Ce roman est construit en deux parties bien distinctes : l'une fidèle au roman, très proche du conte, sorte de récit (d'une merveilleuse beauté littéraire) des origines aux évolutions et mutations progressives de
La Ville de Jefferson (cela semble évident pour un roman de
Faulkner !), comté de Yoknapatawpha, Etat de Mississippi, Etats-Unis d'Amérique ; l'autre se rapprochant du théâtre (l'ensemble est organisé en trois actes), où des personnages dialoguent dans un lieu et un cadre bien délimités, souvent des lieux symboliques de la puissance du droit : tribunal, bureau du gouverneur, prison. Ces deux parties intercalées successivement permettent de confronter un drame particulier, celui à la fois de Temple Drake jeune bourgeoise blanche et Nancy Mannigoe sa domestique noire, deux femmes qui rencontrées dans un bordel de Memphis sont rattrapées par leurs passés (voir le roman "
Sanctuaire"), aux transformations d'un territoire et d'une société dans lesquels ont grandi les personnages.
Mais plus que l'histoire de ces deux femmes "
Requiem pour une nonne" est une évocation nostalgique d'une société rurale et pionnière qui a disparu sous les coups de boutoir du progrès technique, de l'industrialisation et de l'urbanisation venus de la côte Nord-Atlantique. Ce qui fait la force de ce tableau, c'est qu'il nous est présenté sans complaisance,
Faulkner ne cherchant pas à idéaliser ce passé révolu, bien au contraire. Ce magistral chant funèbre est un témoignage d'amour envers cette communauté d'hommes et de femmes ayant foulé cette terre du Mississippi, des premiers Peaux-Rouges chassés au bout du compte remplacés par les "carpetbaggers", ces vautours yankees venus du Nord après la Guerre de Sécession, aux Noirs, les nègres, immanquablement soumis aux riches Blancs par l'esclavage d'abord, leur indigence ensuite.