Les considérations théoriques qui le... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 08 septembre 2014

    Nastasia-B
    On trouve à la fin de cette édition Folio de Crime Et Châtiment un ajout, pompeusement nommé « Journal de Raskolnikov », et qui est censé probablement être un plus valable par rapport aux éditions concurrentes. Disons-le sans peur, il s'agit d'une vulgaire ébauche reposant essentiellement sur la première partie du roman et le début de la seconde. Cette fumisterie n'apporte strictement rien, sauf si vous êtes intéressé par les stades embryonnaires de la genèse du roman, dans des versions préliminaires écartées par l'auteur.
    De mon point de vue, cette version primitive aux mots rognés et à la ponctuation douteuse, où le récit est d'abord à la première personne puis plus loin à la troisième — car ce n'est qu'un brouillon de Dostoïevski — est une belle supercherie éditoriale. Concentrons-nous donc sur la seule chose vraiment digne d'intérêt, la version définitive de Crime Et Châtiment.
    Lorsque j'étais adolescente, il y avait un programme à la télévision qui réunissait assez facilement ma famille. de fait, parents et enfants trouvaient un égal plaisir à se repaître des enquêtes du lieutenant Columbo. C'était une série policière d'un genre assez nouveau pour l'époque. Contrairement à l'habitude, on savait dès le début qui était le coupable et quel était son mode opératoire.
    Tout le génie de l'intrigue consistait donc, non pas à démasquer le coupable, mais à savoir comment ce diable d'inspecteur fouineur avec son air con-con inoffensif parviendrait à faire ployer le sang-froid du criminel qui semblait avoir réalisé le crime parfait.
    Toujours avec ses airs de ne pas y toucher, par des maladresses calculées, par des questions anodines, par des détails apparemment sans lien avec l'affaire, par une rassurante bonhommie, par un art de faire croire qu'il tombe facilement dans le panneau, le roublard petit lieutenant de police jouait d'estoc et de taille dans la psychologie de son suspect jusqu'à l'excéder, jusqu'à l'exaspérer, jusqu'à lui faire cracher la boulette par inadvertance, jusqu'à le pousser dans ses derniers retranchements et le faire basculer de l'excès de confiance à l'angoisse de savoir son crime révélé au grand jour.
    Eh bien cette série policière d'un genre nouveau (lors de sa création à la fin des années 1960), s'inspirait totalement de la technique narrative d'un roman cent ans plus âgé ; vous avez deviné je suppose : Crime Et Châtiment.
    Effectivement, ici, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski ne cherche à aucun moment à nous dissimuler l'identité du criminel. Il essaie même très patiemment de nous faire pénétrer dans l'intimité de sa psychologie, de son quotidien, de son environnement physique et social, de ses pensées et de ses motivations, dans ses doutes et ses frayeurs d'avant ou d'après crime.
    Le lieutenant Columbo de Crime Et Châtiment s'appelle Porphyre Petrovitch. (Il ne me semble pas que l'on nous donne son nom de famille, seulement qu'il est un cousin de Razoumikhine, autre personnage important du roman. Peut-être l'auteur a-t-il jugé préférable de ne pas embrouiller son lecteur en désignant deux personnages clés sous un même patronyme. En ceci, Dostoïevski diffère de William Faulkner qui lui n'eût certainement pas reculé devant la jouissance de baptiser d'un même nom quatorze Razoumikhine et dix-sept Raskolnikov différents !)
    Pas d'erreur possible, avec Crime Et Châtiment, vous êtes dans du Dostoïevski pur jus, première pression à froid. du Dostoïevski typique, torturé, illuminé, proche de la folie, entre mystique et politique, mais, ce qui en fait son grand succès auprès des lecteurs, son approche un peu plus aisée que pour ses quatre autres grands romans, c'est qu'il se double d'une enquête policière, qu'on pourrait même catégoriser de thriller psychologique, ce qui le rend plus prenant, plus captivant que d'autres titres comme L'Idiot ou Les Possédés pour le néophyte qui découvre les grandes tragédies romanesques russes du XIXe siècle.
    S'il ne fait pas de doute qu'avec ce roman Dostoïevski signe un roman policier, il ne semble pas non plus faire beaucoup discussion sur le fait qu'il s'agisse également d'un roman social et, d'une certaine manière, politique et philosophique.
    Je pense qu'il serait une erreur que de s'attarder trop sur le protagoniste principal, Raskolnikov, pour comprendre l'essence et les motivations de l'auteur à s'embarquer dans un projet tel que Crime Et Châtiment. Je crois que le sujet principal est contenu dans le titre : le crime en général et le châtiment en général, pas l'histoire particulière d'un quelconque Raskolnikov, aussi intéressant et complexe soit-il.
    Certes, le criminel, cela semble être lui et lui seul, mais quand j'y réfléchis plus attentivement, j'en vois au moins quatre des criminels — criminels à des degrés divers — quatre criminels, donc, et quatre châtiments distincts.
    Le premier criminel auquel je pense, c'est l'ivrogne Marmeladov, coupable de faire sombrer sa famille dans la misère la plus noire, coupable de sucer comme un parasite le moindre rouble de ses proches pour s'aller mettre minable, pour se vautrer dans l'alcool, l'alcool, toujours l'alcool jusqu'à l'écœurement, jusqu'à la déchéance, jusqu'à la honte.
    La seconde criminelle, c'est sa femme, Catherine Ivanovna, elle qui utilise ses enfants pour les tâches les plus avilissantes et même, la plus avilissante de toutes, obliger la fille de son mari, Sophie, à se prostituer. le criminel, c'est aussi ce très trouble et très obscur Svidrigaïlov, dont on nous fait entendre qu'il n'est probablement pas pour rien dans le décès brutal de sa femme.
    C'est trois-là, augmentés de Raskolnikov bien évidemment, représentent quatre facettes différentes du crime en général. On pourrait encore leur adjoindre les fourbes desseins de Loujine mais je n'insiste pas car ces quatre-là présentent de réelles similitudes.
    La première d'entre-elles, c'est le sentiment de culpabilité. Il existe la loi, il existe le crime avéré ou la honte publique, mais il existe pire encore que tout ça, il existe le propre sentiment de culpabilité, un fardeau qui pèse des tonnes et qui vient de nous-même, une chape de plomb qui vous enfonce chaque jour un peu plus, jusqu'au genoux, jusqu'au ventre, jusqu'au cou, un sentiment qui vous fait ployer mieux que n'importe quel loi, mieux que n'importe quel doigt inquisiteur de la justice, mieux que l'œil réprobateur de n'importe quelle divinité, jusqu'à vous aplatir, jusqu'à vous broyer de l'intérieur, jusqu'à vous faire rendre gorge, jusqu'à vous faire implorer grâce.
    Marmeladov se fait honte au dernier degré d'avoir sombré si bas ; Catherine Ivanovna ne sait plus où se mettre quand elle pense à ce qu'endure Sophie ; Svidrigaïlov a l'argent qui lui brûle les doigts, cet argent qu'il détient de son épouse morte, Svidrigaïlov voudrait avoir l'air léger, détaché mais même en rêve la culpabilité le ronge, le corrode.
    Raskolnikov est extraordinairement plus complexe. Il navigue entre remords et regrets, d'être allé si loin et d'être allé si peu loin, lui qui se voyait la carrure taillée pour les grandes œuvres politiques, le voilà criminel aux abois, par manque de feu, par manque de force, par manque d'ambition réelle, mais surtout sous l'accablement exercé par le poids de la culpabilité, notamment vis-à-vis de sa mère et de sa sœur.
    Dostoïevski nous entraine avec son Raskolnikov sur le terrain idéologique, le socialisme, le nihilisme, le progrès social, le projet révolutionnaire, des terrains sur lesquels il nous remmènera souvent, dans beaucoup de ses romans, un peu comme s'il devait régler des comptes avec le Dostoïevski qu'il a été, le jeune homme politiquement engagé qui fut déporté au bagne durant quatre années et qui, au moment où il écrit ses romans, ne croit probablement plus en grand-chose.
    Ne subsiste que la culpabilité, l'impasse, comme dans Les Possédés, et la soif de rédemption qu'elle suscite. L'heure est alors venue de payer l'addition pour avoir cru pouvoir s'extraire de sa condition. L'heure est venue de subir le châtiment, ce qui me permet de trouver une transition commode pour aborder le second point commun des personnages sus-mentionnés, c'est qu'il ne semble exister que deux issues possibles, deux alternatives et deux seulement : le châtiment suprême, d'une certaine façon le soulagement le plus facile, le plus immédiat, et l'autre, le difficile, le dur à gagner, celui de s'humilier à la face du monde et de chercher son salut dans les canons de la religion, de faire sa conversion de Saul en Paul. Et au terme de ce châtiment, peut-être, une faible lueur : la rédemption...
    On pourrait encore disserter durant bien des heures sur les motivations et les significations de cette œuvre buissonnante, foisonnante mais remarquablement bien construite, où l'on retombe sur ses pieds, on l'on va là où l'auteur a décidé de nous conduire.
    Sans être une fan absolue, j'avoue prendre beaucoup de plaisir à cette lecture (voir le P.S.) qui porte le sceau des grands chefs-d'œuvres puisqu'elle ouvre plus de portes chez son lecteur à la clôture du roman qu'elle n'en a ouverte au départ par sa seule intrigue. Alors, une nouvelle fois, chapeau Dostoïevski.
    Ceci dit, ce que j'exprime ici n'est qu'un avis, un misérable petit avis, qui ne représente pas grand-chose et qui ne prend de sens, si sens il y a, qu'en regard des autres, des très nombreux autres qui jalonnent les pourtours de Babelio.
    P. S. : deux chapitres me paraissent particulièrement exceptionnels quant à leur intensité d'écriture. Il s'agit tout d'abord du double meurtre au chapitre VII de la première partie, et ensuite de la rencontre suffocante entre Dounia et Svidrigaïlov au chapitre V de la sixième partie. Assurément, deux morceaux d'anthologie.
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    • Livres 5.00/5
    Par Under_The_Moon, le 21 février 2013

    Under_The_Moon
    Epoustouflant !
    Difficile de nier l'évidence : en lisant Dostoïevski on se trouve face à un maître de la littérature.
    (Et très clairement, Crime et châtiment fait partie des romans qu'il faut avoir lu dans sa vie)
    Qui n'a jamais été si en colère qu'un jour il a été tenté de dire qu'il tuerai quelqu'un ? le thème du meurtre en soi n'est pas une nouveauté dans la littérature. Ce qui l'est en revanche, c'est la manière dont l'auteur a traité ce thème.
    Dans un premier temps, c'est la rage de Raskolnikov qu'on voit, convaincu que sa logeuse, l'horrible Aliona Ivanova est non seulement cruelle mais (comme le disent les étudiants socialistes à la taverne) "inutile". Un jugement très lourd à porter sur un de ses semblables. Comment peut-on en arriver à une telle sentence ? Chacun d'entre nous n'est-il pas l' "inutile" (ou pire!) de quelqu'un d'autre ? Qui a raison ? Aliona Ivanovna est décrite de telle façon qu'il est impossible pour le lecteur d'éprouver une quelconque compassion à son égard. Petit tyran cynique de son immeuble, si tous se moquent d'elle, elle a tout de même son rôle dans cette communauté, rôle qu'elle exerce de manière très zélée d'ailleurs. Mais, au fond, qu'est-ce qui peut justifier q'un être humain prenne la vie d'un de ses semblables ? le geste de Rodia était-il vraiment nécessaire ?
    De là s'en suivent de longues errances dans la démence pour notre personnage principal - le lecteur aussi peut se perdre entre rêve et réalité. D'abord opposé à l'idée de rédemption, que ce soit sur le plan judiciaire ou religieux, il finit bien sûr par faire pénitence pour racheter son âme.
    J'ai été très admirative sur les questions philosophiques que pose cette oeuvre. le jeu du chat et la souris entre Porphiri et Rodia. La description de la vie quotidienne pour ces pauvres diables à Saint Pétersbourg faite de violence - pas nécessairement physique. Et surtout, j'ai été fascinée par la rage et la fougue qui anime chacun de ses personnages. Il y a énormément de tension dans ce récit, l'atmosphère est lourde et presque oppressante, et avec tout cela, Dostoïevski réussit à en sortir quelque chose de beau.
    XIXème siècle oblige, les portraits féminins sont assez stéréotypés - alors que les personnages masculins sont bien plus complexes et plus travaillés. D'un côté, la mère effacée soucieuse du bien-être de ses enfants au point que cela la rend aveugle, la soeur virginale qui incarne avec Sonia l'abnégation de soi (sur le plan moral pour l'une et physique pour l'autre) et enfin, la catin au coeur pur et pieuse méprisée par les "bonnes gens". Mais c'est quelque chose que l'on pardonne assez aisément à l'auteur. Il était dans l'air de son temps ....
    Et je pense qu'il va falloir que je m'arrête là, car ce livre m'a tellement passionnée que j'en parlerai volontiers pendant des heures. Et ça finirait par faire une critique vraiment très longue (et indigeste!). Juste une petite remarque : la note du traducteur (André Markowicz) de l'édition Babel est très intéressante et si vous en avez l'occasion, je vous encourage à la lire.
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 janvier 2009

    Woland
    Преступление и наказание
    Traduction : George Philippenko, Nicolas Berdiaeff et Elisabeth Guertik
    Si vous n'avez pas encore lu « Crime et châtiment » et que vous vous en inquiétez, conservez votre sang-froid et demeurez optimiste : je ne l'ai moi-même achevé que quelques jours après mon entrée officielle dans ma quarante-sixième année.
    Il faut dire que, avec son image à la fois mystique et sensuelle, dans la droite ligne de la tradition slave, Fédor Dostoievski a de quoi faire peur. Qui pis est, le malheureux avait, tout comme notre Victor Hugo national, une faiblesse accentuée pour les développements et digressions philosopho-religieuses qui atteignent leur summum dans « Les frères Karamazov. » Ca et les patronymes russes si pittoresques mais dotés de rallonges multiples ont fait fuir plus d'un lecteur pourtant bien résolu à « aller jusqu'au bout » de Dostoievski. La voie du succès littéraire est jalonnée d'injustices ineptes.
    Je parle d'injustice car, si l'on observe « Crime et châtiment » d'un point de vue purement technique, on ne peut que s'incliner devant l'impeccable rigueur de la construction. Aucun détail n'y est superflu, un personnage qui nous apparaît « de trop » dans la première partie s'avère en fait essentiel au bon fonctionnement de la troisième, le discours à la fois philosophique et social de Raskolnikov est tout, sauf fumeux, en un mot, si disparates qu'elles se présentent parfois, toutes les pièces du puzzle s'imbriquent au millimètre près.
    Certes, on peut tiquer devant le goût mélodramatique de l'époque dont Dostoievski, qui publiait en feuilleton, était évidemment tributaire. Mais la nécessité de pousser le lecteur à acheter « la suite au prochain numéro » est aussi l'une des forces du roman : sans ce besoin, le romancier n'aurait sans doute pas organisé ses scènes de façon à laisser presque toujours le lecteur sur sa faim.
    L'épilogue et la « rédemption » du héros laissent aussi à désirer – enfin, c'est mon avis. Mais l'idéologie religieuse de Dostoievski s'inspirant bien entendu du principe chrétien : « Souffrez et il vous sera pardonné » me rend sur ce plan fort peu objective, voire facilement exaspérée, je tenais à le préciser.
    L'intrigue est à la fois très simple et très complexe. Raskolnikov, jeune étudiant d'une intelligence certaine et même brillante mais de complexion indéniablement caractérielle, se détache de ses études et, au lieu de chercher à les payer en travaillant en parallèle en tant que précepteur ou traducteur occasionnel, comme son ami Razoumikhine, s'enferme peu à peu dans son monde et se pose la question suivante : le meurtre d'un être mauvais, pervers, fourbe, parasite et inutile peut-il se justifier par les bienfaits éventuels que la disparition de cette personne apporterait à plus malheureux qu'elle ? Et, par extension, tout est-il permis en ce bas monde si l'intention est bonne ?
    Pendant ce temps, Raskolnikov apprend que sa sœur, Dounia, se décide à épouser un homme qu'elle n'aime pas, Piotr Petrovitch Loujine, afin d'échapper à une situation de gouvernante chez autrui et de garantir du même coup l'avenir de sa mère et aussi les études de son frère.
    Dans la fièvre de ses idées et dans la rage de son orgueil, il se rend chez une vieille usurière chez qui il avait déjà déposé un « gage » afin de reconnaître les lieux et l'assassine à coups de hache. le hasard – encore lui – le force à tuer également la sœur de sa victime, Elisabeth, qu'il prétendait pourtant délivrer la première de la tyrannie de la vieille femme.
    De fil en aiguille et même si Raskolnikov, par une chance inouïe (on serait tenté d'écrire la chance du débutant), échappe aux recherches de la Police, la mécanique s'emballe. Bien loin de se sentir délivré et heureux, bien loin de se sentir l'un des ces hommes « extraordinaires » qui, selon lui, ont le droit de tuer pour le bien de l'Humanité, Raskolnikov s'enfonce de plus en plus dans la détresse morale et l'insatisfaction.
    En arrière-plan apparaissent une foule de personnages : l'ivrogne et père indigne, l'ancien fonctionnaire Marmeladov, qui a laissé sa fille, Sonia, se prostituer et se mettre « en carte » pour que mange toute sa famille ; Catherine Ivanovna, seconde épouse, puis veuve de Marmeladov (lequel se suicide en se jetant sous les pas d'un cheval de fiacre), qui finit par perdre la raison après l'enterrement mémorable de son époux ; le prétendant de Dounia, Pierre Petrovitch Loujine, l'un des « salauds » les plus terribles et les plus tartuffards de toutes la littérature ; l'exubérant et intègre Razoumikhine, ami et condisciple de Raskolnikov, qui finira pas épouser Dounia ; l'énigmatique Porphyre Petrovitch, juge d'instruction très tôt persuadé de la culpabilité de Raskolnikov et à qui Harry Baur prêta jadis sa silhouette monolithique dans le film de Pierre Chenal ; Lebeziatnikov, le socialiste utopiste, exaspérant mais foncièrement honnête et qui aime en secret Sonia Marmeladov ; et Sophie Semionovna, justement, la fille de Marmeladov, la « fille perdue » qui tombera amoureuse du héros si tourmenté de Dostoievski et le suivra au bagne. Sans oublier le personnage d'Arcady Svridigailov, ex-escroc, ex-tricheur professionnel, propriétaire terrien qui avait failli « perdre de réputation » la sœur de Raskolnikov et qui, toujours amoureux d'elle, se suicide tout à la fin du roman lorsqu'il comprend qu'elle ne l'aime pas et ne l'aimera jamais.
    Oui, on se suicide beaucoup chez Dostoievski. Mais cela passe à peine pour une marque de faiblesse. C'est plutôt l'aboutissement d'une quête quasi mystique - en tous cas, je l'ai ressenti comme tel.
    Quand on sait que Dostoievski travaillait sans plan pré-établi, conservant les grandes lignes de son intrigue uniquement dans sa tête et avançant à coups de petits dialogues griffonnés sur ses carnets, on ne peut que rester ébloui par le résultat ainsi obtenu. Par sa concision, par l'ampleur des questions qu'il soulève cependant et par la puissance des personnages, « Crime et châtiment » est un grand livre. Et si vous ne deviez lire qu'un seul roman de Dostoievski, ce serait lui qu'il faudrait choisir. Sans hésitation. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par fredho, le 27 août 2013

    fredho
    Raskolnikov, un jeune étudiant pauvre s'octroie « le droit de tuer » une vieille usurière malfaisante car il juge que le monde serait meilleur sans elle.
    Consciente qu'aucun commun des mortels n'a le droit de juger si quelqu'un doit mourir, j'ai malgré tout pris parti pour ce jeune étudiant, non pas que je défende son horrible crime (tout crime n'est pas défendable mais tout homme a le droit d'être défendu) mais j'ai eu envie de protéger celui qui l'a commis.
    Raskolnikov n'a pas tué pour voler mais a tué pour lui, en accomplissant son crime il pensait aider l'humanité, obtenir le respect des hommes et ainsi être proclamé au même rang des grands hommes qui ont marqué l'histoire. « Oui je voulais devenir un Napoléon, voila pourquoi j'ai tué ». Il s'aperçoit bien vite qu'il n'a rien de différent des autres hommes et que son meurtre n'a pas changé le cours des événements...
    « Ai-je vraiment tué la vieille ? C'est moi que j'ai assassiné, moi et pas elle, moi-même, et je me suis perdu à jamais... Quant à la vieille, c'est le diable qui l'a tuée et pas moi... »
    À ces mots, nous sentons la souffrance que lui procure son crime, Raskolnikov assume mal son geste, il perd tout sens des réalités, il erre dans des pensées d'une profonde noirceur et sombre dans la paranoïa.
    Raskolnikov n'éprouve aucun remord ni culpabilité d'avoir assassiné l'usurière, mais il n'arrive pas à vivre avec ainsi pour soulager sa conscience il se confesse à Sonia une jeune prostituée très pieuse. le jeune homme essaie de se justifier auprès de la jeune fille mais cette dernière ne comprend pas les motivations de son meurtre et y décèle trop d'incohérence, elle pense qu'il est fou. Malgré tout elle l'incite à racheter son crime et se repentir, elle l'encourage à se dénoncer à la police...
    Dostoïevski nous livre une analyse psychologique puissante sur l'avant, le pendant, l'après crime de Raskolnikov. Il y a tellement de choses à dire sur ce chef d'œuvre surtout sur les nombreux personnages de ce roman, l'auteur décortique leur âme dans une atmosphère pesante. Il aborde des thèmes forts comme la religion, la responsabilité de nos actes, la rédemption, mais témoigne également de la souffrance d'un peuple opprimé en nous plongeant dans les bas-fonds misérables des quartiers de St Pétersbourg du XIXè où prédominent l'alcoolisme, la pauvreté, la famine, la prostitution, la maladie, un récit d'une authenticité bouleversante.
    Un livre majeur magistralement bien écrit, il y a des passages d'une telle beauté qu'à sa lecture on ressent des frissons.
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    • Livres 5.00/5
    Par Darkcook, le 16 janvier 2014

    Darkcook
    Aaaah, Crime et Châtiment... si je m'attendais à ça!! Dostoïevski attirait depuis un certain temps mon attention, en adorateur du XIXème, et des romans totalisants (au sens de la volonté romantique d'accomplir à chaque fois l'oeuvre totale, ultime...). Mon prof fétiche avait évoqué le roman en cours, ainsi que Les Frères Karamazov, et je savais que le discours des personnages de l'auteur avait fortement influencé ceux de Dantec (commettre des crimes, enfreindre les règles pour le plus grand bien, exception autorisée à des individus au-dessus de la masse) Mais j'ignorais à quel point j'aurais affaire, avec Crime et Châtiment, à, en plus d'un roman politique et social, religieux... à un roman policier avant l'heure!
    Beaucoup de critiques le considèrent ainsi, mais c'est totalement juste, et sa plus grande force, pour moi, est son rythme hallucinant, effréné par moments, dont ont hérité les polars depuis. Dostoïevski a un sens du suspense grandiose grâce à la paranoïa de Raskolnikov, son interprétation du moindre mot, de la moindre formule pouvant sous-entendre que les soupçons se portent sur lui... Dans notre tête défile un vieux film en noir et blanc pré-Hitchcockien, expressioniste et très tendu, ainsi qu'une pièce de théâtre complètement folle. On pardonne donc aisément les quelques longueurs, le rythme se réaccélérant toujours ensuite, faisant de Crime et Châtiment cet espèce de théâtre-thriller fusionné au roman du XIXème. Énormément de passages cultes : le meurtre, la rencontre avec Loujine et le débat qui le tourne en ridicule, celle entre Razoumikhine et la famille de Rodia, la révélation émouvante et exaltante du coup de foudre entre Dmitri et Dounia, les visites de Rodia à Sonia, la mort de Catherine Ivanovna (j'ai eu du mal à m'en remettre, elle me rappelait ma mère, prête à tout pour ses enfants), le suicide de Svidrigaïlov... et puis tout bêtement, la moindre divagation, la moindre errance de Raskolnikov... Impossible de tout citer. Les seuls passages qui m'ont moins plu sont ceux entre Raskolnikov et Porphyre. Je sais que Dostoïevski et Hugo étaient amis, je me demande si Porphyre a pu être influencé par Javert, y avait certes ce rapport de force Valjean/Javert entre les deux, mais Porphyre, dans son one-man show perpétuel pour décupler la confusion dans l'esprit de Rodia, m'a plus agacé qu'autre chose...
    C'est un roman aux multiples interprétations, par son appel constant aux symboles, l'escalier, l'errance, l'enfermement, Sonia et la figure religieuse qu'elle incarne tout du long... Et tous ces personnages sont à fleur de peau, pour la plupart pathétiques (sauf évidemment le détestable Pierre Petrovitch Loujine). J'ai tout particulièrement aimé Svidrigaïlov, qui passe de criminel bon vivant à amoureux torturé... À ce sujet, lui, comme Razoumikhine, sont facilement vus comme des doubles difformes de Raskolnikov, partageant beaucoup de traits avec lui, biographiques ou philosophiques, mais ayant agi différemment, ayant pris d'autres décisions, et donc, ayant eu des destins différents. Razoumikhine, onomastiquement, la raison, est en effet la version raisonnable de Raskolnikov. Svidrigaïlov est Raskolnikov moins froid, en proie à l'amour, qui a aussi tué, violé (du moins c'est ce que l'on pense) et qui cherche le repentir en faisant des bonnes actions, mais avec bien plus d'ampleur et d'efficacité que les dons hasardeux et compulsifs de Rodia à la famille de Marmeladov.
    On pourrait parler des heures de ce roman, comme d'un vieux film... Ce n'est pas tellement l'écriture qui m'a séduit, mais cette richesse, tous ces thèmes, et bien sûr, je le redis, cette narration si particulière, qui en fait un thriller avant l'heure. Je comprends par ailleurs qu'il ait été aussi adapté au cinéma et surtout au théâtre, c'est LE roman théâtral par excellence. Comme je disais au début, la sur-interprétation de Raskolnikov, en pleine psychose, de la moindre phrase à son égard, engendre sans cesse des quiproquos de l'esprit, et une tension absolument incroyable...
    J'ai hâte de lire Les Carnets du sous-sol et le reste de l'oeuvre de cet auteur particulier, très social, bien que très critique envers le socialisme à proprement parler. Le roman défait à plusieurs reprises le socialisme et l'assistanat, pour mettre en valeur ce que peut accomplir l'individu de son propre chef, mais je ne suis pas sûr que ce soit toujours pertinent dans le monde occidental de 2014 ni que Dostoïevski aurait réagi de la même façon de nos jours...
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Citations et extraits

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  • Par PiertyM, le 18 octobre 2014

    – ...mais toi alors, puisque tu es si intelligent, qu’est-ce que tu fais là couché comme un sac ? Et on ne voit jamais la couleur de ton argent. Tu dis qu’avant tu donnais des leçons aux enfants ; pourquoi, à présent, ne fais-tu plus rien ?
    – Je fais quelque chose, répondit Raskolnikov, sèchement et comme malgré lui.
    – Quoi ?
    – Un travail.
    – Quel travail ?
    – Je réfléchis
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  • Par PiertyM, le 18 octobre 2014

    Le mensonge est le seul privilège de l'homme face aux autres organismes. La vérité, elle vient à force de mentir ! Je mens, donc je suis un homme.

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  • Par PiertyM, le 18 octobre 2014

    La souffrance et la douleur sont toujours indispensables pour une conscience large et pour un coeur profond.

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  • Par PiertyM, le 18 octobre 2014

    Hum, oui, toutes les choses sont à la portée de l’homme, et tout lui passe sous le nez, à cause de sa poltronnerie...

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  • Par PiertyM, le 18 octobre 2014

    La raison est l'esclave de la passion

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