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ISBN : 2070368823
Éditeur : Gallimard (1978)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 638 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
D'une facture romanesque relativement classique, l'ancrage des personnages de ce roman dans le réel préfigure cependant cette "écriture de l'indicible" qui marquera plus tard la singularité de l'écrivain. "Un barrage contre le Pacifique" inaugure une série de romans d'i... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 02 août 2012

    Nastasia-B
    Marguerite Duras nous livre ici ses souvenirs d'adolescence indochinoise d'avant guerre (période 1920-1930) au moment même où la France est engagée dans la guerre d'Indochine. C'est donc probablement avec une certaine douleur que ces lignes furent écrites, d'autant plus que son histoire personnelle n'est pas elle-même, dénuée de douleur.
    Elle nous conte, de façon un peu romancée, le calvaire de sa mère, institutrice pauvre ayant perdu son mari et s'étant fait berner par l'administration coloniale dans l'achat d'un terrain complètement inexploitable car inondé par les eaux salées de la mer de Chine en période de mousson. Laquelle mer de Chine est dénommée Pacifique par la mère, comme si seul un ennemi de cette taille avait le droit de lui causer des misères, et contre les furies duquel elle va s'échiner à tenter de construire une digue pour protéger les terres du sel dévastateur et ainsi les rendre exploitables.
    L'aventure tournera au fiasco et la mère y laissera jusqu'à son dernier sou, plongeant la famille dans une misère noire. Joseph, le frère aîné de la narratrice, garde rancune de ce mauvais coup du sort et cultive une sorte de misanthropie bourrue d'homme des bois qui a quelque chose de touchant.
    Aussi, la jeune Marguerite va-t-elle être convoitée par un fils de famille richissime, un chinois, inversant ainsi le rapport ordinaire entre blancs et asiatiques. Une relation très ambiguë va naître, soutenue par l'argent, où la jeune héroïne sera tiraillée entre les désirs avides de sa famille néanmoins pondérés par leurs accusations de prostitution. Un amour impossible d'un côté comme de l'autre (le père fortuné menace de déshériter son fils s'il se compromet avec la française), et plus largement une vie impossible, sans espoir autre que l'exil, à savoir le retour en France.
    Un très bon livre, peut-être pas le plus grand chef-d'œuvre de tous les temps, mais une vision poignante à 99% autobiographique. J'en retiendrais surtout les personnages ambigus qu'on ne sait trop si l'on doit aimer ou détester, à savoir le frère et la mère. L'histoire de l'héroïne m'a moins transporté. Marguerite Duras est revenue trente-cinq ans après la publication de ce roman sur cette période et y a apporté des précisions et des modifications dans L'amant.
    D'une façon générale ce livre vaut surtout, à mon sens, pour ses personnages et sujets secondaires, comme par exemple la critique de l'administration coloniale, mais comme toujours, ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, une goutte d'eau dans le Pacifique.
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    • Livres 4.00/5
    Par claudine42, le 04 février 2015

    claudine42

    Une histoire coloniale. La mère, ancienne institutrice, et le père s'installent dans cette Indochine lointaine tenté par les écrits propagandistes de l'époque. le père meurt et la mère reste seule avec deux enfants à sa charge, Joseph et Suzanne. Elle jouera du piano dans un cinéma de quartier pendant dix ans, histoire de faire des économies pour obtenir une concession de la Direction générale du cadastre. Mais faute de leur avoir versé quelque pot-de-vin,on lui attribue une parcelle incultivable. La mère s'entête à faire désespérément pousser quelque chose sur ces terres stériles. Elle a l'idée de créer un grand barrage qui protégerait ses terres ainsi que celles de ses voisins, des assauts dévastateurs des grandes marées. le barrage évidemment ne tiendra pas longtemps et c'est ici que Marguerite Duras commence son roman.
    Joseph a vingt ans, Suzanne en a seize. La vie s'écoule misérable au milieu de ces terres putrides et ingrates. Tout n'est que délabrement. Un vieux bungalow, une vieille auto qu'on rafistole comme faire se peut. Une vie de misère agrémentée de temps à autres par les visites de ces inspecteurs du cadastre qui viennent constater les avancées des plantations. Mais des avancées, il ne peut y en avoir. Une vie de misère.
    Et pourtant l'énergie et un fol espoir n'ont pas quitté cette mère qui refuse l'inévitable, à savoir le départ définitif de ces deux enfants pour des horizons plus souriants. Elle se détruit le mental et la santé tant son désir est grand de voir pousser quelque chose. Elle veut reconstruire un barrage et montrer à ces fourbes du cadastre que c'était possible. Mais bon ce projet fou et tous les autres ne sont que châteaux en Espagne. Des illusions. Désillusions... Toute ambition sera vouée lamentablement à l'échec. Restera le moyen de soudoyer un riche propriétaire terrien attiré par les charmes sauvages de la jeune Suzanne. Lui faire payer son droit de visite en quelque sorte par quelques généreuses donations.
    C'est un roman dur, violent qui nous montre l'existence d'êtres pathétiques et misérables qui se débattent et luttent contre des éléments déchainés. L'Océan et les agents du Cadastre. L' acharnement de survie, l'amertume de voir tout s'écrouler, le dépit. Et puis ces paysages coloniaux. Cette Indochine mystérieuse qui ne se livre pas si facilement et que l'auteur connaît très bien puisqu'elle y a vécu. Désespérément noir, désespérément beau !
    Livre fort et poignant malgré quelques longueurs au début.
    Enfin ! c'est du Duras, comme j'aime . (Ceci n'engage que moi bien sûr )



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    • Livres 2.00/5
    Par sultanne, le 06 juin 2012

    sultanne
    Voilà qui risque de remettre en question notre vision exotique de la colonisation. Ce récit, d'une grande justesse, nous transporte au fond de l'abîme colonial. Là où les blancs sont traités aussi misérablement que les "indigènes", où l'administration broie avec froideur et avidité des vies entières, Marguerite Duras nous fait traverser une frontière insoupçonnée, marquée de sang et de sueur, celle perdue dans les fameuses concessions coloniales, machines à fric incultivables qui fait le bonheur des plus riches.
    L'atmosphère, constamment tendue, explore avec sécheresse et froideur les relations ambivalentes entre les êtres humains revenus à une vie quasi-primitive où le lien social, ne tenant qu'à un fil, fait osciller le malheureux entre son statut d'homme et celui d'animal. Les sentiments et les émotions n'ont pas leur place dans ces sociétés où la survie occupe la tête de la pyramide des besoins. Les personnages sont dénués d'humanité, à l'image de cette mère dévastatrice, de ce frère sauvage, de ce M. Jo anihilé ou de cet Agosti trompeur...
    En toile de fond de cette Indochine rêvée, un questionnement existentiel sur le sens de la vie laisse entrevoir une pensée presque marxiste, crachant sur un capitalisme écoeurant. Une réflexion sur l'évolution, lente et invisible de l'espèce humaine et sur la liberté de l'être humain saisit le lecteur incrédule. Celle qui n'a pas de nom (la "mère"), être informe qui, avec son prénom, semble avoir perdu toute forme d'humanité, la "mère", étrange matrice stérile dont ne sortent plus que l'injure et l'entêtement, va laisser place à une génération nouvelle, plus forte et plus vivace, prête à reconstruire une réalité nouvelle à la lueur des erreur commises.
    Du Marguerite Duras splendide, choquant, intrigant.
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    • Livres 4.00/5
    Par Aaliz, le 28 mai 2014

    Aaliz
    Ma première lecture de Marguerite Duras remonte à presque vingt ans. J'avais lu L'amant suite à l'étude d'un extrait pour le bac ( j'étais même tombée dessus à l'oral). le souvenir que j'en garde se limite à des impressions dues au cadre de l'intrigue, l'Asie coloniale, la chaleur, l'atmosphère lourde, quelques visions de persiennes laissant filtrer les rayons du soleil et les clameurs de la rue mais aussi et surtout un profond ennui.
    A l'occasion du centenaire Marguerite Duras, j'ai lu Un barrage contre le Pacifique et j'ai bien cru que j'en retirerai la même chose. D'une manière générale, j'ai trouvé ma lecture assez difficile, surtout au tout début. Il m'a fallu près de la moitié du roman pour me plonger dedans et m'adapter au style. J'étais assez perplexe, j'avais l'impression de lire un livre écrit à deux mains. Des passages au style pauvre et maladroit alternant avec des envolées de toute beauté. Les personnages sont au premier abord assez antipathiques et pas du tout attachants. Leur vulgarité et leur vénalité m'ont choquée presque plus que leur misérable condition et leur malchance.
    La première moitié du roman se consacre principalement à mettre en place les personnages et leur situation : une femme ayant perdu très tôt son mari doit se débrouiller pour pourvoir à ses besoins et ceux de ses enfants. D'abord institutrice à sa venue en Indochine, elle a du trouver d'autres postes pour nourrir les siens et se constituer un petit capital. Ce capital, représentant une bonne dizaine d'années d'économies, elle décide de l'investir dans une concession qu'elle s'engage à mettre en valeur et à cultiver. Malheureusement, son terrain est régulièrement recouvert par de hautes marées rendant toute culture impossible. Sa mésaventure ne semble pas être un cas isolé mais plutôt une arnaque bien rôdée profitant aux agents du cadastre et à l'administration coloniale. La mère et ses enfants tentent de survivre comme ils peuvent et attendent.
    Ce roman est celui de l'espoir et de l'attente, l'attente de l'événement qui viendra changer leur condition, le miracle qui leur permettra de partir et de vivre enfin. La mère se démène et s'entête : la construction des barrages, ses entreprises pour caser sa fille, toutes ses tentatives se soldent par des échecs. Mais elle persiste jusqu'à s'en rendre malade et son impuissance la mène jusqu'aux portes de la folie.
    L'ennui que l'on peut ressentir à la lecture de cette première partie reflète celui de cette famille qui voit les jours passer dans cette même et pénible attente, dans la lenteur du temps qui s'écoule quotidiennement tantôt à l'ombre du bungalow, tantôt sous la chaleur écrasante du bord de piste.
    Tous les détails relatifs à la vie dans la colonie sont passionnants. Marguerite Duras brosse un portrait de l'Indochine coloniale bien loin de toute vision idyllique : la corruption des fonctionnaires coloniaux, la misère des petits colons, celle des indigènes, la ségrégation géographique des villes coloniales. Elle se livre à une véritable étude sociologique de la population coloniale, des habitants permanents, des agents de passages, les colons qui ont su profiter de la manne coloniale : plantations de latex, de riz, marchands de textiles, diamantaires, ceux qui sont contraints au trafic pour survivre : contrebande d'alcool, trafic de l'opium … A travers le personnage du caporal, les indigènes ne sont pas oubliés : la faim, la prostitution, la forte mortalité des enfants, les maladies sont autant de calamités que les colons ne cherchent même pas à enrayer.
    Je disais donc que j'avais eu des difficultés à prendre les personnages en sympathie. Hormis la mère, qui ne peut que susciter la compassion par sa force, son courage et son espoir obstiné, j'ai trouvé Suzanne, sa fille, et Joseph, son fils, effroyablement égoïstes, vulgaires et comme le dit également M.Jo : immoraux. Ils semblent se moquer des efforts de leur mère et ne cherchent leur salut que par la fuite. Joseph attend qu'une femme et L'Amour l'emmènent loin de cette vie dont il ne veut plus. Suzanne attend patiemment le long de la route qu'une des rares voitures s'arrête pour s'enfuir à son bord. Elle refusera deux bons partis auxquels elle ne s'intéressera que par intérêt et pour réconforter sa mère.
    Malgré tout, peut-on les blâmer au vu des conditions de vie qui sont les leurs ? Au fur et à mesure qu'on avance dans le roman, on finit par les comprendre et on se laisse attendrir. La plume de Marguerite Duras se fait plus assurée, plus constante, plus incisive et rageuse. La lettre de la mère aux agents du cadastre est un véritable bijou, un cri de colère délectable. La longueur des chapitres s'adapte au rythme des évènements et on ressent bien cette accélération dans la deuxième moitié du roman.
    Le titre même du roman souligne le côté dérisoire de la situation : un seul petit barrage contre la force des flots d'un océan, reflet des efforts désespérés de la mère et qui semblent si insignifiants face aux obstacles de la vie : le pouvoir, les autorités, les éléments naturels, la société, la quête du bonheur, le dénuement matériel.
    Au final, Un barrage contre le Pacifique est un roman qui déroute et qui nécessite, tout comme la mère, de la patience et de l'obstination pour découvrir derrière une façade d'ennui et de simplicité, un récit engagé dont l'inspiration autobiographique renforce la puissance et le tragique.


    Lien : http://0z.fr/yGDpM
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    • Livres 4.00/5
    Par Gwen21, le 15 octobre 2012

    Gwen21
    Mon mari et moi habitions dans le Lot-et-Garonne depuis peu quand, voulant découvrir la région, mon mari me concocta l'un de ces petits week-ends surprises dont il a le secret. Il m'emmena à Duras. Nous nous baladâmes, nous visitâmes le château et, au dîner, il m'offrit Un barrage contre le pacifique.
    Jusqu'alors, même si le nom de l'auteur me disait bien quelque chose, je ne savais rien de l'oeuvre de MD, je ne savais rien non plus de sa vie ni de son expérience indochinoise. Mais immédiatement, ce roman aux parfums d'orient me mit l'eau à la bouche. Tandis que je découvrais des paysages aussi peu familiers pour moi que ceux de la planète Mars puisque je ne voyage qu'en Europe, je m'aidais en faisant défiler dans ma mémoire les très belles images du film de Wargnier "Indochine". Je pense que c'est à ce prix que la magie du roman a opéré sur moi.
    J'ai aimé le dépaysement du récit ; la lutte contre la misère des colons français, ces "oubliés du bout du monde". le style Duras m'a quelque peu rebutée au premier contact mais j'ai été heureuse d'avoir persévéré car je me suis finalement assez vite acclimatée à son écriture. Il est probable que je lirai d'autres Duras dans l'avenir.
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Citations et extraits

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  • Par solasub, le 19 janvier 2012

    Le piano commença à jouer. La lumière s'éteignit. Suzanne se sentit désormais invisible, invincible et se mit à pleurer de bonheur. C'était l'oasis, la salle noire de l'après-midi, la nuit des solitaires, la nuit artificielle et démocratique, la grande nuit égalitaire du cinéma, plus vraie que la vraie nuit, plus ravissante, plus consolante que toutes les vraies nuits, la nuit choisie, ouverte à tous, offerte à tous, plus généreuse, plus dispensatrice de bienfaits que toutes les institutions de charité et que toutes les églises, la nuit où se consolent toutes les hontes, où vont se perdre tous les désespoirs, et où se lave toute la jeunesse de l'affreuse crasse d'adolescence.
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  • Par Nastasia-B, le 23 avril 2013

    Suzanne dansait avec M. Jo comme d'habitude. Et la mère les regardait tristement. Parfois, surtout lorsqu'elle n'en buvait pas suffisamment, le champagne la faisait s'attrister davantage à la vue de M. Jo. Bien qu'il y eût du monde à la cantine ce soir-là et en particulier des passagères, Joseph ne dansait pas. Peut-être en avait-il assez de danser tous les soirs ou peut-être sa décision de parler à M. Jo lui en enlevait-elle le désir. (...)
    - On fait que ça, attendre, mais il suffit de décider qu'on ne veut plus attendre. Je vais lui parler.
    M. Jo revint de danser avec Suzanne. (...) Dès que M. Jo se fut assis, Joseph commença.
    - On s'emmerde, déclara-t-il.
    M. Jo avait pris l'habitude du langage de Joseph.
    - Je m'excuse, dit-il. On va commander une autre bouteille de champagne.
    - C'est pas ça, dit Joseph, c'est à cause de vous qu'on s'emmerde.
    M. Jo rougit jusqu'aux yeux.
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  • Par Nina, le 16 octobre 2010

    Voici quelques extraits :

    M. Duras : Au bout de vingt ans de fonctionnariat, de travail, elle (la mère) a acheté un lotissement au Cambodge vers Kampot.

    M. Porte : Une concession ?

    M. Duras : Ce que l’on appelle une concession, oui. Et on lui a donné, on a vu cette femme arriver seule, sans défenseur, complètement isolée et on lui a collé une terre incultivable. Elle ignorait complètement, qu’il fallait soudoyer les agents du cadastre pour avoir une terre cultivable. On lui a donné une terre, ce n’était pas une terre, c’était une terre envahie par l’eau pendant six mois de l’année. Et elle a mis là-dedans vingt ans d’économie. Elle a fait construire ce bungalow, elle a semé, elle a repiqué le riz, au bout de trois mois le Pacifique est monté et on a été ruinés. Et elle a failli mourir, elle a déraillé à ce moment-là, elle a fait des crises épileptiformes. Elle a perdu la raison.

    (…) Elle s’est révoltée mais la concussion était terrible à ce moment-là et on s’est aperçu que tous les agents, depuis les agents du cadastre jusqu’à l’administrateur général de la colonie, tout le monde touchait de l’argent. C'est-à-dire que les pots de vins étaient répartis sur toute la hiérarchie des fonctionnaires, dont les plaintes tombaient à l’eau, elles finissaient dans les tiroirs. Et elle est morte sans avoir gagné - oui l’injustice a été accomplie totalement.

    Marguerite Duras a fait de son histoire, un roman magnifique, qui a failli obtenir le prix Goncourt, mais elle recevra ce prix quelques trente ans plus tard pour son livre «L'amant."
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  • Par Austral, le 11 août 2014

    Et dans toute la colonie, partout où il y avait des routes et des pistes, les enfants et les chiens errants étaient considérés comme la calamité de la circulation automobile. Mais, à cette calamité, jamais aucune contrainte, aucune police, aucune correction, n'avait pu remédier. La piste restait aux enfants. Quand un automobiliste en écrasait un il s'arrêtait parfois, payait un tribut aux parents et repartait. Le plus souvent il repartait sans rien payer, les parents étant loin. Mais quand c'était un chien ou une volaille ou même un porc les automobilistes ne s'arrêtaient pas.
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  • Par solasub, le 19 janvier 2012

    Il dit je vous aime. Elle dit je vous aime moi aussi. Le ciel sombre de l'attente s'éclaire d'un coup. Foudre d'un tel baiser. Gigantesque communion de la salle et de l'écran. On voudrait bien être à leur place. Ah ! comme on le voudrait. Leurs corps s'enlacent. Leurs bouches s'approchent, avec la lenteur du cauchemar. Une fois qu'elles sont proches à se toucher, on les mutile de leurs corps. Alors, dans leurs têtes de décapités, on voit ce qu'on ne saurait voir, leurs lèvres les unes en face des autres s'entrouvrir, s'entrouvrir encore, leurs mâchoires se défaire comme dans la mort et dans un relâchement brusque et fatal des têtes, leurs lèvres se joindre comme des poulpes, s'écraser, essayer dans un délire d'affamés de manger, de se faire disparaître jusqu'à l'absorption réciproque et totale. Idéal impossible, absurde, auquel la conformation des organes ne se prête évidemment pas. Les spectateurs n'en auront vu pourtant que la tentative et l'échec leur en restera ignoré. Car l'écran s'éclaire et devient d'un blanc de linceul.
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