> Jean-Noël Schifano (Traducteur)

ISBN : 2246783895
Éditeur : Grasset (2011)


Note moyenne : 3.1/5 (sur 89 notes) Ajouter à mes livres
Présentation de l'éditeur :

" Chers libraires, le dix-neuvième siècle regorge d’événements plus ou moins mystérieux : les Protocoles des sages de Sion, célèbre faux qui incita Hitler à mettre en place l’Holocauste, l’affaire Dreyfus, mais aussi de nombreu... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par christianebrody, le 20 mai 2012

    christianebrody
    Je ne sais comment aborder ce billet concernant ce livre dense, polyphonique, volontairement labyrinthique, riche en informations sur une période dont j'ignorais tout car peu ou pas abordée lors de ma scolarité. Je tenterai de faire du mieux possible sachant que le mieux n'est jamais assez bien. D'un autre côté, je ne suis qu'une amatrice pas une professionnelle donc le ressenti ne sera que le produit d'une dilettante animée d'une certaine curiosité. Rien de plus.
    Nombre d'entre vous l'ont soit déjà lu soit se sont contentés des critiques acerbes de certains internautes et avaient passé votre chemin… dommage! car ce livre, à mon humble avis, n'est en aucun cas un appel à la haine mais une dénonciation des rouages sur laquelle elle se base, se nourrit et se répand à travers toutes les couches de la société. L'auteur met en exergue la bêtise humaine relayée aussi bien par le pouvoir en place que par les différents médias toutes tendances confondues. Je ne pense pas révéler un grand secret en disant que Le cimetière de Prague évoque l'un des plus grand faux jamais écrit lequel a inspiré la politique d'un certain Adolf H. à savoir Les Protocoles des Sages de Sion. Ce pamphlet résolument antisémite et antimaçonnique commandé par l'Okhrana ( le service secret impérial) paraît en Russie en 1905 dans l'ouvrage le Grand dans le Petit de Sergueï Nilus qui fait un excellent travail de marketing en lui conférant une légitimité historique et romanesque. Une décision qui rapporte, l'ouvrage sera immédiatement traduit en plusieurs langues, largement diffusé et les révélations de la falsification du document en 1921 par le London Times ne contribueront pas à le discréditer. C'est, paraît-il, l'oeuvre la plus répandue dans le monde après la Bible.
    Le livre embrasse plusieurs directions outre celle de la genèse des Protocoles, il nous balade à travers un siècle riche en évènements qu'ils soient d'ordre scientifique, médicale, sociale, philosophique ou politique. Roman gargantuesque de par la profusion des détails que l'on finit par s'y perdre, Umberto Eco dresse un portrait d'une Europe désunie, en proie à de perpétuels bouleversements politiques, si proche de la paranoïa qu'elle abrite, dans les plus hautes instances du pouvoir, une armée d'espions, de contre-espions, d'agents doubles capables de prévenir, contenir voire instiguer les complots. du Piémont à la Sicile jusqu'en France, l'Europe est en ébullition: de l'unité du Royaume d'Italie menée par Garibaldi, en passant par la guerre franco-prussienne de 1870, la Commune de Paris jusqu'à l'affaire Dreyfus, 70 ans d'histoire compressés dans un peu plus de 500 page!
    Pour se faire, l'auteur choisit de présenter ces évènements sous la forme d'un journal intime tenu entre 1897-98 par Simon Simonini, un habile faussaire réfugié à Paris et de les publier à la manière des romans feuilleton du XIX siècle en y incluant des iconographies de l'époque. Inquiété par d'étonnants trous de mémoire et par la présence invisible d'un intrus dans son appartement et dans son journal, le capitaine Simonini mène une enquête acharnée pour démêler le vrai du faux et confondre cet abbé Dalla Piccola qui s'immisce dans son existence. Suivant les conseils d'un jeune docteur, un certain Froïde, il se raconte.
    Né en 1830 au Piémont, d'une mère française trop tôt disparue et d'un italien anticlérical parti rejoindre les carbonari, il sera élevé par son réactionnaire de grand-père, antijudaïque et antimaçon convaincu, partisan de la théorie du complot de la domination du monde par les juifs. Il développera très jeune un goût prononcé pour les romans de Alexandre Dumas ou Eugène Sue; Le Juif errant restera sa principale source d'inspiration pour la gestation de ses Protocoles. A leur mort, Simonini spolié de tous ses biens entre au service d'un notaire peu scrupuleux auprès de qui il maîtrisera l'art de la contre-façon d'actes notariés, de forger de fausses confessions, un domaine dans lequel il excelle tant qu'il attire les services secrets piémonts lesquels lui proposent d'aller surveiller les activités de Garibaldi en Sicile: l'expédition des Mille vaudra à Simonini son bannissement sur Paris. Réfugié en France, il poursuit ses activités en se mettant au service des jésuites, des franc-maçons, des différents services secrets français ou étrangers, des juifs… C'est un cynique, un corrompu, un misanthrope un peu lent à la comprenette bref un gros con malfaisant qui dans le cadre de ses missions rencontrera ceux qui nourriront ses deux seules ambitions: son amour de la cuisine et parfaire l'oeuvre de sa vie, les fameux protocoles, son legs pour l'humanité. Si pour l'instant la contre-façon, le trafic d'hosties et les services rendus à la patrie lui offrent une certaine aisance, rester un simple mouchard ne lui rapporte rien d'où sa décision de devenir un espion international et trouver parmi sa clientèle un éventuel acheteur pour ce pamphlet qu'il peaufine depuis des années. Des rencontres décisives, il en fera comme celles de Maurice Joly, avocat du barreau de Paris, journaliste et écrivain dont le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, un livre à charge contre Napoléon III qui lui vaudra un séjour en prison. Simonini le plagiera sans vergogne. Léo Taxil, écrivain français anticlérical et antimaçon, fondateur de la Librairie anticléricale et auteur d'un canular qui lui vaudra la condamnation du pape et des évêques de France. Associé à Carl Hacks/ Docteur Bataille, ils prétendent dénoncer l'omniprésence des loges dans le culte satanique, une révélation qui aboutira à un Congrès antimaçonnique à Trente. Edouard Drumont, journaliste, écrivain, fondateur du journal La Libre parole, notoirement antidreyfusard, nationaliste, antisémite et créateur de la Ligue nationale antisémique de France. L'abbé Boullan, prêtre français condamné pour satanisme, escroquerie, outrage à la pudeur, un hérétique qui érigea la fornication en pratique liturgique. L'officier Esterhazy, affecté au bureau des renseignements sur les troupes ennemies, un espion à la solde des Allemands, auteur du bordereau de l'affaire Dreyfus qui sera unanimement acquitté lors d'un conseil de guerre. le capitaine Simonini fréquentera aussi les salons les plus en vue de l'époque comme il sera amené à frayer avec une fange plus dangereuse de la population, les révolutionnaires extrémistes tendance terroriste.
    En sus de cet exposé sur le caractère délictueux de la mystification du faux promu au rang de dogme, Umberto Eco nous régale avec sa description de Paris, de la place Maubert principalement. Un coupe-gorge où grouillent voleurs à la sauvette, tueurs à la petite semaine, estaminets qui font office de lupanars ou repères à terroristes, restaurants qui se fournissent dans poubelles, etc. Beaucoup de mal à imaginer que la Ville Lumière ressemblait à cela il y a peine deux siècles! Pour les amateurs de bonne chaire, les pages culinaires qui émaillent ce livre vous feront saliver.
    C'est un très bon livre, souvent drôle, servi avec toute la maestria propre aux talents de conteur de Mr. Eco, vertigineux par son rythme, l'avalanche de personnages, de retournements de situations, le livre d'un siècle celui du XIX. Il décortique une époque, une société à travers un personnage atteint de monomanies et procure beaucoup de joie au lecteur. Après pour les mous du bulbe qui y voient une incitation à la haine voire une complicité de l'auteur, je n'ai pas souvenir que Mr. Eco ait écrit pour des imbéciles et pour paraphraser Oscar Wilde : » Dire d'un livre qu'il est moral ou immoral n'a pas de sens. Un livre est bien ou mal écrit – c'est tout »; et celui-ci est de la balle!

    Lien : http://www.immobiletrips.com/comedie/le-cimetiere-de-prague-1777
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par marcbordier, le 23 mai 2011

    marcbordier
    Critique disponible sur mon blog www.marcbordier.com
    Je garde une impression mitigée du dernier roman d'Umberto Eco, Le cimetière de Prague. L'ouvrage est assurément impressionnant par son érudition et sa documentation. A travers le récit picaresque de la vie de Simon Simonini, faussaire piémontais de la second moitié du XIXème siècle, Umberto Eco raconte la naissance de l'antisémitisme moderne. Son héros, figure composite inspirée de différents personnages réels, hérite de son grand-père un vieux fond d'antijudaïsme chrétien. Au fil de ses rencontres avec des agents secrets, des révolutionnaires et des théoriciens du complot (jésuite, judéique ou maçonnique), il nourrira sa réflexion et la mettra en forme en rédigeant un faux appelé à connaître un succès planétaire : Les Protocoles des sages de Sion. Véritable évangile de l'antisémisme, ce récit imaginaire met en scène la réunion secrète de puissants rabbins au cimetière de Prague en vue de poser les bases de leur plan de domination du monde par la force, la ruse et l'intimidation. Dans la réalité, ce faux document fut l'oeuvre d'un agent de la police secrète du Tsar, l'Okhrana, afin de détourner la colère du peuple vers les libéraux et conforter ainsi le pouvoir tsariste. Dans le roman, Umberto Eco met bien en scène la rencontre entre Simon Simonini et les agents du tsar, mais il montre surtout avec brio la filiation intellectuelle entre ce faux et les théories antisémites et anti-maçonniques de journalistes et pamphlétaires de la seconde moitié du XIXème siècle, parmi lesquels on peut citer Alphonse Toussenel, Léo Taxil et Edouard Drumont. Pour le lecteur curieux qui s'intéresse à l'histoire des idées politiques, le roman d'Umberto Eco constitue une leçon vivante et passionnante.
    le roman est servi par une narration complexe qui mêle habilement différents points de vue. le plus fréquent est celui du personnage principal Simon Simonini, qui couche chaque soir le récit de sa vie sur les pages de son journal intime. Il alterne avec celui de l'abbé dalla Piccola, qui n'est autre que le double de Simon Simonini, toute l'astuce consistant ici à faire dialoguer les deux personnalités d'un schizophrène à travers un journal intime. Enfin, de temps en temps intervient un Narrateur externe, dont le rôle est finalement assez limité puisqu'il sert à introduire le récit dans le premier chapitre ou à le relancer lorsque la mémoire des deux protagonistes devient défaillante. J'ai bien aimé cette structure narrative à trois voix, elle constitue indéniablement la plus belle réussite de ce roman.
    Malheureusement, malgré cette narration imaginative, le livre souffre de redondances et de longueurs. Dans le Magazine littéraire, Pierre Assouline qualifie le récit d'Eco de « touffu » et « labyrinthique », ce qui est assez juste. Il aurait pu ajouter « répétitif ». En effet, l'intrigue obéit à un schéma récurrent dans lequel le héros se voit chargé d'une mission secrète par un agent de l'autorité politique. Pour l'exécuter, il infiltre des milieux subversifs (révolutionnaires carbonaristes, journalistes antisémites, sectes satanistes, etc.), laissant parfois derrière son passage quelques cadavres qu'il dissimule dans les égouts sous sa maison. Les premières fois, le lecteur est captivé parle récit de ces opérations secrètes. A la longue, le procédé devient lassant. C'est dommage.
    Au final, ce livre n'est probablement pas le meilleur d'Umberto Eco. Ce jugement est peut-être un peu sévère, mais après tout, n'est-ce pas l'auteur lui-même qui demande des lecteurs exigeants ?
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par kedrik, le 07 septembre 2011

    kedrik
    Bon, ne lisez pas cet ouvrage si vous espérez une visite de Prague : on n'y fout jamais les pieds, dans ce cimetière. L'action se déroule en Italie et à Paris dans toute le seconde moitié du 19ème siècle. On y suit la vie pathétique de Simon Simonini, un Piémontais qui déteste tout : les femmes, les étrangers, les francs-maçons, les juifs, les anarchistes, les Illuminés de Bavière... C'est un notaire minable, doué pour la contrefaçon et le mensonge. Il va donc devenir espion pour le comptes de différentes factions car c'est dans cette profession que ses défauts sont le plus appréciés. La campagne garibaldienne puis le Paris de la IIIe république vont être pour lui une fange dans laquelle il va se vautrer goulûment, trahissant et inventant des menteries à tour de bras. Il inventera tant de mensonges que certains deviendront vérités. Mais surtout, surtout, il laissera à la postérité un document qui fait encore saliver les pires crapules : le Protocole des sages de Sion, une foutaise antisémite notoire qui passe encore pour parole d'évangile chez les imbéciles les plus notoires. Simonini érige l'antisémitisme en complot ultime. Tous les malheurs du monde s'expliquent : c'est la faute des juifs.
    Sans surprise, on retrouve donc dans ce Cimetière de Prague toutes les marottes d'Umberto Eco. La construction d'un complot. le travail de faussaire. La passion pour les romans à feuilleton. L'histoire italienne. L'ésotérisme... Et son affreux Simon Simonini est une sorte de creuset où se mélangent tous ces composants. Empruntant à la construction des oeuvres de Dumas et Sue (l'ouvrage est même parsemé de gravures), Eco tricote une vie de petit espion mal dans sa peau mais surtout mal dans sa tête. Rien ne va alors il faut un coupable, si possible judaïque car c'est ce qui se vend le mieux. Cette imbécillité crasse dans le racisme systématique est tellement exagérée qu'elle est en par moment risible. Combien de contradictions et les retournements de veste moraux il faut accepter pour que ce genre de thèse branlantes tienne, l'espace de quelques secondes, en équilibre précaire dans le cerveau asphyxié de ce malade. Certains passages sont tellement outrés dans la justification qu'ils en sont savoureux de crétinisme, car comme toujours avec Umberto Eco, l'ironie vient soutenir le travail d'érudition pour le rendre supportable. C'est délicieusement malsain car Simon Simonini est indéfendable quand il parle de Charcot, d'un certain docteur Froïde ou de Dreyfus. Sa logique est tellement foutraque que pas une seconde on ne peut croire que ce livre est une apologie du racisme, de l'homophobie ou de la misogynie.
    Pourtant, il se trouve tout un tas de cornichons pour voir un danger dans ce livre sur la création du mensonge. On argue que les gens moins équipés moralement pourrait puiser dans ce roman du carburant pour alimenter leur petite chaudière haineuse interne. C'est possible, les cons ont des ressources insoupçonnées quand il s'agit de se distinguer dans la nigauderie. Mais interdire à tous cette histoire savante et rigolarde sur les vidocqueries chafouines de toute cette époque rocambolesque, c'est à mon sens niveler l'intelligence par le bas. Il faut dire tout haut comment ces faussetés sont nées et quels bas instincts nous poussent à croire le nègre fainéant, le juif accapareur et la femme hystérique (et l'auvergnat radin, le 62 alcoolique et l'anglophone demeuré). Car ce livre, même daté dans son intrigue façon Mystères de Paris, reste d'actualité, surtout quand je lis, au pif, que les binationaux sont suspects, que les noirs jouent un football différent du notre ou que ce n'est pas pour rien si un juif priapique contrôle le FMI et cherche avec une mauvaise foi jésuitique à se faire passer pour un type de gauche. La tentation du complot est toujours la plus forte, ce livre vous le démontre page après page.

    Lien : http://hu-mu.blogspot.com/2011/05/le-cimetiere-de-prague.html
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Corboland78, le 25 mars 2012

    Corboland78
    Umberto Eco est né en 1932, médiéviste, sémioticien, philosophe, critique littéraire et romancier il a connu un succès mondial avec son roman le nom de la rose en 1980.
    Un nouveau roman de Umberto Eco c'est toujours la promesse gourmande de longs moments de lecture érudite avec ce je ne sais quoi qui nous replonge dans la littérature du XIXe siècle, Le cimetière de Prague en est la preuve évidente.
    Le romancier qui ne s'en cache pas et d'ailleurs les cite, nous entraîne dans une folle aventure digne des meilleurs Dumas ou Eugène Sue, ces spécialistes des gros pavés truffés d'histoires à rebondissements et de complots machiavéliques. le roman se déroule entre 1830 et 1890 à travers l'Europe, où le « héros » Simon Simonini faussaire de talent et espion à la solde de tous, croisera dans le désordre, Napoléon III, Garibaldi, le roi Victor-Emmanuel, les Carbonari, les Francs-maçons, les Jésuites, des spirites, j'en passe et des meilleurs, la liste des personnages serait trop longue à énumérer. Il y a foison de complots, des cadavres planqués dans les égouts, des messes noires, un double de Simonini en l'abbé Dalla Piccola, soyons franc, on a parfois un peu de mal à suivre tout ce beau monde dans leurs activités méprisables.
    Car c'est là, le parti pris d'Umberto Eco, avoir choisi comme personnage principal de son roman ce Simonini qui s'avère être un ignoble individu, sans aucune qualité, sans morale et surtout animé d'un antisémitisme total qui motive toutes ses actions et toute sa vie. Tous les complots dans lesquels il va tremper n'ont qu'un but, discréditer les Juifs. Cador dans son métier de faussaire, il est bien vite connu sur la place et de toute l'Europe, de tous bords, les mouches attirées par ce miel utiliseront ses services pour créer de faux documents afin de faire accuser tel ou tel, et il finira par devenir le créateur du tristement célèbre Protocole des Sages de Sion, cet évangile antisémite. L'espionite atteint de tels niveaux de complexité que parfois c'en devient ridicule et comique dans les situations, Umberto Eco n'étant pas non plus avare de réflexions pleines d'humour.
    Le livre aurait fait polémique en Italie – j'écris « aurait » car Eco dément et peut-être n'est-ce qu'un coup du marketing – accusant l'écrivain d'antisémitisme. Pour ma part, je dois reconnaître que ce livre me met mal à l'aise. Umberto Eco n'est pas antisémite, j'en suis certain, mais son roman trop intelligent, trop second degré (voire plus) pourrait être mal lu ou mal interprété.
    Le point faible de ce roman, à mon avis, c'est qu'il est trop bien écrit ! Tous les personnages et les faits cités sont réels (sauf Simonini). Eco décrit la manière de mettre en branle le soit disant complot universel fomenté par les Juifs pour conquérir le monde, afin de mieux le dénoncer – et je maintiens que c'est son but – mais il le fait d'une telle façon, qu'à la lecture de son roman on ne s'indigne pas réellement de ce Simonini, qu'à suivre ces aventures rocambolesques on se prête au jeu du feuilleton. A compiler tout ce que la littérature antisémite à déjà semé dans l'esprit des gens, qui plus est sous cette forme romanesque admirablement écrite, il concourt à répandre ce qu'il dénonce, « les gens oublient facilement ce qu'ils ont appris et, quand on leur fait prendre pour argent comptant ce qu'ils on lu dans un roman, ils ne s'avisent que vaguement qu'ils en avaient déjà entendu parler, et ils ont confirmation de leurs croyances ». Vertigineuse mise en abîme qui d'un point vue strictement intellectuel est remarquable, mais n'est-ce pas aussi renforcer insidieusement le sentiment anti-juif de quelques esprits faibles. Si Umberto Eco voulait soulever une polémique, il y a là matière à discuter.
    Pour conclure, un gros livre qui se lit comme du Dumas pour l'ampleur des aventures et des personnages et si parfois on perd un peu pied ce n'en est que plus grisant. On retrouve aussi toute l'érudition d'Eco à travers les faits historiques et les quelques mots rares (mais pas trop, ici) dont il a l'habitude de parsemer ses ouvrages et qui font mon régal. Umberto Eco fait confiance à notre intelligence pour le lire comme il convient, ne le décevons pas.
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    • Livres 4.00/5
    Par StephaneA, le 13 mars 2012

    StephaneA
    Complot, arnaque, trahison, mensonge, haine sont les maîtres mots de ce roman. Les romans de M. Eco sont toujours d'une grande érudition, celui-ci n'échappe pas à la règle et nous dépeint une Italie et un Paris de la fin du 19° siècle magnifique. le héros (anti-héro) est un faussaire doublé d'un schizophrène qui va nous faire découvrir la montée de l'antisémitisme de ce siècle. le récit se développe par le biais du journal intime du « héro » (Simon Simonini) et de sa « moitié » ('abbé dalla Piccola) ainsi que l'intervention d'un narrateur qui vient mettre de l'ordre dans le récit quelquefois décousue de cette personnalité fragmentée. le héros est le spectateur et acteur de l'ombre dans les grands événements qui secouent le 19° siècle, tel la guerre d'indépendance Italienne (Garibaldi), la chute du Second Empire, la Commune, l'affaire Dreyfus, et j'en oublie. le récit nous fait plonger dans un période troublé où la politique, l'espionnage, la haine (l'antisémitisme pur et dur) ont façonné notre époque. Umberto Eco na pas son pareil pour amener le lecteur dans une ambiance brumeuse, sombre et ténébreuse, confuse. le récit l'est justement, un peu long voire lourd, mais les rencontres et aventures de Simonini reste agréable à lire. A noter, la présence d'illustration (ce qui est malheureusement peu courant dans les romans de nos jours) qui viennent, à mon sens, renforcer l'ambiance du récit.
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Pierre Assouline pour le Magazine Littéraire

    Dans son dernier roman, Le Cimetière de Prague, Umberto Eco s'est intéressé aux Protocoles des sages de Sion, un faux qui a contribué au mythe d'un «complot juif mondial». Le mélange de vérité et de fiction, l'a... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par annie, le 03 avril 2011

    p.87
    Mes maîtres aimaient la bonne chère, et ce vice doit m'être resté même à l'âge adulte. ...où les bons pères discutaient de l'excellence d'un pot-au-feu que grand-père avait fait préparer.

    il fallait au moins un demi kilo de muscle de boeuf, une queue, culotte,
    saucisse, langue et tête de veaux,
    saucisson frais,
    poule,
    un oignons, deux carottes, deux côtes de céleri, un bouquet de persil.

    le tout à laisser mijoter des temps variés, selon le type de viande.

    ...

    à peine dressé sur le plat creux, il fallait répandre une poignée de gros sel et y verser plusieurs louches de bouillon brûlant pour en exalter la saveur.

    Garniture réduite, à part quelques pommes de terre ; mais fondamentales, les saces, soit :
    moutarde de raisin, sauce au raifort, moutarde aux fruits de sénevé mais surtout la trempette verte :

    une poignée de persil, quatre filets d'anchois, la mie d'un petit pain, une cuillère de câpres, une gousse d'ail, un jaune d'oeuf dur. Le tout finement broyé, avec huile d'olive et vinaigre.

    Ce furent là, je 'en souviens, les plaisirs de mon enfance et de mon adolescence. Que désirer d'autre ?
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  • Par annie, le 06 avril 2011

    p.297 - les journées de la Commune

    " La lumière électrique... En ces années-là, les sots se sentaient cernés par le futur.

    Un canal avait été ouvert en Egypte qui unissait la Méditerranée à la mer rouge, en raison de quoi il ne fallait plus faire le tour de l'Afrique pour aller en Asie ;

    on avait inauguré une Exposition universelle dont les architectures laissaient entrevoir que ce qu'avait fait Haussmann pour ravager Paris n'était qu'un début ;

    les Américains termineraient bientôt un chemin de fer qui traverserait leur continent d'orient en occident, et, comme ils venaient de libérer les esclaves nègres, ...

    Dan la guerre américaine entre Nord et Sud, des navires sous-marins avaient fait leur apparition, où les marins ne mourraient plus noyés mais à coup sûr asphyxiés sous l'eau ;

    Les beaux cigares de nos parents allaient être remplacés par des cartouches poitrinaires qui brûlaient en une minute en ôtant toute joie au fumeur ;

    nos soldats mangeaient depuis longtemps de la viande avariée conservée dans des boîtes de métal.

    En Amérique, on disait avoir inventé une sorte de grosse cabine hermétiquement fermée qui faisait monter les personnes aux étages les plus élevés d'un immeuble par le moyen d'un simple piston à eau...

    Et tous de se réjouir parceque la vie devenait plus facile, on étudiait des machines pour se parler à distance, d'autres pour écrire mécaniquement, sans plume.

    Y aurait-il encore un jour des originaux à falsifier ?

    ...

    L'unique invention intéressante des temps nouveaux avait été un machin en porcelaine pour déféquer assis.
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  • Par annie, le 04 avril 2011

    p.150
    sur la soupe à la tortue

    il y aura du travail. Il faudra d'abord la renverser sur le dos, l'ingénue allongera le cou et nous profiterons de son imprudence pour lui couper la tête, zac, ensuite nous la pendrons par la queue pour la laisser saigner pendant 12 heures.

    Après quoi, nous la renverserons de nouveau sur le dos, nous introduisons un fort couteau entre le plastron et la carapace, en faisant bien attention de ne pas perforer le fiel sinon elle devient immangeable, on extrait la vidure et on ne garde que le foie, la bourbe transparente qu'il contient ne sert à rien mais il y a deux lobes de chair qui ont l'air de deux noix de veau aussi bien pour leur blancheur que pour leur saveur.

    Enfin nous détachons les membres, le cou et les nageoires, on coupe des morceaux de chair de la dimension d'un cajou, on les fait dégorger, on les met dans un bon consommé, avec poivre, clous de girofle, carottes, thym et laurier et on fait cuire le tout pendant 3 ou 4 bonnes heures.

    Pendant ce temps, on prépare les émincés de poulet assaisonnés de persil, ciboule et anchois, on les fait cuire dans le consommé brûlant, ensuite on les passe et on verse dessus la soupe de tortue où nous avons mis 3 ou 4 verres de madère sec.

    S'il n'y avait pas de madère, on pourrait mettre du marsala avec un petit verre d'eau de vie ou de rhum. Mais ce serait un pis-aller. Nous dégusterons notre soupe demain soir.

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  • Par Corboland78, le 25 mars 2012

    Or précisément cette année, plus ou moins le même texte a paru dans un opuscule à Moscou. Bref, là-bas, ou là-haut si on préfère, on est en train d’organiser une affaire d’Etat autour des Juifs, qui deviennent une menace. Mais pour nous aussi ils sont une menace car à l’abri de cette Alliance Israélite se cachent les maçons, et Sa Sainteté est désormais bien décidée à déchaîner une campagne en bataille rangée contre tous ces ennemis de l’Eglise. Et voilà que, bien bon, tu reviens toi, Simonini, qui dois te faire pardonner la plaisanterie que tu m’avais jouée avec les Piémontais. Après l’avoir si bien diffamée, tu dois quelque chose à la Compagnie. Diable, ces jésuites étaient plus forts qu’Hébuterne, que Lagrange et di Saint Front, ils savaient toujours tout de tout le monde, ils n’avaient pas besoin de services secrets parce qu’ils étaient un service secret eux-mêmes ; ils avaient des frères dans chaque partie du monde et ils suivaient ce qui se disait dans chaque langue née de l’effondrement de la tour de Babel.
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  • Par annie, le 08 avril 2011

    p.426, sur les juifs

    "Il faut un ennemi pour donner au peuple un espoir. Quelqu'un a dit que le patriotisme est le dernier refuge des canailles : qui n'a pas de principes moraux se drape d'habitude dans une bannière, et les bâtards se réclament toujours de la pureté de la race.

    L'identité nationale est la dernière ressource des déshérités.

    Or le sentiment de l'identité se fonde sur la haine, sur la haine de qui n'est pas identique. Il faut cultiver la haine comme passion civile. L'ennemi est l'ami des peuples.

    I faut toujours avoir quelqu'un à haïr pour se sentir justifié dans sa propre misère. La haine est la vraie passion primordiale
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