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ISBN : B008F7R2G0
Éditeur : Julliard (2012)


Note moyenne : 3.83/5 (sur 29 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Pourquoi la fille du général Mladic, commandant en chef des forces serbes durant le siège de Sarajevo, accusé de génocide, s’est-elle tirée une balle dans la tête avec le revolver préféré de son père ? C’est pour tenter de répondre à cette question que Marc, écrivain, p... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 02 avril 2013

    Malaura
    Il y a un peu plus de 20 ans, un pays s'embrasait sous le feu de la haine et du ressentiment, s'enflammait dans le brasier d'un nationalisme aveugle, brûlait des années de fraternité et d'entente dans un conflit d'une insoutenable violence et se consumait dans la fournaise de la barbarie génocidaire.
    Nous étions dans les années 1990, des affrontements inconcevables s'amorçaient en Ex-Yougoslavie et les militaires serbes sombraient au fil des jours dans la plus terrible inhumanité. Massacres de Srebrenica et de Markale, siège de Sarajevo, exécutions sommaires, tueries, assassinats de civils, exterminations de masses, crimes contre l'humanité…les territoires bosniaques et croates étaient devenus le théâtre d'une incommensurable tragédie orchestrée par les dirigeants serbes Slobodan Milosevìc et Radovan Karadžić et par le chef des armées Ratko Mladìc, dont le surnom de « boucher des Balkans » laisse peu de doutes quant à la cruauté des exactions commises.
    En 2010, vingt ans après un premier voyage dans les territoires serbes, Marc, écrivain, retourne en Serbie avec la volonté d'écrire sur les enfants des criminels de guerre et sur les serbes qui, volontairement ou non, ont pris part au conflit les opposant aux catholiques et aux musulmans.
    A l'origine du livre, le suicide, en 1994, d'Ana, la fille du général Mladìc. Malgré tout l'amour qu'elle vouait à son géniteur, ne supportant vraisemblablement plus toutes les horreurs qu'on lui imputait, Anna avait fini par se tirer une balle dans la tête avec l'arme préférée de son père.
    S'intéressant depuis des années aux rejetons des dignitaires nazis, qu'ils défendent leurs pères avec une forme de fanatisme ou qu'ils les abominent avec la plus vive virulence, Marc s'interroge sur le geste lourd de signification et de symboles d'Ana et tente de sonder le regard que portent aujourd'hui sur leurs parents ces enfants soumis au poids d'un héritage filial aussi pesant. Comment parvient-on à se construire contre les siens, à grandir, à s'inventer une vie en portant comme une fatalité les conséquences des agissements de ses proches ?
    Plus généralement, comment compose-t-on avec l'horreur ? Comment arrive-t-on à vivre avec le poids de l'Histoire dans sa mémoire, dans ses gènes, dans sa conscience ?
    Quittant Paris et une situation familiale difficile, Marc gagne alors la république serbe où sont réfugiés les hommes qui ont combattu au côté du général Mladìc.
    En plein cœur de l'hiver, accompagné de Boris, un jeune interprète de Belgrade, il sillonne les villes et villages enclavés de la Serbie, recueillant les confessions et les témoignages des anciens militaires, des amis et des proches de Mladìc, de ceux enfin qui, sous les ordres de leur chef et avec le sentiment de défendre une cause juste, sont devenus d'impitoyables bourreaux.
    Vingt ans plus tard, le feu de la guerre a déversé le grand souffle glacial de l'amertume et du chagrin. Et il fait bien froid dans cet « Hiver des hommes ».
    Il fait froid dans ce pays de neige visité au plus gros des mois hivernaux. Il fait froid dans ces villages figés, désertiques, ou l'aiguille de l'horloge du temps semble s'être arrêtée pour toujours sur l'heure de la guerre et de sa cohorte d'horreurs.
    Mais il fait froid surtout dans le cœur des hommes, pétrifiés dans le souvenir d'un conflit qui n'a laissé que honte, déshonneur et tristesse.
    Marc, c'est bien sûr Lionel Duroy lui-même ; le récit de son narrateur est l'histoire de son propre voyage en Serbie et il n'a pas son pareil pour recueillir les confessions et les aveux. Sans jugement critique, avec impartialité et mesure, il écoute et entend, rapportant fidèlement les témoignages souvent accablés de ces hommes qui ont perdu leur âme il y a 20 ans et qui, parce qu'ils n'ont plus que cette solution pour continuer à vivre, s'évertuent à légitimer les massacres de leurs anciens amis et voisins, croates ou musulmans, en ressassant inlassablement le même discours paranoïaque, celui d'être le rempart de l'islamisation contre l'Occident et celui de n'avoir fait que défendre leurs familles, leur terre et leur pays contre l'intégrisme.
    Mais lorsqu'on tue son voisin, l'on se tue aussi soi-même…Enfermés dans une haine qui les dépasse, ces hommes portent à jamais le poids de l'Histoire comme une fatalité.
    Interrogeant le collectif pour mieux questionner sa propre existence, l'auteur fait penser à Emmanuel Carrère; même ton à la fois journalistique et lumineux, même justesse, même sens de la retenue, même façon pudique et réfléchie de créer de l'intime avec de l'universel.
    « L'hiver des hommes » révèle le dramatique destin d'un peuple qui a su s'aimer mais a fini par s'entretuer comme une famille qui se déchire après avoir partagée le même toit dans l'amour et la fraternité.
    Une enquête triste et admirable, profondément touchante, un docu-fiction superbe de sobriété et d'empathie.
    « Avant la guerre, je n'avais pas conscience d'être serbe, ni que les militaires avec lesquels je déjeunais tous les jours pouvaient être croates ou musulmans. Avant la guerre, nous étions tous yougoslaves. »
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 13 mai 2013

    carre
    Marc est journaliste, pour fuir un quotidien qui l'étouffe, il va à la rencontre de serbes avec son interprète Boris de Banja Luka à Pale, de Kalinovik à Lukavica, pour recueillir des témoignages sur Mladic considéré comme un héros par son peuple alors que pour La Haye et sa cour pénal, cet homme est un monstre sanguinaire, responsable de massacres abominables pendant la guerre des Balkans. Mais il aimerait aussi comprendre le geste d'Ana Mladic la propre fille du général qui se suicida sans laisser le moindre indice sur son geste. D'ailleurs pour beaucoup de serbes, Ana Mladic a été assassinée. Marc c'est bien sur Lionel Duroy, au hasard des rencontres, il écoute sans juger, sans montrer animosité ou empathie, la parole se libère, des mots sur les maux ou les blessures sont béantes malgré une paix revenue. Ce qui est frappant dans ces témoignages c'est le sentiment du devoir accompli pour de nombreux témoins, tuer ou être tuer, être barbare ou subir cette barbarie. Et comme pour le Rwanda ou la Syrie, une communauté internationale sourde au souffrance des peuples. Duroy montre comment des voisins, des amis deviennent du jour au lendemain des ennemis.
    On pourra peut-être reprocher à Duroy d'avoir immiscer dans son récit ces soucis familiaux qui paraissent bien dérisoires même si réels devant tant d'atrocités.
    N'empêche son livre est aussi poignant que glaçant.
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    • Livres 5.00/5
    Par meelly, le 08 septembre 2012

    meelly
    Depuis toujours, Marc — journaliste qui a notamment couvert la guerre de Yougoslavie — est passionné par le destin des enfants de criminels de guerre comme Gudrun, la fille de Himmler, le chef de la Gestapo, qui n'a cessé durant toute sa vie de défendre l'idéologie nazie ; ou encore Niklas Frank qui a toujours dénoncé dans son oeuvre littéraire les agissements de son père. Marc est hanté par le suicide de Anna Mladic, la fille du commandant en chef des forces serbes durant le siège de Sarajevo, accusé de génocide. Cette jeune femme, étudiante en médecine qui a toujours vénéré son père, s'est donné la mort avec le pistolet préféré de ce dernier. En 2010, alors que sa vie personnelle s'émiette, il décide de s'envoler pour Belgrade afin de comprendre qui était Anna et pourquoi elle a décidé de mettre fin à ses jours. Marc va ainsi rencontrer quelques-uns des plus proches lieutenants du Général Mladic, et comprendre que les Serbes de cette toute petite République Serbe de Bosnie estiment avoir gagné la guerre et qu'ils continuent aujourd'hui à se battre contre les Musulmans. Car ils sont convaincus d'une chose : « ils sont le dernier rempart pour protéger l'Europe de la barbarie musulmane ».
    MON AVIS : C'est la première fois que je me plonge dans l'universde Lionel Duroy. Vous vous demandez sûrement comment j'ai pu passer à côté d'un tel auteur, puisque « L'hiver des hommes » est au moins le dixième roman de Lionel Duroy. Et bien figurez-vous que moi aussi, je me pose la question, et que je compte bien rattraper mon retard et lire rapidement plusieurs de ses livres ("Priez pour nous" et "Le chagrin" figurent depuis peu dans ma PAL). Vous l'aurez compris, j'ai vraiment apprécié ce livre. Pourtant, il est vrai que le sujet n'est ni simple, ni drôle. Mais Lionel Duroy possède au bout de sa plume deux qualités rares : l'empathie et l'humanité. Il ne juge jamais les personnes qu'il rencontre. Pourtant, certains d'entre eux ont commis des atrocités, d'autres les ont laissés faire. C'est ce parti-pris de ne pas juger cette empathie qui permet au lecteur de s'immerger dans l'histoire douloureuse de ces peuples, sans aucune arrière-pensée et qui lui permet de tenter, lui aussi, de comprendre. J'ai été particulièrement touchée par le thème central du livre qui approfondit le lien de filiation et la transmission de l'héritage idéologique. Comment un enfant de bourreau peut-il se construire, évoluer, grandir ? Quel choix s'offre à lui : vénérer son parent et adopter ses idées, le renier, ou choisir de ne justement pas choisir, et se donner la mort comme l'a fait Anna la fille du général Mladic. Bien sûr, l'auteur n'apporte pas de réponse, mais il offre au lecteur une magnifique scène, un dialogue imaginaire entre Anna et son père, qui explique en filigrane ce que peut ressentir un enfant de bourreau. Il est vrai que la lecture de ce livre peut parfois être ardue tant il recèle de personnages, de faits et de dates, mais ce récit mérite vraiment que l'on s'y attarde et que l'on prenne le temps de comprendre ces hommes, et leur histoire, car c'est aussi de l'histoire de l'humanité qu'il est question.

    Lien : http://www.meellylit.com/
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  • Par Elisie, le 07 novembre 2012

    Elisie
    Dans ce roman, Lionel Duroy fait parler son double, Marc, un journaliste qui souhaite écrire sur les enfants de criminels de guerre et comprendre le suicide de la fille du général Mladic.
    Il s'agit là d'un sujet difficile, parfois opaque pour un lecteur non averti. Mais l'auteur sait donner les bonnes explications, dans un style proche du documentaire. Les nombreux parallèles avec l'Allemagne nazie permettent d'évoquer ces enfants de criminels de guerre et leur choix de défendre leurs parents, ou de les accabler un peu plus, voire de les haïr et de refuser cet héritage difficile.
    Ce sujet central est particulièrement touchant. A travers le conflit des hommes sont abordées les relations parents-enfants. Quelques scènes sont ainsi réellement émouvantes, à l'image de ce père qui découvre le corps de son fils... Des scènes qui permettent de pardonner le style un peu froid du reste de l'ouvrage, notamment dans l'évocation du conflit. On aimerait mieux comprendre les personnages, qui expriment finalement peu leurs sentiments. Mais encore une fois, tout est décrit à la manière d'un documentaire, sans réelle prise de position, et en cela l'ouvrage permet de mieux comprendre ce sujet complexe.
    Un roman qui pousse à la réflexion sur l'amour que l'on peut porter à un père, criminel de guerre ou non.
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    • Livres 4.00/5
    Par tynn, le 11 décembre 2012

    tynn
    En donnant la parole aux combattants serbes de l'ex Yougoslavie, Lionel Duroy dresse un portrait de la République Serbe de Bosnie, passablement méconnue et ignorée.
    Difficiles souvenirs de combattants, frustration et rancoeurs, en regard des sacrifices subis dans une guerre civile encore larvée dans les coeurs et les esprits.
    Malgré la paix et les nouvelles frontières, peur, suspicion et haine sont, encore et toujours, palpables, glacialement présentes, au coeur d'un paysage hivernal, vide, neigeux, à l'état brut .
    Le talent d'écoute de L. Duroy, sa sensibilité, son empathie envers des hommes et des femmes souvent fracassés par la violence des Hommes et de l'Histoire, produisent un livre fort, sans analyses ni jugement.
    Au final, une très intéressante lecture, qui permet de mieux comprendre les événements, et la chronologie de la guerre des Balkans des années 90.
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Critiques presse (1)


  • Lexpress , le 25 juillet 2012
    En journaliste opiniâtre, [Lionel Duroy] reconstitue au plus près la complexité de cette guerre fratricide. Les témoignages des survivants, bourreaux comme victimes, font également écho à ses propres questionnements sur l'inaptitude au bonheur. Un livre dense, presque éprouvant.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par Malaura, le 03 avril 2013

    Nous croyons qu’à rompre avec la source du mal nous allons pouvoir inventer notre propre vie et apporter le bonheur à nos enfants, alors que nous sommes faits de ce mal et qu’ainsi il continue de nous habiter et de nous ronger quoique nous décidions et quel que soit l’endroit du monde où nous allions nous réfugier.

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  • Par meelly, le 08 septembre 2012

    Ce que j'aimerais, c'est que les gens ne me voient pas et que, se croyant seuls, ils se mettent à dire tout haut les pensées et les images qui les traversent. Je passerais mes jours à les écouter, et mes nuits à remplir des livres. Je serais le greffier de la vraie vie, celle de nos ténèbres, l'envers du décor que nous nous efforcerons d'offrir chaque jour, je donnerais à voir toute la machinerie de nos âmes en plein travail, cherchant une issue à tâtons, se cognant, se blessant, éructant, pleurant silencieusement parfois, mais continuant malgré tout d'espérer atteindre la lumière.
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  • Par Malaura, le 04 avril 2013

    Les gens meurent rarement pour une seule idée.
    Derrière la grande raison de leur engagement, il y en a toujours une petite qu’ils préfèrent garder secrète.

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  • Par meelly, le 08 septembre 2012

    Quand j'avais appelé Jovo depuis Paris, près de vingt ans après l'avoir connu à Brcko, je lui avais simplement dit que je souhaitais écrire sur les enfants de ceux qui avaient fait la guerre. Quel regard devenus grands, portaient-ils aujourd'hui sur leurs pères ? Depuis des années, je m'intéresse aux enfants des dignitaires nazis. Je me suis procuré tous les témoignages qu'ils ont bien voulu donner et, les relisant inlassablement, j'ai toujours éprouvé la même émotion pour le désarroi qu'ils expriment, qu'ils défendent leurs pères avec une forme de fanatisme comme Gudrun Himmler ou Wolf Rüdiger Hess, ou l'abomine et l'insulte à longueur de livres, comme le fait Niklas Franck, le plus jeune des cinq enfants de Hans Franck, le gouverneur général de la Pologne durant la seconde guerre mondiale.
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  • Par Crumpet, le 22 octobre 2012

    La tragédie de cette guerre, commence-t-il, c’est que les gens s’y sont engagés poussés par un idéal et qu’ils ont été trompés. Nous, les Serbes, nous sommes battus pour sauver la Yougoslavie, et regardez où nous sommes arrivés : non seulement la Yougoslavie a éclaté en plusieurs Etats, mais les Serbes eux-mêmes se sont divisés. Quand un même peuple en arrive à devoir construire deux Etats pour survivre, la Serbie et la République Serbe de Bosnie, comment ne pas parler de défaite ? Je me demande aujourd’hui si cette guerre, que nous avions engagée avec les meilleures intentions du monde, ne restera pas comme la plus sale guerre de l’histoire de l’humanité. Certes, les trois nations de l’ex-Yougoslavie ont aujourd’hui leur propre Etat, mais nous ne vivrons plus jamais aussi bien que sous Tito. Page 211
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Videos de Lionel Duroy

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Vidéo de Lionel Duroy


Entretien avec Lionel Duroy, émission Un Livre, Un Jour.
L'intégralité de l'enregistrement de l'émission avec Lionel Duroy. Olivier Barrot et Lionel Duroy à propos de "L'hiver des Hommes", paru chez Julliard.








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