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Les vieux de la vieille2Ajouter à mes livres
« Blaise Poulossière sortit de sa poche l'immensité d'un mouchoir à carreaux.
- C'est moi qu'à présent je fais cuire la soupe, le lard et le ragoût, confia-t-il à sa femme qui reposait là, devant lui, à l'intérieur du caveau de famille.
- Le monde sont fou... > voir plus
Pejat, Poulossière et Talon habitent le même bourg, ils ont tous les trois plus de 70 ans et , sans trop y réfléchir, partent pour l'hospice départemental de gouyette. René Fallet nous fait le récit de cette équipée truculente.
A leur arrivée s'apercevant que, somme toute, ils ne sont pas si vieux, ils décident de faire le mur.
Ce voyage titubant a un tour rabelaisien et picaresque.
Il a fait, comme plusieurs de ses romans, l'objet d'une adaptation cinématographique qui est particulièrement réussie et qui rend un vrai hommage à son livre fameux.
René Fallet avait coutume de dire que sa prose était irriguée par deux veines : celles du Beaujolais et celle du whisky ; la première produisant des romans "rabelaisiens", la seconde des textes plus mélancoliques...
A n'en pas douter, "Les vieux de la vieille" appartient à cette veine du Beaujolais qui nous a déjà donné l'excellent "La grande ceinture" en 1956.
Jean-Marie Pejat, Blaise Poulossière et Baptiste Talon habitent le même bourg depuis soixante-dix ans. le trio passe son temps à vider des chopines et un soir de fête, ils s'aperçoivent qu'ils sont vieux, terriblement vieux, que plus rien ne les retient dans ce village et que leur place est désormais avec ceux de l'asile départemental de Gouyette.
Ils partent donc pour Gouyette ; à pied bien sûr. Et sans oublier une petite halte "arrosée" au cimetière pour l'adieu aux copains...
Truculent !
Les vapeurs dues au fruit de la vigne se dissipèrent comme fumée de pipe, le grand projet demeura. Bien sûr, le cadre de leur vie, cadre où les trois vieux s'étaient aussi solidement installés qu'un oncle Anselme ou Agénor en tenue de 14-18 dans le sien, ce cadre grinça aux jointures et leur pinça le cœur.
Quitter sa terre, son atelier, sa ferme, c'était malgré tout autre chose que de jeter par-dessus son épaule des coquilles de noix. Mais ce départ les occupa, ce qui leur fit du bien sous la casquette.
Jean-Marie répara d'arrache-pied les vélos en souffrance, informa sa clientèle qu'il bouclait la maison.
Blaise traita âprement de ses récoltes avec un voisin, puis descendit au marché pour y brader ses lapins et ses volailles.
Baptiste déclara en toute simplicité à sa famille qu'il l'avait assez vue...
(extrait du chapitre IV)
Blaise Poulossière sortit de sa poche l'immensité d'un mouchoir à carreaux.
- C'est moi qu'à présent je fais cuire la soupe, le lard et le ragoût, confia-t-il à sa femme qui reposait là, devant lui, à l'intérieur du caveau de famille.
- Le monde sont fou, ma pauvre vieille, le monde sont fou... Il se moucha fortement, ce qui fit s'égailler des mésanges perchées sur une croix.
La goutte, vingt dieux d'ours, j'en bois plus guère, tu peux le demander à Pejat. Depuis que t'es défunte, j'en ai point bu six litres. Tu peux me croire, la Jeanne, c'est juré sur ta tête.
- Autant l'aider à vider son tonneau, expliquait Pejat, sans ça le vin serait perdu.
-Très juste, Auguste, approuva Talon qui avait l'esprit à la plaisanterie.