Au collège de Clerval, près d'Orléans, Eric Capadis, jeune professeur d'histoire géographie, vient de se suicider en se jetant par la fenêtre de sa classe. Il est aussitôt remplacé par un autre enseignant du même é... > voir plus
A vrai dire...j'ai été "dérangée" par cette histoire. Dérangée par ce prof qui n'aime pas particulièrement son métier, qui est désabusé avant l'heure, qui n'aime pas vivre, dirait-on. Dérangée par ces élèves bizarres, qui n'aiment pas vivre non plus et qui, sans aucune morale, n'ont aucun scrupule à éliminer ceux qui n'entrent pas dans leurs vues. Dérangée par ce principal du collège qui est soumis aux parents d'élèves...Bref, c'est un roman assez glauque, bien écrit (Quel art de dresser les portraits en quelques lignes assassines ! Quel sens de la métaphore ! ). Mais duquel je suis sortie, soulagée d'avoir fini.
La radio diffusait "California Dreamin'" des Mamas and the Papas, un morceau qui, inexplicablement après autant d'années, me faisait éprouver un pincement de terreur mélancolique chaque fois que j'en entendais les premières mesures. Je me suis levé pour l'éteindre avant le solo de flûtiau qui avait toujours eu le même effet sur moi : je fondais en larmes et je voulais mourir.
Cet air me rappelait la flûte de "bonne nuit les petits" qui venait achever de sa tristesse poignante chaque soirée de ma petite enfance vers huit heures. J'allais me coucher - accompagné de milliers d'enfants de ma génération, je le sus bien plus tard - après que le débonnaire Nounours m'avait jeté une poignée de sable pour que je m'endorme.
Elle souleva une immense valise grenat avec des sangles si serrées que je fus presque surpris de ne pas entendre le cuir pousser des hurlements de douleur.
Le poids de son bagage faillit l'emporter en arrière. Elle vacilla quelques instants, la valise contre elle, donnant l'impression comique qu'elle était en train de faire quelques pas de danse avec un obèse un peu gris.
On dit souvent que le culte des objets s'enracine dès l'enfance et qu'ils enchâssent les périodes marquantes de l'existence, comme une sorte de métaphore personnelle. Un jour, il faudrait que quelqu'un retrace l'importance anthropologique des airs musicaux et la place qu'ils occupent dans les biographies familiales. Récemment, j'ai entendu parler par hasard du joueur de pipeau de "Bonne nuit les petits". Il s'appelle Antoine Berge et a soixante et onze ans. Il avait demandé sur le tard 150 000 francs de droits d'auteur au tribunal de grande instance de Paris. Il ne lui avait finalement été accordé que 632,50 francs.
Allongé sur un tapis pseudo-persan que j'avais acheté à un soudeur au chômage pour m'en débarrasser, je cochais des destinations peu onéreuses (Liechtenstein, Andorre, Valenciennes) sur un catalogue Fram. Ce n'était pas le mépris de la populace qui m'encourageait à éviter les plages ensoleillées - il est vrai que quand on bronze, on a toujours un peu l'air con - mais la peur de me sentir encore plus seul sous un climat propice aux relaitions.
Je me souvenais de lui comme de quelqu'un de jeune avec des pattes-d'oie, un mental grisonnant, des rides et une peau qui semblait avoir essuyé tous les coups de vent d'une existence vécue sans discernement. Ayant dix ans de plus que moi, il appartenait à cette génération qui, la première, avait tourné la bonté et la gentillesse en dérision, et dont l'heure de gloire se situait au milieu des années quatre-vingt.