ISBN : 2070368823
Éditeur : Gallimard (1978)


Note moyenne : 4.05/5 (sur 188 notes) Ajouter à mes livres
D'une facture romanesque relativement classique, l'ancrage des personnages de ce roman dans le réel préfigure cependant cette "écriture de l'indicible" qui marquera plus tard la singularité de l'écrivain. "Un barrage contre le Pacifique" inaugure une série de romans d'i... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 27 janvier 2012

    brigittelascombe
    "Un jour, un homme s'arrêterait, peut-être pourquoi pas?"
    Suzanne, 17 ans, près de Kam, une petite ville coloniale de l'Indochine du siècle dernier, rêve au grand amour, entre un frère ainé directif, aimé et admiré "la seule douceur de la vie, c'était lui, Joseph" et une mère colèreuse qui la bat, de temps à autre,et qu'elle ne supporte plus.
    La mère, ancienne institutrice du nord de la France, veuve,est venue se perdre en famille, naïvement, dans ce trou misérable où elle a "acheté une concession incultivable envahie par la mer", les dettes s'accumulant, "ses crises" s'intensifient.
    Joseph ne s'en laisse plus conter par sa mère et a droit de regard sur sa soeur, surtout lorsque M. Jo (ou d'autres par la suite tout aussi riches), "fils unique d'un riche spéculateur" du caoutchouc se met en tête de l'avoir coûte que coûte.
    Tout le talent de Marguerite Duras(écrivaine et cinéaste française du XX° siècle dont l'oeuvre d'une grande musicalité est connue et reconnue)réside tout d'abord dans les différents points de vue envisagés (alors que Suzanne se dit dégoûtée par M. Jo, ce dernier très amoureux, après maintes manipulations pour acheter son corps,la demande en vain en mariage puis lui offre une bague en diamant contre rien en échange; elle cynique, l'humilie); les capacités d'introspection des personnages et leur analyse psychologique pointue;l'observation de leurs rapports souvent violents (comme ceux de cette mère monstrueuse
    et tyrannique qui soumet sa fille Suzanne à une injonction paradoxale: je ne veux pas que tu couches avec M.Jo, mais vendons la bague pour payer les dettes; l'étude du lien frère et soeur (souvent en symbiose puis émancipés comme dans La Pluie d'été ); la dénonciation de la misère (qui rappelle Les raisins de la colère de Steinbeck) et le rejet du système colonial qui peut parfois tout acheter, exploiter ou corrompre (on pense à L'amant) ce qui signe l'engagement communiste de l'auteur.
    Que de barrages, contre le Pacifique ou autres, à étayer, pour se sortir de sa triste condition humaine!
    Une réflexion sur la vie,la mort,L'Amour,l'argent,la liberté et le bonheur!
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par vilvirt, le 08 octobre 2011

    vilvirt
    Ce livre, j'ai bien dû mettre des années à le sortir de ma PAL ! Enfin, ça y est, je l'ai lu ! Et j'ai bien fait...
    Ce récit tragique évoque le destin tristement cruel d'une famille en Indochine qui lutte jour après jour pour se sortir de la misère. Cette famille, c'est d'abord la mère appelée ainsi tout au long du livre, une ancienne institutrice devenue veuve, et qui, dans les années vingt, a acquis une petite concession dans la plaine de Ram située dans le sud de l'Indochine. Spoliée par le gouvernement colonialiste et l'appât du gain qui est l'unique motivation des fonctionnaires de l'état, elle se retrouve avec une terre stérile, inondée par les marées du Pacifique, gorgée de sel le restant du temps et inapte à produire les précieuses cultures. S'étant dangereusement endettée pour ce bout de terrain et sans possibilité de recours, elle et ses deux enfants sombrent peu à peu dans la misère et la pauvreté. Entourée des indigènes du village, paysans aussi pauvres qu'eux trois, elle est déterminée à trouver des solutions et décide d'ériger des barrages contre l'océan, de manière à protéger ses cultures. Mais ce projet utopique sombre en une nuit face aux assauts de la première marée, et les constructions s'effondrent les unes après les autres.
    C'est à ce point de l'histoire que s'ouvre le roman de Marguerite Duras. Affligés par leur déveine, la mère, Suzanne et Joseph tentent de survivre comme ils le peuvent. Ils ont chacun leurs rêves, leurs espoirs, leur rancune contre la vie, mais au final, ils ne désespèrent pas encore de parvenir à obtenir ce qu'ils souhaitent. Et ce qu'ils souhaitent, c'est avant tout la liberté : pouvoir enfin quitter la plaine, synonyme de défaite et d'indigence, cette concession tant souhaitée qui se révèle un gouffre de malheurs et qui les prive d'une vie dont ils s'imaginent sans peine les bonheurs, loin de Ram.

    Jusqu'à ce qu'ils rencontrent M. Jo, un jeune homme natif de la région dont le père a su s'enrichir en construisant des bungalows pour les indigènes. Formidablement riche, mais aussi terriblement naïf, il tombe éperdument amoureux de Suzanne. Malgré leur pauvreté, Joseph et sa mère ne le voient que comme un indigène parvenu auquel ils ne témoignent aucun signe de sympathie. C'est pourtant l'occasion pour la mère de chercher à le fiancer à sa fille et d'en tirer le maximum de profit afin de se sortir d'une situation dangereusement proche du néant. Malheureusement pour eux, c'est un mariage qui ne peut se faire puisque M. Jo est bien trop riche pour épouser une fille qui ne possède en tout et pour tout que sa beauté...
    L'auteur opère de nombreux retours en arrière dans on récit, qui nous permettent de mieux appréhender la déchéance de la mère, une femme ruinée par ses espoirs de réussite. Et par la même occasion, elle évoque la grandeur presque sublime de ce coin de terre balayé par les éléments, la famine et les maladies qui fauchent les enfants comme les adultes, et cette évocation âpre de la réalité du colonialisme en Asie est terriblement bien retranscrite. Les quelques brusques lueurs d'espoir qui éclairent leur vie s'éteignent presque aussitôt face à la pauvreté de leur condition, et malgré cela, je les ai tous trouvé tour à tour magnifiques dans leur volonté et leur acharnement.
    La mère d'abord, avec sa fragilité, sa méchanceté parfois, sa tendresse étrange pour ses deux enfants qui sombre parfois dans l'excès avec Joseph, ce fils qu'elle adore, et puis ses brusques regains d'énergie qui la poussent à batailler pour extraire de la terre le peu qu'elle peut fournir, qui ne perd jamais de vue ses objectifs et qui est capable de rallier des dizaines de paysans à sa cause pour parvenir à rendre ce coin de terre fertile. Peu à peu, on prend conscience d'une vraie générosité en elle, que ce soit lorsqu'elle s'occupe des enfants du village à qui elle rend visite, au début de son installation dans la région, puis plus tard lorsqu'elle décide de conserver son dernier domestique - le Caporal qui lui restera fidèle jusqu'au bout - pour lui éviter de mourir de faim.
    Suzanne, sa fille, si jeune et si pleine de rêves pour l'avenir, est décidée par tous les moyens à quitter la plaine de Ram, quitte à se vendre pour cela. Et que dire de Joseph, le fils, fier, féroce, colérique et capable de passion au-delà des mots, qui va aller jusqu'à tout quitter pour une femme, même cette mère dont le départ peut la faire mourir de chagrin...
    L'atmosphère de ce roman de Duras est extrêmement lourde. D'une part, le climat brûlant de la plaine agit sur le lecteur et l'entraîne à souffrir des mêmes maux que les personnages. On suffoque sous la chaleur et la moiteur du littoral, on sent le goût du sel sur nos lèvres, on voit les plantations de bananiers pousser maladivement, on repère l'échassier qui se pose près du bungalow et on arrive presque à s'en imaginer le goût si détestable. La déchéance et les humiliations rencontrées ensuite dans la ville sont autant d'impressions fortes qui heurtent le lecteur en plein visage, et ne lui épargnent aucun des expédients auxquels en sont réduits les personnages. de l'autre, l'ambiance qui règne entre les membres de cette famille est pleine de non-dits et de rancoeurs qui sont parfois si oppressantes qu'elles pèsent sur le récit et donnent envie de hurler. C'est là toute la beauté du style de Marguerite Duras qui a puisé dans ses souvenirs de jeunesse pour en extraire cette histoire dure et aussi inéluctable que le soleil implacable d'Indochine.
    J'ai particulièrement apprécié la seconde partie du livre - plus légère - qui traite de leur existence provisoire en ville entre un hôtel de seconde zone, les va-et-vient des piétons dans les rues et les séances obscures à l'Eden, qui symbolise à lui seul l'unique havre de paix offert à Joseph et Suzanne. Pour lui, ce sera l'occasion d'une rencontre qui va marquer sa vie, pour elle, c'est le lieu qui abrite ses espoirs et sa honte.
    La suite ici :

    Lien : http://tranchesdelivres.blogspot.com/2011/10/un-barrage-contre-le-pa..
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    • Livres 5.00/5
    Par dreulma, le 17 avril 2010

    dreulma
    Quelle oeuvre !!! Jamais vécu personnel ne m'a paru si bien digéré, intégré, retransmis avec autant de réalisme, de rigueur, d'authenticité et de pudeur.
    L'histoire d'une famille dans toute la crudité de ses dynamiques face aux injustices du destin se campe dans la pauvreté et l'entêtement, la solitude et la fausse indifférence qui résulte de trop de souffrances introlarvées. Au milieu de cette désolation assumée, jamais plaintive ou geignarde, l'énergie de la vie qui persiste avec encore plus d opiniâtreté que le destin contraire, sauvagement et casi indécente, telle une pousse verte sur une racine séchée, rabougrie et foutue. J'ai beaucoup aimé.
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  • Par Aela, le 15 février 2011

    Aela
    Un récit largement inspiré par l'expérience autobiographique de Marguerite Duras. Dans ce récit il y a la mère, directrice d'une école de filles dans un poste d'Indochine, une mère qui a la vie dure: elle élève seule ses enfants comme elle peut, elle achète un coin de terre qui se trouve être inondable; elle s'endette pour construire des barrages, emportés par les marées. Une ambiance familiale rendue difficile par la situation précaire qui règne. Des rapports d'amour-haine très intenses.
    Un beau récit, rendu très vivant par l'importance des dialogues et qui aussi sert de témoignage sur la vie en Indochine pendant l'époque coloniale.
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    • Livres 4.00/5
    Par Nelephant, le 12 avril 2009

    Nelephant
    Magistral, maîtrisé, j'imagine que c'est la meilleure porte d'entrée dans l'oeuvre de Marguerite Duras. C'est très émouvant de réaliser l'auteur est inconsolable, et de découvrir pourquoi. Sa langue est digne, cruelle parfois et infiniment triste. Une fois encore, comme dans ll'amant, je suis toujours fascinée par sa description si juste des rapports familiaux, en l'occurrence, ses rapports à son frère et à sa mère.
    Ce livre donne envie d'en savoir plus sur Duras.
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Citations et extraits

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  • Par brigittelascombe, le 27 janvier 2012

    "C'est pas que je l' empêche de coucher avec qui elle veut mais vous,si vous voulez coucher avec elle,faut l'épouser.C'est notre façon à nous de vous dire merde."
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  • Par brigittelascombe, le 27 janvier 2012

    Tu verras,c'est dehors qu'ils sont bien.Il ne faut pas enfermer les hommes.C'est dans la rue qu'ils sont le mieux.
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  • Par brigittelascombe, le 27 janvier 2012

    Et c'est le lendemain à Ram qu'ils devaient faire la rencontre qui allait changer leur vie à tous.
    Comme quoi une idée est toujours une bonne idée,du moment qu'elle fait faire quelque chose,même si tout est entrepris de travers, par exemple avec des chevaux moribonds.
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  • Par brigittelascombe, le 27 janvier 2012

    -Il faut vous dire, dit Suzanne,que c'est pas de la terre, ce qu'on a acheté..
    -C'est de la flotte,dit Joseph.
    -C'est de la mer, le Pacifique,dit Suzanne.
    -C'est de la merde,dit Joseph.
    -Une idée qui ne serait venue à personne.
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  • Par brigittelascombe, le 27 janvier 2012

    La mère proclamait:"Il n'y a que la richesse pour faire le bonheur.Il n'y a que des imbécilles qu'elle ne fasse pas le bonheur"Et elle ajoutait:"Il faut, évidemment,essayer de rester intelligent quand on est riche."
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Vidéo de Marguerite Duras

Interview de Patrice Chéreau à propos du spectacle « La Douleur » sur des extraits tirés du journal de Marguerite Duras - Théâtre des Amandiers de Nanterre, 2008








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