ISBN : 9782916940489
Éditeur : Inculte éditions (2011)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 17 notes) Ajouter à mes livres

Moscou, un jour d’automne, gare de Iaroslav. Je vais prendre le train pour Novossibirsk. Je vais laisser Jeanne derrière moi et prendre le train. Je vais accompagner Vladimir, ou le fantôme de Vladimir, dans son village natal, perdu au milieu d... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 11 mai 2011

    nadejda
    Dans ce beau texte bouleversant, «L'alcool et la nostalgie», Mathias Enard rejoint les voix de poètes et écrivains russes et celle de la prose du Transsibérien de Blaise Cendrars ; il en atteint les accents, pour nous chanter la ballade de Mathias, Jeanne et Volodia-Vladimir dans un adieu à l'ami, dont Jeanne lui a appris la mort au téléphone. le voyage de Mathias est un voyage halluciné où la douleur ne peut s'apaiser en la noyant dans la drogue ou dans l'alcool. Les souvenirs remontent et obsèdent.
    Se «laissant aller à la drogue douce du souvenir, bercé par les errances de ce train qui danse comme un ours sur ses traverses p39», Mathias, va accompagner la dépouille de son ami Volodia-Vladimir, par Le Transsibérien jusqu'à Novossibirsk, pour qu'il repose dans le village où il était né. 
Tous les trois avaient vécu une relation passionnée entre Moscou et Pétersbourg, dont Mathias revit les moments fous et douloureux où amour, amitié, jalousie se mêlent. 
«...nous étions des poupées russes nous trois. Emboîtées pour toujours les unes dans les autres...»
    Le cercle de sang enlacé à celui de cendre sur la couverture (mon interprétation n'engage que moi) m'a fait songer à Essenine qui laissa dans la chambre d'hôtel où il s'est suicidé un poème écrit avec son propre sang :

    
"Au revoir, mon ami, au revoir,

    Mon tendre ami que je garde en mon cœur.

    Cette séparation prédestinée

    Est promesse d'un revoir prochain.

    Au revoir, mon ami, sans geste, sans mot,

    Ne sois ni triste, ni chagrin.

    Mourir en cette vie n'est pas nouveau,

    Mais vivre, bien sûr n'est pas plus nouveau.
    et cet autre extrait toujours de Essenine, « L'Homme noir» qui ressemble tant à Volodia et à la Russie que nous fait partager Mathias dans le roulement chaotique du train : 


    Mon ami, mon ami,

    Je suis malade à en crever.

    Mais cette douleur d'où me vient-elle ?

    Est-ce le vent qui siffle

    Sur les champs déserts, désolés,

    Ou bien, comme les bois en septembre,

    C'est l'alcool qui effeuille ma cervelle…
    Ce petit livret, écrit sur commande, à l'occasion du voyage d'écrivains dans Le Transsibérien organisé par France- Culture pour l'année France Russie, emporte par son intensité. Une réussite.
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    Critique de qualité ? (22 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par smiroux, le 23 janvier 2012

    smiroux
    Le titre d'Enard est directement inspiré d'une formule de l'auteur russe Tchékov : "Cette fameuse âme russe n'existe pas. Les seules choses tangibles en sont l'alcool, la nostalgie et les courses de chevaux."
    C'est sous ce parrainage que Mathias Enard rédige un texte sublimement inspiré par le Transsibérien.
    Mathias, le personnage principal, retourne en Russie après une sonnerie de téléphone en pleine nuit, de celle que l'on redoute, et l'annonce par Jeanne, son amour éxilée, de la mort de Vladimir. Vladimir, le troisième, le centre, d'un trio amoureux, et désespéré.
    Le temps de cette interminable traversée de la Russie, pour gagner la Sibérie, et rendre le corps de Vladimir à son village natal, Mathias, les yeux perdus dans le paysage qui tarde à défiler, se remémore leurs vies communes, leurs déchirures, leur amour au delà du dicible. Il se rappelle aussi ce qui les a séparés, ce qui les a liés, la drogue et l'alcool ; l'amour et la jalousie ; l'âme russe et sa littérature.
    Il fallait la mort de Vladimir pour que les souvenirs enfin puissent se dire ; pour que les personnages finalement s'écroulent ; s'écroulent sous le poids de la douleur, de la nostalgie de la littérature russe, de l'incapacité à écrire le désarroi, le manque de puissance dans ces mots qui le laissent seul, décontenancé, avec sa tristesse insurmontable. Il fallait cette mort pour parvenir à se détacher de leur histoire commune.
    Mathias Enard, en quelques pages, avec cette histoire condensée, ramassée, réussit un récit magique, où la lenteur nous gagne, où l'on voit passer les siècles et les saisons, les kilomètres et les litres d'alcool avalés pour tenter l'impossible : noyer les regrets et les lâchetés.
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  • Par moustafette, le 10 juillet 2011

    moustafette
    Quoi de mieux qu'un long voyage en train pour voir défiler le film de sa jeunesse sur l'écran des paysages qui s'étendent entre Moscou et Novossibirsk où Mathias accompagne le corps de son ami Vladimir afin de l'enterrer dans sa vie natale.
    Un long tête à tête pour Mathias qui revient sur son amour pour Jeanne. Jeanne, rencontrée à Paris à dix-huit ans et qui l'a quitté pour faire un doctorat à Moscou. Jeanne qui lui a présenté Vladimir. Jeanne qui l'appelle à nouveau quand Vladimir s'en est allé.
    Emouvante réminiscence d'un temps révolu émaillé d'agapes alcoolisées, de périples au cours desquels Vladimir, tel un prince déchu, a transmis l'amour de sa terre aux deux français, entre balades historiques et pauses littéraires qu'inévitablement génère ce pays.
    C'est encore un livre, En russie d'Olivier Rolin, qui poussera Mathias à rejoindre Jeanne à Moscou où il restera un an en sa compagnie et celle de Vladimir, s'embarquant dans une amitié trouble et fascinante, une sorte de Jules et Jim aux saveurs d'opium, d'héroïne et de vodka où chacun va se perdre dans l'illusion et la passion inaboutie.
    Est-ce pour rattraper le temps perdu ou pour épuiser celui qu'il lui reste que Mathias entreprend ce dernier voyage ? Toujours est-il qu'il s'impose là l'épreuve du manque, de la perte et de la solitude, seul face au miroir des grandes étendues qui lui renvoie l'image de sa finitude.
    Voilà bien longtemps qu'un livre ne m'avait bouleversée à ce point. J'avoue qu'il porte bien son titre et que l'auteur sait rendre à merveille la difficulté à faire le deuil des engouements adolescents, des illusions inaccessibles qu'il faut abandonner. Certains ne s'en remettent pas, préfèrent perdurer dans le paradis artificiel qu'est la jeunesse tant le quitter est douloureux et choisissent un ailleurs toxique mais consolateur pour panser leurs blessures. Certains, même, préfèrent ne jamais devenir vieux.
    "On ne berce pas les enfants grandis." Alors on grimpe dans un wagon qui roule vers une fin du monde et on se laisse bercer bien malgré soi par le staccato du train et des souvenirs mêlés, pensant sans doute que le froid sibérien, à défaut de les anesthésier, les figera à jamais dans la grandeur de leur jeunesse.
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    • Livres 4.00/5
    Par camille_alivreouvert, le 24 décembre 2011

    camille_alivreouvert
    (Billet écrit en avril 2011)
    Un très belle lecture. Et pourtant aux premières pages de L’alcool et la nostalgie, je me suis dit que Mathias Enard (que je n'avais pas encore lu mais savais très cultivé) se reposait peut-être un peu trop sur ses références littéraires et ne laissait pas suffisamment aller sa plume. Mais j'ai bien vite oublié mes a priori et il n'a pas fallu beaucoup de pages à l'auteur pour m'embarquer avec lui à bord du Transsibérien, et quel voyage ! Quelques quatre mille kilomètres durant lesquels le narrateur (à qui l'auteur a donné son propre prénom, Mathias) invoque les souvenirs d'un passé révolu, l'amour qu'il portait à Jeanne, sa rencontre avec Vladimir et toute l'ambivalence de sentiments qu'elle a suscité, l'énergie de cette jeunesse ardente, se consumant de drogue et l'alcool. La Russie et ses fantômes prêtent un cadre mélancolique au récit, et avec le recul du temps et la mort de Vladimir se fait sentir le poids de la nostalgie. le phrasé se déroule au rythme des pensées du narrateurs; la langue est belle, limpide. Les références littéraires sont bien présentes mais qu'y lire sinon un hommage aux écrivains qui ont accompagné Mathias Enard dans l'écriture de son livre. Un récit sensible et inspiré tout simplement.
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    • Livres 5.00/5
    Par Culturopoing, le 24 mars 2011

    Culturopoing

    La nuit comme passager
    Les éditions INCULTE viennent ravir l'hiver avec le dernier livre de Mathias Énard, auteur, entre autres, de l'inoubliable Zone et du dernier prix Goncourt des lycéens Parle-leur de batailles, de rois, d'éléphants (chez Actes Sud).
    Ce livre ne peut que se dévorer, se boire d'une traite, comme s'il s'agissait d'un shot d'une boisson aussi délicieuse que terriblement déchirante. On ne peut pas dire qu'on ne s'attendait pas à un bijou de la forme courte… le titre lui-même est une promesse - et Mathias Enard est un des grands écrivains français contemporains.
    L’alcool et la nostalgie s'écoule comme ces mélodies qui s'effacent peu à peu sans que le charme n'en tarisse, comme les soupirs d'Ekaterina Kichigina dans les Mandelstam Cantatas d'Elena Firsova (puisque Mandelstam, poète infini, mort de faim et de froid, hante ces pages), ou comme l'ombre de l'être aimé s'allonge lorsqu'on le voit disparaître.
    L’alcool et la nostalgie c'est un train qui mène les fantômes d'un amour qui ne pouvait être parfait qu'à trois. C'est Jeanne, de France et de Moscou, la femme aimée par Mathias et Vladimir. L’alcool et la nostalgie est une veillée funèbre et un panégyrique saisissant - on y trinque à l'amitié des deux hommes, à l'amour qui va vite et dure toujours (ou pas), aux voyages … à toutes les fins. L’alcool et la nostalgie c'est la Russie mythique des poètes et des écrivains, des tempêtes et des guerres, la Russie des horizons infinis de l'Amour à la Volga, et c'est aussi la Russie moderne et désespérée des junkies et des rades où on oublie la nuit, où on se suicide tous les jours.
    De Montmartre à Novossibirsk, « le soleil finira bien par se lever ». Mais avant, encore un peu d'alcool et de nostalgie.
    Retrouvez d'autres critiques de livres sur Culturopoing !

    Lien : http://www.culturopoing.com/Livres/Mathias+Enard+L+alcool+et+la+nost..
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Jean-Baptiste Harang pour le Magazine Littéraire

    Avec L'Alcool et la Nostalgie, Mathias Énard restitue une oeuvre à la fois détachée et poignante, un beau récit inspiré par le Transsibérien.  Dans sa préface à un petit livre incisif, tranchant, Co... > lire la suite

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Critiques presse (1)


  • Lexpress , le 22 juin 2011
    Traversé par des fantômes et des éclairs, par l'histoire et la littérature, le texte lyrique et musical de Mathias Enard frappe par son envoûtant mélange de mélancolie et d'énergie. A boire cul sec, avec ou sans vodka à portée de main.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par moustafette, le 10 juillet 2011

    (...) et de retrouver une liberté qu'en réalité je n'avais jamais connue, à part dans les livres, dans les livres qui sont bien plus dangeureux pour un adolescent que les armes, puisqu'ils avaient creusé en moi des désirs impossibles à combler, Kerouac, Cendrars ou Conrad me donnaient envie d'un infini départ, d'amitiés à la vie à la mort au fil de la route et de substances interdites pour y amener, pour partager ces instants extraordinaires sur le chemin, pour brûler dans le monde, nous n'avions plus de révolution, il nous restait l'illusion du voyage, de l'écriture et de la drogue.
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  • Par moustafette, le 10 juillet 2011

    Nous rêvions d'une tout autre mort, nous qui n'avons connu ni la révolution, ni la guerre, nous rêvions d'un sacrifice, d'une noblesse, d'un courage et peut-être as-tu eu cette noblesse et ce courage, comme Tarass Boulba qui s'enquiert en mourant du sort de ses cosaques, tu as eu une pensée pour moi, pour Jeanne, pour le monde, pour l'infini tournoiement du monde, pour l'oubli qui ronge tous les noms et toutes les pages, et tu es parti vers le néant.
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  • Par nadejda, le 11 mai 2011

    Moi qui hais les voyages me voilà servi, des heures et des heures devant moi, seul avec Vladimir qui ne parle pas, seul avec les souvenirs, l'alcool et la nostalgie, voilà tout ce qui reste, comme disait Tchekov le médecin mort en buvant du champagne, seul avec des phrases, des vers, des souvenirs...
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  • Par nadejda, le 11 mai 2011

    ... en train on ne voit rien, on traverse des fleuves, on parcourt des forêts ; c'est comme si on vous ponçait les yeux au paysage, au papier de verre du paysage pendant des heures et des heures,...
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  • Par nadejda, le 11 mai 2011

    J'ai compris à quel point je voulais que Jeanne me console dans la nuit, que nous nous consolions dans la nuit ; on ne berce pas les enfants grandis.
    Je l'ai embrassée sur le front, puis sur les yeux, on a tremblé. Il y a eu comme une explosion silencieuse, et je suis parti.
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