ISBN : 2752905416
Éditeur : Phébus (2011)


Note moyenne : 3.57/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres

Nabisouberne ; Un drôle de nom, pour une drôle de vie. Page à page, celle qui se surnomme " Bisou " nous mène sur la piste de son indicible. D'une enfance sous silence. Depuis la disparition de son père, elle s'est enferrée dans un silence de mort. La peur d... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par Nadael, le 17 mai 2011

    Nadael
    Nabisouberne ne parle pas. Aucun son ne sort de sa bouche. Les mots sont emprisonnés à l'intérieur. C' est le silence ; un silence étouffé.
    Pourtant, c'est si bruyant en dedans... elle en a tellement à dire, des mots ; des mots durs, des mots crus. Tout le jour, elle ne pense qu'à ça : cet homme qui s'avance dans la nuit, son odeur de tabac froid, son haleine, son souffle...
    Il y a bien des gens qui gravitent autour d'elle mais ils ne font que tourner, aucun ne s'arrête. Ils ne prennent pas le temps ou ne veulent pas voir, ne cherchent pas à comprendre...l'indicible. Présents et pourtant pas là, ces gens. Ils ont tant à faire chez eux, d'abord. Sa mère, Nénette pour les intimes, moitié danseuse moitié serveuse, tente de donner des couleurs à sa propre vie, de lui accorder de la fantaisie, sourit, virevolte...mais s'effondre le soir venu. Sa grand-mère, vit dans le passé, plus glorieux à son goût, ressasse inlassablement ses souvenirs, s'y accroche tant bien que mal afin de mieux occulter le présent, sûrement. Et puis il y a La-Prof-de-comptoir qui philosophe sur la misère, Annie la copine de classe qui a des rêves plein la tête, Lili la rebelle, les nombreux voisins ; Dédé-le-taulard, Fred-la-tapette, Doudou-Sainte, qui crient dans la cage d'escalier, qui se débattent comme les autres pour sortir la tête de l'eau...et les silences qui en disent long.
    Alors Nabisouberne écrit, elle aligne les mots sur des petits papiers pour exorciser ses maux, chasser ses démons momentanément, histoire de respirer un peu. Elle les envoie à son père, là-haut, s'allonge sur le toit, regarde les nuages, trace les lettres une à une dans le ciel...Elle va à Notre-Dame, aussi. Ecoute les cloches tintinnabuler, s'émerveille devant la grandeur de l'édifice et esquisse un sourire en observant la béatitude sur le visage des touristes. Puis, elle pose son regard sur les reflets argentés du fleuve tout proche, entend les voix fortes et joyeuses des enfants qui jouent non loin, dans le square...
    le style de l'auteure est à l'image du ressenti de Nabisouberne ; des phrases courtes, saccadées, rythmées, exclamatives, interrogatives, percutantes, cyniques. Une atmosphère pesante d'un réalisme frappant règne dans ce roman et pourtant une poésie émerge malgré tout de cette lourdeur...le silence de la jeune fille, imposé par un monde trop dur pour elle, lui permet parfois de brèves évasions par des pensées plus douces qu'elle s'écrit.
    Merci à Babelio et aux éditions Phébus pour l'envoi.


    Lien : http://lesmotsdelafin.over-blog.com/article-sous-silence-73968729.html
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    • Livres 3.00/5
    Par centrino, le 15 mai 2011

    centrino
    (critiqué dans le cadre de Masse Critique)
    Nabisouberne -petite fille dont on ignore l'âge exact- n'a pas vraiment été gâtée par la nature, vivant entre une grand-mère ruinée, une mère danseuse-serveuse jamais présente, un père décédé trop tôt, une Ddass qui pointe le bout de son nez, et un beau-père aux mains balladeuses... Avouez qu'il y a mieux comme entrée dans la vie...
    Comme cadre de vie, une cour (dite des Miracles) où vivent des personnages hauts en couleurs, où le silence est rarement à l'honneur, tant ça crie pour et oui et pour un non à travers des murs que l'on devine peu épais.
    Avec des nuits que l'on comprend fort sombres peuplées de cercueils, de noir , et de mort, , on comprend que la petite se réfugie dans un imaginaire peuplé de princesses russes, d'étoiles au-dessus du Panthéon, de Seine et de Notre-Dame. Mais à quoi sert de rêver si l'on ne peut communiquer ses fantaisies avec quelq'un ? Nabisouberne se sert pour cela de petits papiers qu'elle plie soigneusement et qui lui servent à exprimer ses maux-mots, tels des cailloux thérapeutiques qui l'aideront à garder la tête hors de l'eau.
    Si le style littéraire -un long monologue sortant des papiers d'un enfant qui a grandi trop vite, haché menu à force de phrases courtes- pourrait rebuter certains lecteurs, il se dégage néammoins de ce court roman une belle poésie, dans les tons gris certes !, mais d'où éclosent par-ci par -là quelques phrases à méditer sur l'enfance gâchée et sur un futur qui n'est jamais à coup sûr tracé à travers un champs de roses...


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    • Livres 3.00/5
    Par crapette, le 20 mai 2011

    crapette
    Est-ce un récit à la première personne tenu par une fillette mutique ou plutôt un flot de réminiscences, plein de flasbacks, de souvenirs inattendus, d'expressions bizarres, comme le nom qu'elle se donne « nabisouberne » et que je ressens comme malsain... La notion du temps est si éclatée que cela m'a déroutée.
    Sagit-il de décrire la misère sociale et ses répercussions psychologiques sur cette enfant, pourtant brillante observatrice de ceux qui la cotoient ; ou plutôt de dénoncer la nullité des institutions et l'imbécillité des fonctionnaires. Faudrait-il comprendre que ces familles se sentent traquées par ceux qui sont payés pour les aider ?
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par claracambry, le 18 mai 2011

    claracambry
    Paris, années 1960. Nabisouberne, un drôle de nom pour cette petite fille qui vit dans un endroit à part. A la cour des miracles, on croise Doudou et ses odeurs de cuisine épicées, Dédé l'ancien taulard. Dans ce Paris populaire, on rit pour faire fuir le malheur, les fins de mois difficiles. Depuis la mort de son père, Nabisouberne a peur. Peur de son nouveau beau-père. Entre sa mère qui n'a jamais le temps, sa grand-mère qui se lamente sur leur ruine, Nabisouberne tente de conjurer ses démons.
    Petit livre mais grands émois ! Déjà, la préface de Boris Cyrulnik, neuro-pschychiatre, est belle et sobre ! Et ce livre continue de m'habiter… L'auteure nous plonge dans le Paris où l'on joint à peine de deux bouts. Celui où les habitants vivotent. Nénette, la mère de Nabisouberne est serveuse dans un café. A la mort de son mari, la DDASS a mis son nez dans leurs affaires.
    La suite sur :
    http://fibromaman.blogspot.com/2011/05/catherine-enjolet-sous-silence.html

    Lien : http://fibromaman.blogspot.com/2011/05/catherine-enjolet-sous-silenc..
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Citations et extraits

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  • Par Nadael, le 17 mai 2011

     À moi ! À l'aide ! Dire non. Juste, j'veux pas. J'peux plus. C'est l'odeur du tabac d'abord qui annonce la menace. Ça sent l'haleine et la sueur. L'odeur d'homme qui écoeure. Le souffle court approche. Sans bouger, sans crier, je sens déjà la barbe repoussante qui pique, qui frotte, brûle à feu et à sang. Les mains glissent, se baladent. Lèvres molles et mots baveux dégoûtent. J'étouffe. Les doigts partout mettent la tête, le ciel et la terre à l'envers. Je ne vois plus clair. Personne pour entendre. Rien. Personne pour comprendre.
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  • Par Nadael, le 17 mai 2011

     La prof peut se lamenter. Tempêter. J'ai pris le large. J'ai lâché le livre. J'écris dans ma tête. J'attrape les mots. Je m'en gave. Le « poison » ne m'aura pas. J'ai des réserves de mots à moi. J'écris, vite. Pour tenir. Sur mes papiers. Sur ma table. Sur l'ardoise du ciel comme sur les trottoirs. Sur la buée des vitres. Je grave sur le bois des arbres. Je trace les mots sur le sable du square (…) Toi, là-haut, je sais que tu peux lire. Je lâche les mots comme des ballons jusqu'à toi. Attrape ! C'est pour toi. Mots à la clé. C'est parti. J'avance sur les lignes comme sur un fil. Je plane. Haut, toujours plus haut. Vers toi, Papa.
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  • Par Nadael, le 17 mai 2011

     Demain ? Un pied devant l'autre, c'est le grand défi de la famille. L'avenir ? Juste tenir sur le fil de la vie. Ma grand-mère soupire ; si elle n'avait pas connu de revers de fortune ! Si seulement son viveur de mari n'avait pas fait faillite ! L'horizon, ce n'est pas pour tout le monde. Le futur ? Une arnaque. Mieux vaut le conditionnel. Moins arrogant. (...) Ce que je voudrais faire plus tard ? Je n'ose pas le dire. Ma mère affirme qu'il suffit de vouloir quelque chose pour que le contraire arrive. Demain ? Faut pas y croire...Moi, je ne veux rien...Promis ! Pas vivre. Pas mourir. Rien. Merci.
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  • Par Nadael, le 17 mai 2011

    Ma mère et moi. Ensemble. On joue. On vit. On shoote dans les feuilles mortes. Ma mère et moi, on traverse le square face au bar où je l'ai attendue après son travail. Parfum d'automne et merle chanteur du soir. Je retiens mon souffle. Fragile, ce moment-là. Toutes les deux, seules, elle dit « c'est rare ». Peut-être même alors qu'on rit. Ça et là, dans le silence du square vide, j'entends nos voix. Elle marche à côté de moi et je me tiens droite. Ma main frôle la sienne, j'ai des impressions de bonheur plein la tête. On dirait...Une maman, presque.
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  • Par Nadael, le 17 mai 2011

    Elle s'en persuade, Nénette ; atténuer le réel, c'est une bienveillance du ciel. Elle les voit encore trop bien, autour d'elle, les fatigués, les usés, les abîmés, les cassés ; tous ceux qui portent les marques de la cour des Miracles...Le besoin, la gêne, ça rend tout le monde pareil. Ça donne la même couleur aux gens. On se connaît, on se reconnaît. On reste entre soi. On se protège.
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