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> Georges Nivat (Préfacier, etc.)
> Doussia Ergaz (Traducteur)
> Vladimir Pozner (Traducteur)

ISBN : 2070392538
Éditeur : Gallimard (1995)


Note moyenne : 4.49/5 (sur 347 notes) Ajouter à mes livres
Seul l'être capable d'indépendance spirituelle est digne des grandes entreprises. Tel Napoléon qui n'hésita pas à ouvrir le feu sur une foule désarmée, Raskolnikov, qui admire le grand homme, se place au-dessus du commun des mortels. L... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 janvier 2009

    Woland
    Преступление и наказание
    Traduction : George Philippenko, Nicolas Berdiaeff et Elisabeth Guertik
    Si vous n'avez pas encore lu « Crime et châtiment » et que vous vous en inquiétez, conservez votre sang-froid et demeurez optimiste : je ne l'ai moi-même achevé que quelques jours après mon entrée officielle dans ma quarante-sixième année.
    Il faut dire que, avec son image à la fois mystique et sensuelle, dans la droite ligne de la tradition slave, Fédor Dostoievski a de quoi faire peur. Qui pis est, le malheureux avait, tout comme notre Victor Hugo national, une faiblesse accentuée pour les développements et digressions philosopho-religieuses qui atteignent leur summum dans « Les frères Karamazov. » Ca et les patronymes russes si pittoresques mais dotés de rallonges multiples ont fait fuir plus d'un lecteur pourtant bien résolu à « aller jusqu'au bout » de Dostoievski. La voie du succès littéraire est jalonnée d'injustices ineptes.
    Je parle d'injustice car, si l'on observe « Crime et châtiment » d'un point de vue purement technique, on ne peut que s'incliner devant l'impeccable rigueur de la construction. Aucun détail n'y est superflu, un personnage qui nous apparaît « de trop » dans la première partie s'avère en fait essentiel au bon fonctionnement de la troisième, le discours à la fois philosophique et social de Raskolnikov est tout, sauf fumeux, en un mot, si disparates qu'elles se présentent parfois, toutes les pièces du puzzle s'imbriquent au millimètre près.
    Certes, on peut tiquer devant le goût mélodramatique de l'époque dont Dostoievski, qui publiait en feuilleton, était évidemment tributaire. Mais la nécessité de pousser le lecteur à acheter « la suite au prochain numéro » est aussi l'une des forces du roman : sans ce besoin, le romancier n'aurait sans doute pas organisé ses scènes de façon à laisser presque toujours le lecteur sur sa faim.
    L'épilogue et la « rédemption » du héros laissent aussi à désirer – enfin, c'est mon avis. Mais l'idéologie religieuse de Dostoievski s'inspirant bien entendu du principe chrétien : « Souffrez et il vous sera pardonné » me rend sur ce plan fort peu objective, voire facilement exaspérée, je tenais à le préciser.
    L'intrigue est à la fois très simple et très complexe. Raskolnikov, jeune étudiant d'une intelligence certaine et même brillante mais de complexion indéniablement caractérielle, se détache de ses études et, au lieu de chercher à les payer en travaillant en parallèle en tant que précepteur ou traducteur occasionnel, comme son ami Razoumikhine, s'enferme peu à peu dans son monde et se pose la question suivante : le meurtre d'un être mauvais, pervers, fourbe, parasite et inutile peut-il se justifier par les bienfaits éventuels que la disparition de cette personne apporterait à plus malheureux qu'elle ? Et, par extension, tout est-il permis en ce bas monde si l'intention est bonne ?
    Pendant ce temps, Raskolnikov apprend que sa sœur, Dounia, se décide à épouser un homme qu'elle n'aime pas, Piotr Petrovitch Loujine, afin d'échapper à une situation de gouvernante chez autrui et de garantir du même coup l'avenir de sa mère et aussi les études de son frère.
    Dans la fièvre de ses idées et dans la rage de son orgueil, il se rend chez une vieille usurière chez qui il avait déjà déposé un « gage » afin de reconnaître les lieux et l'assassine à coups de hache. le hasard – encore lui – le force à tuer également la sœur de sa victime, Elisabeth, qu'il prétendait pourtant délivrer la première de la tyrannie de la vieille femme.
    De fil en aiguille et même si Raskolnikov, par une chance inouïe (on serait tenté d'écrire la chance du débutant), échappe aux recherches de la Police, la mécanique s'emballe. Bien loin de se sentir délivré et heureux, bien loin de se sentir l'un des ces hommes « extraordinaires » qui, selon lui, ont le droit de tuer pour le bien de l'Humanité, Raskolnikov s'enfonce de plus en plus dans la détresse morale et l'insatisfaction.
    En arrière-plan apparaissent une foule de personnages : l'ivrogne et père indigne, l'ancien fonctionnaire Marmeladov, qui a laissé sa fille, Sonia, se prostituer et se mettre « en carte » pour que mange toute sa famille ; Catherine Ivanovna, seconde épouse, puis veuve de Marmeladov (lequel se suicide en se jetant sous les pas d'un cheval de fiacre), qui finit par perdre la raison après l'enterrement mémorable de son époux ; le prétendant de Dounia, Pierre Petrovitch Loujine, l'un des « salauds » les plus terribles et les plus tartuffards de toutes la littérature ; l'exubérant et intègre Razoumikhine, ami et condisciple de Raskolnikov, qui finira pas épouser Dounia ; l'énigmatique Porphyre Petrovitch, juge d'instruction très tôt persuadé de la culpabilité de Raskolnikov et à qui Harry Baur prêta jadis sa silhouette monolithique dans le film de Pierre Chenal ; Lebeziatnikov, le socialiste utopiste, exaspérant mais foncièrement honnête et qui aime en secret Sonia Marmeladov ; et Sophie Semionovna, justement, la fille de Marmeladov, la « fille perdue » qui tombera amoureuse du héros si tourmenté de Dostoievski et le suivra au bagne. Sans oublier le personnage d'Arcady Svridigailov, ex-escroc, ex-tricheur professionnel, propriétaire terrien qui avait failli « perdre de réputation » la sœur de Raskolnikov et qui, toujours amoureux d'elle, se suicide tout à la fin du roman lorsqu'il comprend qu'elle ne l'aime pas et ne l'aimera jamais.
    Oui, on se suicide beaucoup chez Dostoievski. Mais cela passe à peine pour une marque de faiblesse. C'est plutôt l'aboutissement d'une quête quasi mystique - en tous cas, je l'ai ressenti comme tel.
    Quand on sait que Dostoievski travaillait sans plan pré-établi, conservant les grandes lignes de son intrigue uniquement dans sa tête et avançant à coups de petits dialogues griffonnés sur ses carnets, on ne peut que rester ébloui par le résultat ainsi obtenu. Par sa concision, par l'ampleur des questions qu'il soulève cependant et par la puissance des personnages, « Crime et châtiment » est un grand livre. Et si vous ne deviez lire qu'un seul roman de Dostoievski, ce serait lui qu'il faudrait choisir. Sans hésitation. ;o)
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    Critique de qualité ? (16 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Titine75, le 05 octobre 2011

    Titine75
    Rodion Romanovitch Raskolnikov est habillé de loques, il loue une chambre minuscule dans un des quartiers les plus malfamés de Saint Pétersbourg. Il est « (…) sombre, renfermé, hautain et fier, ces derniers temps (et peut-être bien avant), susceptible et hypocondriaque. (…) Parfois, du reste, il est tout sauf hypocondriaque, mais simplement froid et insensible jusqu'à être inhumain (…). » Cet être peu avenant est pourtant le héros d'un des plus grands chefs d'œuvre de la littérature russe : « Crime et châtiment ». Raskolnikov est une âme rongée par la pauvreté. Il a dû abandonner l'université faute de liquidités et depuis, il ressasse les idées les plus sombres. Une seule issue lui semble possible pour sortir de son marasme : assassiner une vieille usurière pour la voler et recommencer à vivre. le crime, longuement préparé par le cerveau malade de Raskolnikov, est mis à exécution, mais ne se passe pas comme prévu. La sœur de l'usurière, Lizaveta, rentre plus tôt que prévu et meurt sous les coups de hache de Raskolnikov. Ce dernier s'en sort en apparence, mais son esprit, son âme ne vont plus cesser de le tourmenter.
    « Crime et châtiment » raconte la longue rédemption de Raskolnikov, du crime vers le châtiment. Il ne tue pas la vieille usurière uniquement pour l'argent. C'est pour lui également une mise à l'épreuve : va-t-il franchir le pas ? Ce crime est très intellectualisé chez Raskolnikov. Il distingue les êtres supérieurs des êtres inférieurs, les premiers pouvant faire couler le sang des seconds si la nécessité les y oblige. Pourquoi un être comme Napoléon est-il admiré alors qu'il a fait couler autant de sang ? Parce que c'est un génie et Raskolnikov pense en être un également. L'ennui, c'est que notre jeune homme ne digère pas ses actes aussi bien qu'il l'avait pensé. Il ne peut se défaire de son crime, il est obsédé par lui. Ce qui est pour lui en contradiction avec son idée du génie, ce qui le dévore d'autant plus. le chemin suivi par Raskolnikov lui apprendra à devenir tout simplement humain.
    Cette résurrection de Lazare ne se fait pas seulement par la réflexion, mais surtout grâce aux gens qui l'entourent. Dostoïevski compose une fabuleuse galerie de personnages pour accompagner son héros vers la lumière. On ne peut tous les citer car ils sont nombreux, mais les plus importants sont Razoumikhine, la mère et la sœur de Raskolnikov, et surtout Sonia. Cette dernière vit également dans la misère la plus noire, devant se prostituer pour aider sa famille. Mais, son âme a su rester pure ; c'est sans conteste le plus beau personnage du roman. Humble, généreuse, douce, c'est la force de ses sentiments qui tirera notre Lazare de son tombeau psychologique. Ce sont tous ces personnages qui rendent Raskolnikov si touchant. Tant d'amour l'entoure, tant de fidélité que cet être-là ne peut pas être entièrement mauvais.
    Tous ces personnages si parfaitement dessinés sont bien évidemment une des forces de « Crime et châtiment ». Mais il y a aussi l'écriture si puissamment évocatrice de Dostoïevski. André Markowicz, excellent traducteur, parle dans sa postface de la pesanteur qui nous écrase durant tout le roman. L'écriture de Dostoïevski rend parfaitement l'oppression qui accable Raskolnikov, le poids de la pauvreté puis du crime qu'il porte sur les épaules. Mais, toute la population des quartiers pauvres de Saint Pétersbourg semble totalement appesantie par la misère et l'alcool. Et ces gens parlent beaucoup, énormément même. « Crime et châtiment » est rempli de dialogues et de monologues fiévreux et exaltés. Ce qui nous donne notamment de splendides face-à-face entre Raskolnikov et le commissaire Porphiri Petrovich.
    Les personnages et l'écriture de Dostoïevski sont habités, possédés par la soif de vivre. Malgré les épreuves, la pauvreté, rien ne semble plus important que de vivre. J'ai été bien entendu captivée par tous ces destins, par cette langue hypnotique. C'est tout simplement ce que j'appelle la Littérature, avec un grand « l'».

    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr
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    • Livres 4.00/5
    Par snybril, le 23 août 2010

    snybril
    Dors sur tes deux oreilles, gentil citoyen, car le crime ne paie pas. Continue de te bercer de l'illusion collective de l'esprit des lois, construction intellectuelle qui protège et rassure. La pression des normes sur le plus grand nombre assure la stabilité de l'édifice complexe de notre société bien plus que tous ces législateurs bedonnants, que tous ces magistrats travestis par leur belle robe noire, bien plus que les basses cours de volaille bleutées.
    Bien plus que les forces répressives, ce sont nos propres conditionnements qui nous remettent dans le droit chemin. La thèse du jeune Raskolnikov soutient que seuls les hommes d'exceptions ont cette force d'esprit qui les affranchis des lois des hommes, qui leur permet de considérer l'ignoble comme un simple détail d'une perspective plus grandiose.
    Pour les trois du fond qui ne suivent pas, je dois préciser que je m'apprête à commenter le Crime et châtiment de Fédor Dostoïevski. Ce n'est pas un orgueil démesuré qui me pousse au crime de critiquer un chef d'œuvre accepté comme tel par la postérité. Les lois de l'attraction terrestre me poussent à l'action, la masse des livres à commenter conjuguée à la piètre solidité de ma nouvelle étagère annonce le drame. Une illustration du poids des mots ?
    Trêve de digressions, revenons au sujet de cette chronique. le crime et le châtiment résume avec peu d'originalité le contenu de l'œuvre. le premier tiers nous présente donc le crime. Voici Raskolnikov, jeune étudiant brillant expulsé de la bonne société par le balai de la misère qui sait si bien nettoyer nos rues et repousser dans le caniveau les moins chanceux. On change nécessairement d'avis sur nos contemporains lorsque que l'on est soumis au froid et à la faim. La condition du narrateur le libère du carcan des lois des hommes et lui offre l'opportunité de vérifier ses théories sur la grandeur d'âme.
    Résumons-nous, un crime résulte de la conjonction d'une intention criminelle et de son exécution. Et Raskolnikov le prémédite avec attention son meurtre. Tout d'abord comme un jeu de l'esprit, puis petit à petit comme une potentialité, enfin comme une nécessité. Pour se prouver qu'il fait lui aussi partie de cette élite au dessus des lois et accessoirement pouvoir manger un peu, se chauffer, survivre. Il choisit sa victime avec soin, pour sa richesse, mais aussi pour son caractère. Une prêteuse sur gage acariâtre ne manquera à personne, encore moins à ses débiteurs.
    Quelle que fût la pertinence de ses hypothèses, l'histoire montrera à Raskolnikov l'étendue de son erreur. La suite du roman présente donc son châtiment. On s'improvise difficilement criminel et malgré son intense préparation notre meurtrier flanche face à l'imprévu et son expédition frôle le désastre. Il ne récolte rien de son crime, pas d'argent et préfère se débarrasser des quelques objets de valeur transformées en autant d'encombrantes pièces à conviction.
    La santé du narrateur vacille à mesure que sa raison sombre et qu'il s'inflige de lui-même son châtiment. Tandis que sa vie semble vouloir prendre un nouveau départ, son comportement devient lunatique et paranoïaque.
    Voulant protéger son sombre secret qui lui ruine l'âme il s'affiche comme suspect et même coupable aux yeux de tous.
    On vous l'aura dit, le crime de paie pas, notre esprit torturé sait se montrer plus féroce que le plus abject des bourreaux.
    Ce livre, malgré son final absurde m'aura prouvé une chose. le miroir a bien raison de me renvoyer l'image d'un intellectuel snobinard à lunettes. Parce que dit comme ça, la littérature russe du XIX ième siècle, j'aime bien. J'aime bien cette écriture simple, brutale et directe, ce sentiment de pénétrer au plus profond des pensées du narrateur. J'aime bien rester oublier les centaines ou les milliers de pages, porté par le récit. J'aime bien cette description d'une époque qui malgré les apparences ressemble si bien à la notre.
    Il parait que Nabokov positionnait Dostoïevski comme une sorte de niveau zéro de la littérature, qu'il fustigeait les comportements schizophrènes de ses héros. Vrai ou pas, moi j'aime bien.

    Lien : http://oiseauchanteur.blogspot.com/2010/08/800-pages-plus-tard-un-cr..
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    • Livres 4.00/5
    Par Ecureuil, le 03 janvier 2012

    Ecureuil
    Ce fut long et difficile, mais j'ai enfin terminé ce roman, lu sur les conseils d'une amie. Pour résumer : Dostoïevski nous conte l'histoire d'un jeune homme sans le sou (Raskolnikov) qui tue une vieille dame par idéologie, parce que cela lui permettra d'accomplir son destin, celui que L Histoire lui a accordé.
    Si les premières centaines de pages (!) sont réellement un obstacle, l'écriture de Dostoïevsky donne toute sa puissance à la fin. Et puis, une fois la dernière page atteinte, on comprend que le début, qui pouvait paraître facultatif, était en fait vital à l'histoire en donnant de l'épaisseur au personnage de Raskolnikov et à cette époque où, en Russie tsariste, bouillonnaient des "idées nouvelles" (qu'on reliera aisément à la philosophie de l'histoire et au communisme).
    La biographie de l'auteur et la préface (que j'ai lus en dernier) donnent des éclaircissements qui ne sont pas anodins et aident réellement à replacer le roman dans son contexte.
    Finalement, après des mois de "galère" et quelques jours "pour digérer", je suis non seulement content d'avoir terminé ce texte, mais également convaincu que sa place au panthéon de la littérature du XIXe siècle est méritée.
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    • Livres 5.00/5
    Par sentinelle, le 26 décembre 2010

    sentinelle
    Et si les humains se divisaient en deux catégories : les gens ordinaires, qui sont dans l'obligation de vivre dans l'obéissance et dans l'interdiction d'enfreindre les lois, et les gens extraordinaires, qui ont le droit de commettre tous les crimes possibles s'ils justifient une amélioration future pour l'humanité ? Et si l'action d'un grand homme se mesurait par sa raison et à sa volonté ? Et si un meurtre n'était pas un crime s'il était précédé de raisonnement et de réflexion ?
    C'est le droit au crime qui est posé ici, le droit de transgresser pour accomplir un noble but, de quitter les ornières toutes tracées, de franchir les limites, d'enfreindre les interdits. La fin qui justifie les moyens, aussi tragiques et criminels soient-ils. le droit d'être au-dessus des lois ?
    Raskolnicov, homme vaniteux et orgueilleux, pense faire partie de cette catégorie de gens extraordinaires qui consciemment, raisonnablement et posément peuvent poser des actes criminels. Et la vieille usurière semble être une victime potentielle idéale : la mort de cette femme stupide et méchante qui fait du mal à tout le monde pourrait peut-être sauver des milliers de vies humaines remises par l'entremise de sa mort dans le droit chemin ? Un seul petit crime pour une cause commune ? Juste une question d'arithmétique finalement.
    Le temps de rumination cédant la place à l'action, Raskolnicov exécute sauvagement la dite usurière à la hache, ainsi que la sœur de cette dernière qui avait eu la mauvaise idée d'être présente au mauvais endroit au mauvais moment.
    Il y aura un avant (ses pensées d'avant, ses impressions d'avant, ses tâches d'avant) et un après le meurtre, car être un sauveur de l'humanité, même en passant par la petite porte, n'est pas facile à prendre sur soi, et ce au grand désarroi de Raskolnicov qui a bien du mal à assumer ce sang versé pour " une cause commune" ou ce sang "en conscience". le temps de la souffrance est à son comble et amène tout doucement celui de l'expiation et du châtiment… mais Dieu existe-il ?
    Le droit de tuer pour servir ses convictions ... question toujours d'actualité et tellement bien traitée par l'auteur, qui excelle dans la description des tourments et la fragilité de l'être humain, pour qui la folie n'est jamais loin...
    http://livresque-sentinelle.over-blog.com/article-crime-et-chatiment-de-fedor-mikhailovitch-dostoievski-63958445.html
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Citations et extraits

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  • Par Yuko, le 16 juillet 2010

    - Vous m'avez demandé... chez le concierge ? fit enfin Raskolnikov d'une voix basse.
    L'homme ne répondit rien, il ne le regarda même pas. Il y eut un nouveau silence.
    - Mais pourquoi venez-vous me demander ? Puis vous vous taisez... Que signifie ? ...
    La voix de Raskolnikov était entrecoupée et les mots semblaient avoir peine à sortir de sa bouche.
    Cette fois, l'autre leva les yeux et jeta au jeune homme un regard sombre et sinistre.
    - Assassin, fit-il tout à coup d'une voix basse, mais distincte.
    Raskolnikov marchait à ses côtés. Il sentit ses jambres faiblir et flageoler ; un frisson glacé lui couru dans le dos et, durant une seconde, son coeur cessa de battre comme s'il avait été décroché. Ils firent ainsi une centaine de pas toujours en silence.
    L'homme ne le regardait pas.
    - Mais que dites-vous ? Quoi... qui est un assassin ? marmotta enfin Raskolnikov d'une voix à peine perceptible.
    - C'est toi qui es un assassin, répondit l'autre, en articulant ces mots d'un air plus significatif encore, avec un sourire de triomphe haineux, et il regarda fixement le visage pâle et les yeux vitreux de Raskolnikov. (...) L'inconnu tourna à gauche et continua son chemin sans se retourner. Raskolnikov resta figé sur place à le suivre des yeux.
    Quand il eut fait cinquante pas, l'homme se retourna pour observer le jeune homme toujours cloué au même endroit. La distance ne permettait pas de distinguer ses traits, mais Raskolnikov crut remarquer qu'il souriait encore de son sourire glacé, plein d'une haine triomphante.
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  • Par torezu, le 26 mai 2010

    Il appartenait à cette légion inombrable et multiforme d'individus triviaux, de ratés sans énergie et de personnages entêtés et de sots dont la demi-instruction mal digérée les pousse à s'accrocher instantanément à la dernière idée à la mode pour la ravaler aussitôt, tourner en un clin d'oeil en caricature tout ce qu'ils servent parfois même le plus sincèrement du monde.
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  • Par torezu, le 26 mai 2010

    Est ce qu'on peut raisonner comme elle si on est sain d'esprit? Est ce qu'on peut rester au bord de sa perte, juste au dessus de la fosse puante qui vous aspire déjà, et fermer les yeux et se boucher les oreilles quand on vous parle du danger? Ne serait ce pas un miracle qu'elle attend? [...] Est ce que ce ne sont pas des symptômes de folie?
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  • Par Yuko, le 16 juillet 2010

    Raskolnikov paru froissé.
    - Ah ! Ils le prouvent, dites-vous ? Eh bien, essayez de l'attraper, cria-t-il, en narguant méchamment Zamiotov.
    - Soyez sans crainte ; on le trouvera.
    - Qui ? Vous ? Vous, le découvrir ? Allons donc ! Vous pouvez courir. L'essentiel pour vous est de savoir si un homme se livre à des dépenses ; un tel, par exemple, n'avait pas le sou, et voilà qu'il se met tout à coup à jeter l'argent par les fenêtres. Comment ne serait-il pas le coupable ? (...)
    - Le fait est que c'est ce qu'ils font tous, répondit Zamiotov. Après avoir souvent fait preuve d'une grande adresse et de beaucoup de ruse dans l'assassinat, ils se font pincer au cabaret. (...)
    - Ah ! ah ! (...) vous voulez savoir maintenant comment j'aurais agi en pareil cas, fit-il d'un ton de mauvaise humeur.
    - Oui, répondit l'autre d'un air ferme et grave. (...)
    - Bon ! Voici comment j'aurais agi, commença Raskolnikov en rapprochant de nouveau son visage de celui de Zamiotov, qui s'était remis à regarder si fixement que, cette fois, l'autre ne put s'empêcher de tressallir.
    Voici comment j'aurais fait. J'aurais pris les objets et l'argent et, à peine sorti de la maison, je me serais rendu dans quelque endroit écarté, clos de mur et désert (...) j'aurais repéré d'avance une pierre (...) peut-être dans un coin contre le mur. J'aurais soulevé la pierre ; il y aurait un creux au-dessous et, dans ce creux, j'aurais déposé les objets, l'argent. (...) puis je m'en serais allé et, pendant un an, deux ans, trois ans, je n'y aurais pas touché. Cherchez alors le coupable !
    - Vous êtes fou, répondit brusquement Zamiotov à voix basse lui aussi, et il s'écarta de Raskolnikov. Les yeux de celui-ci étincelèrent et il pâlit affreusement. Sa lèvre supérieure frémit convulsivement. Il se rapprocha le plus qu'il put de Zamiotov et se mit à remuer les lèvres sans parler. Trente secondes se passèrent ainsi ; il se rendait parfaitement compte de ce qu'il faisait, mais il ne pouvait se dominer. L'épouvantable aveu tremblait sur ses lèvres, comme l'autre jour le verrou sur la porte, et il était prêt à lui échapper. (...)
    - Mais est-ce possible ? Fit-il d'une voix à peine perceptible.
    Raskolnikov lui jeta un regard venimeux.
    - Avouez que vous l'avez cru ?
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  • Par sentinelle, le 21 décembre 2010

    Mais la misère, mon cher Monsieur, la misère - ça, c'est un vice. Dans la pauvreté, vous conservez encore la noblesse de vos sentiments innés, mais, dans la misère, jamais, personne. Dans la misère, quand on vous chasse, ce n'est même pas à coups de bâton, c'est, zou, d'un coup de balai, loin de la compagnie des hommes, pour que l'offense en soit plus forte [...]
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