S'initiant au tatouage japonais dès l'adolescence, Kurenai pénètre le monde secret des tatoueurs nippons, abandonnant sa famille pour intégrer l'atelier de maitre Kurosama. Mais son désir de se redessiner à son image va se heurter à un étrange personnage, Kuro et l'amen... > voir plus
L'Oeuvre au Rouge est un roman atypique qui mérite le détour.
D'abord, on y voyage en s'attardant sur la beauté d'un geste, d'une parole, et on est amené à faire des pauses contemplatives, au détour de haïkus (petits poèmes japonais), placés ça et là, entre des proses poétiques sous forme de tableaux. L'histoire suit son cours dans une atmosphère qui ne vous laissera pas indifférent, et la trame, même proche de son dénouement, reste fortement inattendue. Personnellement, j'apprécie énormément l'effort poétique qui a été fourni dans cette oeuvre, ainsi que le cadre particulier qui a été donné à l'histoire. Les relations ambigües qui unissent (ou pas) les personnages sont tendancieuses à souhait et enfin la touche irréelle vient surprendre le lecteur à un moment où il ne s'y attendait pas. Quand au thème du tatouage, il est traité avec autant de finesse et de sauvagerie que l'oeuvre en général.
Lu sur recommandation d'une amie, je n'ai pas été déçue, en plus d'avoir été avertie de la nature originale de l'oeuvre...A bon entendeur...
Si l'ori-shi actuel était le maître incontesté du noir, Kuro était l'héritier de l'ombre : il concentrait en lui tout son art. Celui-ci émanait paisiblement de sa personne, comme ces lampions accrochés aux ténèbres d'une nuit sans lune, auxquels les papillons viennent se brûler les ailes.
En m'imaginant me penchant sur un corps, la lame prête à pénétrer la peau..., le corps que m'avait dessiné mon ambition, simple toile de chair tendue sur un dos, se piqua d'une âme. Les carcasses vides que je comptais décorer devinrent tièdes et mouvantes; elles saignaient et soupiraient : elles étaient vivantes.