ISBN : 2742744126
Éditeur : Actes Sud (2003)


Note moyenne : 3.94/5 (sur 16 notes) Ajouter à mes livres
Tout est dans la concentration. Tout est dans la patience, le calme, la maîtrise du souffle. Les bons jours, un seul tir réussi - mais alors un tir parfait suffit à lui donner la joie du travail accompli. Alors, le narrateur redescend de ce toit d'immeuble où il s'était... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par moustafette, le 15 juillet 2011

    moustafette
    Dans un pays où règne la guerre civile, ce pourrait être le Liban, un homme vit rivé à la lunette de son fusil. Lui et son arme ne font plus qu'un, comme une extension de lui-même avec laquelle dorénavant il vit, dort. Elevant le tir au rang d'un art, art du vivre et du mourir, l'homme tire peu mais bien, privilégiant la difficulté afin d'en augmenter le plaisir tout en engageant un curieux dialogue entre lui et ses futures victimes.
    "Le tir est avant tout une discipline. Il faut se retenir, se comprimer, se refermer, se concentrer dans la cible jusqu'à disparaître soi-même dans la lunette pour ensuite se libérer, s'ouvrir et se laisser couler comme une goutte d'eau. Il faut fabriquer une relation entre soi et les choses, un lien direct qu'on appelle trajectoire ; il faut l'imaginer, la suivre comme un chemin. Il faut s'abstraire du monde, se retirer petit à petit dans le recoin irréel de la mire jusqu'à se perdre dans les reflets infinis des lentilles."
    Orgueilleux et sûr de lui, son équilibre vacille lorsqu'il rencontre Myrna, une jeune fille de quinze ans qu'il engage pour veiller sur sa mère avec laquelle il vit et que la guerre a rendu folle. Myrna va pourtant se révéler plus rusée que le combattant et s'insérer entre lui et la lunette de son fusil . Au fil de leur cohabitation, elle devient pour cet homme, qui ne sait s'exprimer que par le tir et la violence, source de fascination puis objet d'obssession quand elle profite d'une de ses absences pour disparaître. Quand il la retrouvera, pourra-t-il lui exprimer son attachement ?
    Mathias Enard inaugure sa carrière d'écrivain avec un texte dur et âpre. Réussissant à se glisser dans l'esprit tour à tour exalté, hyper-maîtrisé ou vacillant et déprimé, d'un jeune que la guerre a trop vite déclaré être un homme, l'auteur joue déjà (texte paru en 2003), et avec brio, la cynique partition de l'amour et de la mort. Il sait, malgré le contexte, rendre son personnage attachant, fragile héros camouflé dans son treillis, bravant ou refoulant sa peur, hésitant entre une attraction morbide et un dégoût pour les situations cauchemardesques auxquelles la guerre le confronte, ne sachant caresser les corps que de la pointe de son arme, se révélant totalement démuni face à l'amour qui le submerge et incapable d'appliquer aux vivants sa belle discipline guerrière citée plus haut. Tout abandon serait-il signe de faiblesse ?
    Pour un premier roman Mathias Enard n'a pas raté sa cible. Et si le terreau de la guerre n'est pas propice à l'éclosion des beaux sentiments il permait celle d'un auteur en devenir à l'écriture maîtrisée. L'avenir le confirme.


    Lien : http://moustafette.canalblog.com/
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    • Livres 5.00/5
    Par bvb09, le 08 novembre 2011

    bvb09
    Mathias Enard écrit très bien. J'ai ressenti l'histoire qu'il raconte à la première personne comme un huis-clos avec trés peu de personnages. La folie de la guerre, la cruauté, l'amour et la folie mais aussi la naiveté et l'adolescence sont mêlés, et donne au livre une atmosphère lourde et particulière. Un beau livre, très original.
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    • Livres 4.00/5
    Par julien_le_naufrage, le 27 septembre 2010

    julien_le_naufrage
    Une écriture très prenante, même doué d'une certaine poésie. On accroche rapidement à la vie du narrateur et à sa psyché complexe. Pourtant il est arrivé un moment où je me suis presque ennuyé. Mais juste le temps de se le dire pour que Mathias Enard relance la machine en dispersant les protagonistes et relancer l'histoire.
    Un livre certes pas très joyeux mais sur lequel on peut garder une certaine distance. Une oeuvre qui nous dépeint avec une certaine beauté obscure le mal qui sous-tend l'humanité. Une cruauté qui s'exprime malheureusement aux confins de notre monde actuel...

    Lien : http://naufragesvolontaires.blogspot.com/2010/01/la-perfection-du-ti..
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Citations et extraits

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  • Par julien_le_naufrage, le 27 septembre 2010

    "Le plus important, c'est le souffle.
    La respiration calme et lente, la patience du souffle; il faut d'abord écouter son propre corps, écouter les battements de son coeur, le calme de son bras, de sa main. Il faut que le fusil devienne une partie de soi, un prolongement de soi. Avant même la cible, l'important c'est soi-même. Il faut organiser l'espace, qu'on se trouve sur un toit, derrière une fenêtre, n'importe où, il faut le contrôler, le faire sien. Rien de plus ennuyeux que le passage d'un chat dans son dos, ou l'envol d'un oiseau. Il faut être soi et rien d'autre, l'oeil dans sa lunette, le bras métallique tendu vers la cible, pour le rejoindre. Depuis mon toit je parcours les trottoirs, j'explore les fenêtres, j'observe les gens vivre. Je peux les rejoindre d'une pression sur la détente. Ce n'est pas simple, bien au contraire, c'est un métier difficile qui demande précision et concentration. Les gens pensent uniquement au coup de feu et au résultat du tir. Ils ne savent pas que j'ai écouté les battements de leur coeur à travers le mien, que j'ai retenu toute émotion, que je me suis arrêté de respirer, juste avant de presser la détente, comme on dit, mais je ne presse rien, au contraire, je libère un chien de métal qui vient frapper un point de percussion qui enflamme une poudre qui propulse un projectile jusqu'à douze cents mètres et qui vous tue. Ou pas. ..."
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