Jenny Downham joue avec les deux focalisations internes. S'infiltrant dans la tête du personnage, on est face à ses pensées, ses peurs, ses doutes, ses sentiments… Si bien qu'on ne peut prendre parti pour l'un ou pour l'autre, jusqu'aux dernières pages !
Afin de nous laisser la possibilité de nous attacher à Mikey et Ellie sans les juger, le déroulement exact de l'agression est caché au lecteur jusqu'aux derniers chapitres. C'est ainsi qu'elle veut nous montrer combien il est dur d'en vouloir à quelqu'un à qui on est attaché.
Cet impossibilité de prendre parti entraîne la confusion du lecteur, une sorte de gêne de ne pas pouvoir juger les personnages sur des faits bien ancrés. La gêne est terriblement présente notamment lors des affrontements entre Ellie et Stacey ; on ne sait pas si on doit blâmer l'agressivité de Stacey ou l'excuser.
Le style de
Jenny Downham est très réaliste. Elle ne tolère aucun tabou, ne cherche pas à enjoliver certaines pensées, à les rendre plus poétiques ou nobles qu'elles ne le sont. C'est certainement cet aspect-là qu'elle a cultivé dans son métier de comédienne des hôpitaux : nous sommes tous humains et montrer au lecteur que son héros pense comme lui le rassure et l'en rapproche. Sa manière de parsemer quelques faits scientifiques amusants au fil du texte permet de dédramatiser certains passages pourtant durs : «Ellie trouva un endroit où s'installer sur le muret et tourna son visage vers le soleil. le corps absorbait plus facilement la vitamine d'par les paupières, et la vitamine d'était la seule à procurer du bonheur. »
La brève allusion au film Pile et face avec
Gwyneth Paltrow m'a plu. Elle rappelle combien les choix sont importants dans la vie. On pourrait également le relier avec la phrase de
Frédérique Deghelt dans son livre
La vie d'une autre : « Ce que chacun d'entre nous devient est déterminé par un grand nombre de facteurs dont certains ont une origine bien plus lointaine qu'on ne pense. Nous savons peu de choses de ce qui prédestine nos rencontres, nos choix et nos orientations. Et nous oublions l'origine de nos désirs ».
Un des grands talents de l'auteure est également de sensibiliser efficacement et tout en douceur ses lecteurs aux dangers de l'existence et plus particulièrement, de l'adolescence : l'alcool, la drogue, les abus sexuels, la dépression, la malbouffe… Au lieu de s'arrêter à des recommandations bornées et inutiles, elle utilise le pouvoir de séduction de ses personnages, comme par exemple quand Ellie prépare un joint et qu'au-fond de lui-même, Mikey sait qu'elle fait ça pour l'impressionner et pense qu'elle n'a pas besoin de ça pour qu'il l'admire.
Les sentiments contradictoires des deux personnages principaux sont très compréhensibles. Déchirés entre l'amour et la famille, Mikey et Ellie sont les Roméo et Juliette du XXIe siècle : « C'était stupide. Comment deux personnes pouvaient-elles s'aimer autant et ne pas avoir le droit d'être ensemble ? Pourquoi ne le pouvaient-ils pas ? »
Réside dans la violence apparente dans certains passage un désespoir résigné, celui d'Ellie, notamment, Ellie qui est finalement la grande victime de cette affaire, car témoin d'un crime qu'elle ne peut se résoudre à dénoncer, consciente que quel que soit son choix, quelqu'un souffrira. Quelqu'un qu'elle aime. Mais son besoin de justice finira par l'amener à parler, à se révolter contre une famille trop bornée, pas assez compréhensive, et à faire comprendre à sa mère qu'elle a encore besoin d'elle, tout autant que son frère.