Ce roman, qui pourrait être aussi un regroupement de sept nouvelles, mais que je qualifierais de roman parce que, selon moi, les séparer nuirait à leur grandeur, est centré autour du plus long de ses récits, intitulé "L'Ours". Je le mets en exergue tout particulièrement parce que sa lecture provoqua en moi une vive émotion. N'étant pas un adepte de la chasse, cela pourrait paraître contradictoire qu'une histoire de traque dans les forêts du Mississippi puisse susciter chez moi une quelconque admiration. Mais cette histoire singulière, comme souvent chez
Faulkner, raconte aussi la grande histoire des Etats-Unis. Cette plongée dans un monde sauvage, animal, d'un jeune blanc, apprentis chasseur, Isaac Mac Caslin, guidé par Sam Fathers, noir de sang par sa mère et indien par son père, à la recherche du vieux Ben, l'ours le plus réputé de la brousse, celui qui dévaste les lopins de maïs qui viennent grignoter inéluctablement la forêt chaque année, est une évocation d'un temps révolu, car cette brousse a laissé place, après de nombreux et inépuisables coups de hache, à des parcelles rectangulaires chargées de coton, a laissé place à une civilisation gestionnaire et comptable chargée de répondre aux exigences des nouveaux détenteurs de la vérité : les papes de la finance.
Un récit qui évoque le film "Princesse Mononoké" de Miyazaki, où l'entrée dans l'ère industrielle sonne le glas de la sauvagerie naturelle, où l'animal n'a plus sa place que dans un parc, un zoo ou un abattoir.