John, le narrateur du « Bouc émissaire », est anglais, mais il est passionné par la France. Il enseigne d'ailleurs l'histoire de notre pays à Londres. C'est pour cette raison qu'il passe tous ses étés chez nous, notamment à Tours, Orléans ou Blois où l'architecture le plonge dans le passé. Au début du roman, les vacances touchent à leur fin et John doit rentrer chez lui : « En quittant Tours le dernier matin, la perspective des médiocres cours que j'allais faire à Londres et le sentiment d'avoir passé ma vie, non seulement en France mais aussi en Angleterre à regarder les gens sans jamais prendre part à leur bonheur ou à leur peine, me remplirent d'une espèce de désespoir encore accru par la pluie qui fouettait les vitres de ma voiture, et quand j'arrivais au Mans où je n'avais pas le projet de m'arrêter, je me ravisai et décidai d'y déjeuner, espérant que la diversion me ferait du bien. » Cette escale non prévue va en fait changer la vie de John. C'est dans un bar qu'il rencontre l'homme qui va à tout jamais modifier le cours de son existence. Cet homme est le double parfait de John ; ils semblent tous les deux jumeaux mais ne se connaissent pas. le comble du hasard a voulu que ce double se prénomme Jean. Les deux hommes passent la soirée ensemble, éberlués par leur ressemblance physique. Ils se racontent leur vie, John est aussi seul que Jean est encombré par sa famille. Les deux semblent insatisfaits par leur vie. La soirée se déroule tranquillement jusqu'à ce que Jean de Gué demande à John « : « Et si je mettais vos vêtements et vous les miens ? »
Ce livre de Daphné du Maurier aurait pu être adapté par
Alfred Hitchcock tant cette situation de départ est intrigante et romanesque. La question de l'identité et d'une possible substitution aurait fortement intéressé le grand cinéaste anglais. C'est bien évidemment un thème qui parle à chacun. Qui n'a pas un jour rêvé d'abandonner sa vie pour en essayer une autre ? Pour John, tous les possibles s'ouvrent à lui, une nouvelle vie pourrait commencer s'il décide d'accepter le marché de Jean. Mais, connait-il si bien la vie de Jean ? Quelle est cette famille si encombrante que Jean veuille la quitter ?
Daphné du Maurier commence « le bouc émissaire » comme un
Hitchcock, mais le poursuit comme un
Chabrol. John va découvrir un monde d'une hypocrisie totale. Sous couvert de respectabilité, se cachent de noirs secrets, d'amers souvenirs. Les bonnes mœurs, la politesse ne sont qu'un vernis qui vont se craqueler au fur et à mesure des pages. Les haines tenaces de la famille de Jean de Gué s'enracinent dans l'histoire de France que connaît si bien John. La rancœur, la culpabilité sont au cœur du récit de Daphné du Maurier. Mais aussi, la mince distinction qui sépare souvent le bien du mal.
« le bouc émissaire » met le lecteur sous tension durant 375 pages ; chaque situation génère de l'inquiétude, de l'angoisse. La vertigineuse ressemblance physique des deux hommes pouvait constituer un sujet en soi, mais
Daphné du Maurier va plus loin pour explorer la noirceur de l'âme humaine. L'auteur mélange avec brio roman à suspense et roman psychologique.
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