ISBN : 2843440734
Éditeur : Le Bélial' (2006)


Note moyenne : 4.36/5 (sur 44 notes) Ajouter à mes livres
Des drogues qui brouillent la réalité et provoquent la conjonction des possibles. Des perroquets génétiquement améliorés qui jouent En attendant Godot. Des milliardaires élaborant des chimères, mi-hommes mi-animaux, pour assouvir leurs passions esthétiques. Des femmes q... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par muet-comme-un-carpe-diem, le 24 juillet 2009

    muet-comme-un-carpe-diem
    La science fiction n'est pas qu'un vivier pour l'industrie du cinéma en quête d'images fortes. Elle est avant tout un des pans de la littérature permettant de s'interroger sur les tendances lourdes de notre époque. Ceux et celles qui la qualifient de mineure feraient bien de la fréquenter un peu plus assidument.
    C'est pourquoi il faut saluer l'heureuse initiative des éditions Bélial et quarante-deux qui ont réuni dans trois volumes la majeure partie des Nouvelles de Greg Egan. Après Radieux, Axiomatique donne à la science fiction une dimension éthique appréciable.
    Lumière des événements :
    Les comités de bioéthique et les commissions scientifiques ont multiplié les avis et les rapports ses dernières années pour aider les parlementaires à définir les limites à donner à la recherche. Mais sous la pression économique et le lobbying de certaines firmes on voit que certains pays sont tentés de les reculer.
    Aussi, il importe que les citoyens puissent continuer non seulement à être informés en temps réel des manoeuvres des uns et des autres mais également qu'ils puissent réfléchir aux enjeux et aux risques qui se profilent derrière l'une ou l'autre des avancées scientifiques en cette période où la technologie est omniprésente et ne cesse de fournir toujours plus vite accès à des options qui faisaient figure de chimères de science fiction il n'y a que trente ans.
    La nouvelle Lumière des évènements a des atomes crochus avec le magnifique roman de Stefan Wul L'orphelin de Perdide puisqu'elle développe l'idée d'une possible communication au travers des époques entre un individu et .... lui-même. (Pour les parents lecteurs de SF qui voudraient faire découvrir les aventures de cet orphelin à leurs enfants Moébius en avait fait une adaptation à l'écran avec le dessin animé Les maîtres du temps )
    La rédaction d'un journal intime permet de synthétiser les évènements et les réflexions prégnantes de la journée en quelques lignes à plus ou moins haute tension.
    Que se passerait-il si les applications de la recherche fondamentale permettaient de démocratiser la possibilité de faire parvenir bien avant votre naissance ce récit quotidien ? L'exercice de style prendrait alors une toute autre ampleur n'est-ce pas ?
    Donneriez-vous un maximum de détails pour vous éviter l'angoisse des lendemains ou au contraire choisiriez-vous de vous laisser une marge de découverte en multipliant les ellipses ?
    Qui plus est, quel sens donner à l'Histoire si désormais les témoignages et les analyses des événements ne proviennent plus du passé mais de l'avenir ?
    Autant de questions qui permettent de s'interroger sur la condition humaine, les paradoxes temporels mais aussi des thématiques hélas bien plus inscrites dans l'actualité comme les tentations voire les tentatives de certaines politiciens de réécrire l'histoire.
    Coffre fort :
    A mon sens "Coffre fort" est une des meilleures Nouvelles du recueil Axiomatique de Greg Egan. La littérature et le cinéma fantastiques ne sont pas avares d'Histoires de créatures psychiques extraterrestres ou démoniaques qui passent d'un corps à un autre comme Cela de Moka ou le témoin du mal avec Denzel Washington.
    Toutefois à la manière d'Anne Rice qui livrait les états d'âmes d'un groupe de vampires, Greg Egan nous invite à découvrir ceux d'une entité changeant de corps au sein d'une même ville après chaque période de sommeil.
    A l'aide d'un récit à la première personne qui sème le trouble d'entrée de jeu chez le lecteur, le romancier australien passe en revue les interrogations de cette entité durant les différentes périodes de sa vie. Il nous relate comment elle en est venue à comprendre comment elle changeait d'apparence quotidiennement, comment elle a fait le deuil bon gré mal gré d'une vie de famille normale et comment elle est parvenue à suivre bon an mal an une scolarité, et enfin comment le rapport au corps lors de son adolescence s'en est trouvé complexifié.
    Devenu adulte, il lui a fallu se résigner à devenir un imposteur permanent pour prendre la place de ses hôtes aussi discretement que possible dans leur vie privée parfois double et dans leur vie publique souvent monotone en s'appuyant sur le moindre détail pour donner le change au mieux sans toujours pouvoir éviter des incidents plus ou moins graves de conséquences pour la personne qui lui prête son corps sans le savoir. Paradoxalement cette attention de chaque instant la rend chaque jour un peu plus humaine.

    Pour autant elle ne renonce pas à tenter de construire en pointillé sa vie propre tant elle aspire à la normalité surtout lorsqu'elle découvre l'explication probable de son état en prenant la place d'un infirmier psychiatrique.
    Axiomatique :
    Pour les rolistes quadragénaires qui ont passé quantité de nuits blanches à jouer des personnages de solos ou de techies dans de frénétiques parties de Cyberpunk bien avant que la trilogie Matrix ne déchaînent les passions, le monde futuriste de Greg Egan sera un bain de jouvence.
    Les implants éléctroniques associés aux drogues en tout genre et à la chirurgie permettent à tout un chacun d'apprendre instantanément une langue étrangère, de maîtriser la caméra occulaire directement reliée au cerveau (cf l'excellent roman L'Enigme de l'univers disponible en livre de poche) et diverses interfaces de navigation sur la toile du village global, mais également d'améliorer considérablement les performances physiques à l'aide de messages biochimiques en mesure d'anihiler toutes sensations de fatigue (cf le roman Isolation lui aussi disponible en poche).
    Une fois "réveillé" l'implant est placé dans une narine comme si c'était une prise de tabac. Les nanomachines qui le composent se frayent ensuite par elles-mêmes un chemin jusqu'aux connections neuronales idoines.
    Jusqu'ici, me direz-vous, rien de très nouveau sous le soleil de la science fiction mais dans la nouvelle éponyme du recueil Axiomatique, Greg Egan prédit également que les implants électroniques et les Nouvelles drogues seront d'abord plebiscités pour leurs applications hallucinogènes et érotiques et pire encore dans le coaching psychologique à dimension plus ou moins religieuse.
    Le romancier australien apporte une dimension supplémentaire pour questionner le lecteur sur ce qui fonde l'humain au-delà de toutes ces prothèses électroniques ou biochimiques en employant un procédé qui rappelle en creux le thème de la nouvelle d'Isaac Asimov "L'homme bicentenaire" ou le film Je suis un cyborg de Park Chan-Wook
    Un implant peut-il contribuer à aider quelqu'un à faire son deuil en levant tout ou partie de ses interdits moraux et/ou éthiques ?
    Soeurs de sang:
    Victime pour des raisons génétiques d'un virus qui n'aurait jamais dû sortir du laboratoire souterrain où il a muté avec l'aide de chercheurs en quête de la meilleure arme biologique au moindre frais, Karen Rees doit se résigner à prendre à heures fixes un médicament.
    Un médicament qui à défaut d'être à coup sûr le bon est susceptible de faire l'affaire selon les bases de données des firmes pharmaceutiques peu enclines à se lancer dans des recherches de fond pour "à peine" 80000 personnes infectées et une centaine de décès annuels. Une impression de déjà vu vous gagne, ne cherchez pas c'est malheureusement ce qui se passe d'ores et déjà pour bon nombre de maladies dites orphelines.
    Grâce à ses talents informatiques, Karen parvient à localiser sa soeur jumelle qui écume le globe moins pour trouver la matière à ses articles de vulgarisation scientifique que pour assouvir sa passion pour les voyages. Pourra-t-elle la prévenir à temps des risques d'être également atteinte par ce virus ?
    La nouvelle "Soeurs de sang" du recueil Axiomatique de Greg Egan s'interroge comme Un crabe sur la banquette arrière d'Elisabeth Gille sur les affres du malade dont les moins douloureuses ne sont sans doute pas les modifications qu'entraînent sa pathologie dans ses relations sociales mais au-delà analyse froidement ce que peut entraîner une politique médicale conditionnée par des entreprises pharmaceutiques pour qui la rentabilité est la priorité absolue.
    La Caresse :
    Depuis le mythe de Pygmalion qui avait donné vie à sa scuplture, bon nombre d'auteurs se sont emparés du thème de l'oeuvre d'art qui s'anime. Pour n'en citer que quelques-uns La Vénus d'Ille de Mérimée, Omphale de Théophile Gautier, le géant égoïste d'Oscar Wilde, le roi et l'oiseau de Jacques Prévert, L'extraordinaire tableau de Félix Clousseau de Jon Agee.
    Par contre, je connaissais peu d'écrivains de science fiction qui se soient essayés à décliner dans leur genre littéraire cette oeuvre d'art qui prend vie. Juliette Canche, un des personnages de Bref rapport sur une très fugitive beauté de Jérôme Leroy, a créé une simulation en trois dimensions de trois tableaux du peintre surréaliste Paul Delvaux.(L'Aube sur la ville, La Vénus endormie et La ville rouge) où le spectateur peut "se promener, caresser les personnages, parler avec eux, éprouver la fraîcheur du marbre et la richesse des étoffes".

    Avec la nouvelle La caresse comprise dans le recueil Axiomatique Greg Egan va plus loin en imaginant qu'un esthète est tellement passionné par une oeuvre qu'il n'a de cesse de lui donner corps. Non seulement il va imiter le Docteur Moreau d'H.G. Wells en donnant vie par manipulation génétique à une femme léopard identique à celle peinte par Fernand Khnopff en 1986 mais il va pousser le zèle jusqu'à s'efforcer de rétablir tout le contexte du tableau fut-ce au prix d'une longue et minutieuse préparation qui le contraindra à transférer sa mémoire dans un clone pour mener à terme son projet. "C'est le réseau des relations entre les sujets d'une part, et entre les sujets et les décors d'autre part qui consiste le défi de la génération à venir".

    Une monomanie qui plus est quelque peu en marge de la légalité puisqu'il n'hésitera pas à enlever un homme et à modifier son apparence pour qu'il ressemble à l'homme qui colle sa joue contre celle de la sphinx.
    Eugène :
    Après avoir passé en revue les différents arguments qui tendent à prouver que les loteries sont de vastes escroqueries et que leurs évolutions au fil du temps n'ont été qu'une adaptation à ce que les joueurs y recherchaient, Greg Egan s'applique dans sa nouvelle "Eugène" à entrevoir ce quelle pourrait être pour un couple de gagnants la meilleure façon d'employer leurs gains faramineux. Au delà de prosaïques aspirations matérielles et puisque l'indécision plus que l'avarice diffèrent le choix de la juste cause qu'ils pouraient financer, ils décident de contacter le meilleur spécialiste en reproduction que l'argent pouvait acheter.
    L'ambition de ce dernier ne se limite pas à aider ce couple à sélectionner leurs gamètes pour éviter à leur progéniture des soucis de santé. Il entend créer à l'aide de la manne financière qu'ils apportent au projet Potentiel humain un enfant pourvu de tous les atouts physiques, intellectuels et partant sociaux possibles .

    Le passage où les parents se laissent convaincre fait froid dans le dos car comme Greg Egan montre comment les arguments du savant font glisser les attentes légitimes des parents vers des choix inquiétants pour l'avenir.
    Au contraire de Bienvenue à Gattaca où l'on voit un enfant né en dehors de toute sélection naturelle parvenir à réaliser son rêve de partir dans l'espace en dépit des obstacles d'une société eugéniste, Greg Egan suppose que c'est l'ultime produit de cette sélection qui va paradoxalement contrer l'avènement d'un monde discriminatoire.

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    • Livres 4.00/5
    Par Melisende, le 13 avril 2011

    Melisende
    J'ai assez peu d'expérience en SF mais depuis quelques mois, j'essaye de me pencher un peu plus sur ce genre qui me plaît de plus en plus. Lorsque j'ai découvert Axiomatique proposé en partenariat sur Livraddict, je n'étais pas tellement convaincue par le format "nouvelles", mais voyant qu'il restait des places, je me suis dit qu'après tout, c'était un bon moyen pour faire la connaissance d'un nouvel auteur et approfondir mes rares acquis dans le domaine.
    Malgré un début très difficile pour moi, et une fin également en demi-teinte, je garde tout de même une bonne impression de cette lecture. Exigeante et difficile d'accès certes, mais amenant beaucoup de réflexions qui méritent d'être traitées. Je reste assez réticente au format "nouvelles" mais je dois avouer que cette forme est la plupart du temps idéale pour ce que nous offre Greg Egan. Je remercie donc Livraddict et le Livre de Poche pour cette découverte que je n'aurais sans doute pas oser faire sans ce partenariat !
    J'aurais aimé vous offrir une ligne ou deux de résumé pour chacune des 18 nouvelles de ce recueil, mais une semaine après ma lecture, j'avoue honteusement que j'en ai déjà oublié quelques-unes ; je suis donc incapable de le faire. Je préfère revenir sur certains thèmes en particulier, ceux qui me semblent le plus important et qui m'ont le plus marquée.
    Commençons par la notion de liberté qui revient assez souvent dans ces petites histoires. La plupart des personnages mis en scène sont contrôlés, manipulés par une instance qu'on imagine "supérieure" mais dont on ne sait finalement pas grand chose. le héros de la deuxième nouvelle, « Lumière des évènements », est tenu d'écrire (ainsi que tous les gens qui l'entourent) son journal quotidien, y racontant sa journée. Cependant, le journal qu'il tient est le même que celui qu'il a lu dans sa jeunesse. Il sait donc tout ce qu'il va vivre à l'avance et tout ce qu'il écrira... sans jamais modifier un mot et donc le cours des choses... Dans « Orbites instables dans la sphère des illusion » (la dernière nouvelle), plusieurs personnes ne peuvent quitter la ville, persuadées de ne pas avoir encore trouvé la sortie, mais également persuadées que contrairement aux autres habitants, elles sont libres de le faire... jusqu'à ce qu'une voix se lève et leur ouvre les yeux : peut-être qu'ils sont "prisonniers" eux aussi... Dernier exemple de "manipulation gouvernementale" et non des moindres puisqu'elle a aussi lieu chez nous, en 2011 : les tests médicaux. Deux soeurs jumelles (dans « Soeurs de sang ») qui s'étaient promises de tout faire en même temps sont séparés par les aléas de la vie. Malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, elles tombent malades simultanément et reçoivent un traitement test... mais l'un des deux est un placebo...
    Le cerveau, son fonctionnement et son contrôle est aussi abordé plusieurs fois. La nouvelle qui donne son titre au recueil met en scène un homme qui ne parvient pas à oublier la femme qu'il aimait, tuée lors d'un braquage de banque. Incapable de se venger, il insère un "logiciel" dans son cerveau, logiciel qui le programme à penser que la vie ne vaut rien, que l'être humain n'est qu'un tas de viande... Dans « En apprenant à être moi », les Hommes possèdent un cristal dans le crâne qui apprend petit à petit à être eux, jusqu'au moment où il prend totalement la place du cerveau... Les gens sentent-ils quelque chose après avoir basculé, en ont-il conscience ?
    Conscience, voilà un autre mot clef de ce recueil. Si quelqu'un s'amusait à reproduire votre femme dans les moindres détails : son physique, sa voix, ses expressions,... est-ce que cette reproduction plus vraie que nature aurait également les pensées, les sensations,... la conscience de votre femme ? Mériterait-elle alors d'être sauvée ? La conscience est également au centre de ma nouvelle préférée : « le P'tit mignon ». Un homme en mal de paternité se crée l'enfant dont il rêve. Il nomme la petite « fille » Ange. Elle ressemble trait pour trait à un nourrisson et a les mêmes besoins… sauf qu'elle est programmée à s'éteindre à 4 ans. Ange qui était censée n'être qu'un « animal de compagnie » commence à parler et à se comporter comme un « vrai » bébé. Si elle ne développait pas toutes ces aptitudes « humaines », serait-ce moins difficile de la voir s'éteindre ? Comme pour le précédent recueil de nouvelle que j'ai lu - Contes de la Fée verte de Poppy Z. Brite - c'est l'histoire ayant trait à l'amour paternel qui m'a le plus séduite !
    Et en parlant d'amour, celle mettant en scène une femme obligée de porter le cerveau de son mari dans son mari pendant deux ans pour le sauver, m'a également plu. Pendant ces deux années, elle subit l'épreuve, entre amour et répulsion et sa vision des choses se voit définitivement modifiée.
    Dernière notion importante que je retiens : la morale avec notamment « La Morale et le virologue » dans laquelle Matthew Shawcross se croyant investi d'une mission divine, créé un virus visant à éliminer l'adultère et l'homosexualité… la planète est bientôt contaminée !
    Vous l'aurez compris, les thèmes sont variés mais amènent à chaque fois quelques réflexions. Libre ainsi au lecteur de faire une lecture de surface ou d'approfondir un peu les choses de son côté s'il le souhaite.
    « le P'tit mignon » et « Sœurs de sang » restent mes nouvelles préférées mais je retiens également, dans une moindre mesure, « le Coffre-fort » dont je ne vous ai pas encore parlé. Septième texte du recueil, on y découvre un homme qui se réveille chaque matin dans un nouveau corps et doit donc apprendre à connaître la vie de son hôte pour ne pas faire trop de bêtises les heures à venir… J'ai trouvé le ton un peu plus léger, presque « amusant » parfois, tout en gardant quand même une certaine « gravité »…
    En revanche, « L'Assassin infini », « le Point de vue du plafond » et « Vers les ténèbres » ne me laisseront pas un très bon souvenir ou pas de souvenir du tout ! Difficile d'accès ou moins intéressantes à mon goût, leur lecture a été ardue et pas forcément agréable, surtout pour la première !
    En effet, cette première nouvelle du recueil, « L'Assassin infini » m'a fait peur. Peur dans le sens où je craignais que toutes les histoires suivantes soient du même acabit et me renvoient à ce côté de la SF qui me rebutait au départ : le côté très scientifique et compliqué.
    Avouons-le, je n'ai absolument rien compris de cette nouvelle et suis incapable de vous la résumer. A la fin de celle-ci, je me suis dit que si Greg Egan ne nous offrait que des textes du genre, je n'allais jamais réussir à aller au bout… Heureusement, la deuxième nouvelle et les suivantes m'ont fait changer d'avis ! L'auteur nous apporte toujours des réflexions et des données plus ou moins compliquées mais c'est plus facile d'accès, à mon goût.
    On semble être, la plupart du temps, dans un monde plus ou moins futuriste sans vraiment avoir de date précise. Je pense que l'ensemble se déroule dans un temps assez proche de notre XXIème siècle, ce qui rend les réflexions encore plus fortes. le côté scientifique est certes présent, mais pas toujours aussi « poussé » que dans la première nouvelle et plus important, Greg Egan le lie avec ce qui fait de nous des êtres humains : la conscience, les émotions, l'Amour,…
    Mises à part ces réflexions scientifiques poussées, assez naturelles dans un recueil de SF, le style de Greg Egan est abordable. La plupart du temps, il utilise un point de vue interne avec le « Je » pour accentuer le côté réflexion et pour que le lecteur puisse comprendre exactement ce qu'il en est dans la tête du « héros ». J'aime assez ce choix de point de vue qui accroche toujours plus le lecteur. Au niveau du format, les nouvelles excèdent rarement les 35/40 pages et si habituellement, cette brièveté peut me gêner, ici, ça n'a pas été le cas. Ni trop court, ni trop long pour développer correctement les réflexions de l'auteur, j'approuve.
    En revanche, ce recueil s'adresse surtout aux habitués de la SF ou à ceux qui ont déjà un minimum de bases. Les réflexions ne sont pas très simples d'accès et j'ai parfois eu du mal à m'y retrouver. Je ne conseille donc pas cette lecture aux novices, en revanche pour les autres, lancez-vous mais ne vous arrêtez pas à la première nouvelle même si elle vous semble difficile, car les suivantes valent le coup !

    Lien : http://bazar-de-la-litterature.cowblog.fr/axiomatique-de-greg-egan-3..
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    • Livres 5.00/5
    Par bbintein, le 11 mars 2012

    bbintein
    A nouvelles technologies, nouvelles tournures d'esprit.
    Egan n'est pas de la famille des psychédéliques, dont regorge la science-fiction dite sérieuse. Pour ouvrir le champ des possibles mentaux, son outil n'est pas le délire verbal mais la rigueur d'une démonstration mathématique, appliquée aux multiples registres explorés par ses textes.
    Une nouvelle de Greg Egan, c'est d'abord un contexte scientifique hypothétique, rendu plausible par la précision des explications techniques ; c'est ensuite l'inventaire exhaustif de des systèmes de croyance et des bouleversements psychologiques engendrés par la situation technologique donnée. Dans le cycle implicite de textes auquel appartient "Radieux" (qui donne son titre au deuxième tome de l'intégrale), l'auteur envisage différentes étapes d'une humanité soumise à un nouveau mode d'existence (virtuelle, évidemment), jusqu'à des états vertigineux de l'identité humaine. La radicale étrangeté des modes de pensée associés à chaque nouvel environnement décrit, il nous la donne à lire du point de vue, exotique s'il en est, de personnages dont les structures mentales sont a priori inconcevable pour notre conscience actuelle.
    C'est un peu comme si un auteur contemporain était capable de composer, comme oeuvre de fiction, La République de Platon : il inventerait le livre, La République, mais aussi son auteur, Platon, la Grèce de Périclès autour, et toutes les problématiques propres à ce contexte géographique et temporel particulier.
    Lire de la philosophie d'un autre âge et d'un autre lieu a pour nous un intérêt double. Il y a son contenu lui-même, plus ou moins utile, plus ou moins dépassé, ou décalé par rapport à nos propres enjeux actuels, qu'ils soient politiques, sociaux, culturels ou psychologiques. Il y a aussi la possibilité qu'elle nous offre de comprendre en creux, par déduction, l'état de l'âme humaine dans un environnement entièrement dépris du nôtre. Greg Egan est capable de produire cet intérêt double dans sa science-fiction. On est bien dans le dépaysement propre au genre, mais loin d'être naïf, c'est le dépaysement sophistiqué que procure la possibilité d'entrevoir un autre état de l'identité humaine. En cela, la littérature de Greg Egan est rarement purement distrayante ; le lecteur est d'abord soumis à l'effort de suivre des raisonnements scientifiques pas piqués des hannetons, ensuite il doit sans cesse combler les lacunes du texte quant à la nature des motivations et des discours des personnages, amplement détaillés mais jamais ramenés, dans les nouvelles les plus difficiles, à des catégories de pensée qui nous seraient familières.
    Ca a l'air abscons comme ça, mais tous les récits ne sont pas aussi radicalement exotiques que ce que j'essaye de décrire ici ; certains se contentent d'être juste compliqués et pointilleux... Mais tous creusent la question fondamentale de l'identité, de la nature du moi, et à suivre pas à pas ses hypothèses, on finit par s'en trouver un peu éclairé...
    Petit conseil de lecture : l'intégrale proposée par le Bélial, savamment composée, suit un parcours logique dans le corpus des nouvelles ; commencez donc par le premier tome, Axiomatique. Et peut-être que si les subtils glissements spatio-temporels de "l'assassin infini", porte d'entrée un peu lourde à pousser, ne te donnent pas le vertige, alors tu pourras t'abstenir, ami lecteur, de pousser plus avant, car tu ne rencontreras ici que l'ennui.
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    • Livres 4.00/5
    Par Skorpionnan, le 20 avril 2011

    Skorpionnan
    Lecture :
    Ce livre comporte une vingtaine de nouvelles assez longues. En environ 25 pages chacune, elles traitent de sujets assez différents. Elles relèvent pour la plupart de la "hard-science" : univers parallèles et physique quantique, duplication de l'être et définition de l'âme, eugénisme et être parfait, guerre biologique et expériences médicales. L'atmosphère générale est assez sombre mais jamais désespérée.
    Avis
    L'auteur place ses pions dans un univers peu différent du nôtre. Ils ont des vies normales, des sentiments et des préoccupations qui rejoignent notre quotidien. Mais à chaque fois, un élément du contexte est totalement différent de notre réalité actuelle. Que ce soient des implants cérébraux programmant les convictions ou des trous noirs se baladant au centre ville, ces originalités sont toujours amenés avec efficacité et naturel, elles s'intègrent avec force dans le monde.
    Cette science-fiction, outre ses bases scientifiques théoriques solides, s'appuie sur l'homme. L'étrangeté technologique n'est là que pour exacerber les questionnements d'hommes à la recherche d'un avenir, d'un secours à leurs peines, d'un rôle dans lequel se transcender. Ils pourraient très bien être vous ou moi. Ce sont juste d'autres êtres humains décalés dans un ailleurs proche.
    C'est tout l'art de Greg Egan de savoir imbriquer son imaginaire naturellement et en douceur dans notre réalité.
    Le style de l'auteur est assez complexe. Il construit réellement son discours sans jamais tomber dans une justification inutile ou à rallonge. Il apparie les éléments qui composent cette réalité. Ces nouvelles étant avant tout humaines, il arrive à brosser une galerie de portraits très convaincants. Même un personnage à géométrie variable en quête de son identité acquière une réelle épaisseur.
    Les phrases sont très structurées et agencées. Parfois un peu complexes, elles amènent doucement le lecteur là où l'auteur le guide. Sans jamais achopper, sans brusquerie ni coup d'éclat (ce n'est pas du tout du space opera), elles tracent une route fluide et accueillante mais bien plus tortueuse qu'il n'y paraît.
    Certaines des nouvelles présentes sont plus légères ou plus "faibles", la première notamment. Mais elles se répondent souvent en écho en partageant un élément fondateur. l'ensemble reste très cohérent. Bien qu'indépendantes, elles forment un univers crédible, une Australie d'un siècle prochain où rien n'a fondamentalement changé, surtout pas l'Homme.

    J'ai beaucoup aimé ce livre parce que , plusieurs des nouvelles ,une fois terminées, continuent à vivre. Les questions posées trouvent leur écho. L'identité, l'humanité, la persistance du soi, continuent de courir le dernier paragraphe lu. C'est aussi pourquoi j'ai pris mon temps pour lire ce livre. J'ai du bien digérer entre chaque tranche de ce livre copieux. Il faut prendre soin de bien mastiquer. La hâte pourrait mener à l'indigestion.
    Pourquoi pas un coup de coeur alors? Parce que je trouve quand même qu'il manque une dynamique et un élan qui auraient parfait le livre.
    Conclusion:
    Une vraie science-fiction de qualité, intelligente et profonde, une écriture solide et construite qui prend le temps de questionner, des regards qui posent une réflexion, j'ai beaucoup aimé ce livre.
    ma note :16 /20

    Lien : http://www.atelierdantec.com/joomla/humeurs/176-axiomatique-chronique
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    • Livres 5.00/5
    Par kedrik, le 12 décembre 2011

    kedrik
    J'ai une relation ambivalente avec les nouvelles. Les bonnes me semblent frustrantes car elles ne font que me titiller le neurone à imaginaire sans aller jusqu'au bout, comme une fille qui n'assume pas son flirt éhonté. Les mauvaises sont moins agaçantes : elles ont l'énorme avantage de vite céder la place à la suivante. En fait, les recueils de nouvelles sont un peu comme ces blocs de bandes-annonces avant le film : les plus ratées vous donnent le sentiment de pouvoir économiser 2h de votre vie et le prix d'une place. Les plus réussies posent une question muette : à montrer que les meilleurs moments du film, la bande-annonce n'est-elle finalement pas plus intéressante que le long métrage délayé de 2h ?
    Axiomatique est donc un recueil hard science. Les excellentes nouvelles qu'il contient m'ont souvent fait dire "Oh, c'est trop court, j'aurais voulu en savoir plus sur ce personnage" tout en pensant "Ouais, mais étirée sur 300 pages, l'auteur n'aurait sans doute pas tenu la distance avec cette histoire". Greg Egan étant australien et mathématicien, on y retrouve les obsessions très personnelles de l'auteur sur les implants neuraux, les réfugiés climatiques, l'identité, la grossesse, les univers parallèles… Chaque nouvelle est au "je", attrapant le lecteur par la main pour l'entraîner dans le futur nanotechnologique. Un tueur qui propose un étrange marché moral à sa prochaine victime. Une femme qui va devoir donner de sa personne le temps que le corps d'accueil de son mari arrive à maturation clonique. Un type qui change aléatoirement de corps chaque jour. Un père qui veut vivre la maternité coûte que coûte… Les idées sont excellentes, le taux de science est pilepoil au niveau qu'il faut pour étayer l'univers créé sans verser dans la démonstration pédante. C'est intelligent, bien écrit, ça fait cogiter. Un vrai bon recueil.
    C'est Philippe Fragione qui disait "Je ne pense pas à demain, parce que demain c'est loin." Greg Egan et lui ne sont pas nés sous la même étoile, ce qui permet à l'Australien d'avoir le luxe de se poser des questions hypothétiques. Quelle place pour le libre arbitre quand une puce peut modifier durablement le câblage neuronal de l'homme ? Qu'est-ce que l'identité : un construct de souvenirs ou bien des atavismes prévisibles ? Et si vous décidiez à quel ministère vont vos impôts, lequel choisiriez-vous ?
    Je mesure souvent mon enthousiasme envers un livre à ma fréquence de lecture. On s'entend que si une partie de PS3 ou un épisode de série télévisée est plus tentant qu'un chapitre, c'est mal barré. Axiomatique m'a collé aux yeux, je n'ai pas pu lâcher mon iPad de la fin de semaine. Chaque nouvelle était un pas en avant vers ce futur technologique où l'humain reste malgré tout au centre de chaque histoire. Bref, de l'excellente SF.

    Lien : http://hu-mu.blogspot.com/2011/12/axiomatique.html
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Citations et extraits

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  • Par Spilett, le 10 mars 2010

    "Tu sais ce que c'est, les jeux d'argent ? Une sorte de taxe: une taxe sur la stupidité. Une taxe sur la cupidité. Une certaine quantité d'argent change de mains de façon aléatoire, mais le flux va toujours dans le même sens: vers le gouvernement, les opérateurs de casinos, les bookmakers, le crime organisé. Si jamais tu gagnes, ça ne sera pas contre eux. Ils prendront toujours leur part. Tu auras gagné, oui, mais contre tous les perdants, contre tous les fauchés, et c'est tout."
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  • Par Spilett, le 18 mars 2010

    Mais la vie n'est qu'imitation; il ne faut pas cracher dessus. Les organes de notre corps se reconstruisent constamment à leur image. Une cellule qui se divise meurt, et celles qui prennent sa place ne sont que des imposteurs. Ton corps ne contient plus un seul des atomes avec lesquels tu es née... alors qu'est-ce qui te donne ton identité ? C'est un schéma informationnel, pas quelque chose de physique. Et si un ordinateur se mettait à imiter ton corps - au lieu que ce soit lui qui s'imite lui-même -, la seule vraie différence serait que la machine ferait moins d'erreurs.
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  • Par lanard, le 02 juillet 2011

    Sian était ingénieur en télécommunications. J'étais rédacteur d'informations pour l'holovision. Nous nous étions rencontrés pendant un direct sur l'ensemencement de Vénus par des nanomachines de terraformation - un sujet d'intérêt général puisque la plus grande partie de la surface "pour le moment encore inhabitable" avait déjà été vendue. La retransmission avait connu plusieurs problèmes techniques potentiellement désastreux, mais à nous deux nous les avions résolus, et sans même qu'on les remarque. Nous n'avions fait que notre boulot, rien de plus, mais cela avait suscité en moi une euphorie tout à fait disproportionnée. Il m'avait fallu vingt-quatre heures pour m'apercevoir - ou décider - que j'étais amoureux.
    Cependant, quand l'approchai le lendemain, elle me fit clairement comprendre qu'elle ne ressentait rien pour moi; l'alchimie que j'avais imaginée "entre nous' n'existait que dans ma tête. J'étais consterné mais pas autrement surpris. Le travail ne nous réunit plus par la suite mais je l'appelai régulièrement et, six semaines plus tard, ma persévérance finit par payer. Je l'amenai à une représentation d'"En attendant Godot" par des perroquets génétiquement améliorés. Je m'amusai follement, mais ne la revis plus de tout un mois...
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  • Par willyten, le 03 septembre 2010

    La question n'a en réalité aucun sens. Pourquoi quoi que ce soit ? Lois de la physique et conditions aux limites de l'espace-temps, que dire de plus ?
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