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> Maurice Edgar Coindreau (Autre)

ISBN : 2070361624
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.98/5 (sur 382 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
C'est avec cet ouvrage explosif que William Faulkner fut révélé au public et à la critique. Auteur de la moiteur étouffante du sud des États-Unis, Faulkner a réellement bouleversé l'académisme narratif en plaçant son r... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 26 juin 2012

    Nastasia-B
    Voici un livre très difficile à lire, surtout au début. J'ai fait l'expérience de le lire absolument sans aucun indice, de me perdre, de chercher, de retrouver ma route, de lutter (comme les personnages) mais, très sincèrement, on lâche prise et le livre nous tombe souvent des mains. C'est vraiment parce que je sentais quelque chose derrière et que j'avais vraiment envie d'aller au bout que je me suis accrochée comme un diable en mal de vice, mais quelle lutte ! On peut dire que Faulkner n'a pas eu peur de noyer 90 % de ses lecteurs (pour ne pas dire 99 %) avec une telle entrée en matière !
    A priori, c'est dommage car cette œuvre a des tonnes de mérites, et a en son cœur une indéniable qualité, mais je comprends qu'on puisse ne pas avoir envie de se battre avec sa lecture comme ce fut le cas pour moi. Dommage car le scénario est excellent, dommage car les personnages sont très travaillés.
    Je comprends aussi les tenants d'une telle version, avec toute sa complexité, avec l'effort qu'elle requiert, où toutes les pistes sont brouillées, où l'auteur cherche à nous faire vivre de l'intérieur la confusion de ses personnages. Pourtant, je vais me faire l'avocate du diable en prétendant que Faulkner avait largement les moyens d'écrire un livre accessible en faisant ressentir avec la même force, voire plus encore de force, ce qu'il a voulu exprimer en mélangeant toutes les pièces du puzzle.
    Encore une fois dommage car l'œuvre est tellement intriquée, mélangée, inaccessible que beaucoup de ceux qui l'ont lue en entier sont d'abord passés par la préface qui dévoile toutes les clefs. À quoi bon faire une œuvre tellement compliquée où l'on est sensé lever peu à peu des morceaux du voile, si pour pouvoir la lire correctement on est obligé de lire un mode d'emploi qui donne toutes les réponses?
    C'est un livre tellement abscons à certains moments qu'on gagne à le lire une deuxième fois juste dans la foulée, et lors de cette deuxième lecture on savoure plus, car, alors seulement, les magouilles formelles de Faulkner ne nous embrouillent plus et l'on s'attache à donner plus de sens à ce qu'on lit. D'aucuns diront, "c'est précisément ce qu'il voulait". Sans doute, mais un livre parle s'il est lu et non s'il est abandonné en cours de lecture et que sa voix reste coincée entre les pages qu'on a pas eu le courage de tourner.
    Si vous voulez tenter l'expérience de découvrir le texte sans le moindre indice, arrêtez de lire maintenant mon commentaire.
    Pour les autres, voici de quoi s'y retrouver (un peu) : le livre nous présente une famille blanche du sud des États Unis dans l'entre deux guerres, les Compson avec le père, Jason, pasteur, et sa femme Caroline. Leurs enfants, trois fils et une fille : Quentin, Candace (nommée Caddy), Jason et Maury. Maury est un débile mental et comme son oncle, le frère de Caroline s'appelle aussi Maury, pour ne pas porter préjudice à l'oncle, il est décidé de rebaptiser l'enfant Benjamin (nommé aussi Benjy ou Ben). Cette famille respectable naguère aisée ne l'est plus guère désormais. À leur service, une famille de domestiques noirs, le père, Roskus, la mère, Dilsey, leurs enfants, T.P., Versh (qui sont des garçons) et une fille, Frony.
    Le livre mélange des situations où les enfants Compson sont enfants, jeunes adultes ou adultes. Quand ils sont adultes, Caddy a une fille qui s'appelle comme son oncle, c'est-à-dire Quentin (drôle de prénom pour une fille mais bon c'est comme ça). de même Frony a un fils qui s'appelle Luster.
    Voilà j'espère ne rien avoir dévoilé du scénario mais tout de même avoir aidé ceux qui le désirent à s'y retrouver dans l'imbroglio du départ, notamment quant aux identités de chacun. Seules les deux premières parties sont très décousues, le reste est de facture plus classique et le plaisir va crescendo. Mais tout ceci, une fois encore, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 26 décembre 2007

    Woland
    The Sound & the Fury
    Traduction : Maurice-Edgar Coindreau
    Avant d'aborder « Le bruit et la fureur », ami Lecteur, mieux vaut prendre vos précautions.
    Sachez donc avant toute chose que vous mettez les pieds dans une chronologie bouleversée de fond et comble et que son auteur laisse, pantelante, derrière lui. le roman comporte en effet quatre parties. Mais attention : sur ces sections, seule la dernière, qui se déroule le 8 avril 1928, occupe la place qui lui revient.
    D'un point de vue strictement chronologique, la première partie du roman, qui décrit la folie croissante menant Quentin Compson au suicide, se situe le 2 juin 1910 mais Faulkner la place en seconde position dans son plan. Les événements du 6 avril 1928, qui ont pour héros principal Jason II Compson, l'un de ses frères, se situent quant à eux en troisième position. Enfin, ceux du 7 avril, qui révèlent la vision du monde de Benjy Compson, l'autre frère du suicidé, nous sont racontés d'entrée, dans la première partie.
    Le lecteur averti voit déjà l'intérêt qu'il y a à lire « Le bruit et la fureur » tel que son auteur l'a conçu et puis, quelques mois plus tard, en remettant un peu d'ordre dans cette chronologie en apparence insensée mais qui se calque en fait sur l'esprit du "narrateur" principal : Benjy.
    Autre embûche de taille, volontairement placée là par Faulkner : la confusion des prénoms. Qui a lu ne serait-ce que le très classique « Sanctuaire » sait déjà que l'auteur sudiste éprouvait un malin plaisir à semer le doute sur l'identité à laquelle se rapportent dans ses œuvres tel ou tel pronom personnel. Mais dans « Le bruit et la fureur », ce procédé atteint le summum.
    Faulkner a pourtant opté pour un trompe-l'oeil des plus simples : il a pris deux prénoms, « Jason » et « Quentin », et les a donnés dans chacun des cas à deux personnages de génération différente.
    Le premier Jason, c'est le père de la nichée, un père dont on entrevoit de temps à autre la silhouette accablée par les événements et volontiers tentée par l'alcool. Aristocrate sudiste, il a épousé une jeune fille de son monde et a eu d'elle quatre enfants : trois garçons et une fille.
    Le premier Quentin est le fils qui doit aller à Harvard. Malheureusement, il a reçu de sa mère névrosée une tendance à se créer des mondes imaginaires un peu trop envahissants. Pour sauver sa soeur bien-aimée d'un mariage avec un homme qu'elle déteste, il a l'idée de se prétendre le père de l'enfant qu'elle a conçu de son amant. Mais son père, à qui il avoue un inceste non accompli mais qu'il appelle de tous ses voeux, ne le croit pas et le renvoie à ses études. Désespéré par le mariage-sauvetage de sa soeur, Quentin se suicide. La seconde partie du roman nous retrace son cheminement lent et obstiné vers la folie auto-destructrice.
    Maurice était au départ un bébé comme les autres. Puis, la vérité atroce s'est fait jour : Maurice, le second fils, ainsi nommé en l'honneur du frère de sa mère, est en réalité un enfant handicapé. Alors, on le dépossède de son prénom , dont il n'est plus digne et on lui substitue celui de Benjamin (Benjy). Et puis on le laisse grandir, avec toujours un serviteur noir à ses côtés pour le surveiller. Au début du roman, Benjy a trente-trois ans et à la suite d'un incident avec une fillette, sa famille l'a fait castrer.
    Jason, le troisième fils, est celui que l'on a sacrifié pour payer des études inachevées à Quentin et dénicher un mariage réparateur pour sa soeur. Aigri, fielleux mais responsable, il n'a plus qu'une passion - ou presque : l'argent. Personnage énigmatique à plus d'un titre, il exaspère le lecteur et l'attendrit pourtant car, qu'on le veuille ou non, Jason est bien une victime, au même titre que Benjy.
    La fille, Candace, dite « Candy », qui était particulièrement attachée à son frère handicapé, a failli déshonorer la famille en se faisant faire un enfant par un amant dont elle refuse de livrer le nom. En 1910, elle se résoud à faire un mariage de convenance qui assurera un nom à son enfant mais divorce après la Grande guerre. Menant désormais une vie plus ou moins cosmopolite, elle se résigne à laisser sa fille - qu'elle a baptisée "Quentin" en souvenir de son frère disparu - à sa propre mère, à charge pour celle-ci de l'élever comme doit l'être une Compson.
    C'est avec le personnage tout en bouillonnements et en révoltes de Quentin II que Faulkner nous dévoile l'autre passion de Jason, son oncle. Même s'il hait sa nièce au point de lui soutenir que sa mère ne s'intéresse pas à elle et ne participe en rien à son entretien (en réalité, il s'arrange pour encaisser les mandats envoyés par Candy) Jason semble bien nourrir au plus profond de lui-même une attirance inexplicable pour Quentin - comme une ombre de la passion incestueuse jadis éprouvée par son frère Quentin envers leur soeur.
    Une fois que le lecteur s'est familiarisé tant bien que mal avec cette valse du temps et des identités ainsi qu'avec le dédale des monologues intérieurs, il lui reste encore à affronter le personnage de Benjy qui, dans la première comme dans la dernière partie, nous conte l'histoire de sa famille, ces Compson si orgueilleux et si riches, peu à peu réduits à la portion congrue, mais vue par lui, l'handicapé mental. Une vision par conséquent fragmentée et kaléidoscopique mais non dépourvue de logique – pour peu, évidemment, qu'on n'ait pas trop de mal à suivre celle de Benjy.
    Avec Benjy, Dilsey, la vieille servante noire qui assure l'intendance de la maison, demeure le personnage le plus touchant – le plus déchirant aussi. Pilier vivant de cette famille en pleine décomposition, elle veille à ce que nul n'abuse de cet innocent qui, à trente-trois ans, se révèle incapable d'exprimer les joies et les peines qu'il ressent autrement que par des grognements et des hurlements. Elle n'y parvient pas toujours mais au moins, elle s'y efforce. Et sa bonté résignée, qui ne comprend ni le pourquoi, ni le comment de cette malédiction pesant sur un être sans défenses, constitue la seule trouée de lumière de ce livre que William Faulkner plaça sous le patronage de la tirade désespérée de « Macbeth » :
    « … […] La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur
    Qui, son heure durant, se pavane et s'agite
    Et puis qu'on n'entend plus : un histoire contée
    Par un idiot, pleine de bruit et de fureur
    Et qui ne veut rien dire. […] … »
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    • Livres 5.00/5
    Par JacobBenayoune, le 07 novembre 2013

    JacobBenayoune
    Pour bien savourer ce roman, il ne faut rien lire à propos de l'histoire (ni résumés, ni explications, ni interprétations). Il faut entrer directement dans la lecture intégrale de l'oeuvre. Chose que j'ai accomplie; je crois d'ailleurs que c'est la seule manière pour lire ce roman.
    Qu'est-ce qui rend ce roman tellement original, génial (mais aussi difficile)? C'est la forme complexe. La manière de raconter, l'écriture et même la typographie. L'histoire est plus simple peut-être; la chute d'une famille.
    Il s'agit de quatre parties, quatre journées, quatre narrateurs, quatre manières de raconter.
    Le lecteur est d'emblée surpris, perplexe, c'est comme s'il s'est trompé de lieu et qu'il entend curieusement ce qu'on dit dedans pour comprendre! L'auteur a choisi de commencer par la partie la plus difficile; un vrai défi pour lui, puisqu'il peut rebuter plus d'un lecteur, mais aussi pour le lecteur lui-même qui pourrait lâcher et perdre ainsi le plaisir de lire le fameux William Faulkner. On s'accroche péniblement à quelques phrases intelligibles pour se heurter après à des passages indéchiffrables d'où la beauté de cette lecture. C'est après une cinquantaine de pages qu'on conçoit vraiment de quoi il s'agit dans cette première partie.
    Sorti de cette lecture exigeante, on ne sait pas vraiment qu'est-ce qui nous attend! Si l'auteur gardera le même narrateur auquel on s'est peu ou prou habitué, se retour en arrière qu'on rencontre dans le titre de la partie sera-t-il un éclaircissement des événements? Non! pas du tout ! Faulkner revient avec un autre narrateur, une nouvelle vision des choses, mais surtout, une typographie plus complexe avec de longs passages sans ponctuation, et plus de flash-backs (qui , au lieu d'aider le lecteur, augmente la difficulté) et de digressions.
    Maintenant, on est plus courageux, on s'attend à tout, on est prêt à affronter toutes les difficultés possibles, on s'attend aussi à un autre narrateur. Mais cette fois Faulkner, s'amuse à nous jouer un autre mauvais tour; c'est à un récit classique (au niveau de la forme et des normes de la narration) qu'on a affaire. On suit une narration rapide, et passionnante interrompue de dialogues (ou peut-être le contraire).
    La quatrième partie, toujours avec plus de surprises, car on s'attendait à un quatrième narrateur (le personnage qui s'avère le plus important du roman; celui de Caddy), mais c'est un "il" qu'on retrouve; la partie la plus courte. Et l'on constate avec tristesse que cette aventure (celle du lecteur bien évidemment) va se terminer après quelques pages.
    En plus de la difficulté représentée par la narration fragmentée et bouleversée, et par la typographie variée qui mélange les événements passés et actuels, il y a aussi la difficulté des noms des personnages qui se ressemblent (prénom féminin et masculin en même temps aussi).
    La vie […] : une fable
    Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
    Et qui ne signifie rien.
    Voilà d'où vient ce titre assez significatif. Ces vers Shakespeariens résument tout. Faulkner a mené jusqu'au bout son expérience singulière, avec un narrateur débile qui voit les choses d'une manière inédite, un narrateur torturé par un mal psychique et un autre narrateur agressif; utilisant cette technique de courant de conscience.
    Et l'histoire? Il y en a. L'histoire d'une famille au déclin avec trois générations (un couple et un oncle, trois fils et une fille, une petite-fille) avec leur serviteurs noirs (eux aussi trois générations). Une famille jadis riche qui sombre dans la misère et l'abjection...

    Lorsque j'ai terminé cette lecture j'étais comme Howard Hughes dans The Aviator à répéter : "voilà qu'il est là un grand roman, voilà qu'il est là un grand roman..." une lecture qui laisse un effet étrange et qui dure.

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    • Livres 5.00/5
    Par MarianneDesroziers, le 13 juillet 2010

    MarianneDesroziers
    Un roman magnifique qui porte bien son titre. Attention : lecteur inattentif et adepte des lectures faciles et divertissantes où l'auteur te prend par la main en surlignant les actions d'un coup de violon et qui fait régulièrement un rappel des épisodes précédents, passe ton chemin. Avec Faulkner, on n'est pas sur l'auto-route balisée menant au fast-food de la littérature à emporter. Il faut s'accrocher pour gravir à mains nues cette montagne mais quand on arrive au sommet, on est récompensé au centuple par la profondeur du champs de vision qui s'offre à nous. Un conseil de lecture : faites vous un petit arbre généalogique avec repères chronologiques dès le début, ça vous aidera par la suite à vous y retrouver.
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    • Livres 5.00/5
    Par loreleirocks, le 08 décembre 2012

    loreleirocks
    Mon premier Faulkner. Et sans doute pas le dernier.
    Une bien étrange lecture et je veux dire par là, la manière dont ma tête a fonctionné pendant ma lecture.
    Étrange parce qu'une petite voix commentait sans cesse le style et les références historico-culturelles présentées comme contexte du livre ("stream of consciousness" entre autre pour le style et fin de la société du vieux sud et de ses valeurs basées sur l'esclavage et des rôles strictement définis pour les hommes et les femmes) alors que je le dévorais, m'émerveillant de l'art de Faulkner à poser les pièces d'un puzzle éparpillées de manière faussement chaotique pour ne révéler la pièce centrale que par toutes ces autres pièces.
    Une histoire de famille qui file amèrement, douloureusement vers une extinction inévitable.
    Fantastique. Génial.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 09 juillet 2012

    [...] ... Un instant plus tard, dans les lents intervalles entre les cris de Ben [= Benjamin Compson, handicapé mental de trente-trois ans], Luster [= jeune domestique noir] entendit Dilsey [= grand-mère de Luster, l'un des personnages les plus vrais et les plus émouvants du roman] qui l'appelait. Il prit Ben par le bras et ils traversèrent la cour pour la rejoindre.

    - "J'vous l'avais bien dit, qu'il ne resterait pas tranquille, dit Luster.

    - Vilain garnement, dit Dilsey, qu'est-ce que tu lui as fait ?

    - J'lui ai rien fait [= c'est un mensonge et Dilsey le sait bien]. J'vous l'ai dit, quand ces gens s'mettent à jouer [au golf], il commence tout de suite.

    - Viens ici, dit Dilsey. Chut, Benjy. Chut, voyons." Mais il ne se taisait pas. Ils traversèrent rapidement la cour et entrèrent dans la case. "Cours chercher le soulier, dit Dilsey, et ne dérange pas miss Ca'oline [= Mrs Compson, mère de Ben]. Si elle dit quelque chose, dis-lui qu'il est avec moi. Allez, va, tu sauras faire ça, je suppose." Luster partit. Dilsey mena Ben jusqu'au lit et l'y fit asseoir près d'elle, et elle le prit dans ses bras et le berça, et, avec l'ourlet de sa jupe, elle essuyait la bave qui lui coulait de la bouche. "Chut," disait-elle en lui caressant la tête, "chut. Dilsey est là." Mais il hurlait lentement, bestialement, sans larmes, le bruit grave et désespéré de toutes les misères muettes sous le soleil. Luster revint, portant un soulier de satin blanc. Il était devenu jaune, craquelé et sale, et quand on l'eut mis dans la main de Ben, il se tut un instant. Mais il gémissait encore et bientôt il recommença à élever la voix.

    - "Crois-tu que tu pourrais trouver T. P. [= autre domestique noir, le cocher] ? dit Dilsey.

    - Il a dit hier qu'il irait à Saint John aujourd'hui. Qu'il serait de retour à quatre heures."

    Dilsey oscillait d'avant en arrière en caressant la tête de Ben

    - "Que c'est long, dit-elle, oh, Jésus, que c'est long !" ... [...]
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  • Par Hammerklavier, le 05 avril 2014

    Est ce que tu l'aimes
    sa main avança je ne bougeais pas elle descendait le long de mon bras et elle posa sa main à plat où le cœur battait
    non non
    t'as t-il forcé alors il t'a forcé à le faire à le laisser faire il était plus fort que toi et il demain je le tuerai je jure que je le ferai papa n'a pas besoin de savoir on lui dira après et ensuite toi et moi ça ne regarde personne nous pourrons prendre l'argent destiné a mon instruction nous pourrons faire rayer mon inscription à l'université caddy tu le hais n'est ce pas n'est ce pas
    elle gardait ma main sur sa poitrine le cœur battant je me tournai et lui saisie le bras
    Caddy tu le hais n'est ce pas
    elle fit monter ma main jusqu'à sa gorge où son cœur martelait
    pauvre Quentin
    elle levait son visage vers le ciel qui était bas si bas qu'il semblait comme une tente affaissée écrasée sous sa masse tous les sons les parfums de la nuit le chèvrefeuille surtout que j'aspirai qui recouvrait tout son visage sa gorge comme de la peinture son cœur battait contra ma main je m'appuyais sur mon autre bras il commença à tressaillir à sauter et je dus haleter pour saisir un peu d'air dans l'épaisseur grise de tout ce chèvrefeuille
    oui je le hais je mourrais pour lui je suis déjà morte pour lui encore et encore chaque fois que cela se produit
    quand j'ai soulevé ma main je pouvais encore sentir dans la paume la brûlure des brindilles et des herbes entrecroisées
    pauvre Quentin
    elle se renversa en arrière appuyée sur les bras les main noués autour des genoux
    tu n'as jamais fait cela n'est ce pas
    fait quoi
    ce que j'ai fait
    si si bien des fois avec bien des femmes
    puis je me suis mis a pleurer sa main me toucha de nouveau et je pleurais contre sa blouse humide elle était étendue sur le dos et par-delà ma tête elle regardait le ciel je pouvais voir un cercle blanc sous ses prunelles et j'ouvris mon couteau
    te rappelles tu le jour de la mort de grand-mère quant tu étais assise dans l'eau avec ta culotte
    oui
    je tenais la pointe du couteau contre sa gorge
    ce sera l'affaire d'une seconde rien qu'une seconde et puis je me le ferai je me le ferai ensuite
    bon pourras tu le faire tout seul
    oui
    ce sera l'affaire d'une seconde je tâcherai de ne pas te faire mal
    bon
    fermeras tu les yeux
    non parcequ'il faudrait que tu enfonces plus fort
    touche le avec ta main
    mais elle ne bougea pas elle avait les yeux grands ouvert et par delà ma tête elle regardait le ciel
    Caddy tu te rappelles comme Disley s'est faché à cause de ta culotte pleine de boue
    ne pleure pas
    je ne pleure pas Caddy
    tu le veux
    oui pousse
    touche le avec ta main
    ne pleure pas pauvre Quentin
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  • Par Laetirature, le 10 mai 2011

    C'est toujours ceux qui ne sont bons à rien qui vous donnent des conseils. C'est comme ces professeurs d'Université qui ne possèdent même pas une paire de chaussettes et qui vous enseignent comment gagner un million en dix ans ; et une femme qui n'a jamais pu trouver de mari vous dira toujours comment élever vos enfants.

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  • Par Gwordia, le 30 mars 2011

    C'était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m'avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. Il est plus que probable que tu l'emploieras pour obtenir le reducto absurdum de toute expérience humaine, et tes besoins ne s'en trouveront pas plus satisfaits que ne le furent les siens ou ceux de son père. Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l'oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t'essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots.
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  • Par Gwordia, le 30 mars 2011

    Je ne crois pas que personne écoute jamais délibérément une montre ou une pendule. Ce n'est pas nécessaire. On peut en oublier le bruit pendant très longtemps et il ne faut qu'une seconde pour que le tic-tac reproduise intégralement dans votre esprit le long decrescendo de temps que vous n'avez pas entendu.

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Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Dean Faulkner Le Sud des Etats-Unis fut celui de l'esclavage et des grandes plantations, du Ku Klux Klan et des chrétiens fondamentalistes. Mais elle est aussi le berceau du jazz et du blues. François Busnel se rend à Fripp Island, en Caroline du Sud, pour y rencontrer Pat Conroy. Puis il rejoint Memphis, dans le Tennessee où il retrouve l'auteur de polars Ace Atkins. De là, il se rend en voiture à Oxford, dans le Mississippi, où William Faulkner avait élu domicile, en 1931. A Oxford vit également le romancier Tom Franklin. Il rencontre aussi Thomas H. Cook, auteur de polar natif du Sud. Arrivé à La Nouvelle Orléans, l'écrivain Eddy Harris entraîne François Busnel dans les quartiers détruits par l'ouragan Katrina. Dans un bayou proche de La Nouvelle-Orléans, François Busnel rencontre John Biguenet, écrivain américain d'origine acadienne.








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