ISBN : 2742793623
Éditeur : Actes Sud (2010)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.5/5 (sur 270 notes) Ajouter à mes livres
13 mai 1506, un certain Michelangelo Buonarotti débarque à Constantinople. A Rome, il a laissé en plan le tombeau qu'il dessine pour Jules II, le pape guerrier et mauvais payeur. Il répond à l'invitation du Sultan qui veut lui confier la conception d'un pont sur la Corn... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par fermeledimanche, le 13 janvier 2012

    fermeledimanche
    Le jeudi 13 mai 1506 Michel-Ange débarque dans le port de Constantinople. À cette époque, « L'Empire n'était plus romain et pas encore l'Empire, la ville balançait entre Ottomans, Grecs, juifs et latins » (p. 11). Michel-Ange a 31 ans et « certains voyaient en lui le plus grand artiste du temps. » (p. 12). Il vient tout juste d'achever le David pour la ville de Florence et travaille en dilettante au tombeau du pape Jules II. Une entreprise pour laquelle l'évêque de Rome refuse de lui accorder quelque avance sonnante et trébuchante. Lors Michel-Ange prend ses distances avec la papauté et se rend à Constantinople pour répondre à l'invitation du sultan Bayazid II (Bajazet) qui souhaite bâtir un pont sur la Corne d'or, cet estuaire qui se jette dans le Bosphore. Ce n'est pas le premier artiste italien invité par le sultan. Déjà, en 1504, Léonard de Vinci avait dessiné pour ce même pont un projet jugé irréalisable. Il s'agissait d'un ouvrage à tablier unique de 720 pieds (240 mètres de long et 24 mètres de large). S'il avait été bâti, il serait devenu le pont le plus long du monde. En 2001, à As, en Norvège, le projet, visionnaire, de Léonard sera enfin réalisé.
    Mais revenons à Michel-Ange parce que le sujet du livre de Mathias Énard c'est bien Michel-Ange. Michel-Ange va couler des jours heureux, paresseux et indolents auprès du Grand Turc. Mais il ne faut pas que Rome l'apprenne car il risque l'excommunication et ne pourrait plus travailler pour le pape. Il loge dans une petite chambre-atelier où il dessine, rêve, dort, mange et joue avec le petit singe qui lui tient compagnie. Parfois il sort en compagnie du poète Mesihi. Il visite avec lui Sainte-Sophie, déambule dans les rues de Constantinople, sœur jumelle de Venise, observe « avec frayeur les corps élancés des esclaves » (p.61), fréquente les tavernes, s'enivre, se prend de passion pour une danseuse équivoque. « Michel-Ange cherche l'amour. Michel-Ange a peur de l'amour comme il a peur de l'enfer. » (p.79). le temps coule heureux, nonchalant, au rythme de ce pont qui ne prend pas forme parce que Michel-Ange n'arrive pas à lui donner forme. le sultan s'impatiente. Ali Pacha presse l'artiste. Une esquisse sera faite. le sultan est comme le pape, il ne paie pas… Et pendant ce temps Michel-Ange ne s'aperçoit pas que son compagnon, le poète Mesihi, se consume d'amour pour lui. « Il détourne les yeux quand il sent sur lui le regard de Mesihi » (p. 79). Finalement Michel-Ange devra, dans des circonstances dramatiques, quitter Constantinople…
    De ce voyage que reste-il ? Quelques lettres, une dague, le plan de Sainte-Sophie, trois bracelets, le croquis d'un pont, des couleurs, des visages qu'il représentera ça et là dans son œuvre.
    Ce roman, très agréable à lire, est rédigé dans une prose soignée, choisie, souvent poétique où se mêlent les lettres de Michel-Ange, les listes curieuses et déroutantes qu'il établissait, sortes d'albums d'images/mots à retenir ("11 mai, voile latine, tourmentin, balancine, drisse, déferlage. 12 mai, garcette, cabestan, varangue, coupée, carlingue." (p. 22)), la poésie de Mesihi et/ou la poésie délicate de Mathias Énard
    « Tu n'as pas su t'élever à la hauteur de l'amour
    Et prendre tel le faucon ce qui était à ta portée
    La proie était à toi, tu l'as laissée passer
    Les amants sont cruels s'il voient faiblir l'aimé.
    Cette bataille que j'ai gagnée, je la perds.
    Ce sol que je défends sera pour moi un désert,
    Et les âmes de ceux que j'ai assassinés,
    Mes gardiens pour l'éternité. » (p.98)
    avec ça et là des références à la belle phrase de Kipling tirée de son introduction d'Au hasard de la vie : « … et puisque ce sont des enfants, parle-leur batailles et rois, chevaux, diables, éléphants et anges, mais n'omets pas de leur parler d'amour et de choses semblables ». Bribe de phrase qui inspire le joli titre de cette histoire.
    Cet épisode de vie de Michel-Ange que j'ignorais totalement m'a intéressée parce que je n'imaginais pas du tout cet artiste ainsi : indolent, colérique, indécis. Au regard de ses peintures, de ses sculptures j'imaginais au contraire un artiste volontaire, énergique, au caractère bien trempé, volontiers opiniâtre et obstiné. Une sorte de tornade faite homme pris d'un génie créatif incessant, renversant, novateur. Sans doute parce que là, à Constantinople, nait un artiste. Au fil des pages, des croquis de pierre noire, de sanguine ou d'encre, il se forme, il peaufine son génie, il engrange, il accumule, il observe, il expérimente, il hésite, il balance, il compare, il retient, il s'imprègne, il oublie, il pleure, il rit, il trahit, il hait, il aime. Pause nécessaire avant la Sixtine.
    Et puis dans ce roman, Constantinople est un personnage à elle seule, un trait d'union, un lien entre l'orient et l'occident que matérialise d'ailleurs ce pont qui ne se fera pas. Cette ville balance entre deux mondes comme ce plafond où s'opposeront et se mêleront enfer et paradis…
    Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants a obtenu le Prix Goncourt des lycéens en 2010.
    Bien mérité.
    Cette anecdote, cette visite de Michel-Ange au sultan, s'inscrit dans une série d'échanges culturels et artistiques entre l'Italie et la Turquie que l'on retrouvera, avec d'autres informations dans : Istanbul, histoire, promenades, anthologie & dictionnaire, sous la direction de Nicolas Monceau, collection « Bouquins », Robert Lafont éd., 2010, une mine pour qui s'intéresse à Istanbul.
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    • Livres 3.00/5
    Par brigetoun, le 19 septembre 2010

    brigetoun
    Peut-être une légère déception, dont je ne sais si elle n'est pas personnelle.
    L'anecdote est peu connue, ou je ne la connaissais pas. L'entrelacement entre les rapports artiste/mécène ou puissant, la découverte d'un autre monde, la résistance de Michel-Ange à l'amour et l'ambiguïté de ses sentiments, le personnage du poète, est habille. Mais, pour moi, les personnages restent un peu "personnages de papier" et les descriptions, les listes de noms de plantes, de senteurs, de lieux ne sont pas arrivées à me transmettre la sensualité qui est recherchée
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  • Par moustafette, le 15 juillet 2011

    moustafette
    Cités dans le livre précédemment chroniqué, "les vers d'Essenine, le pendu de Pétersbourg, j'irais bien sur le Bosphore, là dans tes yeux j'ai vu la mer, un magnifique incendie bleu.", l'auteur faisait un clin d'oeil à son dernier roman. Comme lui, j'ai aussi fait le voyage.
    Au regard des nombreuses critiques, je serai brève. J'ai beaucoup lu que ce court roman manquait de souffle, sans doute aurait-il pu bénéficier d'un étoffage conséquent digne de l'oeuvre colossale du personnage principal. Mais peu m'importe, cette parenthèse ottomane dans la vie de Michel-Ange, récemment découverte et agréablement romancée, m'a procuré un plaisir de lecture tout chamarré de couleurs et de parfums de mille et une nuits.
    J'ai aimé la compagnie de cet homme mal dégrossi, imbu de lui-même comme pour mieux camouffler ses faiblesses, qui erre au milieu de la ville et des ses hôtes, écrasé par la nécessité de surplanter le plus doué de ses pairs, Léonardo da Vinci, et celle d'accoucher d'une oeuvre d'art dans une ville qui en recelle déjà quantité.
    Les personnages que Michel-Ange rencontrera ébranleront ses certitudes, ses propres sentiments comme son identité et ses idées à l'égard des Infidèles.
    "La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l'aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort."
    C'est également une jolie réflexion sur la création et la beauté chatoyante de l'art musulman. La Renaissance n'a qu'à bien se tenir, et les lycéens ne s'y sont pas trompés, une fois de plus !
    Sans conteste le livre le plus solaire de l'auteur.
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    • Livres 5.00/5
    Par Ikebukuro, le 25 mars 2012

    Ikebukuro
    La force de ce livre, peut-être plus que l'histoire qu'il décrit, c'est cette écriture époustouflante. C'est un texte plutôt court mais d'une force poétique incroyable, un récit d'une beauté lumineuse et puissante où les mots trouvent leur place et s'ajustent pour créer cette musicalité d'une fluidité joyeuse qui court à travers les lignes.
    L'histoire nous emmène sur les traces de Michel-Ange qui pendant quelques semaines partira à la rencontre de ce monde Ottoman si riche et si surprenant. Mandaté pour créer un pont sur la Corne d'Or, c'est son cheminement créatif, ses doutes et ses questionnements que l'auteur nous dévoile à travers ces quelques pages. Un texte qui sait allier le charme suranné de ce monde troublant et mystérieux à la modernité de cette réflexion sur la création. Un texte magnifique qui nous laisse un petit goût d'inachevé car on aurait aimé plonger dans cette langue superbe un peu plus longtemps.
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    • Livres 3.00/5
    Par ivredelivres, le 02 novembre 2010

    ivredelivres
    Un roman qui se place sous la protection de Kipling ne peut pas être mauvais, le titre magnifique étant de bon augure j'ai entamé ma lecture avec détermination.
    Un saut de puce pour se retrouver à Florence en 1506, à ma droite Michel-Ange, face à lui Jules II et ça ne se passe pas bien du tout, Michelangelo Buonarroti, pour le nommer correctement, travaille pour le Vatican depuis des mois mais l'argent n'arrive pas, le pape est très mauvais payeur, conscient de sa valeur et très en colère, Michel-Ange décide de quitter Florence et de partir pour Constantinople où le Sultan lui fait miroiter une fortune pour construire un pont sur le Bosphore.
    Qui résisterait ?
    Malgré la peur, Jules II est puissant et un peu teigneux si vous me pardonnez l'expression, c'est bien tentant, d'autant plus que le grand Léonard s'est proprement cassé les dents sur le projet. Alors pour Buonarotti c'est un appel irrésistible, s'enrichir ET damer le pion à Léonard de Vinci.
    Voir son nom retentir comme celui qui a dessiné les plans du pont sur la Corne d'Or et l'appat du gain l'emportent sur la crainte qu'il éprouve envers les sbires de Jules II et envers sa peur de la mer et des naufrages.
    L'orient est une belle découverte même si l'inspiration côté architecture n'arrive pas aussi vite que prévu. Michel Ange flâne avec délices dans le coeur de la ville orientale, il a un guide cultivé et ..épris de lui, le poète Mesihi, une amitié teinté d'un peu d'amour se fait jour, mais Michel Ange est en proie à d'autres tourments car en homme de la Renaissance il a encore peur de satan et de l'enfer.
    Un séjour dangereux malgré tout car Vizir et Sultan ne badinent pas plus avec les engagements que le chef du Vatican.
    Après le très violent et assez époustouflant Zone voilà un roman paré des douceurs et tentations de l'orient, une part méconnue dans la biographie de Michel Ange, le portrait est plutôt réussi, une bio-fiction si vous me passez cette expression dont bien malin celui qui fait la part de l'invention de Mathias Enard et la part de l'histoire.
    C'est intelligent, c'est élégant sans afféterie, les chapitres sont courts et se lisent sans effort.
    Un défaut ? un manque de souffle peut être mais je le dis sans vraie conviction.

    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2010/08/31/parle-leu..
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Citations et extraits

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  • Par bibliothequegries, le 23 mai 2012


    « Il appréciait le calme aquatique de la cour des mosquées et le chant fraternel du muezzin du haut du minaret. Surtout, il aimait la ville, les antres bruyants où buvaient les janissaires, l’activité du port, l’accent des étrangers.
    Et, plus que tout, le dessin, la blessure noire de l’encre, cette caresse crissant sur le grain du papier ».
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  • Par lilimarylene, le 15 mai 2012

    Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l'amour ; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s'accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards ; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d'éléphants et d'êtres merveilleux ; en leur racontant le bonheur qu'il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l'amour, l'amour, cette promesse d'oubli et de satiété. Parle-leur de tout cela, et ils t'aimeront ; ils feront de toi l'égal d'un dieu. Mais toi tu sauras, puisque tu es ici tout contre moi, toi le Franc malodorant que le hasard a amené sous mes mains, tu sauras que tout cela n'est qu'un voile parfumé cachant l'éternelle douleur de la nuit.
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  • Par lilimarylene, le 15 mai 2012

    Comme mon pays disparu, là-bas, de l'autre côté de la mer. Il ne vit plus que dans les histoires et ceux qui les portent. Il leur faudra parler longtemps de batailles perdues, de rois oubliés, d'animaux disparus. De ce qui fut, de ce qui aurait pu être, pour que cela soit de nouveau.
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  • Par lilimarylene, le 15 mai 2012

    Oublie ta peur, profite de ce que je suis, comme toi, un morceau de chair qui n'appartient à personne sinon à Dieu. Prends un peu de ma beauté, du parfum de ma peau. On te l'offre. Ce ne sera ni une trahison, ni un serment ; ni une défaite, ni une victoire.
    Juste deux mains s'emprisonnant, comme des lèvres se pressent sans s'unir jamais.
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  • Par lilimarylene, le 15 mai 2012

    - Vous ajouterez de la beauté au monde, dit Mesihi. Il n'y a rien de plus majestueux qu'un pont. Jamais aucun poème n'aura cette force, ni aucune histoire. Quand on parlera de Constantinople, on mentionnera Sainte-Sophie, la mosquée de Bayazid et votre ouvrage, maestro. Rien d'autre.
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