ISBN : 2742777059
Éditeur : Actes Sud (2008)


Note moyenne : 3.31/5 (sur 32 notes) Ajouter à mes livres
Quatrième de couverture

Par une nuit décisive, un voyageur lourd de secrets prend le train de Milan pour Rome, muni d'un précieux viatique qu'il doit vendre le lendemain à un représentant du Vatican pour ensuite - si tout va bien - changer de vie. Quinze ... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 5.00/5
    Par annie, le 06 août 2008

    annie
    Actes Sud)

    Trajet, réminiscences, aiguillages, allers-retours dans les arcanes de la colère des Dieux. Zeus, Athéna aux yeux pers et Arès le furieux guident la mémoire du passager de la nuit, fils d'un Français qui a fait la guerre d'Algérie et d'une pianiste d'origine croate.
    Adolescent doublement imprégné de patriotisme, puis d'extrême-droitisme, il a prolongé son service militaire en sections spéciales et autres commandos, puis s'est fiancé avec la très blanche Marianne.
    Mais la guerre d'indépendance de Croatie, puis la Bosnie ont fait bouillir le sang qui coulait dans ses veines. Comme d'autres volontaires – Andrija surtout, dont il porte encore le deuil, et Vlaho le débonnaire qui finira mutilé – il est allé accomplir sa part de carnage, de viols, de cruautés (certaines scènes hantent encore ses insomnies).
    Saturé de violence, il s'est fait oublier quelque temps dans la mortifère Venise (où Marianne l'a rejoint et bientôt largué d'un féroce coup de pied dans les génitoires).
    Puis il est rentré en France où il s'est montré peu bavard – avec son père, pourtant, il aurait pu confronter quelques souvenirs d'interrogatoires particuliers – s'est présenté et a échoué aux concours du Quai d'Orsay, est entré dans un Service du Renseignement où il a connu Stéphanie (deuxième amour, deuxième échec), puis s'est vu attribuer une “ Zone”…
    Mais ce soir (quinze ans après ses premiers faits d'armes) c'est sous une identité d'emprunt que Francis Servain Mirkovic s'installe dans le train Milan-Rome pour ce qui devrait être le dernier voyage de sa carrière professionnelle.
    Au-dessus de lui, une mallette que par précaution il a menottée à une des barres du filet à bagages. Demain à Rome (où Carol Vojtila n'en finit plus de gésir sur son lit d'agonie) un représentant du Vatican lui donnera trois cents mille euros – l'allusion aux trente deniers de Judas le fait sourire – en échange du trésor patiemment rassemblé dans les marges de son activité d'agent du Renseignement français dans sa Zone (d'abord l'Algérie puis, progressivement, l'ensemble du Proche-Orient).
    Le contenu de la mallette : des années de missions et d'investigations. Un compendium d'archives, de fiches, de disques informatiques, d'images et de documents concernant des centaines d'individus – commanditaires ou intermédiaires, cerveaux ou exécutants, agitateurs et terroristes de toutes obédiences, marchands d'armes et trafiquants, criminels de guerre en fuite. Les hommes de l'ombre et de l'action – sans guerres, l'Histoire serait pétrifiée, le monde serait mort d'ennui ! — qu'il a côtoyés, d'Alexandrie à Tel Aviv, du Caire à Jérusalem, d'Alger à Gaza ou Beyrouth.
    Une dernière transaction et il pourra changer de vie, peut-être emménager avec Sashka, une jeune Russe, peintre d'icônes… Mais la nuit risque d'être longue. le train démarre, Francis Servain Mirkovic allias Yvan Deroy est assis dans le sens contraire de la marche, adossé à son avenir – enfin ! – et les yeux tournés vers le passé qui défile…
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    • Livres 3.00/5
    Par Alienor, le 12 février 2009

    Alienor
    J'ai mis trois semaines à lire ce livre ébouriffant d'un peu plus de 500 pages, et j'en ressors lessivée. Tout d'abord car le thème en est difficile. Dans ces 24 chapitres figurent tous les conflits que notre monde a connu et connaît encore, et avec eux les innombrables actes de barbarie et de violence qu'ils ont engendré.
    Le héros de cette histoire a été un acteur clé de toutes ces horreurs, et en même temps que nous suivons son trajet en train jusqu'à Rome, nous revivons avec lui cette longue histoire et les actes terribles qu'il a commis. Rome, destination finale pour un nouveau départ. Il doit en effet remettre au Vatican une mallette contenant tous les renseignements collectés par ses soins durant des années, sur tous les hommes qui ont fait ces conflits et commis ces violences. Ensuite, il a prévu de disparaître. D'ailleurs il a déjà endossé une nouvelle identité pour ce voyage.
    Lessivée aussi, car ce livre est tellement fouillé et documenté qu'il implique une grande concentration pour ne pas perdre le fil de l'histoire. Certains moments m'ont happée (en particulier les magnifiques passages sur Intissar et Marwan), mais à d'autres je me suis acharnée à poursuivre ma lecture, car il m'arrivait de décrocher.
    Enfin, le style exige également une grande concentration, car il y a absence ou presque de ponctuation. Ces plus de 500 pages sont une interminable phrase, ponctuée ça et là de quelques virgules. Mais ne vous en effrayez pas, cela ne pose aucun problème. Simplement ce n'est pas un livre que l'on prend pour quelques minutes de lecture par-ci par-là au gré du temps libre. C'est lui qui vous impose son rythme. Il faut consacrer du temps à ce roman fleuve impétueux très exigeant.
    Je n'étais pas certaine d'écrire un billet sur ce livre, tant je craignais de ne pas parvenir à restituer ce que j'ai ressenti en le lisant. Et aussi car je ne savais pas trop si je l'avais aimé ou non finalement. En écrivant ces lignes, je réalise que cette lecture m'a marquée, et que ce roman sera certainement pour moi un des plus marquants de cette rentrée littéraire.

    Lien : http://tassedethe.unblog.fr
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  • Par sylvie, le 10 décembre 2009

    sylvie
    Zone est un livre au sujet duquel on a déjà beaucoup écrit, la quantité des liens proposés sur ce billet en témoigne...
    J'ai assez vite accepté de me laisser emporter par ce récit dense à la puissance évocatrice rare.
    Je n'ai eu aucun mal à le lire et je n'ai éprouvé aucun besoin de compter le nombre de phrases dont il était fait...
    Lors d'un voyage en train de Milan à Rome, un homme avance vers son avenir à reculons, au propre comme au figuré : (cet homme se souvient et voyage dans le sens inverse de la marche).
    Le chemin qu'il parcourt est celui du dernier voyage, et, avant d'arriver au terminus, défilent dans sa tête tous ceux qu'il a déjà fait, en lectures, en études, en amour, en guerre, en fuite, en filatures...
    La violence et la mort sont omniprésentes dans ses images à rebours, elles sont partout : dans la Zone, dans le temps, dans les livres, dans l'histoire du narrateur...
    Ce roman est une sorte de longue litanie sur la barbarie située dans les méandres des souvenirs d'un Ulysse échoué dans un train, misérable et fatigué, mais encore et toujours rusé...
    Il porte avec lui une mallette pleine de secrets compromettants.
    Il a la possibilité de l'échanger contre beaucoup d'argent. Une nouvelle identité usurpée lui donne l'espoir d'une renaissance auprès d'une Pénélope qui peint des icônes en guise de tapisserie, qui s'appelle Shashka et qui ne l'attend pas...
    Ce livre nous conte l'éternel retour de la guerre et de la violence, avec ses lots de charniers, de tortures, de trahisons, de lâchetés, de tortures et de viols, en empruntant les règles d'unité de temps (trajet Milan-Rome); d'unité de lieu (le wagon); d'unité d'action (se souvenir).
    Je l'ai franchement trouvé excellent.
    Des vidéos et des liens sur le blog :

    Lien : http://sylvie-lectures.blogspot.com/2009/12/zone-mathias-enard.html
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    • Livres 5.00/5
    Par xgalaup, le 02 juin 2011

    xgalaup
    Epopée d'un espion
    Ce roman plonge son lecteur en apnée sous les mots d'un voyage halluciné sur les traces d'un espion. Zone nous fait suivre des sentiers littéraires un peu aride (la référence à La modification de M. Butor suggérée par l'éditeur n'est pas usurpée) auxquels s'ajoutent une dimension historique, notamment à l'histoire récente de l'Europe. Dans ce train d'évasion de Paris vers Milan puis Rome, Francis Servain Mirkovic, le personnage principal, repense, revit son passé et espère en son avenir. Il laisse défiler ses souvenirs qui sont intimement liés à la grande histoire, que ce soit le terrorisme en Algérie, la guerre en Croatie ou le Proche-Orient. En contrepoint Francis se construit mentalement un avenir et observe le présent à travers les passagers du train.
    M. Enard réussit une belle alchimie entre passé, présent, avenir, entre petites histoires et grande histoire autour du personnage principal. Chaque élément de l'intrigue, Histoire ou fiction, se consolide mutuellement pour que s'incarne sous nos yeux une épopée sur la complexité du présent. Bravo!

    Lien : http://xg-melanges.tumblr.com/post/6109343172/zone-mathias-enard
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    • Livres 4.00/5
    Par mireille.lefustec, le 17 mars 2012

    mireille.lefustec
    Le temps d'un long trajet en train,toutes les images de guerres, de génocides,de tortures et les souvenirs de ses deux amoureuses se bousculent dans la tête du narrateur, témoin et acteur.
    Un ouvrage très dense en dépit des redites,des ondulations de la pensée,
    qui ne se lit pas d'une traite mais que j'ai trouvé très intéressant et bien plus accessible que je ne craignais.
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Citations et extraits

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  • Par sylvie, le 10 décembre 2009

    je voudrais retrouver un jour tiède entre Agami et Marsa Matrouh, à quelques kilomètres d'Alexandrie, sur la plage immense, c'est le soir la Méditerranée est métallique le ciel rosi le sable doux, je regarde vers le large le phosphore pur de la mer fait cligner des yeux dans la lumière oblique, deux formes glissent hors de l'eau, elles sautent l'une derrière l'autre et étincellent, deux gerbes irisées viennent vers la côte à petits bonds, deux dauphins, deux dauphins jouent dans la mer tiède à quelques encablures du bord, je n'en ai jamais vu, je me lève, ils sont si proches qu'on voit leur rostre étinceler, ils cabriolent devant moi, il n'y a personne d'autre, alors bien sûr je cours ils semblent si réels vus au ras des vagues, j'en ai les larmes aux yeux, jamais je n'ai assisté à un spectacle pareil, un spectacle pour personne, ils caracolaient pour moi seul, dans le soir d'une côte déserte, un cadeau du hasard ou de Thétis la généreuse, je me suis jeté dans l'eau, un linceul de fraîcheur m'a recouvert, les deux formes d'argent se découpaient sur le ciel rose, le goût de sel me remplissait la bouche, j'ai nagé doucement vers eux, c'était la beauté qui m'appelait, la beauté le calme et le bonheur pur de l'harmonie du monde, je nageais vers les deux dauphins, doucement pour ne pas les effrayer, je voulais les suivre, je voulais les suivre, je les aurai suivis jusqu'à la demeure de Poséïdon aux crins d'azur, c'était un beau couchant pour disparaître, un beau soir pour mourir ou vivre éternellement dans le sillage des mammifères marins, ils m'ont senti arriver, perçu mes vibrations dans les vagues, je n'étais pas digne d'eux, je n'en étais pas digne
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  • Par mandarine43, le 04 novembre 2011

    tout est plus difficile à l'âge d'homme, tout sonne plus faux un peu métallique comme le bruit de deux armes de bronze l'une contre l'autre elles nous renvoient à nous-mêmes sans nous laisser sortir de rien c'est une belle prison, on voyage avec bien des choses, un enfant qu'on n'a pas porté une petite étoile en cristal de Bohême un talisman auprès des neiges qu'on regarde fondre, après l'inversion du Gulf Stream prélude à la glaciation, stalactites à Rome et icebergs en Egypte, il n'arrête pas de pleuvoir sur Milan j'ai raté l'avion j'avais mille cinq cents kilomètres de train devant moi il m'en reste cinq cents, ce matin les Alpes ont brillé comme des couteaux, je tremblais d'épuisement sur mon siège sans pouvoir fermer l'oeil comme un drogué tout courbaturé, je me suis parlé tout haut dans le train, ou tout bas, je me sens très vieux je voudrais que le convoi continue continue qu'il aille jusqu'à Istanbul ou Syracuse qu'il aille jusqu'au bout au moins lui qu'il sache aller jusqu'au terme du trajet j'ai pensé oh je suis bien à plaindre je me suis pris en pitié dans ce train dont le rythme vous ouvre l'âme plus sûrement qu'un scalpel, je laisse tout filer tout s'enfuit tout est plus difficile par les temps qui courent le long des voies de chemin de fer j'aimerais me laisser conduire tout simplement d'un endroit à l'autre comme il est logique pour un voyageur tel un non-voyant pris par le bras lorsqu'il traverse une route dangereuse mais je vais juste de Paris à Rome, et à la gare centrale de Milan, dans ce temple d'Akhenaton pour locomotives où subsistent quelques traces de naige malgré la pluie je tourne en rond, je regarde les immenses colonnes égyptiennes qui soutiennent le plafond, je bois un petit verre par ennui, à une terrasse ouverte sur les voies comme d'autres sur la mer [...]
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  • Par mireille.lefustec, le 17 mars 2012

    c'est difficile à comprendre la haine quand on ne l'a pas connue ou lorsqu'on a oublié la brûlure de la violence la rage qui lève le bras sur un ennemi sa femme son enfant en voulant la vengeance en leur souhaitant la douleur la souffrance à leur tour,
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  • Par mireille.lefustec, le 17 mars 2012

    l'autre en soi ,il fallait gommer son humanité en lui arrachant le visage ,l'empêcher de procréer en lui coupant les c...,le contaminer en violant ses femmes,annihiler sa descendance........

    l'histoire est un conte de bêtes féroces,un livre avec des loups à chaque page
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  • Par mireille.lefustec, le 17 mars 2012

    les hommes changent,les armes les transforment.Les armes et l'illusion qu'elles procurent. Le faux pouvoir qu'elles donnent. Ce qu'on pense pouvoir obtenir grâce à elles. p 71
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