ISBN : 2070382117
Éditeur : Gallimard


Note moyenne : 3.6/5 (sur 53 notes) Ajouter à mes livres
Le lundi 7 avril 1986, la mère d'Annie Ernaux s'éteint dans une maison de retraite. En trois ans, une maladie cérébrale, qui détruit la mémoire, l'avait menée à la déchéance physique et intellectuelle. Frappée de stupeur par cette mort que, malgré l'état de sa mère, ell... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (8)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par lethee, le 04 mars 2009

    lethee
    Après La place, où l'auteur évoquait la disparition de son père, Annie Ernaux prend la plume pour faire face à l' inéluctable, prévisible, et pourtant très douloureuse mort de sa mère. Tout comme l'a fait Simone de Beauvoir avant elle, dans Une mort très douce, Annie Ernaux relate ce triste passage de sa vie où elle perd celle qui l'a mise au monde, du moment où elle disparaît jusqu'au moment où il ne reste plus trace d'elle.
    Elle se met d'emblée à La place qui est la sienne, dans son rôle de fille, mais avec cette distance objective et froide nécessaire avant tout pour pouvoir guérir, et se protéger de la douleur et de ce qu'elle pourrait emporter avec elle : ainsi, l'auteur garde toute sa dignité, sa lucidité.
    Elle écrit ce constat, celui de la disparition pure et simple de sa mère, durant plusieurs mois après le décès. De ses sentiments, au fond, elle ne dit rien. Et lorsqu'elle évoque la dernière tenue de la défunte, c'est en ces termes : « J'ai voulu lui passer la chemise de nuit blanche, bordée de croquet, qu'elle avait achetée autrefois pour son enterrement. L'infirmier m'a dit qu'Une Femme du service s'en chargerait, elle mettrait aussi sur elle le crucifix, qui était dans le tiroir de la table de chevet. » (p. 12) Ainsi, sans rien dire de son souhait, de ses besoins d'alors, Annie Ernaux fait le récit de ses gestes, de ses requêtes sans jamais tomber dans la plainte.
    Car là n'est pas l'objet de son récit. La douleur de perdre une mère, elle est inévitable sans doute. Mais ce qui fera avancer l'auteur sur le chemin du deuil, ce n'est pas parler de sa douleur, mais belle et bien de la défunte, de celle qui fut. Même lorsqu'elle évoque le moment où elle revoit sa mère morte, dans son cercueil, ce n'est pas autrement qu'avec ces mots simples, relégués sur le plan de la description unilatérale et sobre « Ma mère était dans le cercueil, elle avait la tête en arrière, les mains jointes sur le crucifix. On lui avait enlevé son bandeau et passé la chemise de nuit avec du croquet. La couverture de satin lui montait jusqu'à la poitrine. C'était dans une grande salle nue, en béton. Je ne sais pas d'où venait le peu de jour. (p. 16)». L'auteur s'attache aux détails qui entourent la mort, le corps, le visage... aucunement au visage, au corps, ou à la mort.
    L'écriture fonctionne comme une gomme, qui atténuerait un peu les caractères trop acidulés d'un crayon de papier sur une feuille trop fine : peu à peu, les traits s'estompent et l'image devient légèrement plus floue, comme jaunirait un vieux polaroïd. Alors l'image devient plus supportable. Et la photo doit être regardée de manière objective, car c'est encore ce qui fait le moins souffrir : se rappeler les bons mais aussi les mauvais moments. Trop souvent, lorsqu'un être cher disparaît, on se torture de bons moments, de souvenirs joyeux qui deviennent peu à peu source de douleur. Ce n'est pas le cas d'Annie Ernaux : « En écrivant, je vois tantôt la « bonne » mère, tantôt la « mauvaise ». Pour échapper à ce balancement venu du plus loin de l'enfance, j'essaie de décrire et d'expliquer comme s'il s'agissait d'une autre mère et d'une fille qui ne serait pas moi. Ainsi, j'écris de la manière la plus neutre possible (…). Au moment où je me les rappelle, j'ai la même sensation de découragement qu'à seize ans, et, fugitivement, je confonds la femme qui a le plus marqué ma vie avec ces mères africaines serrant les bras de leur petite fille derrière son dos, pendant que la matrone exciseuse coupe le clitoris. » (p. 62).
    Mère modèle, mère encombrante, mère besogneuse, récalcitrante, aimante ou navrante : voilà la belle palette de cette défunte qu'Annie Ernaux fait revivre pour mieux la laisser mourir ensuite. « Il me semble maintenant que j'écris sur ma mère pour, à mon tour, la mettre au monde". (p. 43).
    Ecrire sur ses défunts, sans contrainte de temps, afin de pouvoir mieux vivre son deuil, c'est bien sûr un luxe : elle l'avoue volontiers. Mais elle nous donne par là même un ouvrage extraordinaire, ni roman ni confession, une vraie leçon en tout cas : « Il fallait que ma mère, née dans un milieu dominé, dont elle a voulu sortir, devienne histoire, pour que je me sente moins seule et factice dans le monde dominant des mots et des idées où, selon son désir, je suis passée. ».
    Quelque part, on ne peut s'empêcher de penser, enfin : mais combien de femmes en ce monde naissent réellement le jour de la mort de leur mère ?

    --------------------------------------------------------------------------------
    Ainsi je poursuis mon périple dans la littérature matricide. Je ne peux que vous reconseiller l'excellent Et qu'on m'emporte de Carole Zalberg, dont Nathalie Kuperman, que je découvre en ce moment (voir colonne de gauche), a fait l'éloge à son tour !

    Lien : http://lethee.over-blog.com/article-27975389.html
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 1.00/5
    Par Calinia, le 25 janvier 2012

    Calinia
    Le récit s'ouvre sur la mort de la mère de l'auteure. Annie Ernaux nous explique (plus que nous raconte) ses émotions ressenties pour alors de la façon la plus véritable possible. Elle nous donne ainsi, tout au long du livre, une sorte de dissection de la vie de sa mère (son ascension sociale, son rôle de mère, sa maladie, sa mort), à travers une écriture dépouillée de tout artifice de style. Elle tente de ne pas sortir de la vérité, de rester uniquement dans les faits et la réalité afin que le portrait qu'elle fait de sa mère soit écrit au plus juste.
    Annie Ernaux ne nous offre pas uniquement une biographie, elle nous invite dans un voyage à travers la vie de sa mère, cette femme forte, pleine de volonté qui a toujours voulu se sortir d'une destinée sociale toute tracée. On découvre ici le portrait d'une mère dure mais qui savait la valeur de la vie, qui ne voulait pas reproduire les mêmes conditions sociales pour sa fille "Son désir le plus profond était de me donner tout ce qu'elle n'avait pas eu."
    Elle met en œuvre une véritable travail d'historienne. "En fait je passe beaucoup de temps à m'interroger sur l'ordre des choses à dire, le choix et l'agencement des mots, comme s'il existait un ordre idéal, seul capable de rendre une vérité concernant ma mère – mais je ne sais pas en quoi elle consiste – et rien d'autre ne compte pour moi, au moment où j'écris, que la découverte de cet ordre-là."
    Annie Ernaux parle de sa mère, et non d'une mère : elle signe ainsi ici la biographie de sa mère ainsi que sa propre autobiographie, inextricablement mêlées. Elle écrit de ce fait un écrit biographique dans laquelle elle joue un rôle primordial "Il me semble maintenant que j'écris sur ma mère pour, à mon tour, la mettre au monde"
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Lamentine, le 08 décembre 2011

    Lamentine
    Le livre d'Annie Ernaux m'a un peu laissé de marbre dans sa première moitié, car elle y décrit la vie de sa mère (avant sa naissance et lors de son enfance) avec beaucoup de recul et peu de chaleur. Elle raconte très brièvement sa vie, avec froideur, je n'ai pas eu l'impression qu'elle parlait de sa mère mais d'Une Femme quelconque pour elle. Cependant, le livre bascule quand Annie devient adulte et que sa mère vient vivre chez elle. La manière dont elle décrit sa mère change progressivement. Sa mère devient très touchante par sa fragilité et son amour pour ses petit- enfants. Annie est touchée droit au cœur et on l'est aussi. On sent l'amour qui lie ces deux êtres et la peine d'Annie quand sa mère perd progressivement la mémoire à cause d'Alzheimer. Cette seconde partie est vraiment très belle, c'est comme si Annie découvrait enfin sa mère et se permettait de l'aimer. C'est vraiment très beau et bouleversant.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par Sly, le 04 juillet 2010

    Sly
    Une histoire qui pourra certainement plaire, mais à laquelle je n'ai pas vraiment accroché.
    En effet, on découvre la vie de la mère d'Annie qui fut plutôt difficile jusqu'à la mort de celle-ci qui sur la fin sera frappé par la maladie d'Alzheimer. Annie semble avoir écrit ce livre dans le seul but de pouvoir réussir à faire le deuil de la mort de sa mère.
    Le style est simple et se livre se lit très facilement.
    Pour moi c'est une histoire banale et si tous le monde se mettait à vouloir écrire un livre sur sa vie et bien, et bien c'est ce résultat que l'on obtiendrait. Il vous reste donc deux possibilités dans ce cas :
    Un, vous accrocher et trouvé ce livre émouvant, sensible, avec des témoignage d'amour d'une fille à sa mère qui se remémore tous les sacrifices que sa mère à du faire pour pouvoir lui donner la chance de réussir et de changer de condition sociale.
    Deux, vous passez au travers, et ressortez du livre, comme vous y étiez rentré sans avoir été enrichi par cette lecture. (c'est mon cas)
    A mon avis c'est un livre que les femmes devraient plus apprécier que les hommes.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par Aela, le 17 février 2011

    Aela
    Après avoir rendu un hommage à son père dans le livre "La place" en 1983, Annie Ernaux consacre ce livre "Une Femme" (1987) au souvenir de sa mère. Elle rapporte à la fois l'admiration et l'affection qu'elle avait pour elle, de même que les conflits qui les ont opposées au moment de l'adolescence.
    Un récit simple, un style dépouillé avec des phrases courtes et les mots du quotidien.
    Annie Ernaux insiste sur la modestie de son milieu social d'origine, pour mieux montrer la rupture qu'elle a vécue en intégrant le milieu intellectuel.
    Un récit authentique et très émouvant...
    Et, comme toujours chez Annie Ernaux, à travers le récit de sa vie, un regard percutant et incisif sur toutes les mutations de la société française depuis Les années 50...
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (6)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par Aela, le 17 février 2011

    Ma mère avait besoin du dictionnaire pour dire qui était Van Gogh, des grands écrivains, elle ne connaissait que le nom. Elle ignorait le fonctionnement de mes études. Je l'avais trop admirée pour ne pas lui en vouloir, plus qu'à mon père, de ne pas pouvoir m'accompagner, de me laisser sans secours dans le monde de l'école et des amies avec salon-bibliothèque, n'ayant à m'offrir pour bagage que son inquiétude et sa suspicion, "avec qui étais-tu, est-ce que tu travailles au moins."
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par Miss-Hash, le 03 novembre 2011

    C'est une erreur de prétendre que la contradiction est inconcevable, car c'est bien dans la douleur du vivant qu'elle a son existence réelle.
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par Bulle_Tine, le 25 juillet 2011

    Aussitôt le sentiment de sa mort me submerge, je suis dans le vrai temps où elle ne sera plus jamais. Dans ces conditions, "sortir" un livre n'a pas de signification, sinon celle de la mort définitive de ma mère. Envie d'injurier ceux qui me demandent en souriant, "c'est pour quand votre prochain livre ?".
    Citation de qualité ? (0 votes positifs)
  • Par Miss-Hash, le 04 novembre 2011

    Elle était une petite fille qui ne grandirait pas.
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par Miss-Hash, le 04 novembre 2011

    Je ne voulais pas qu'elle redevienne une petite fille, elle n'en avait pas le droit.
    Citation de qualité ? (0 votes positifs)

> voir toutes (15)

Videos de Annie Ernaux

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Annie Ernaux

La grande librairie 01/12/2011 sur France 5 de François Busnel, Annie Ernaux parle de son nouveau livre "Ecrire la vie"








Acheter sur Amazon

Faire découvrir Une Femme par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (123)

> voir plus

Quiz