ISBN : 2070407152
Éditeur : Gallimard (1999)


Note moyenne : 3.56/5 (sur 50 notes) Ajouter à mes livres
J'ai toujours eu envie d'écrire des livres dont il me soit ensuite impossible de parler, qui rendent le regard d'autrui insoutenable. Mais quelle honte pourrait m'apporter l'écriture d'un livre qui soit à la hauteur de ce que j'ai éprouvé dans ma douxième année.
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 2.00/5
    Par Zazette97, le 24 mai 2011

    Zazette97
    Publié en 1997, "La Honte" est un récit autobiographique de la romancière française Annie Ernaux, auteure de "Les années", "La place" ou encore "L'Evénement".
    En 1952, Annie Ernaux a 12 ans lorsqu'elle assiste à une violente dispute entre ses parents dans la cuisine familiale. Dans un accès de fureur, son père manque de tuer sa mère. Une tentative avortée qui insufflera à l'auteure un sentiment de honte dont elle ne parviendra pas facilement à se défaire...
    "Mon père a voulu tuer ma mère un dimanche de juin, au début de l'après-midi." La première phrase préfigure un ton sans équivoque.
    Annie Ernaux confesse ici sa difficulté à évoquer le premier souvenir marquant de sa jeunesse, à le figer et se l'approprier avec des mots.
    Au gré de sa mémoire et de "traces matérielles" (photos, journaux d'époque), elle entreprend de re-situer ce souvenir, de l'inscrire dans un contexte pour le rattacher à la réalité d'une époque qui pour elle fut marquée par la discipline chrétienne inculquée à l'école privée et relayée par sa mère à la maison.
    Plus de quarante ans après les "non-faits", elle part à la recherche de la petite fille qu'elle était en 1952 et de celle qu'elle devint après qu'elle vit "ce qu'il ne fallait pas voir".
    La scène à laquelle elle assista en ce dimanche de juin fit naître en elle un sentiment de honte, l'impression soudaine d'être devenue indigne du schéma de perfection véhiculé par l'école privée où elle étudiait.
    Ses parents, pourtant si conformistes et soucieux du qu'en dira-t-on, se révèlent à elle sous un jour différent. Elle mesure alors le fossé qui les sépare des gens aisés. La Honte devient son "mode de vie".
    Aïe aïe aïe, je sens que je vais me faire quelques ennemies à cause de ce billet. Non que ce roman ne m'ait fait ni chaud ni froid mais j'ai tout de même éprouvé quelques difficultés avec le style d'Annie Ernaux.
    Si j'ai aimé la façon dont l'auteure retranscrit ses souvenirs tels qu'ils ressurgissent coup par coup dans sa mémoire, j'ai moins apprécié l'utilisation récurrente de l'inventaire point par point, un procédé que, pour ma part, je juge peu "littéraire".
    Plus que le récit en lui-même des événements, j'ai aimé les passages dans lesquels Annie Ernaux évoque les "conditions de son écriture", une démarche intéressante qui permet de faire état du recul que porte un auteur sur son oeuvre.
    Mais pourquoi user de si longues parenthèses alors que ces propos-là sont bien plus intéressants selon moi que le récit qui en est la source ?
    Alors, ai-je ou non aimé "La Honte"? Oui et non. Oui parce que j'ai aimé le sang-froid, la distanciation de l'auteure par rapport à sa propre histoire et non parce que les énumérations et les parenthèses ont barré le passage à l'émotion.
    Je retenterai peut-être l'expérience avec cette auteure, sauf si l'on me dit que tous ses romans sont dans la même veine...

    Lien : http://contesdefaits.blogspot.com/2011/05/la-honte-annie-ernaux.html
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    • Livres 3.00/5
    Par ides60, le 31 août 2010

    ides60
    Tres vite lu. J'ai aimé ce bouquin car il est bourré de descriptions, de détails, mais cela nous parle car ce sont des années que nous avons connues.
    Les années 50. On a foi en l'avenir, on reconstruit après la guerre, même si tout n'est pas encore bien en place, on s'attend à de belles choses, le progrès va aller très vite et simplifier la vie de tous.
    Par contre les préjugés ont la vie dure et il y a encore beaucoup de différenciation dans les diverses classes sociales. D'un côté, les ouvriers, de l'autre les commerçants, les paysans. D'un côté l'école laïque, de l'autre l'école privée.
    L'auteur, fille de commerçants, devait sans cesse faire attention à ce qu'elle disait, à son comportement de façon a être irréprochable, bien sous tous rapports.
    Mais la morale de cette histoire = qui que vous soyez, il y a toujours mieux que soi, et avant de juger les autres, mieux vaut balayer devant sa porte.
    Agréable lecture.
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Citations et extraits

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  • Par ides60, le 31 août 2010

    En juin 52, je ne suis jamais sortie du territoire qu'on nomme d'une façon vague mais comprise de tous, "par chez nous", le pays de Caux, sur la rive droite de la Seine entre le Havre et Rouen. Au-delà commence déjà l'incertain, le reste de la France et du monde que "par là-bas" avec un geste du bras montrant l'horizon, réunit dans la même indifférence et inconcevabilité d'y vivre. Il semble impossible d'aller à Paris autrement qu'en voyage organisé, à moins d'y avoir de la famille susceptible de vous guider. Prendre le métro apparaît comme une expérience compliquée, plus terrifiante que monter dans le train fantôme de la foire et nécessitant un apprentissage qu'on suppose long et difficile. Croyance générale qu'on ne peut aller quelque part sans "connaître" et admiration profonde pour ceux ou celles "qui n'ont pas peur d'aller partout".
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  • Par FRANGA, le 12 mai 2012

    Tout de notre existence est devenu signe de honte. La pissotière dans la cour, la chambre commune - où, selon une habitude répandue dans notre milieu et due au manque d'espace, je dormais avec mes parents -, les gifles et les gros mots de ma mère, les clients ivres et les familles qui achetaient à crédit. A elle seule, la connaissance précise que j'avais des degrés de l'ivresse et des fins de mois au corned-beef marquait mon appartenance à une classe vis-à-vis de laquelle l'école privée ne manifestait qu'ignorance et dédain.
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  • Par cesca, le 11 octobre 2009

    Il était normal d'avoir honte, comme d'une conséquence inscrite dans le métier de mes parents, leurs difficultés d'argent, leur passé d'ouvriers, notre façon d'être. Dans la scène du dimanche de juin. La honte est devenue un mode de vie pour moi. A la limite je ne la percevais même plus, elle était dans le corps même.

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  • Par Zazette97, le 24 mai 2011

    J'écris cette scène pour la première fois.
    Jusqu'à aujourd'hui, il me semblait impossible de le faire, même dans un journal intime.
    Comme une action interdite devant entraîner un châtiment. Peut-être celui de ne plus pouvoir écrire quoi que ce soit ensuite. (Une sorte de soulagement tout à l'heure en constatant que je continuais d'écrire comme avant, qu'il n'était rien arrivé de terrible.)
    Même, depuis que j'ai réussi à faire ce récit, j'ai l'impression qu'il s'agit d'un événement banal, plus fréquent dans les familles que je ne l'avais imaginé.
    Peut-être que le récit, tout récit, rend normal n'importe quel acte, y compris le plus dramatique.
    Mais parce que j'ai toujours eu cette scène en moi comme une image sans mots ni phrases, en dehors de celle que j'ai dite à des amants, les mots que j'ai employés pour la décrire me paraissent étrangers, presque incongrus. Elle est devenue une scène pour les autres. p.17
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  • Par zazimuth, le 12 septembre 2010

    Etre comme trout le monde était la visée générale, l'idéal à atteindre. l'originalité passait pour de l'excentricité, voire le signe qu'on a un grain. (p.70)
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Vidéo de Annie Ernaux

La grande librairie 01/12/2011 sur France 5 de François Busnel, Annie Ernaux parle de son nouveau livre "Ecrire la vie"








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