> Maurice Edgar Coindreau (Autre)

ISBN : 2070361624
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 4.03/5 (sur 128 notes) Ajouter à mes livres
C'est avec cet ouvrage explosif que William Faulkner fut révélé au public et à la critique. Auteur de la moiteur étouffante du sud des États-Unis, Faulkner a réellement bouleversé l'académisme narratif en plaçant son r... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 26 décembre 2007

    Woland
    The Sound & the Fury
    Traduction : Maurice-Edgar Coindreau
    Avant d'aborder « Le bruit et la fureur », ami Lecteur, mieux vaut prendre vos précautions.
    Sachez donc avant toute chose que vous mettez les pieds dans une chronologie bouleversée de fond et comble et que son auteur laisse, pantelante, derrière lui. le roman comporte en effet quatre parties. Mais attention : sur ces sections, seule la dernière, qui se déroule le 8 avril 1928, occupe la place qui lui revient.
    D'un point de vue strictement chronologique, la première partie du roman, qui décrit la folie croissante menant Quentin Compson au suicide, se situe le 2 juin 1910 mais Faulkner la place en seconde position dans son plan. Les événements du 6 avril 1928, qui ont pour héros principal Jason II Compson, l'un de ses frères, se situent quant à eux en troisième position. Enfin, ceux du 7 avril, qui révèlent la vision du monde de Benjy Compson, l'autre frère du suicidé, nous sont racontés d'entrée, dans la première partie.
    Le lecteur averti voit déjà l'intérêt qu'il y a à lire « Le bruit et la fureur » tel que son auteur l'a conçu et puis, quelques mois plus tard, en remettant un peu d'ordre dans cette chronologie en apparence insensée mais qui se calque en fait sur l'esprit du "narrateur" principal : Benjy.
    Autre embûche de taille, volontairement placée là par Faulkner : la confusion des prénoms. Qui a lu ne serait-ce que le très classique « Sanctuaire » sait déjà que l'auteur sudiste éprouvait un malin plaisir à semer le doute sur l'identité à laquelle se rapportent dans ses œuvres tel ou tel pronom personnel. Mais dans « Le bruit et la fureur », ce procédé atteint le summum.
    Faulkner a pourtant opté pour un trompe-l'oeil des plus simples : il a pris deux prénoms, « Jason » et « Quentin », et les a donnés dans chacun des cas à deux personnages de génération différente.
    Le premier Jason, c'est le père de la nichée, un père dont on entrevoit de temps à autre la silhouette accablée par les événements et volontiers tentée par l'alcool. Aristocrate sudiste, il a épousé une jeune fille de son monde et a eu d'elle quatre enfants : trois garçons et une fille.
    Le premier Quentin est le fils qui doit aller à Harvard. Malheureusement, il a reçu de sa mère névrosée une tendance à se créer des mondes imaginaires un peu trop envahissants. Pour sauver sa soeur bien-aimée d'un mariage avec un homme qu'elle déteste, il a l'idée de se prétendre le père de l'enfant qu'elle a conçu de son amant. Mais son père, à qui il avoue un inceste non accompli mais qu'il appelle de tous ses voeux, ne le croit pas et le renvoie à ses études. Désespéré par le mariage-sauvetage de sa soeur, Quentin se suicide. La seconde partie du roman nous retrace son cheminement lent et obstiné vers la folie auto-destructrice.
    Maurice était au départ un bébé comme les autres. Puis, la vérité atroce s'est fait jour : Maurice, le second fils, ainsi nommé en l'honneur du frère de sa mère, est en réalité un enfant handicapé. Alors, on le dépossède de son prénom , dont il n'est plus digne et on lui substitue celui de Benjamin (Benjy). Et puis on le laisse grandir, avec toujours un serviteur noir à ses côtés pour le surveiller. Au début du roman, Benjy a trente-trois ans et à la suite d'un incident avec une fillette, sa famille l'a fait castrer.
    Jason, le troisième fils, est celui que l'on a sacrifié pour payer des études inachevées à Quentin et dénicher un mariage réparateur pour sa soeur. Aigri, fielleux mais responsable, il n'a plus qu'une passion - ou presque : l'argent. Personnage énigmatique à plus d'un titre, il exaspère le lecteur et l'attendrit pourtant car, qu'on le veuille ou non, Jason est bien une victime, au même titre que Benjy.
    La fille, Candace, dite « Candy », qui était particulièrement attachée à son frère handicapé, a failli déshonorer la famille en se faisant faire un enfant par un amant dont elle refuse de livrer le nom. En 1910, elle se résoud à faire un mariage de convenance qui assurera un nom à son enfant mais divorce après la Grande guerre. Menant désormais une vie plus ou moins cosmopolite, elle se résigne à laisser sa fille - qu'elle a baptisée "Quentin" en souvenir de son frère disparu - à sa propre mère, à charge pour celle-ci de l'élever comme doit l'être une Compson.
    C'est avec le personnage tout en bouillonnements et en révoltes de Quentin II que Faulkner nous dévoile l'autre passion de Jason, son oncle. Même s'il hait sa nièce au point de lui soutenir que sa mère ne s'intéresse pas à elle et ne participe en rien à son entretien (en réalité, il s'arrange pour encaisser les mandats envoyés par Candy) Jason semble bien nourrir au plus profond de lui-même une attirance inexplicable pour Quentin - comme une ombre de la passion incestueuse jadis éprouvée par son frère Quentin envers leur soeur.
    Une fois que le lecteur s'est familiarisé tant bien que mal avec cette valse du temps et des identités ainsi qu'avec le dédale des monologues intérieurs, il lui reste encore à affronter le personnage de Benjy qui, dans la première comme dans la dernière partie, nous conte l'histoire de sa famille, ces Compson si orgueilleux et si riches, peu à peu réduits à la portion congrue, mais vue par lui, l'handicapé mental. Une vision par conséquent fragmentée et kaléidoscopique mais non dépourvue de logique – pour peu, évidemment, qu'on n'ait pas trop de mal à suivre celle de Benjy.
    Avec Benjy, Dilsey, la vieille servante noire qui assure l'intendance de la maison, demeure le personnage le plus touchant – le plus déchirant aussi. Pilier vivant de cette famille en pleine décomposition, elle veille à ce que nul n'abuse de cet innocent qui, à trente-trois ans, se révèle incapable d'exprimer les joies et les peines qu'il ressent autrement que par des grognements et des hurlements. Elle n'y parvient pas toujours mais au moins, elle s'y efforce. Et sa bonté résignée, qui ne comprend ni le pourquoi, ni le comment de cette malédiction pesant sur un être sans défenses, constitue la seule trouée de lumière de ce livre que William Faulkner plaça sous le patronage de la tirade désespérée de « Macbeth » :
    « … […] La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur
    Qui, son heure durant, se pavane et s'agite
    Et puis qu'on n'entend plus : un histoire contée
    Par un idiot, pleine de bruit et de fureur
    Et qui ne veut rien dire. […] … »
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    • Livres 5.00/5
    Par 270778, le 13 juillet 2010

    270778
    Un roman magnifique qui porte bien son titre. Attention : lecteur inattentif et adepte des lectures faciles et divertissantes où l'auteur te prend par la main en surlignant les actions d'un coup de violon et qui fait régulièrement un rappel des épisodes précédents, passe ton chemin. Avec Faulkner, on n'est pas sur l'auto-route balisée menant au fast-food de la littérature à emporter. Il faut s'accrocher pour gravir à mains nues cette montagne mais quand on arrive au sommet, on est récompensé au centuple par la profondeur du champs de vision qui s'offre à nous. Un conseil de lecture : faites vous un petit arbre généalogique avec repères chronologiques dès le début, ça vous aidera par la suite à vous y retrouver.
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    • Livres 4.00/5
    Par medsine, le 30 janvier 2012

    medsine
    Lu dans la collection de la Pléiade, j'ai pu bénéficier des notes de lectures ce qui m'a permis de mieux comprendre ce roman de Faulkner. Et je dois dire que ce fût utile !Le récit se découpe en 4 temps, 4 journées vécues de l'intérieur. Écrites comme un jet de pensée brute.La première partie contient toute l'oeuvre mais elle est racontée en mode subjectif à partir de fragments de pensées - plutôt confuses - de Benjy l'idiot de la famille Comson. Les autres récits éclairent peu à peu l'histoire toujours sous une forme de narration subjective.C'est une histoire tragique, le délabrement d'une famille blanche maudite du sud des États-Unis. Ici les blancs sombrent dans la folie et la violence quand les noirs soutiennent la maison et participent avec une certaine passivité mais surtout une grande dignité au drame qui se joue.C'est une littérature difficile mais fascinante. Très poétique.
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  • Par Aela, le 08 février 2011

    Aela
    Un texte très difficile et très neuf à l'époque dans la littérature américaine.
    La chronique d'une famille du Sud qui se défait.
    "Tout a commencé par une image mentale" disait Faulkner, l'image de Caddy, une enfant jouant dans le ruisseau.
    Le roman comprend quatre parties, trois parties qui sont des monologues des trois frères de Caddy: Benjy (simple d'esprit), Quentin et Jason. La quatrième partie est un récit à la 3ème personne.
    Caddy se marie, le frère Quentin se suicide.
    Le monologue de Quentin est le plus poignant: centré sur le temps qui passe inexorablement; la perte de la soeur (qui se marie), la sexualité et la mort.
    Un récit difficile qui consacre les multiples talents de Faulkner pour l'expérimentation langagière et technique.
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    • Livres 4.00/5
    Par babebibobu, le 04 juin 2010

    babebibobu
    Un roman qui donne la parole tour à tour à chacun de ses personnages, une construction parfaite, bref de la grande et belle littérature ! J'ai beaucoup aimé Le bruit et la fureur, mais je dois avouer qu'il faut s'accrocher… Je pense que sans la préface expliquant la chronologie de l'histoire (la narration n'est pas linéaire) … ben j'aurais pas compris ! Un de ces livres qui laisse admiratif et qui me font me sentir toute petite. Allez, promis, je le relis dans un an !
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 30 juillet 2011

    [ Incipit ]

    À TRAVERS la barrière, entre les vrilles des plantes, je pouvais les voir frapper. Ils s'avançaient vers le drapeau, et je les suivais le long de la barrière. Luster cherchait quelque chose dans l'herbe, près de l'arbre à fleurs. Ils ont enlevé le drapeau et ils ont frappé. Et puis ils ont remis le drapeau et ils sont allés vers le terre-plein, et puis il a frappé, et l'autre a frappé aussi. Et puis, ils se sont éloignés et j'ai longé la barrière. Luster a quitté l'arbre à fleurs et nous avons suivi la barrière, et ils se sont arrêtés, et nous nous sommes arrêtés aussi, et j'ai regardé à travers la barrière pendant que Luster cherchait dans l'herbe.
    « Ici, caddie. » Il a frappé. Ils ont traversé la prairie. Cramponné à la barrière, je les ai regardé s'éloigner.
    « Ecoutez-moi ça, dit Luster. A-t-on idée de se conduire comme ça, à trente-trois ans ! Quand je me suis donné la peine d'aller jusqu'à la ville pour vous acheter ce gâteau. Quand vous aurez fini de geindre. Vous n'pourriez pas m'aider à trouver ces vingt-cinq cents pour que je puisse aller au théâtre, ce soir ? »
    Ils frappaient encore un peu, là-bas, dans la prairie. Je me suis dirigé vers le drapeau, le long de la barrière. Il claquait sur l'herbe brillante et sur les arbres.
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  • Par Laetirature, le 10 mai 2011

    C'est toujours ceux qui ne sont bons à rien qui vous donnent des conseils. C'est comme ces professeurs d'Université qui ne possèdent même pas une paire de chaussettes et qui vous enseignent comment gagner un million en dix ans ; et une femme qui n'a jamais pu trouver de mari vous dira toujours comment élever vos enfants.
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  • Par Aela, le 08 février 2011

    The month of brides, the voices that breathed. She ran out of the mirror, out of the banked scent. Roses. Roses. Mr and Mrs Jason Richmond Compson announce the marriage of. Roses. Not virgins like dogwood, milkweed.
    Le mois des mariées, la voix qui soufflait. Elle est sortie en courant du miroir, de l'épaisseur des parfums. Roses. Roses. Mr et Mrs Jason Richmond Compson ont le plaisir de vous faire part du mariage de. Roses. Pas vierges comme le cornouiller, l'asclépias.
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  • Par csapin, le 30 mars 2011

    Je ne crois pas que personne écoute jamais délibérément une montre ou une pendule. Ce n'est pas nécessaire. On peut en oublier le bruit pendant très longtemps et il ne faut qu'une seconde pour que le tic-tac reproduise intégralement dans votre esprit le long decrescendo de temps que vous n'avez pas entendu.
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  • Par toriyama, le 05 août 2011

    Quand on laisse une feuille longtemps dans l'eau le tissu disparaît et les fibres délicates ondulent lentement comme le mouvement du sommeil. Elles ne se touchent pas, peu importe à quel point elles étaient emmêlées autrefois, combien près elles se trouvaient du squelette.
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Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Dean Faulkner Le Sud des Etats-Unis fut celui de l'esclavage et des grandes plantations, du Ku Klux Klan et des chrétiens fondamentalistes. Mais elle est aussi le berceau du jazz et du blues. François Busnel se rend à Fripp Island, en Caroline du Sud, pour y rencontrer Pat Conroy. Puis il rejoint Memphis, dans le Tennessee où il retrouve l'auteur de polars Ace Atkins. De là, il se rend en voiture à Oxford, dans le Mississippi, où William Faulkner avait élu domicile, en 1931. A Oxford vit également le romancier Tom Franklin. Il rencontre aussi Thomas H. Cook, auteur de polar natif du Sud. Arrivé à La Nouvelle Orléans, l'écrivain Eddy Harris entraîne François Busnel dans les quartiers détruits par l'ouragan Katrina. Dans un bayou proche de La Nouvelle-Orléans, François Busnel rencontre John Biguenet, écrivain américain d'origine acadienne.








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