ISBN : 2070387054
Éditeur : Gallimard (1994)


Note moyenne : 3.7/5 (sur 27 notes) Ajouter à mes livres
Vitry, banlieue tentaculaire, immense, vidée de tout ce qui fait une ville, réservoir plutôt avec, çà et là, des îlots secrets où l'on survit. C'est là que Marguerite Duras a tourné son film Les Enfants : « Pendant quelques années, le film est resté pour moi la seule na... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 05 juin 2011

    brigittelascombe
    Une famille de marginaux, des personnages fantomatiques dans un lieu perdu de nulle part, qui est Vitry mais pourrait être Vitry ou ailleurs, qu'importe. Une autoroute, une maison glauque,un père inexistant, des frères et soeurs anonymes sauf Jeanne, l'incendiaire en instance, de l'intime j'entends et Ernesto le surdoué sensible qui tournent en vrille autour d'une mère mi Emilia-mi Hanka sans identité fixe et qui s'imbriquent l'un dans l'autre jusqu'à pousser L'Amour absolu dans le réel celui de l'inceste.
    Oh,rien d'impudique, petites touches pointillistes de sensibilités à fleur de peau qui touchent sans presque se toucher, qui se frolent, qui fusionnent.
    Et ce livre, brulé qu'Ernesto déniche dans la cave, celui qu'il lit alors qu'il n'a jamais appris, celui qui raconte l'histoire d'un roi de Jérusalem, ce roi-lui sans doute, celui qu'il déflore au pied du seul arbre qui pousse au sein du seul jardin de la ville, un jardin d'Eden entouré de barbelés,celui qui lui démontre qu'il a tout compris au monde. Adieu études, tout est désordre,je perds l'espoir, rien ne vaut la peine d'être vécu, tout est vanité des vanités et poussière du vent.
    Je suis mort dit Ernesto, et Jeanne aussi est morte. Seule reste la séparation de ces enfants déjà adultes qui rejoindront le monde sur des trajectoires différentes.
    Un livre sublime, dont je n'ai sans doute pas tout compris vue la profondeur durassienne, un livre qui a la poésie de la marginalité, qui aborde le vide existentiel et l'inceste.
    L'inceste, ou plutot L'Amour fou entre frère et soeur est un sujet qui tient à coeur à Marguerite Duras(qui a perdu un petit frère prématurément) puisqu'il est également le thème de "Agatha" paroles et souvenirs de ceux qui se mettent à distance par le vouvoiment ,dans une maison encerclée de sable et de vent où les vagues parcourent les corps de leur sensualité alors que la figure de la mère erre autour du couple incestueux.
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    • Livres 3.00/5
    Par ChezLo, le 29 avril 2011

    ChezLo
    Ernesto est l'aîné d'une famille nombreuse, immigrée, chômeuse et pauvre qui vit entassée et proche de la Nationale à Vitry-sur-Seine. Il doit s'occuper de ses brothers et sisters. L'école, ça lui plaît pas, malgré qu'il ait 12 ans à peu près et en paraisse plûtot 20. Il est resté 10 jours sur les bancs et ça lui a suffit, c'est pas la peine parce que ça veut lui apprendre des choses qu'il ne sait pas. Alors, malgré son désespoir, il mène sa vie différente, souffrant de sa trop grande intelligence, de l'incompréhension et de la déception de son entourage, il apprend à lire des livres trouvés dans les poubelles, il apprend un tas de choses. Et il aime Jeanne, la seconde de la fratrie, d'un amour incestueux.

    La mère c'est Natacha, appelée parfois Hanka, Emilia, une femme aux multiples prénoms comme si son identité était mal cernée, une immigrée d'Ukraine ou de Sibérie. Avec son mari venu d'Italie, ils forment un couple à la marge, ils sortent souvent en ville pour revenir ivres, ils ne cherchent plus de boulot. Quand Ernesto refuse d'aller à l'école, la mère rit, le père comprend et admire. Leur éducation sort pour le moins des chantiers battus. Leurs enfants n'en sont-ils pas moins heureux ?
    Ensuite il y a l'instituteur qui tentera de ramener Ernesto sur le droit chemin de l'école. Sans succès, mais le maître sera fortement impressionné et subjugué par Ernesto et cette famille hors-norme. Une famille dans laquelle Ernesto et Jeanne la soeur forment peut-être le vrai couple parental : matures, amoureux, protecteurs, ils sont l'image rassurante et autoritaire pour les frères et soeurs que l'on n'appelle jamais pas leur prénom, que l'on ne distingue pas, comme s'ils formaient une masse diffuse et globale, au contraire des aînés.

    Une écriture ardue, hermétique, difficile à apprivoiser. Après C'Est Tout, je poursuis ma découverte de Marguerite Duras à travers ce roman, écrit à la suite du film Les enfants, dont l'histoire est similaire.

    Un récit d'enfant en forme de pensées d'adulte qui mêle poésie, philosophie et surréalisme. Qui déroute souvent le lecteur, le surprend parfois avec des mots qui résonnent et qui touchent.

    Lien : http://chezlorraine.blogspot.com/2011/04/la-pluie-dete.html
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    • Livres 2.00/5
    Par missmolko1, le 23 décembre 2010

    missmolko1
    Comme une pluie d'été que l'on regarde a travers la vitre de chez soi, c'est très beau mais ça devient très vite ennuyeux.
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Citations et extraits

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  • Par ChezLo, le 29 avril 2011

    Jeanne: Raconte moi commment t’as quitté l’école
    Ernesto (à Jeanne): Ce jour-là, j'ai attendu toute la matinée dans la classe.
    Je savais pas pourquoi.
    Une fois ça a été la récréation.
    On aurait dit qu'elle était très loin.

    Je me suis retrouvé seul.

    J'entendais les cris, les bruits de la récréation.
    Je crois que j'ai eu peur.
    Je ne sais pas de quoi. Peur.

    Et puis ça s'est passé.

    J'ai attendu encore.
    Il fallait que j'attende encore, je savais pas pourquoi.
    Une autre fois ça a été le réfectoire.
    J'entendais le bruit des assiettes, des voix.
    C'était agréable. J'ai oublié que je devais me sauver.
    C'est après le réfectoire que c'est arrivé. Je n'ai plus rien entendu tout à coup.
    C'est là que c'est arrivé.
    Je me suis levé.
    J'avais peur de ne pas y arriver. A me lever et puis à sortir de là où j'étais.

    J'y suis arrivé.

    Je suis sorti de la classe.

    Dans la cour j'ai vu les autres revenir du réfectoire.
    J'ai marché très lentement.

    Et puis je me suis retrouvé au dehors de l'école.
    Sur une route.

    La peur avait disparu.
    Je n'ai plus eu peur.
    Je me suis assis sous les arbres près du château d'eau.
    Et j ai attendu. Un long ou un petit moment,je ne sais pas.
    Je crois que j'ai dormi.
    C'est comme s'il y avait mille ans.

    Ernesto (à nous): J'ai compris quelque chose que j'ai du mal à dire encore... Je suis encore trop petit pour le dire convenablement. Quelque chose comme la création de l'univers. Tout d'un coup j'ai eu devant moi la création de l'univers...
    Ecoutez. Ca a dû se faire en une seule fois. Une nuit. Le matin, tout était en place. Toutes les forêts, les montagnes, les petits lapins, toutes les choses. Une seule nuit. Ça s'est créé tout seul. En une seule nuit. Le compte y était. Tout était exact. Sauf une chose. Une seule.
    Cette chose-là on croit qu'on devrait pouvoir dire ce que c'était... en même temps on sait que c'est impossible à dire. C'est personnel... on croit que soi on pourrait... on devrait y arriver... et puis non...
    Les toutes petites choses et les petites choses invisibles de toutes sortes, les petites particules, elles étaient là aussi. II n'y avait pas un seul petit caillou qui manquait, pas un seul petit enfant qui manquait et c'était pas la peine. Pas une feuille d'arbre qui manquait. Et c'était pas la peine.
    Les continents, les gouvernements, les océans, les neuves, les éléphants, les bateaux, pas la peine.
    Jeanne: La musique.
    Ernesto : Pas la peine.
    Jeanne: L'école non plus c'est pas la peine?
    Ernesto: Pas la peine. Pour qui ç'aurait été la peine, la vie? L'école pour qui? Pour faire quoi? Alors c'est pas la peine pour le reste.
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  • Par ChezLo, le 29 avril 2011

    Les livres, le père les trouvait dans les trains de banlieue. Il les trouvait aussi séparés des poubelles, comme offerts, après les décès ou les déménagements. Une fois il avait trouvé la Vie de Georges Pompidou. Par deux fois il avait lu ce livre-là. La mère aussi avait lu la Vie de Georges Pompidou. Cette Vie les avait passionnés. Après celle-là ils avaient recherché des Vies de Gens célèbres - c'était le nom des collections - mais ils n'en avaient plus jamais trouvé d'aussi intéressante que celle de Georges Pompidou, du fait peut-être que le nom de ces gens en question leur était inconnu. Ils en avaient volé dans les rayons «Occasions» devant les librairies. C'était si peu cher les Vies que les libraires laissaient faire. Le père et la mère avaient préféré le récit du déroulement de l'existence de Georges Pompidou à tous les romans. Ce n'était pas seulement en raison de sa célébrité que les parents s'étaient intéressés à cet homme-là, Le père se retrouvait dans la vie de Georges Pompidou et la mère dans celle de sa femme. C'étaient des existences qui ne leur étaient pas étrangères et qui même n'étaient pas sans rapports avec la leur.
    Sauf les enfants, disait la mère.
    C'est vrai, disait le père, sauf les enfants.
    Avant ce livre, le père et la mère ne savaient pas à quel point leur existence ressemblait à d'autres existences.
    Toutes les vies étaient pareilles disait la mère, sauf les enfants. Les enfants, on ne savait rien.
    C'est vrai, disait le père, les enfants on sait rien.
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  • Par ChezLo, le 29 avril 2011

    La nuit il regretta
    La mort.
    Les chiens.
    L’enfance, il regretta, beaucoup, beaucoup.
    L’amour, il regretta.
    L’amour, il regretta au-delà de sa vie, au-delà de ses forces.
    L’amour d’elle.
    Les ciels d’orage
    La pluie d’été.
    L’Enfance.
    Jusqu’à la fin de la vie, l’amour d’elle.
    Et puis un jour, il lui était venu le désir ardent de vivre une vie de pierre.
    De mort et de pierre.
    Une fois, il ne regretta pas.
    Plus rien il regretta.
    Ça avait été pendant cette nuit-là, que tomba sur Vitry la première pluie d’été. Elle tomba sur tout le centre-ville , le fleuve, l’autoroute détruite, l’arbre, les sentes et les pentes des enfants, forte et drue comme un flot de sanglots.
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  • Par ChezLo, le 28 avril 2011

    Ce jardin était entouré d’une clôture grillagée étayée par des piquets de fer, tout ça très bien fait, aussi bien fait qu’on avait fait autour des autres jardins de la rue qui étaient à peu près de la même superficie que celui-ci et de la même forme.
    Mais dans ce jardin-là il n’y avait aucune diversité, aucune plate-bande, aucune fleur, aucune plante, aucun massif. Il y avait seulement un arbre. Un seul. Le jardin c’était ça, cet arbre.
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  • Par zazimuth, le 29 août 2010

    Alors, devant la chose criée par Ernesto, les enfants se rendaient à l'évidence de leur fulgurant bonheur, une bête bondissante dans leur tête, dans leur sang. Et même quelquefois, le bonheur était trop grand pour qu'on arrive à lui tenir tête sans avoir peur. (p.70)
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Interview de Patrice Chéreau à propos du spectacle « La Douleur » sur des extraits tirés du journal de Marguerite Duras - Théâtre des Amandiers de Nanterre, 2008








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