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ISBN : 2742793623
Éditeur : Actes Sud (2010)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.63/5 (sur 1032 notes)
Résumé :
En débarquant à Constantinople le 13 mai 1506, Michel-Ange sait qu'il brave la puissance et la colère de Jules II, pape guerrier et mauvais payeur, dont il a laissé en chantier l'édification du tombeau, à Rome. Mais comment ne pas répondre à l'invitation du sultan Bajazet qui lui propose- après avoir refusé les plans de Léonard de Vinci, - de concevoir un pont sur la Corne d'Or ?
Ainsi commence ce roman, tout en frôlements historiques, qui s'empare d'un fait ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (260) Voir plus Ajouter une critique
carre
carre09 novembre 2012
  • Livres 4.00/5
Il y a un certain temps que je voulais découvrir Matthias Enard, mais « Zone » son précédent livre me semblait être une sorte d'ovni littéraire
( plus de 500 pages je crois, en une seule phrase) du coup j'avais remis l'expérience à plus tard.
Et bien je dois avouer que «Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants », me fait regretter ma frilosité. de par l'histoire tout d'abord, aussi étonnante que méconnue, un Michel-Ange aveuglé par son travail, tellement loin des manigances faite sur sa personne et des enjeux que sa décision amenait. Et puis bien sur par l'écriture agréable, fluide d'Enard, bien au-dessus d'un grand nombre de ces confrères, précise, poétique, imagée. Alors même si la brièveté du roman est son seul défaut, le voyage sur les pas du célèbre italien sur les rives du Bosphore vaut largement le détour. C'est sur, je reviendrai vers vous Monsieur Enard.
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latina
latina13 juillet 2013
  • Livres 4.00/5
Je ne vous parlerai pas de batailles, de rois et d'éléphants...Mathias Enard en est infiniment plus capable que moi !
A travers ce que je qualifierai de long poème, à la manière d'une histoire chantée au Moyen-Age, il nous narre les quelques semaines passées à Istanbul par Michel-Ange, censé construire un pont sur la Corne d'Or. En effet, blessé par le pape Jules II, qui ne le paie pas, il s'en va à la rencontre du sultan Bajazet qui lui a proposé de dessiner ce fameux pont.
Et là-bas, la douceur de vivre le rattrape, lui, l'ascète, le travailleur infatigable, le bourru.
Une amitié se crée avec le beau et ambigu poète Mesihi de Pristina, qui lui fait découvrir tous les trésors de la ville...et les bouges. Mais Michel-Ange s'en défend, malgré lui. Malgré lui aussi, il est attiré par une jeune musicienne et danseuse andalouse, mais jamais il ne la touchera, ou à peine une caresse sur le bras.
Cette Andalouse mystérieuse nous livre, à mon sens, les plus beaux passages : « Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l'amour ; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s'accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards ; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d'éléphants et d'êtres merveilleux ; en leur racontant le bonheur qu'il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l'amour, l'amour, cette promesse d'oubli et de satiété. Parle-leur de tout cela, et ils t'aimeront ; ils feront de toi l'égal d'un dieu. Mais toi tu sauras, puisque tu es ici tout contre moi, toi le Franc malodorant que le hasard a amené sous mes mains, tu sauras que tout cela n'est qu'un voile parfumé cachant l'éternelle douleur de la nuit. »
Qu'il y ait eu un complot, qu'il se soit commis un meurtre, que le pont soit construit ou pas, on s'en moque...Ce qui reste après la lecture de ce livre, c'est une indéfinissable atmosphère, ouatée, musquée. Difficile de quitter un ouvrage qui nous parle de batailles, de rois et d'éléphants...
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Macha_Loubrun
Macha_Loubrun06 janvier 2014
  • Livres 4.00/5
Si la vie est une succession de parenthèses, celle qui mena Michel-Ange à Constantinople en 1506, le transforma à tout jamais.
Le puissant pape guerrier Jules II lui doit de l'argent lorsque le sultan Bajazet lui propose de concevoir un pont sur la Corne d'Or, après avoir rejeté les dessins de Léonard de Vinci. C'est flatteur mais renforce la pression sur les épaules de Michel-Ange
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants ressemble à un conte tout à la fois sombre et lumineux, empreint de mystère, La lecture de ce court roman est un véritable délice. Les phrases sont brèves, ciselées, simples et poétiques. Ce portrait intime d'un artiste en proie aux doutes, aux pressions politiques et à la tyrannie de l'amour et du désir, est fascinant. de multiples rencontres jalonnent son séjour, fortes, belles et inquiétantes…
Tourner les pages de ce livre, c'est comme sentir un extrait de parfum qui vous embarque dans un voyage étonnant, celui De La Renaissance et de la création d'une oeuvre.
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mariecesttout
mariecesttout19 mars 2014
  • Livres 3.00/5
Et bien.. à vrai dire.. il faut vraiment que je lise ce Mathias Enard dans un autre texte, on m'en a dit grand bien, mais là j'ai trouvé que c'était vraiment .. un peu court?
Je dois reconnaître que cette lecture a sans doute pâti de mes lectures parallèles, mais j'ai eu beaucoup de mal à m'y intéresser..
J'aimais beaucoup le titre. J'ai découvert dans la note de fin qu'il provenait de Kipling, Au hasard de la vie: : "Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d'éléphants et d'anges, mais n'omets pas de leur parler d'amour et de choses semblables."
C'est ciselé, travaillé, peut être trop..
Quant au côté métaphorique du pont, je l'ai enjambé sans doute un peu rapidement..
Bref. Michel- Ange m'énervait, j'aimais bien le singe mais il est mort trop vite .
Je suis tout à fait consciente d'avoir fait progresser l'art du commentaire littéraire d'un grand pas, oups, désolée, mais en parcourant toutes ces critiques qui disent grand bien de ce roman,je me dis simplement que j'ai dû complètement passer à côté..
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Pavlik
Pavlik20 juillet 2015
  • Livres 4.00/5
D'abord il y a ce titre, éminemment poétique et qui convie mythe et réalité à se rencontrer, s'apprivoiser, pour finir par se transcender. C'est un peu ce qui se passe quand les visions de l'artiste rencontre la matière de la création. Quand le burin de Michel-Ange rencontra le marbre de Carrare et en fit le David, ce chef-d'oeuvre de la sculpture.
Alors que l'Europe, à commencer par les états italiens, a depuis quelques décennies entamer la mue qui la fit passer du moyen-âge à la renaissance, Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni, dit Michel-Ange, est déjà un immense artiste, reconnue pour ses sculptures et ses peintures. Il est l'égale de Léonard de Vinci, de vingt ans son aîné, et le grand rival de Raphaël et de Bramante.
En 1506, alors qu'il travaille à la réalisation du tombeau du pape Jules II, il décide de répondre favorablement à l'invitation de Bayezid II, dit le juste, Grand Turc et sultan de l'empire Ottoman. Méprisé par "le pape guerrier", qui tarde à le payer et ne lui fournit pas l'aide matérielle nécessaire à son travail, Michel-Ange se rend à Constantinople, plus par esprit de vengeance que par intérêt pour la commande qui lui est faite. le Grand Turc souhaite, en effet, que l'artiste dessine les plans d'un pont qui reliera les parties asiatique et européenne de la ville. Quelque année auparavant le grand Léonard s'y était essayé mais le projet n'avait pas été retenu...Trop ambitieux, trop difficile techniquement. Comme le perçoit d'emblée Michel-Ange, de Vinci n'avait pas comprit la nature symbolique, voire politique d'un tel ouvrage.
Bien sur, ce voyage n'est que pure fiction (bien qu'il existe un dessin d'un pont réalisé par Michel-Ange). C'est en effet à Florence que l'artiste se réfugia, après la brouille avec le pape, et non à Constantinople. Pour autant, Mathias Enard se sert de ce prétexte pour nous faire découvrir, sensuellement, presque charnellement, une des plus grande cité de l'époque. Encore fortement imprégnée de culture grecque et latine, refuge des musulmans chassés de la péninsule ibérique, suite à la Reconquista, et, désormais, occupée par les turcs, Constantinople présente un aspect cosmopolite, à cheval entre orient(s) et occident que l'auteur rend à merveille. Une autre réussite est la vision de "son" Michel-Ange, travailleur, disgracieux mais génial, austère et étranger à l'amour. C'est pourtant bien l'amour qu'il va découvrir sur les rives de la Corne d'Or : l'amour d'une ville d'abord, et l'amour charnelle ensuite, dans les bras d'une belle danseuse andalouse.
Bien que l'auteur s'attache à mettre en lumière le caractère tolérant et cultivé de l'Islam, tel qu'il est conçu à l'époque, les tensions restent vives entre musulmans et chrétiens, à tel point que, bien que reconnue, tout le monde ne voit pas d'un bon oeil qu'un "infidèle" soit l'architecte de ce pont. Mais Michel-Ange, enfermé qu'il est dans ses visions et son art, reste aveugle et sourd aux machinations politiques et c'est in extremis qu'il se sortira indemne de ce voyage aux frontières de deux mondes.
Doté d'une écriture fluide et très poétique ce roman, à l'instar d'une douce rêverie, se révèle agréable à lire bien qu'il pêche, par moment, par excès de symbolisme.
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Citations & extraits (189) Voir plus Ajouter une citation
oranoran16 août 2016
Ils vont vers l'ouest, où le soleil a disparu, laissant une traînée rose au-dessus des collines ; ils dépassent la mosquée grandiose que Bayazid vient d'achever, entourée d'écoles et de caravansérails ; ils suivent un peu la crête, puis descendent avant de parvenir à l'aqueduc construit par un César oublié qui coupe la ville en deux de ses arches de brique rouge. Il y a là une petit place, devant une église ancienne, dédiée à saint Thomas ; la vue est magnifique. Les feux des tours de Péra sont allumés ; la Corne d'Or se perd dans les méandres de brume obscure et, à l'est le Bosphore dessine une barrière grise dominée par les épaules sombres de Sainte-Sophie, gardienne du fossé qui les sépare de l'Asie.
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oranoran16 août 2016
22 mai : cipolin, ophite, sérancolin, serpentin, cannelle, dauphin, porphyre, brocatin, obsidien, cinatique. Que de noms, de couleurs, de matières, alors que le plus beau, le seul qui vaille, est blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures, ni colorations.
La marbre lui manque.
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totototo01 février 2011
Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l'amour; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et de temples. Ils s'accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d'éléphants et d'êtres merveilleux; en leur racontant le bonheur qu'il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l'amour, l'amour, cette promesse d'oubli et de satiété.
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ClairocheClairoche13 mai 2016
Tu sens que la fin approche, que c'est la dernière nuit. Tu auras eu la possibilité de tendre la main vers moi, je me serai offerte en vain. C'est ainsi. Ce n'est pas moi que tu désires. Je ne suis que le reflet de ton ami poète, celui qui se sacrifie pour ton bonheur. Je n'existe pas. Tu le découvres peut-être maintenant ; tu en souffriras plus tard, sans doute ; tu oublieras ; tu auras beau couvrir les murs de nos visages, nos traits s'effaceront peu à peu. Les ponts sont de belles choses, pourvu qu'ils durent ; tout est périssable. Tu es capable de tendre une passerelle de pierre, mais tu ne sais pas te laisser aller aux bras qui t'attendent.
Le temps résoudra tout cela, qui sait. Le destin, la patience, la volonté. Il ne restera rien de ton passage ici. Des traces, des indices, un bâtiment. Comme mon pays disparu, là-bas, de l'autre côté de la mer. Il ne vit plus que dans les histoires et ceux qui les portent. Il leur faudra parler longtemps de batailles perdues, de rois oubliés, d'animaux disparus. De ce qui fut, de ce qui aurait pu être, pour que cela soit de nouveau. Cette frontière que tu traces en te retournant, comme une ligne avec un bâton dans le sable, on l'effacera un jour ; un jour toi-même te laissera aller au présent, même si c'est dans la mort.
Un jour tu reviendras.
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araucariaaraucaria17 août 2013
Triste présage, ce matin le singe est mort. Ou peut-être cette nuit; à son réveil, Michel-Ange l'a trouvé étendu par terre, les pattes repliées, la tête reposant sur le menton, comme arrêté dans sa course.
Michelangelo a pris la minuscule main dans la sienne, l'a soulevée, elle est retombée.
Il a ramassé l'animal, il semblait avoir perdu tout son poids, ne plus rien peser, comme si seule l'énergie de la vie lui donnait sa masse.
C'était une chose infime que la mort rendait encore plus fragile.
Michel-Ange a senti son coeur se serrer. Il a allongé la petite dépouille dans la cage qu'il a décrochée et posée sur le sol.
Il a préféré ne plus le voir, et a appelé un serviteur pour qu'on l'en débarrasse immédiatement, en espérant que cela efface aussi l'étrange tristesse qui l'étreignait. Il a pleuré ce décès comme celui d'un enfant qu'on aurait à peine eu le temps de connaître
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Vidéo de Mathias Enard
Mathias Enard, Prix Goncourt 2015 pour 'Boussole' - La Grande Librairie - #LGLf5
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