J'étais très intéressée par l'histoire de cette petite fille trisomique et par la façon dont les protagonistes allaient vivre avec cette enfant, quelle place elle aurait dans leur vie, ce qu'elle allait changer en eux. Et l'auteure a su comblé la plupart de mes attentes.
Pour commencer, j'ai beaucoup aimé la forme de ce roman, l'alternance entre les chapitres nous parlant de la famille Henry et ceux nous parlant de Caroline et Phoebe. Ce procédé rend bien, la barrière qui existe entre ces deux familles qui ont évolué chacune dans leur coin. le lecteur a alors une place privilégiée, comme surplombant le récit. Je vais d'ailleurs garder cette même séparation pour la suite de mon billet.
La famille Henry, tout d'abord. J'avoue qu'au départ, le couple formé par Norah et David ne m'a pas du tout touchée : trop jeunes, trop beaux, trop « successfull », trop « américains », j'ai envie de dire. Puis j'ai été horrifiée par la décision du dr Henry. Même si je connaissais son choix, pour avoir lu la quatrième de couverture, le découvrir en détails au sein du livre m'a beaucoup choquée. Je lui en voulais et le traitais de tous les noms. Par la suite, ce sentiment s'est beaucoup atténué. J'ai appris à connaitre ce couple au fil des pages, et j'ai érpouvé beaucoup de tristesse et de compassion pour ces deux jeunes gens que l'on voit vieillir et s'éloigner peu à peu l'un de l'autre. Je n'imaginais pas que ce non-dit serait si dramatique pour eux, briserait autant de choses. David, en particulier, m'a profondément touchée, de par son histoire, les conséquences de son choix, qu'il a du porter seul toute sa vie. Il m'a presque arraché une larme. Norah quant à elle, m'a laissée plus indifférente, je n'ai pas aimé, pas compris sa passivité du début et les choix qu'elle fait par la suite.
Quant à Paul, leur fils, j'aurais aimé que les passages le concernant soient plus développés. Sa position était très délicate, et si l'auteur nous le montre bien lorsqu'elle nous le présente, je l'ai trouvé un peu trop absent sur la globalité du roman. D'autant plus que je me suis tout de suite attachée au bout de chou puis au jeune homme qu'il devient.
Passons maintenant à Caroline et Phoebe. C'est de loin la partie que j'attendais le plus, et j'ai parfois regretté qu'elle ne soit pas plus développée. En effet, les chapitres consacrés à ces deux figures féminines sont beaucoup moins nombreux que ceux nous présentant la famille Henry. Ils étaient vraiment très bons, mais avaient gout de « trop peu ». Caroline m'a touchée par son courage, pas tant d'avoir choisi de s'occuper de cette enfant trisomique, mais tout simplement, d'avoir fait le choix de l'élever seule (ou presque…), préférant se faire passer pour mère célibataire (statut pas du tout évident à assumer dans l' Amérique des années 60…) plutôt que de l'abandonner dans une institution spécialisée. Je l'ai tout de suite beaucoup aimée, parce qu'elle a toujours vu en Phoebe, une enfant, puis une jeune fille, n'accordant au handicap qu'une place accessoire, sauf vers la fin de l'ouvrage quand effectivement certaines questions d'ordre technique se posent.
Phoebe est, quant à elle, super attachante et j'avais parfois envie de la connaitre « pour de vrai », oubliant que je me trouvais dans un roman. Il est d'ailleurs très intéressant de la suivre sur de si longues années. On la voit grandir, évoluer, faire des progrès tout en ayant des limites imposées par son handicap, être heureuse, triste, amoureuse…Bref, elle semble si proche de nous malgré sa différence ! On découvre aussi toutes les difficultés d'ordre technique et administratif que rencontrent les deux personnages, mais elles ne perdent pas courage et avancent, coûte que coûte, en particulier grâce à quelques amitiés précieuses. Et c'est là toute la force de l'auteur, elle réussit à nous montrer les faiblesses de Phoebe, sans jamais tomber dans le pathos (ce qui était ma plus grande crainte en ouvrant ce livre) ! S'il y a un personnage heureux de vivre et qui redonne force et courage au lecteur, c'est sans conteste Phoebe.
Bref, un très beau roman qui accorde la place d'honneur aux personnages, émouvant mais qui nous donne aussi une vraie leçon de vie et de courage et nous pousse à réfléchir sur pas mal de choses. On ne peut pas refermer ce livre sans se poser au moins une fois la question : « comment réagirais-je dans la même situation ? » bref, je vous le recommande chaudement.
Lien : http://leboudoirdemeloe.wordpress.com/2010/10/15/edwards-kim-lenfant..