ISBN : 2020403420
Éditeur : Editions du Seuil
(2000)
Note moyenne : 3/5 (sur 23 notes)
Si ce livre pouvait me rapprocher de toi1Ajouter à mes livres
« C'est à ce moment-là, je crois, que je décidai de partir pour un voyage dont j'ignorais la destination et la durée. J'étais désargenté, désenchanté. Mais je voulais me replonger dans le courant de la vie, me battre pour ou contre quelque chose, retrouver l'envie du bo... > voir plus
Un livre troublant et touchant par l'histoire d'un fils qui doit faire le deuil d'un être cher : son père. Décidemment, l'auteur n'en finit pas de me séduire par ses romans et sa qualité d'écriture.
La nuit, fumant des cigarettes sur la véranda, il m’arrivait de réfléchir à l’héritage, à ces biens inestimables que les pères sont empêchés de léguer à leurs fils, ces fortunes à jamais perdues et enterrées. Je pensais à tous ces trésors de l’esprit, ces savoirs accumulés, cette expérience, cet usage du monde, cette mémoire du temps et des saisons, cette connaissance d’une langue étrangère, des fièvres de la joie et du poids de la peine, je pensais à tout ce patrimoine précieux à jamais muré et enseveli dans la tête des morts. Les notaires n’avaient à connaître que le partage de la ferraille, mais où passaient tous les biens de l’esprit, à qui profitaient-ils ? Si les enfants pouvaient hériter de l’acquis de leurs pères, posséder seulement ce capital ontologique, vivre serait un jeu d’enfant, et le monde infiniment riche.
J’ai terminé ce livre. Comme les précédents, il m’aura pour un temps rapproché des vivants et des morts. C’est dans l’ordre des choses simples. Les journées passées à l’écrire, et parfois le veiller, m’auront ainsi fait comprendre qu’en me laçant dans cet étranger voyage, avec l’impulsivité et la naïveté d’une mouche, j’avais confusément réalisé le rêve de tout homme : traverser la forêt de ses peurs pour accéder à ces émotions secrètes, ces infimes parcelles de bonheur qui sont en nous tapies dans un endroit que nous ignorons, et que, souvent, nous recherchons pendant toute une vie.
Nous parlâmes longtemps de tous ces petits moments qui font ou défont une existence, de la somme de courage qu’il faut pour bâtir quelque chose de solide er de digne, du besoin permanent de savoir d’où l’on vient et pourquoi l’on se bat, de la nécessité de ne jamais oublier qu’à chaque instant n peut se retrouver dans l’effrayante position du poisson au bout de l’hameçon.
La nuit, fumant des cigarettes sur la véranda, il m'arrivait souvent de réfléchir à l'héritage, à ces biens inestimables que les pères sont empêchés de léguer à leurs fils, ces fortunes à jamais perdues et enterrées. Je pensais à tous ces trésors de l'esprit, ces savoirs accumulés, cette expérience, cet usage du monde, cette mémoire du temps et des saisons, cette connaissance d'une langue étrangère, des fièvres de la joie et du poids de la peine, je pensais à tout ce patrimoine précieux à jamais muré et enseveli dans la tête des morts.
Je décidais de partir pour un voyage dont j’ignorais la destination et la durée, mais que je savais à l’opposé d’une villégiature. J’étais désargenté, désenchanté, mais je voulais me replonger dans le courant de la vie, me battre pour ou contre quelque chose, retrouver l’envie de bonheur et le goût de la peur, lutter contre la force des vents, éprouver la chaleur, le froid, casser des cailloux et, s’il le fallait, creuser la terre, creuser profond, pour y ensevelir mon trou.