Nabisouberne ne parle pas. Aucun son ne sort de sa bouche. Les mots sont emprisonnés à l'intérieur. C' est le silence ; un silence étouffé.
Pourtant, c'est si bruyant en dedans... elle en a tellement à dire, des mots ; des mots durs, des mots crus. Tout le jour, elle ne pense qu'à ça : cet homme qui s'avance dans la nuit, son odeur de tabac froid, son haleine, son souffle...
Il y a bien des gens qui gravitent autour d'elle mais ils ne font que tourner, aucun ne s'arrête. Ils ne prennent pas le temps ou ne veulent pas voir, ne cherchent pas à comprendre...l'indicible. Présents et pourtant pas là, ces gens. Ils ont tant à faire chez eux, d'abord. Sa mère, Nénette pour les intimes, moitié danseuse moitié serveuse, tente de donner des couleurs à sa propre vie, de lui accorder de la fantaisie, sourit, virevolte...mais s'effondre le soir venu. Sa grand-mère, vit dans le passé, plus glorieux à son goût, ressasse inlassablement ses souvenirs, s'y accroche tant bien que mal afin de mieux occulter le présent, sûrement. Et puis il y a La-Prof-de-comptoir qui philosophe sur la misère, Annie la copine de classe qui a des rêves plein la tête, Lili la rebelle, les nombreux voisins ; Dédé-le-taulard, Fred-la-tapette, Doudou-Sainte, qui crient dans la cage d'escalier, qui se débattent comme les autres pour sortir la tête de l'eau...et les silences qui en disent long.
Alors Nabisouberne écrit, elle aligne les mots sur des petits papiers pour exorciser ses maux, chasser ses démons momentanément, histoire de respirer un peu. Elle les envoie à son père, là-haut, s'allonge sur le toit, regarde les nuages, trace les lettres une à une dans le ciel...Elle va à Notre-Dame, aussi. Ecoute les cloches tintinnabuler, s'émerveille devant la grandeur de l'édifice et esquisse un sourire en observant la béatitude sur le visage des touristes. Puis, elle pose son regard sur les reflets argentés du fleuve tout proche, entend les voix fortes et joyeuses des enfants qui jouent non loin, dans le square...
le style de l'auteure est à l'image du ressenti de Nabisouberne ; des phrases courtes, saccadées, rythmées, exclamatives, interrogatives, percutantes, cyniques. Une atmosphère pesante d'un réalisme frappant règne dans ce roman et pourtant une poésie émerge malgré tout de cette lourdeur...le silence de la jeune fille, imposé par un monde trop dur pour elle, lui permet parfois de brèves évasions par des pensées plus douces qu'elle s'écrit.
Merci à Babelio et aux éditions Phébus pour l'envoi.
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