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Critiques sur Le Bruit et la fureur (14)


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    • Livres 5.00/5
    Par Woland le 26/12/2007


    The Sound & the Fury
    Traduction : Maurice-Edgar Coindreau

    Avant d'aborder « Le bruit et la fureur », ami Lecteur, mieux vaut prendre vos précautions.
    Sachez donc avant toute chose que vous mettez les pieds dans une chronologie bouleversée de fond et comble et que son auteur laisse, pantelante, derrière lui. le roman comporte en effet quatre parties. Mais attention : sur ces sections, seule la dernière, qui se déroule le 8 avril 1928, occupe la place qui lui revient.
    D'un point de vue strictement chronologique, la première partie du roman, qui décrit la folie croissante menant Quentin Compson au suicide, se situe le 2 juin 1910 mais Faulkner la place en seconde position dans son plan. Les événements du 6 avril 1928, qui ont pour héros principal Jason II Compson, l'un de ses frères, se situent quant à eux en troisième position. Enfin, ceux du 7 avril, qui révèlent la vision du monde de Benjy Compson, l'autre frère du suicidé, nous sont racontés d'entrée, dans la première partie.
    Le lecteur averti voit déjà l'intérêt qu'il y a à lire « Le bruit et la fureur » tel que son auteur l'a conçu et puis, quelques mois plus tard, en remettant un peu d'ordre dans cette chronologie en apparence insensée mais qui se calque en fait sur l'esprit du "narrateur" principal : Benjy.
    Autre embûche de taille, volontairement placée là par Faulkner : la confusion des prénoms. Qui a lu ne serait-ce que le très classique « Sanctuaire » sait déjà que l'auteur sudiste éprouvait un malin plaisir à semer le doute sur l'identité à laquelle se rapportent dans ses œuvres tel ou tel pronom personnel. Mais dans « Le bruit et la fureur », ce procédé atteint le summum.
    Faulkner a pourtant opté pour un trompe-l'oeil des plus simples : il a pris deux prénoms, « Jason » et « Quentin », et les a donnés dans chacun des cas à deux personnages de génération différente.
    Le premier Jason, c'est le père de la nichée, un père dont on entrevoit de temps à autre la silhouette accablée par les événements et volontiers tentée par l'alcool. Aristocrate sudiste, il a épousé une jeune fille de son monde et a eu d'elle quatre enfants : trois garçons et une fille.
    Le premier Quentin est le fils qui doit aller à Harvard. Malheureusement, il a reçu de sa mère névrosée une tendance à se créer des mondes imaginaires un peu trop envahissants. Pour sauver sa soeur bien-aimée d'un mariage avec un homme qu'elle déteste, il a l'idée de se prétendre le père de l'enfant qu'elle a conçu de son amant. Mais son père, à qui il avoue un inceste non accompli mais qu'il appelle de tous ses voeux, ne le croit pas et le renvoie à ses études. Désespéré par le mariage-sauvetage de sa soeur, Quentin se suicide. La seconde partie du roman nous retrace son cheminement lent et obstiné vers la folie auto-destructrice.
    Maurice était au départ un bébé comme les autres. Puis, la vérité atroce s'est fait jour : Maurice, le second fils, ainsi nommé en l'honneur du frère de sa mère, est en réalité un enfant handicapé. Alors, on le dépossède de son prénom , dont il n'est plus digne et on lui substitue celui de Benjamin (Benjy). Et puis on le laisse grandir, avec toujours un serviteur noir à ses côtés pour le surveiller. Au début du roman, Benjy a trente-trois ans et à la suite d'un incident avec une fillette, sa famille l'a fait castrer.
    Jason, le troisième fils, est celui que l'on a sacrifié pour payer des études inachevées à Quentin et dénicher un mariage réparateur pour sa soeur. Aigri, fielleux mais responsable, il n'a plus qu'une passion - ou presque : l'argent. Personnage énigmatique à plus d'un titre, il exaspère le lecteur et l'attendrit pourtant car, qu'on le veuille ou non, Jason est bien une victime, au même titre que Benjy.
    La fille, Candace, dite « Candy », qui était particulièrement attachée à son frère handicapé, a failli déshonorer la famille en se faisant faire un enfant par un amant dont elle refuse de livrer le nom. En 1910, elle se résoud à faire un mariage de convenance qui assurera un nom à son enfant mais divorce après la Grande guerre. Menant désormais une vie plus ou moins cosmopolite, elle se résigne à laisser sa fille - qu'elle a baptisée "Quentin" en souvenir de son frère disparu - à sa propre mère, à charge pour celle-ci de l'élever comme doit l'être une Compson.
    C'est avec le personnage tout en bouillonnements et en révoltes de Quentin II que Faulkner nous dévoile l'autre passion de Jason, son oncle. Même s'il hait sa nièce au point de lui soutenir que sa mère ne s'intéresse pas à elle et ne participe en rien à son entretien (en réalité, il s'arrange pour encaisser les mandats envoyés par Candy) Jason semble bien nourrir au plus profond de lui-même une attirance inexplicable pour Quentin - comme une ombre de la passion incestueuse jadis éprouvée par son frère Quentin envers leur soeur.
    Une fois que le lecteur s'est familiarisé tant bien que mal avec cette valse du temps et des identités ainsi qu'avec le dédale des monologues intérieurs, il lui reste encore à affronter le personnage de Benjy qui, dans la première comme dans la dernière partie, nous conte l'histoire de sa famille, ces Compson si orgueilleux et si riches, peu à peu réduits à la portion congrue, mais vue par lui, l'handicapé mental. Une vision par conséquent fragmentée et kaléidoscopique mais non dépourvue de logique – pour peu, évidemment, qu'on n'ait pas trop de mal à suivre celle de Benjy.
    Avec Benjy, Dilsey, la vieille servante noire qui assure l'intendance de la maison, demeure le personnage le plus touchant – le plus déchirant aussi. Pilier vivant de cette famille en pleine décomposition, elle veille à ce que nul n'abuse de cet innocent qui, à trente-trois ans, se révèle incapable d'exprimer les joies et les peines qu'il ressent autrement que par des grognements et des hurlements. Elle n'y parvient pas toujours mais au moins, elle s'y efforce. Et sa bonté résignée, qui ne comprend ni le pourquoi, ni le comment de cette malédiction pesant sur un être sans défenses, constitue la seule trouée de lumière de ce livre que William Faulkner plaça sous le patronage de la tirade désespérée de « Macbeth » :
    « … […] La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur
    Qui, son heure durant, se pavane et s'agite
    Et puis qu'on n'entend plus : un histoire contée
    Par un idiot, pleine de bruit et de fureur
    Et qui ne veut rien dire. […] … »

    critique de qualité ? (16 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par MarianneDesroziers le 13/07/2010


    Un roman magnifique qui porte bien son titre. Attention : lecteur inattentif et adepte des lectures faciles et divertissantes où l'auteur te prend par la main en surlignant les actions d'un coup de violon et qui fait régulièrement un rappel des épisodes précédents, passe ton chemin. Avec Faulkner, on n'est pas sur l'auto-route balisée menant au fast-food de la littérature à emporter. Il faut s'accrocher pour gravir à mains nues cette montagne mais quand on arrive au sommet, on est récompensé au centuple par la profondeur du champs de vision qui s'offre à nous. Un conseil de lecture : faites vous un petit arbre généalogique avec repères chronologiques dès le début, ça vous aidera par la suite à vous y retrouver.

    critique de qualité ? (8 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par csapin le 01/05/2012


    Quelle étrange sensation d'achever un livre, d'en avoir été pénétrée sans pour autant pouvoir en parler. Non par cachotterie, ni plus par pédanterie. Mais par impéritie. de cette oeuvre magistralement complexe, je n'aurais pu m'imprégner sans préalablement avoir étudié la très pédagogique préface de Maurice Edgar Coindreau, lui-même éclairé sur les points les plus obscurs du roman grâce aux entretiens privés accordés par l'auteur et qui, s'il avertit que la composition de The sound and the fury suffirait, à elle seule, à décourager le lecteur paresseux, rassure également en soulignant que les difficultés se présentent en grand nombre et exigent une attention soutenue mais qu'il ne craint pas, du reste, d'affirmer que la compréhension absolue de chaque phrase n'est nullement nécessaire pour goûter Le Bruit et la fureur.

    Toujours pour reprendre les mots plus justes qu'aucun des miens, le livre entier vibre de bruit et de fureur et semblera dénué de signification à ceux qui estiment que l'homme de lettres, chaque fois qu'il prend la plume, doit apporter un message ou servir quelque noble cause. M. Faulkner se contente d'ouvrir les portes de l'Enfer. Il ne force personne à l'accompagner, mais ceux qui lui font confiance n'ont pas lieu de le regretter. le drame se déroule dans le Mississippi, entre les membres d'une de ces vieilles familles du Sud, hautaines et prospères autrefois, aujourd'hui tombées dans la misère et l'abjection.

    Quelques rais de lumière au coeur d'une opacité qui parvient malgré tout à vous accrocher. Un enchevêtrement narratif aux tournures alambiquées qui transpire le génie scriptural. Ce fascinant mystère littéraire, à difficile portée du liseur aguerri, me paraît relativement inaccessible au lecteur occasionnel. Pour cette première approche de l'écrivain américain auquel on accorde la plus grande influence sur la littérature contemporaine, j'emprunterais les mots dont Guitry usait quant à lui à l'égard des femmes : je suis contre Faulkner, tout contre.


    Lien : http://gwordia.hautetfort.com/archive/2008/02/11/charlotte-sapin-le-..

    critique de qualité ? (6 votes positifs)



  • Par Aela le 08/02/2011


    Un texte très difficile et très neuf à l'époque dans la littérature américaine.
    La chronique d'une famille du Sud qui se défait.
    "Tout a commencé par une image mentale" disait Faulkner, l'image de Caddy, une enfant jouant dans le ruisseau.
    Le roman comprend quatre parties, trois parties qui sont des monologues des trois frères de Caddy: Benjy (simple d'esprit), Quentin et Jason. La quatrième partie est un récit à la 3ème personne.
    Caddy se marie, le frère Quentin se suicide.
    Le monologue de Quentin est le plus poignant: centré sur le temps qui passe inexorablement; la perte de la soeur (qui se marie), la sexualité et la mort.
    Un récit difficile qui consacre les multiples talents de Faulkner pour l'expérimentation langagière et technique.

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par babebibobu le 04/06/2010


    Un roman qui donne la parole tour à tour à chacun de ses personnages, une construction parfaite, bref de la grande et belle littérature ! J'ai beaucoup aimé Le bruit et la fureur, mais je dois avouer qu'il faut s'accrocher… Je pense que sans la préface expliquant la chronologie de l'histoire (la narration n'est pas linéaire) … ben j'aurais pas compris ! Un de ces livres qui laisse admiratif et qui me font me sentir toute petite. Allez, promis, je le relis dans un an !

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par nastasiabuergo le 08/03/2012


    Voici un livre très difficile à lire, surtout au début. J'ai fait l'expérience de le lire absolument sans aucun indices, de me perdre, de chercher, de retrouver ma route, de lutter (comme les personnages) et très sincèrement, on lâche prise. C'est vraiment parce que je sentais quelque chose derrière et que j'avais vraiment envie de le lire que je me suis accrochée comme un diable, mais quelle lutte! On peut dire que Faulkner n'a pas eu peur de noyer 90 % de ses lecteurs (pour ne pas dire 99 %) avec une telle entrée en matière. A priori, c'est dommage car cette œuvre a des tonnes de mérites mais je comprends qu'on puisse ne pas avoir envie de se battre avec sa lecture comme ce fut le cas pour moi. Dommage car le scénario est excellent, dommage car les personnages sont très travaillés. Je comprends aussi les tenants de cette version où toutes les pistes sont brouillées, où l'auteur cherche à nous faire vivre la confusion de ses personnages. Pourtant, je vais me faire l'avocat du diable en prétendant que Faulkner avait largement les moyens d'écrire un livre accessible en faisant ressentir avec la même force voire plus de force ce qu'il a voulu exprimer en mélangeant toutes les pièces du puzzle. Encore une fois dommage car l'œuvre est tellement intriquée, mélangée, inaccessible que beaucoup de ceux qui l'ont lue en entier sont d'abord passés par la préface qui dévoile toutes les clefs. A quoi bon faire une œuvre tellement compliquée où l'on est sensé lever peu à peu des morceaux du voile, si pour pouvoir la lire correctement on est obligé de lire un mode d'emploi qui donne toutes les réponses? Je suis d'accord avec le commentaire qui dit qu'on savoure plus à la deuxième lecture, car alors seulement les magouilles formelles de Faulkner ne nous embrouillent plus et l'on s'attache à donner plus de sens à ce qu'on lit. D'aucuns diront, "c'est précisément ce qu'il voulait", sans doute, mais un livre parle s'il est lu et non s'il est abandonné en cours de lecture. Si vous voulez tenter l'expérience de découvrir le texte sans le moindre indice, arrêtez de lire maintenant mon commentaire. Pour les autres, voici de quoi s'y retrouver (un peu): Une famille blanche du sud des États Unis, les Compson avec le père, Jason, pasteur, et sa femme Caroline. Leurs enfants, 3 fils et 1 fille : Quentin, Candace (nommée Caddy), Jason et Maury. Maury est un débile mental et comme son oncle, le frère de Caroline s'appelle aussi Maury, pour ne pas porter préjudice à l'oncle, il est décidé de rebaptiser l'enfant Benjamin (nommé aussi Benjy ou Ben). Cette famille respectable naguère aisée ne l'est plus guère désormais. A leur service, une famille de domestiques noirs, le père, Roskus, la mère, Dilsey, leurs enfants, T.P., Versh (qui sont des garçons) et une fille, Frony.
    Le livre mélange des situations où les enfants sont enfants, jeunes adultes ou adultes. Quand ils sont adultes, Caddy a une fille qui s'appelle comme son oncle, c'est-à-dire Quentin (drôle de prénom pour une fille mais bon c'est comme ça). de même Frony a un fils qui s'appelle Luster.
    Voilà j'espère ne rien avoir dévoilé du scénario mais tout de même avoir aidé ceux qui le désirent à s'y retrouver dans l'imbroglio du départ. Seules les deux premières parties sont très décousues, le reste est de facture plus classique et le plaisir va crescendo. Mais tout ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par Beatrice64 le 25/02/2011


    Choc inouï et jamais renouvelé.

    critique de qualité ? (3 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par jadzia le 07/04/2012


    Ce livre porte bien son nom. Il faut cheminer et de battre avec la folie des personnages, on se demande même si l'auteur ne se perd pas dans tous ces méandres. Mais non, il nous montre un chemin semé d'embuches mais au bout une petite lumière nous montre plus ou moins la sortie. Un beau combat en perspective pour tous les lecteurs qui voudront (ou oseront) ouvrir le livre et partir à la recherche de la folie.

    critique de qualité ? (2 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par medsine le 30/01/2012


    Lu dans la collection de la Pléiade, j'ai pu bénéficier des notes de lectures ce qui m'a permis de mieux comprendre ce roman de Faulkner. Et je dois dire que ce fût utile !Le récit se découpe en 4 temps, 4 journées vécues de l'intérieur. Écrites comme un jet de pensée brute.La première partie contient toute l'oeuvre mais elle est racontée en mode subjectif à partir de fragments de pensées - plutôt confuses - de Benjy l'idiot de la famille Comson. Les autres récits éclairent peu à peu l'histoire toujours sous une forme de narration subjective.C'est une histoire tragique, le délabrement d'une famille blanche maudite du sud des États-Unis. Ici les blancs sombrent dans la folie et la violence quand les noirs soutiennent la maison et participent avec une certaine passivité mais surtout une grande dignité au drame qui se joue.C'est une littérature difficile mais fascinante. Très poétique.

    critique de qualité ? (2 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par crochette le 23/05/2011


    Ce livre a été mon premier choc littéraire quand je l'ai lu à 16 ans: j'ai découvert qu'un écrivain est celui qui trouve une autre manière de raconter les histoires, déroutante chaotique parfois mais qui construit l'émotion d'une façon neuve et forte. J'ai compris ce qu'était le style: les sensations confuses de Benjy et sa manière lancinante de répéter le prénom de Caddy , la morbidité du frère suicidaire, la haine de Jason et l'odeur du chèvrefeuille. 22 ans plus tard les impressions sont encore si vives que je repousse encore le moment de la relecture. Plongez, vous ne vous en remettrez pas!

    critique de qualité ? (2 votes positifs)






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