> Victor-Henry Debidour (Traducteur)

ISBN : 2290318620
Éditeur : J'ai Lu (2002)


Note moyenne : 4/5 (sur 25 notes) Ajouter à mes livres
Après le fabuleux voyage des Argonautes, Jason prend pour femme celle qui l'a tant aidé dans la conquête de la Toison d'Or : Médée. De sang royal mais d'origine barbare, elle restera toujours l'Etrangère à Corinthe. Est-ce la raison qui pousse Jason, dix ans plus tard, ... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par nastasiabuergo, le 12 mai 2012

    nastasiabuergo
    Lire une œuvre antique (comme Aristote, César, Suétone et tant d'autres) a quelque chose d'une exploration. Exploration dans le temps, dans une mentalité, dans des lieux et des mœurs disparus, exploration dans une langue et une façon d'exprimer les pensées qui n'est plus de ce monde, mais ce qui fait l'intérêt de telles lectures, le plus souvent, c'est d'en déceler la fraîcheur sous l'écorce flétrie. Quel bonheur quand on arrive encore à en déguster le suc, quand on arrive à se sentir en résonance avec des gens et des époques disparues dont nous sommes pourtant les authentiques héritiers.
    J'ai déjà parlé moult fois de l'exercice si particulier d'arriver à se couler soi-même dans le moule de la tragédie antique. C'est déroutant quant à la forme (présence de passages chantés, d'un chœur et d'un coryphée qui joue un rôle de médiation avec le public, un peu à la façon d'un Monsieur Loyal au cirque, mais aussi une structure rigide très codifiée avec prologues, épisodes toujours terminés par des stases et épilogues), c'est déroutant quant au fond (notamment la portée civique et pédagogique de la tragédie antique qui est à des années lumières de notre conception actuelle du Théâtre).
    Or Médée, qui est pour ainsi dire, l'archétype d'une bonne tragédie grecque, peine à nous fournir encore ce jus délicat, cet indice de survivance d'actualité. On aurait envie d'y croire, se laisser embarquer dans son désarroi, la pauvre, elle est allée trahir les siens pour les beaux yeux de Jason, le corinthien, et ce goujat, non content de lui avoir fait deux gosses est allé fourrer son nez ailleurs (voire autre chose !), et a succombé aux charmes d'une princesse histoire d'assurer le quotidien pour l'avenir. Bref, une bonne vieille histoire d'adultère en somme. Si l'on adjoint à cela qu'à l'époque une répudiation pouvait s'accompagner d'une condamnation à l'exil, effectivement, Euripide n'a pas lésiné sur les malheurs de son héroïne. Donc, tout de suite, la Terre s'arrête de tourner pour Médée qui ne voit comme seule et unique solution à son problème (et en toute logique !), que l'assassinat tant de la princesse nouvelle élue du cœur de Jason, que du roi Créon qui a décrété son bannissement, que de ses deux propres enfants (rien que ça!). C'est là que j'ai un peu de mal avec la tragédie grecque. Au sens propre, c'est très théâtral, trop à mon goût, et deux mille ans de littérature sont passés par là. On peut évidemment s'émerveiller devant une faucille en silex du néolithique, mais dire qu'on n'a rien fait de mieux depuis, c'est peut-être un peu trop, et c'est bien ce que je ressens à la lecture de Médée. Ce qui ne m'empêche pas de croire que Médée est probablement un des plus grands chef-d'œuvres de cette époque, mais de là à en reprendre à chaque repas aujourd'hui au XXIème s., peut-être pas. Pour ma part, je considère ce texte comme un patrimoine de l'humanité à conserver, et en ce sens, à lire car c'est notre culture, c'est de là que l'on vient, un peu comme j'aime à voir un vieux lavoir de pierre et de bois sans pour autant vouloir abandonner la machine à laver pour retourner me mettre les mains dans l'eau froide.
    Qu'en est-il du message civique d'Euripide ? Pour les hommes, cela pourrait se résumer à : « N'allez pas succomber aux charmes d'un autre lit, dont vous serez déçu tôt ou tard ». Pour les femmes : « Votre condition vous expose toutes à subir l'affront de l'adultère, donc gardez la tête froide et tâchez de rester dignes si pareille mésaventure devait vous arriver ». Pour Jason, la morale ressemble à s'y méprendre à celle de La Poule Aux Œufs d'Or de La Fontaine, « on hasarde de perdre en voulant trop gagner ». Mais il y a encore, ce me semble, une dimension supplémentaire car Médée franchit le pas de l'infanticide, le dernier des crimes. le message nous enjoint à considérer l'horreur des excès que peuvent nous amener à commettre la jalousie ou l'orgueil.
    Au total, une impression mi-figue, mi-raisin mais j'ajouterais néanmoins qu'il y a dans cette tragédie trois ou quatre très belles répliques (malgré l'injure que constitue une traduction pour ce type d'œuvre), dignes de figurer dans un recueil de maximes. Toutes ces considérations, vous le savez maintenant, sont à prendre avec d'infinies précautions, car ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Citations et extraits

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  • Par gill, le 10 mai 2012

    Médée : ce nom fait surgir en nous des images multiples et contradictoires ; celle de la femme trahie par l'homme auquel elle avait tout sacrifié, mais aussi celle de la sorcière capable de tuer ses propres enfants ; un être inhumain pourtant torturé par les émotions les plus humaines ; la haine et l'amour porté à leur comble.
    Ce qui fascine en elle, c'est son ignorance absolue du médiocre, cette nécessité de franchir en tout domaine les bornes du connu, cette dimension superlative qu'elle acquiert dans le bien comme dans le mal.
    Peu de héros de la mythologie offrent autant de facettes et se laissent aussi difficilement définir.
    [...]
    Les deux premières "Médée" qui nous aient été intégralement transmises illustrent elles-mêmes le caractère protéiforme de l'héroïne ; si celle d'Euripide (vers 485-406 avant J-C) est un chef d’œuvre reconnu, celle de Sénèque (vers 4 avant/65 après J-C) est aujourd'hui fort méconnue : en les réunissant dans un même volume, nous voudrions montrer que chacune, recréant un personnage complexe, en a aussi privilégié un aspect différent.
    Sénèque n'est pas Euripide....
    (extrait de la préface de l'édition parue à "Rivages poche/petite bibliothèque" en 1997)
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  • Par finitysend, le 14 mars 2012

    Il y a encore du bois vert sous l'écorce ...
    Le chœur :
    --Les fleuves sacrés remontent à leur source ;la justice ,tout est renversé .Aux hommes maintenant les perfides dessins;la foi jurée aux dieux n'est plus stable .Notre conduite aura bon renon par un retour de l'opinion ;le jour vient où le sexe féminin sera honoré ;une renomméee injurieuse ne pèsera plus sur les femmes .
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  • Par artemis, le 19 décembre 2010

    MEDEE: [...]Apportez aux ignorants d'ingénieuses nouveautés, vous passerez pour un inutile et non pour un savant. Des hommes passent pour avoir des connaissances variées : qu'on vous juge supérieur à eux, et vous paraîtrez dangereux à la ville. Moi aussi, je partage ce sort : ma science me rend odieuse aux uns; d'autres me trouvent indolente; d'autres le contraire; pour d'autres je suis un scandale. Je ne suis pourtant pas si savante.
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  • Par nastasiabuergo, le 12 mai 2012

    Qu'est-ce qu'un mortel ? Rien qu'une ombre. Je le sais depuis bien longtemps et je le dis sans crainte : les hommes qui paraissent sages, qui font sonner bien haut leurs grands calculs, ce sont ceux-là qui paieront le plus cher. Le bonheur n'est pas fait pour nous les mortels. La fortune a flux et reflux, favorisant celui-ci, celui-là. Mais qui est heureux ? Personne.
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  • Par nastasiabuergo, le 12 mai 2012

    Qui voit dans sa maison fleurir ses chers petits s'use en soucis toute sa vie. Car il faut d'abord les élever dignement et puis leur laisser de quoi vivre. S'ils sont mauvais ou s'ils sont bons, l'avenir le dira, en attendant il faut peiner.
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