> George Eliot (Éditeur scientifique)
> Virginia Woolf (Préfacier, etc.)

ISBN : 2070403416
Éditeur : Gallimard (2005)


Note moyenne : 4.05/5 (sur 19 notes) Ajouter à mes livres
Middlemarch (1871-1872) est sans doute le plus beau roman de George Eliot, en tout cas son roman le plus complet (le sixième sur sept). Deux intrigues sentimentales principales, l'histoire des deux mariages de Dorothea et le mariage malheureux de Lydgate, jeune médecin ... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 11 février 2009

    Woland

    Middlemarch
    Traduction : Sylvère Monod
    Sans Anthony Trollope qui, pour les besoins de certains de ses romans, inventa le comté du Bersetshire, George Eliot n'aurait peut-être jamais écrit "Middlemarch." Grande lectrice de Trollope, elle apprécia cette façon de composer avec la réalité et songea à l'utiliser pour son propre compte. Voici comment naquit la petite ville de Middlemarch que les rivalités amoureuses et les réformes du gouvernement britannique de l'époque - notamment sur les droits accordés aux catholiques dans le pays - vont mettre non pas en ébullition (nous sommes en Angleterre, by Jove !) mais en émoi.
    L'oeuvre, un "pavé" de plus de mille pages, se veut ambitieuse - et elle l'est. Elle révèle la très grande culture de son auteur, son intérêt jamais rassasié envers ses contemporains et la société dans laquelle elle évolue avec eux ainsi que le souci constant de tout détailler : en long, en large, en hauteur, en diagonale, etc ... Soyons francs : à certains moments, cela finit par peser au lecteur qui sent bien que George Eliot met un point d'honneur à se montrer aussi sérieuse, aussi renseignée, aussi compétente que ses confrères masculins - dont Trollope. Voire plus. Et ceci aux dépens peut-être de son naturel.
    Cela passerait pourtant si la romancière allégeait sa démonstration par l'humour ou l'outrance. Telle était la méthode de Thackeray et, de manière encore plus éclatante, celle de Dickens. le premier suivait son chemin en y disséminant, pour le plus grand bénéfice de son lecteur, une multitude de petits cailloux féroces et cruels mais toujours pleins de gaieté. Quant au second, il ne savait concevoir le mélodrame sans l'intervention d'un ou deux personnages pleins de faconde, parfois grotesques, attirés par l'excessif et l'outrancier et postulant à l'archétype dès le premier paragraphe où ils apparaissaient.
    Cela présentait l'avantage de permettre au lecteur de se projeter ou / et de se reconnaître, aussi bien dans l'ironie matoise de Thackeray que dans le comique assumé d'un Sam Weller ou d'un Mr Micawber.
    Or, en omettant cette dimension, qu'il lui restait à personnaliser, dans "Middlemarch", en y privilégiant le sérieux que l'on prête d'habitude aux encyclopédies, George Eliot n'a pas raté le coche, non, mais elle est montée - et nous invite à monter - dans une voiture bancale et singulièrement lourde à manoeuvrer.
    Le rythme de l'ensemble est lent, terriblement lent pour tout dire et les personnages, sur lesquels nous connaissons pourtant à peu près tout ce qui doit être connu, ne parviennent pas à nous accrocher. C'est qu'il n'y a ici aucune flamme et je suis même tentée d'écrire : aucune imperfection. Les "méchants" eux-mêmes sont des méchants appliqués, qui font leur travail de méchants avec un tel sérieux qu'ils en perdent tout relief.
    Oui, "Middlemarch" tend à la perfection dans le sérieux : de la composition, des caractères et des ressorts de l'intrigue. Alors, évidemment, c'est impressionnant, on ne peut que s'incliner devant le travail accomplir par l'auteur. Mais c'est aussi un tantinet ennuyeux et laisse le lecteur, en dépit d'une traduction remarquable et très moderne de Sylvère Monod, sur sa faim, en train de ruminer son insatisfaction et la vague idée qu'il est peut-être passé à côté de quelque chose. Mais quoi, tout le problème est là.
    Peut-être, un jour, le relirai-je tout de même : on ne sait jamais. ;o)
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    • Livres 3.00/5
    Par romain31, le 14 janvier 2012

    romain31
    Contrairement à ce qui semble resortir de quelques avis lus ici ou là, j'ai pour ma part tout de même senti passer les 1100 pages! J'aurai bien fait quelques coupes... J'ai beaucoup aimé la traduction où l'on sent le respect du texte original à travers une langue châtiée, un registre de langue soutenu et exigeant. Mais Sylvère Monod, je crois, est un traducteur réputé de la langue anglaise. Mon seul bémol concernant cette adaptation, ce sont l'abandon des M., Miss et Mrs qui, parti pris de traduction "complète" oblige, auraient néanmoins apporté un arrière goût "so british" en bouche que j'aime par ailleurs retrouver...
    Sur le roman lui-même, indépendamment de sa longueur, j'adore ce côté "chroniques de province", d'où mon goût pour Thomas Hardy, la paysannerie en plus. Là, nous sommes dans une société bourgeoise, où l'intégralité des petites mesquineries et autres grands drames de la vie vont nous être contés, tous détails mis en exergue, et surtout ceux des tréfonds de l'âme humaine...
    Si, dans l'ensemble, j'en ai aimé la lecture, c'est particulièrement pour ces deux splendides mariages ratés: Dorothea et Casaubon / Lydgate et Rosamond. Car oui, les échecs amoureux, les nauffrages affectifs, voilà encore un élément littéraire et dramatique qui me captive (Cf. l'un des meilleur, peut-être, Isabel Archer dans Portrait de femme de Henry James, et la sublime adaptation de Jane Campion). Si l'on peut croire, à la limite, la possibilité d'un bonheur entre Rosamond et Lydgate, l'ironie dramatique joue à visage découvert dans le cas de l'austèrissime Casaubon et la bien trop idéaliste Dorothea, puisqu'à aucun moment on ne suppose envisageable quelque bonheur que cela soit entre ces deux-là. Et ce qui doit arriver arrivera...
    Lydgate n'aura pas la "chance" de Dorothéa, et on a envie de gifler cette idiote de Rosamond, décidément incapable de sortir de la bonbonnière feutrée où ses parents l'ont élevée! J'admire ce balourd de Lydgate, et j'aurai voulu souvent le secouer, lui aussi, pour le pousser à changer de vie, prendre quelques décisions plus radicales...
    Mais là repose tout le charme désuet de cette littérature anglaise du XIXe, le poids des conventions, de la société, des "on-dit" (qui ne cessera de gonfler pour mieux exploser avec la 1ère guerre mondiale), surtout dans la province bien comme il faut dépeinte ici, où l'on ne vit hélas pas son deuil en veuve joyeuse, pas plus que l'on ne renie son écervelée de femme...
    La fin du roman, où Lydgate et Bulstrode sont les pauvres victimes expiatoires de cette hypocrite petite société pourrie jusqu'à l'os, est particulièrement réussie. On voit bien l'évolution du petit rien, que la rumeur et les cancans montent en épingle, jusqu'à ce que le tout puissant jury populaire brûle les idôles pourtant précédemment adorées...
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    • Livres 5.00/5
    Par IzaBzh, le 07 octobre 2010

    IzaBzh
    D'aucuns disent qu'il leur a fallu 100 ou 300 pages pour entrer dans ce livre, ce ne fut pas mon cas. Evidemment, le début est légèrement lent, mais après tout, ça reflète le rythme de la vie provinciale de cette époque. Et puis, plus le roman progresse, plus les intrigues s'épaississent et ça finit avec des rebondissements qui tiennent en haleine jusqu'à la fin ! C'est un pavé, certes, qu'il vaut mieux emprunter pendant ses vacances ne serait-ce que pour ne pas le trimbaler dans les transports en commun, mais un excellent pavé, avec de fines analyses de personnages qui ne sont pas caricaturaux, dont l'auteure présente autant les défauts que les qualités. Il est passionnant ! Lisez-le !
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Citations et extraits

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  • Par leluez, le 15 mai 2012

    Certes, de telles comparaisons risquent d'être trompeuses,car nul homme n'était plus incapable de brillante affectation que M. Casaubon ; il avait un caractère aussi authentique que n'importe quel ruminant, et il n'avait pas contribué à faire naître des illusions sur son propre compte. Comment se faisait-il qu'au cours des semaines écoulées depuis son mariage Dorothea eût, non pas discerné clairement, mais senti avec un abattement étouffant, que les vastes perspectives et l'abondance d'air frais qu'elle avait rêvé de trouver dans l'esprit de son mari eussent été remplacées par des antichambres et des couloirs tortueux qui ne menaient nulle part ? Je suppose que c'est parce que pendant les fiançailles tout est considéré comme provisoire et préliminaire, et que le plus modeste échantillon de vertu ou de talent est censé garantir l'existence de précieuses réserves que feront découvrir les amples loisirs du mariage.Mais une fois franchi le seuil du mariage,l'attente se concentre sur le présent. Quand on est embarqué pour le voyage conjugal, il est difficile de ne pas se rendre compte qu'on avance pas et que la mer n'est pas en vue - bref, qu'on est en train d'explorer un bassin fermé.
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  • Par Woland, le 11 février 2009

    [...] ... Nous n'avons jamais peur de raconter à mainte et mainte reprise comment un homme en vient à tomber amoureux d'une femme et à l'épouser, ou au contraire à se trouver fatalement éloigné d'elle. Est-ce par excès de poésie ou de stupidité que nous ne nous lassons jamais de décrire ce que le roi James appelait "l'allure et joliesse" d'une femme, ni d'écouter vibrer les cordes des vieux troubadours, alors que nous nous intéressons relativement peu à cette autre sorte d'"allure et joliesse" que l'on doit courtiser à force de réflexion zélée et de patiente renonciation aux menus plaisirs ? Dans l'histoire de cette passion, les développements varient, eux aussi : parfois, c'est le mariage resplendissant, parfois la frustration et la séparation définitive. Il n'est pas rare que la catastrophe soit liée à cette autre passion que chantent les troubadours. Car, parmi la multitude des hommes d'âge mûr qui exercent leur vocation suivant un parcours quotidien déterminé pour eux à peu près de la même manière que leur noeud de cravate, il en est toujours bon nombre qui eurent jadis l'intention de façonner leurs propres actes et de changer un peu le monde. L'histoire de leur réduction à une forme moyenne qui les rend propres à être empaquetés par centaines n'est presque jamais racontée, fût-ce dans leur conscience ; peut-être en effet leur ardeur à accomplir un labeur généreux et non rémunéré a-t-elle tiédi aussi imperceptiblement que celle d'autres amours juvéniles, si bien qu'un jour leur moi d'antan a hanté comme un fantôme sa demeure ancienne et fait paraître horrible le mobilier nouveau. Rien au monde ne saurait être plus subtil que le processus de leur transformation progressive ! Ils ont commencé par l'inhaler sans s'en rendre compte : une bouffée de souffle émanée de vous et de moi a pu contribuer à les contaminer, quand nous avons émis nos conformistes mensonges ou tiré nos stupides conclusions ; ou peut-être le mal est-il venu des vibrations émises par le regard d'
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  • Par leluez, le 09 mai 2012

    Mon père ne changeait jamais d'avis,et il faisait de simples sermons moraux sans arguments, et c'était un homme droit - le plus droit du monde. Quand vous me trouverez un homme droit fait d'arguments, je vous confectionnerai un bon dîner rien qu'en vous lisant le livre de cuisine. Telle est mon opinion, et je crois que tous les estomacs la confirmeront
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