Éditeur : Editions Métailié (2011)

Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres
Né dans le Kurdistan irakien, Kerim ne connaît que la guerre. En allant rendre visite à ses grandsparents, il est capturé par un groupe, enrôlé de force dans leurs rangs, jusqu’à ce qu’il arrive, au prix d’un crime, à se libérer de leur violence. De retour dans sa famil... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par steppe, le 16 février 2011

    steppe
    Nous connaissons tous l'Irak et ses guerres et avons tous en nous meme lointaines, les images des journaux télévisés, violentes, brutales d'un pays meurtri par ses luttes fratricides puis par les invasions étrangères....
    C'est dans cet univers là que Sherko Fatah aux doubles origines Allemandes et Kurdes, nous emmène pour nous faire toucher du doigt la réalité crue des conflits et surtout la fragilisation d'un peuple que la guerre, omniprésente depuis si longtemps, laisse à genou...
    L'endoctrinement dans des factions extrémistes des plus jeunes ou plus faibles, l'immersion dans un de ces groupes fanatiques appellé "Combattants de Dieu", leur aveuglement et la haine qu'ils transmettent par leurs paroles ou leurs actes, rien de tout cela ne nous est complètement étranger mais devient ici effroyablement tangible.
    C'est à travers le destin d'un jeune Kurde, Kerim, que l'auteur nous raconte l'inévitable trajectoire d'une jeunesse amenée un jour ou l'autre à passer de spectatrice à actrice. Ainsi le héros, au début d'une passivité presqu'agaçante face aux évènements et dont chaque acte ou pensée n'est dicté que par son instinct de survie, va, peu à peu se transformer...
    D'abord la mort du Père sous ses yeux, puis son séjour chez les "Combattants de Dieu", sa fuite éperdue vers un ailleurs illusoirement meilleur et le passé qui le rattrape deviendront autant de moments clés permettant à l'auteur d'aborder des thèmes comme la survie, la peur, la solitude, la délation, la trahison, la culpabilité et la foi bien sûr.... De montrer aussi comment la blessure d'un pays mène certains sur le chemin du terrorrisme. Sans jugement d'ailleurs. L'auteur explique simplement un processus qui semble inéluctable.
    La plume habile de Sherko Fatah, sans tomber dans l'excès, dépeint la violence, la guerre mais aussi la beauté d'un pays qu'il regarde avec tendresse, ses paysages montagneux, ses routes empoussiérées, son soleil ardent comme un contre pied à la laideur des combats...
    Un témoignage parfois bouleversant, toujours effarant, une plongée glaciale dans les eaux dangereuses du fanatisme.....
    Un grand merci à Babelio et aux éditions Métailié pour m'avoir permis cette découverte très éloignée de mes lectures habituelles.....
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par opoto, le 23 février 2011

    opoto
    Il est des lectures dont on ne sort pas indemne. Des lectures qui questionnent le monde, au delà de l' histoire, pourtant tragique, des personnages.
    Dans Le navire obscur il est question d'enfermement.
    Kerim est un jeune kurde d'Irak ; il n'a d'ailleurs pas de nom de famille, c'est vous, c'est moi.
    Il est un peu universel : on pourrait le rencontrer partout où l'horreur de la guerre déverse ses flots d'injustices : chez Ahmadou Kourouma ou Manuel Dongala, en Afrique, chez Jean Hougron ou Denis Jonhson en Asie, chez Daniel Chavarria ou Rolo Diez an Amérique du Sud…Balloté entre deux eaux, subissant sans pouvoir tenir le gouvernail.
    Kerim traverse sa courte vie en tenant la mort à la main. De son enfance à sa vie de jeune homme c'est une compagne qui ravi ses proches, son univers et son futur.
    Il surnage, se demandant si un ailleurs est possible.
    Son existence est une succession d'épreuves douloureuses qu'il subi porté par le hasard des rencontres, des montagnes poussiéreuses du Kurdistan à une ville Allemande humide.
    Peut de rayons de soleil dans ce parcourt. Peut-être son professeur d'anglais qu'il réussira à épargner alors que les barbus lui ordonnent de le tuer : il s'en sortira par un mensonge. Peut-être Sonja qui l'initie aux délices du désir et de la volupté. Pourtant c'est plutôt la compagnie d'un religieux qu'il recherche, béquille d'une quête spirituelle pour un jeune homme solitaire. Plutôt que d'aller de l'avant Kerim s'enfonce dans une lente descente aux enfers, tiraillé entre une vie à vivre et le dévouement aveugle à une cause.
    Tenté par sa nouvelle vie et bridé par son passé, Kerim est un résumé d'une jeunesse perdue : tout à tour enrôlé chez les fous de Dieu, passager clandestin sur un cargo, naufragé sur une île déserte, demandeur d'asile en Europe. Un destin banal pour des centaines de milliers de migrants fuyant la violence et la misère et désireux de trouver un refuge pour commencer à vivre ; enfin.
    L'écriture de Sherko Fatah, sobre et précise, accentue la malaise : on sent Kerim pris ai piège. Malgré ses efforts pour évoluer, la lassitude le gagne. Il se résigne au fil des pages malgré notre envie de lecteur de le pousser en avant. S'en dégage une atmosphère pesante mais pas l'idée de refermer le livre et de l'abandonner dans un coin. Au contraire on dévore les pages à la recherche d'un fol espoir.
    Mais le conte de fée n'a pas lieu. Kerim n'a plus son destin en main : d'autres vont tirer les ficelles. Il subit les événements plutôt qu'il ne les provoque, trouve refuge dans une foi moyenâgeuse et s'enferme peu à peu avec ses doutes. Et c'est sans doute pour cela que Le navire obscur est un grand livre. Il parle de la vraie vie. Une fois le livre terminé persiste un sentiment d'injustice, une colère sourde : comment l'humanité peut-elle en arrivée là ?


    Lien : http://opoto.org/blog/wordpress/?p=1626
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par jostein, le 20 janvier 2011

    jostein
    Sherko Fatah dépeint la situation actuelle en Irak au travers du récit de la jeunesse de Kérim, aîné d'une famille de trois enfants.
    Là où il habite, le jeune adolescent est relativement préservé. Même si il croise en allant à l'école des chiens errants affamés ou des camions pleins de prisonniers. Il perçoit la guerre par la peur constante de sa mère et par les épisodes de combats lointains lorsqu'il se rend chez ses grands-parents à la frontière iranienne.
    Sa trajectoire va changer lorsqu'il assistera à l'assassinat de son père par des hommes du service secret venus déjeuner en son restaurant.
    Après la dénonciation abusive d'Anatol, un ami de son père, ce second évènement va amorcer la culpabilité et le questionnement de Kérim.
    Lorsqu'il se fera enlever par les combattants de Dieu, il est un être très malléable. On ne sait pas, à ce stade du livre comment il s'enfuit de ce groupe et revient chez sa mère, amaigri et riche.
    Sa seule ambition sera alors de rejoindre son oncle en Allemagne. Il va alors vivre le sort des exilés, des passagers clandestins. Ce passage du livre n'apporte rien à son histoire personnelle si ce n'est qu'elle se termine elle aussi par un abandon et une culpabilité envers son compagnon de voyage qu'il abandonne sur une île déserte.
    On le comprend, Kérim accumule les abandons, les sentiments coupables.
    J'ai particulièrement aimé dans ce livre la construction lente et progressive qui donne à la dernière partie un grand intérêt. Au fil de l'évolution de Kérim en Allemagne, j'ai compris toute la puissance de l'embrigadement inconscient des forces extrêmistes. le professeur des combattants de Dieu a su insuffler en Kérim la haine des américains, hommes cupides et sans Dieu.
    J'ai un peu été surprise par la remarque sur les attentats du 11 septembre. Elle est toutefois assez sibylline pour ne pas réellement choquer.
    Le style littéraire est agréable, aisé et fluide. L'auteur est parvenu à construire un personnage intéressant car complexe malgré ses défauts. C'est un livre assez fort qui aide à entrevoir la folie de certains kamikazes.

    Lien : http://surlaroutedejostein.over-blog.com/article-le-navire-obscur-65..
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Citations et extraits

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  • Par steppe, le 14 février 2011

    J'ai réfléchi, reprit Tony, et j'ai souvent hai tous ces pauvres. Je me disais qu'il vaudrait mieux etre un animal. Les animaux peuvent se nourrir tout seuls. Mais nous, demi-animaux qui ne possédons rien et avons besoin de tout, nous cherchons la proximité des autres hommes parce que la seule chose qu'il nous reste est la possibilité de vivre de leur compassion. Mais cette compassion s'épuise. C'est particulièrement grave dans les villes.
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  • Par steppe, le 14 février 2011

    Kerim fut pris d'une tristesse qui lui arracha un soupir. Chaque mètre supplèmentaire l'y plongeait plus profondément. Il tenta de se rappeler tous les projets qui lui restaient, tout ce qui avait été important pour lui, et fut étonné par le peu de choses qui lui vinrent à l'esprit. J'ai dû dormir, se dit-il, dormir d'un long, très long sommeil. J'ai totalement oublié de regarder l'avenir, et maintenant que je me réveille, il faut mourir.
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  • Par steppe, le 14 février 2011

    Kerim ne répondit rien. Beaucoup avaient déjà commenté sa perte de poids et tous l'avaient attribuée à ce deuil qui lui travaillait le corps en profondeur. Mais lui le ressentait autrement. Il jouissait chaque jour de sa nouvelle mobilité comme s'il avait enfin oté un manteau trop lourd pour lui. Ce processus avait certes commencé au moment où son père était mort sous ses yeux. C'était pourtant moins le deuil qui s'était emparé de lui que la sensation de l'éphémère.
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  • Par jostein, le 20 janvier 2011

    Un tesson ne peut jamais être que le souvenir du verre dont il provient
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  • Par jostein, le 20 janvier 2011

    la mort de son père l'avait jeté hors de sa trajectoire qu'il n'avait pas retrouvée depuis.
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