> René-Noël Raimbault (Traducteur)
> Michel Gresset (Traducteur)
> Henri Delgove (Traducteur)
> André Malraux (Préfacier, etc.)

ISBN : 2070362310
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.93/5 (sur 68 notes) Ajouter à mes livres
C'est Sanctuaire qui valut à Faulkner sa réputation d'auteur ténébreux et scandaleux. L'écrivain n'a-t-il pas tenu à inventer, selon son expression, "l'histoire la plus effroyable qu'on puisse imaginer" ? En réalité, il s'est... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 26 décembre 2007

    Woland
    Sanctuary
    Traduction : Maurice-Edgar Coindreau
    De « Sanctuaire », André Malraux a dit qu'il symbolisait « l'intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier. » De la tragédie antique, Faulkner a en effet retenu l'exceptionnelle rigueur de la construction et son « Sanctuaire » est vierge de ces monologues intérieurs, de ces tentatives de déstructuration du récit en vue d'une recréation joycienne du mode d'écriture – et du mode de lecture. « Le bruit et la fureur » sont à mille lieues de là et, n'était la volonté délibérée du romancier de nous dissimuler pratiquement jusqu'à la fin la terrible infirmité dont souffre Popeye et qui a conditionné les trois-quarts de son destin, le déroulement du récit serait absolument classique.
    Nous sommes dans les années vingt, dans ce « vieux Sud » où Faulkner a situé l'essentiel de son œuvre. La Prohibition bat son plein et les gangs prospèrent. Quant aux ivrognes, même s'ils sont tenus de boire en cachette, ils sont légion. Parmi eux, Gowan Stevens, qui aime à se définir comme un « gentleman de Virginie » et qui, en tant que tel et en dépit de son jeune âge et de l'excellente famille qui est la sienne, trouve élégant et même indispensable de se saouler à mort plus souvent qu'à son tour.
    Gowan doit à sa belle prestance et à son sens certain du baratin la grâce de sortir avec la jeune et jolie fille du juge Drake, Temple, plus préoccupée de virées nocturnes dans les night-clubs que de ses études universitaires. A l'issue de l'une de ces sorties, Gowan promet de la raccompagner le lendemain au train qui doit la ramener à son université. Mais, déjà fortement imbibé et taraudé par le besoin de boire à tout prix, le jeune homme, au lieu de la conduire directement à la gare, entraîne Temple dans la ferme isolée qui abrite les alambics de Lee Goodwin. Celui-ci revend évidemment une partie de son alcool clandestin à un gang de Memphis et il se trouve que, une livraison étant justement à l'ordre du jour, deux hommes de main du gang doivent passer la soirée chez Goodwin.
    Si Temple réussit tant bien que mal à survivre à une nuit de beuverie qui rend Gowan tout-à-fait incapable de la défendre des entreprises de Van, l'un des deux gangsters ; si la compagne de Goodwin, Ruby Lamar, d'abord hostile à l'égard de la jeune fille, fait ensuite tout pour la protéger des violences d'hommes que la boisson livre à leurs pires instincts ; en définitive, elle n'échappera pas à Popeye, malfrat solitaire, asocial, adepte des pistolets automatiques et qui, dès le premier chapitre du roman, est assimilé par son créateur à « cette chose noire qui sortit de la bouche de Mme Bovary et se répandit sur son voile de mariée quand on lui souleva la tête. »
    Mais avant de violer Temple, Popeye a eu le temps d'abattre Tommy, le garçon de ferme un peu simplet de Goodwin, qui cherchait à protéger la jeune fille. Lorsque, après le départ de Popeye qui a embarqué Temple dans sa Packard, Goodwin se retrouve avec le cadavre du malheureux, il comprend qu'il n'a d'autre choix que de prévenir la police. Comme il a malheureusement un casier judiciaire déjà assez chargé, il échoue dans la prison du comté, sous inculpation d'homicide volontaire.
    Un jour qu'il s'était égaré et avait débarqué dans sa ferme, Goodwin avait sympathisé avec Horace Benbow, un avocat à l'âme de poète qui, dans le roman, fait manifestement référence au sens de l'honneur et au code quasi chevaleresque qui étaient de mise dans certaines classes de la société sudiste, avant la Guerre Civile. Persuadé de l'innocence de Goodwin, Benbow décide de le défendre. Mais, comme son client ne tient pas à « moucharder » Popeye, il en est réduit à entreprendre son enquête personnelle qui le fera remonter jusqu'au gangster et jusqu'à Temple.
    Dès qu'il apprend la présence de Temple à la ferme au moment du meurtre, Benbow comprend qu'il lui faut à tout prix retrouver celle qui, d'après ce que lui en a dit Ruby, est bel et bien le seul témoin oculaire de l'assassinat de Tommy. D'indice en coup de chance, l'avocat parvient à la localiser dans le bordel de Memphis où Popeye loue à demeure une chambre la pittoresque et maternelle Miss Reba, veuve inconsolable d'un certain Bedford et qui, depuis le décès de celui-ci, vit seule entre ses deux chiens – rebaptisés avec un humour discutable « Reba » et « Mr Bedford » - ses « filles » et sa fidèle domestique, Minnie.
    C'est là que Popeye a amené un soir la pauvre Temple. C'est là que Miss Reba a fait venir son médecin attitré pour panser l'important saignement de la jeune femme. C'est là que Popeye est venu et revenu bien souvent pour couvrir Temple de bijoux et de toilettes de luxe. C'est là aussi qu'il n'a pas arrêté de se disputer avec elle et de la frapper. C'est là encore que, pendant quatre jours, il a amené Red, un jeune et beau garçon qui a passé une nuit, puis une autre, suscitant la désapprobation, puis les soupçons de Minnie et de Miss Reba. Miss Reba en effet est anglo-saxonne et, en tant que telle, n'entend pas tenir « une maison à spécialités » - dans le texte original, un « bordel français. » Or, quand deux hommes se retrouvent avec une femme et que l'un d'entre eux se contente de regarder, il y a « spécialité » - et donc « bordel à la française » …
    Ainsi se délite lentement le personnage de Popeye. Ainsi le lecteur est-il amené peu à peu à comprendre, jusqu'à l'épi de maïs final et ensanglanté que l'Attorney général brandira en plein tribunal, au dernier jour du procès Goodwin.
    Aussi implacable que dans les grands drames shakespeariens, l'horreur est absolue puisque Goodwin est condamné pour un crime qu'il n'a pas commis et que la foule, révoltée par les conditions dans lesquelles s'est déroulé le viol de Temple, met le feu à la prison pour s'emparer de lui et le lyncher d'une façon particulièrement atroce.
    Pendant ce temps, Temple, qui a sombré dans une semi-démence, s'éloigne au bras de son père, vers la vie brumeuse et décalée qui sera désormais la sienne. Faulkner ne nous dit pas si son témoignage, imputant de façon formelle le meurtre de Tommy au malheureux Goodwin et non à Popeye, est le résultat de son état psychique ou le signe d'un attachement sado-masochiste à son tortionnaire.
    Horace, quant à lui, complètement laminé par l'échec, rentre au bercail, auprès de l'épouse qu'il avait quittée. Et Popeye … Popeye paiera malgré tout ses dettes à la société : on le pendra en Alabama pour le meurtre d'un policier. Mais auparavant, Faulkner nous aura rapporté ce qui fut son destin : naissance malvenue, enfance déséquilibrée, les premières cruautés contre les animaux, puis son entrée dans la pègre où la Prohibition le rendit extrêmement riche alors que, par une étrange ironie du sort, sa santé lui avait toujours interdit d'absorber une seule goutte d'alcool.
    Ainsi, en parfait accord avec la tradition de la Grèce ancienne qui voulait que les dieux eux-mêmes n'échappassent pas au Destin, la Fatalité aura mené l'intrigue de « Sanctuaire » à son dénouement sans espoir. Et c'est à la sœur d'Horace Benbow, Narcissa la bien nommée, toujours habillée de blanc, que revient ce rôle impitoyable et décisif.
    Je vous laisse découvrir pourquoi ...
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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    InColdBlog
    Voilà plusieurs mois déjà que je suis sorti de ce sanctuaire.
    Et alors que j'ai retardé, depuis, le moment d'écrire ce qui suit, j'ai encore beaucoup de mal à mettre mes impressions au net.
    S'il est supposément le texte le plus abordable de Faulkner, Sanctuaire, dans sa globalité, exige néanmoins une attention de tous les instants, de toutes les phrases.
    Je le savais, j'étais prévenu. C'est pour cela que j'avais attendu le moment propice pour le lire, au désespoir sans doute de Lilly qui me l'avait offert des mois auparavant (et dire qu'il m'aura fallu pratiquement autant de temps après ma lecture pour pouvoir en parler ici !)

    Quand je repense à cette lecture, un mot me vient instantanément à l'esprit : brouillard.
    J'ai retrouvé cette même sensation éprouvée lors de la lecture de The wild palms, au programme de mon U.V. Littérature américaine. A l'époque, j'avais mis cela sur le compte de mes lacunes en anglais.
    Force est de constater que, même en français, Faulkner m'est tout aussi nébuleux : tout au long de ma lecture, j'ai eu ce sentiment de marcher à travers une forêt dense, par une nuit de brouillard épais. J'avançais d'un pas mal assuré, sans savoir où je me dirigeais, un détail distingué de temps à autre m'encourageant à progresser plus profondément encore dans la brume.
    Pas à pas, je me suis frayé un chemin et j'ai fini par me retrouver hors du bois, dans la lumière, sans savoir comment j'avais réussi à en sortir, à la fois soulagé et attristé pourtant d'en avoir fini.

    Temple Drake, fille d'un juge renommé, s'échappe de l'université en compagnie de Gowan Stevens, un jeune homme porté sur la bouteille. Son état d'ébriété avancée sera la cause de leur accident de voiture. Indemnes mais sous le choc, les deux tourtereaux trouvent refuge dans une vieille bicoque à l'écart de la route, qui s'avèrera être un repaire de trafiquants d'alcool de contrebande, commerce florissant dans cette Amérique de la Prohibition.
    Alors que Gowan, dans un état semi comateux, est emmené cuver dans une chambre à l'étage, Temple va se retrouver seule en compagnie d'un groupe d'individus peu recommandables, aux intentions peu louables.
    Pour elle, le cauchemar peut alors commencer.

    Ce qu'il se passe réellement dans ce roman, je serais bien embêté s'il me fallait l'exposer dans le détail car rien n'est jamais clairement énoncé. Faulkner use volontiers de l'ellipse et fait exploser la chronologie de son récit, laissant au lecteur le soin de recomposer certains pans de l'intrigue laissés volontairement dans le flou.
    Ajoutant à la confusion et à la tension permanentes, Faulkner place d'entrée son lecteur en présence d'une foule de personnages à peine esquissés, certains désignés de façon vague et indéterminée (« l'homme », « il », « elle »). Si bien qu'il est parfois difficile de savoir du premier coup de quel protagoniste il est question.
    Paradoxalement, au milieu de ce flou artistique, l'auteur peut parfois s'embarquer dans des descriptions d'une extrême précision. Généralement, il s'agit d'actions anodines qui, ainsi rapportées, finissent par sembler bien plus compliquées qu'elles ne le sont en réalité. J'ai en tête le souvenir de la description par le détail du mouvement de l'un des personnages, geste banal et insignifiant, décomposé à la façon d'une photo de Muybridge.
    Cette profusion de détails qui exige du lecteur une attention décuplée… pour finalement pas grand-chose. Faulkner ou de la minutie comme facteur de confusion !
    Il subsiste de cette aventure faulknérienne le récit noir et pessimiste de la face la plus obscure de la nature humaine. Quelle que soit la couche de la société à laquelle ils appartiennent, les personnages se révèlent des êtres veules, violents, demeurés, immoraux, corrompus. Aucun d'entre eux n'est pleinement défendable, pas même Temple, victime certes, mais qui n'en reste pas moins une sainte-nitouche allumeuse et capricieuse.
    En ne portant aucun jugement sur ses personnages, Faulkner rend son propos encore plus désespéré et désespérant. Impuissants, tous sont de simples jouets d'un destin sans espoir sur lequel ils n'ont aucune prise, à l'image du jeune avocat, Horace Benbow, engagé dans un combat perdu d'avance.
    Et c'est l'ironie du sort qui aura le dernier mot.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par mimipinson, le 07 août 2011

    mimipinson
    Il m'aura fallu une lecture commune, une vraie (celle que l'on choisi ensemble, sans se cacher, que l'on lit en même temps à son rythme, et pour laquelle on accepte d'échanger en temps direct ses impressions, ses doutes, ses incompréhensions pour mieux progresser et aborder une lecture délicate), pour qu'enfin j'ose aborder Faulkner .
    Seule dans mon coin, j'aurais probablement abandonné ce livre sans l'intelligence d'autres lecteurs qui n'ont pas peur, eux d'être influencés……
    Cela faisait longtemps que je voulais régler un « petit compte » comprenne qui voudra…..
    Faulkner, c'est de la littérature de haute volée, une littérature qui vous prend à la gorge. Ce n'est pas une petite lecture facile, ou comme disent certains, « une lecture détente ».
    Faulkner a bien un style, une patte. Il a une manière bien à lui d'emmener son lecteur et les racoins de l'âme humaine. Il a l'art de vous illuminer tout d'un coup sur une chose, et tout aussi vite de vous replonger dans le brouillard. Il suggère plus qu'il ne révèle. Il sait attendre avant de préciser les choses, laissant le lecteur de longs moments à ses doutes et questions.
    Faulkner ne nomme pas franchement les choses, ni les personnages ; souvent il multiplie les appellations….glisse des évènements anodins…
    La narration chez Faulkner est précis, et fourmille de détails .Les dialogues sont parfaitement adaptés aux personnages et aux situations.
    Le roman pose d'emblée l'ambiance générale. « Quelque part, caché, mystérieux, et pourtant tout proche, un oiseau lança trois notes, puis se tut. » Les trois coups avant la pièce de théâtre.
    On y boit beaucoup, l'alcoolisme fait partie du décor.
    André Malraux, dans sa préface prévient : « Sanctuaire est donc un roman d'atmosphère policière sans policiers, de gangs aux gangsters crasseux, parfois lâches, sans puissance. »
    Il ne faudra donc pas chercher dans ce roman de folles embardées, des rebondissements fracassants. le rythme n'est est pourtant pas lent ni ennuyeux, c'est seulement qu'il est construit à la manière d'un roman noir, avec comme toile de fond toute époque, tout un contexte social et sociétal.
    Il faut simplement accepter de se laisser aller, de se laisser perdre, de ne pas comprendre ou savoir pendant un moment, pour mieux se retrouver ensuite. Une lecture fine et attentive s'impose. Chaque mot, chaque ligne a son importance. Moi qui ne relis pas mes livres, me suis surprise à en relire des pans entiers et à découvrir des choses qui m'avaient échappées.

    Que vous dire de l'intrigue, si ce n'est qu'en dire si ce n'est un peu, c'est déjà trop en dire.
    Les personnages sont mystérieux, glauques, patibulaires, franchement antipathiques pour certains : Tommy, Popeye (drôle de nom, tout de même…..) Godwin…
    Seul Horace Benbow montre un visage « humain » ; c'est l'avocat, qui cherche à faire la lumière sur l'affaire, et qui croit encore à la justice. « Je ne puis rester les bras croisés quand je vois l'injustice… », Répond-il à sa sœur, petite bourgeoise.
    Et puis Temple Drake, fille de juge, étudiante qui se laisse embarquer par Gowan complètement ivre, et qui va échouer dans la pire bicoque qui soit….et ce sera descente aux enfers. Temple/Sanctuaire……faut-il y voir un lien. ?
    Elle reste un mystère pour moi, cette fille….pourquoi en arrive-t-elle là ? Pourquoi ne se sauve t-elle pas ? Qu4est-ce qui la retient dans ce bordel tenu par Miss Reba alors qu'elle fricote avec Red ? Pourquoi protège t-elle son bourreau ?
    Elle a d'emblé des comportements, et des attitudes quelques peu équivoques qui laissent penser au lecteur que les choses n'en resteront pas là…. « Sans cesser de courir, elle eut l'air de s'arrêter. le pan de son manteau qui battait derrière elle n'eut pas le temps de la rattraper ; toutefois, pendant une fraction de seconde, elle regarda Popeye en face avec un sourire aguichant et crispé qui découvrit ses dents. »
    Faulkner sème ici où la des idées, des détails qui semblent insignifiants, mais que l'on retrouve parfois longtemps après pour éclairer ou pour insister….Ce sont ces élément là qui me font affirmer que ce livre nécessite une lecture fine et attentive.
    Ce livre est un coup de cœur, non pas pour le scénario en lui-même, mais pour l'immense qualité littéraire, le style, et ce qu'il me laisse à l'esprit .Je relirai Faulkner, c'est certain.



    Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2011/08/sanctuaire.html
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    • Livres 4.00/5
    Par BlueGrey, le 27 août 2009

    BlueGrey
    "Sanctuaire" est un roman intense, noir et dur, inspiré d'un fait divers sordide. L'habileté du récit consiste à faire admettre, sans les moraliser, le viol d'une jeune fille, le meurtre d'un homme, le lynchage d'un innocent, soit des formes de violence extrême, les faits, difficilement soutenables, étant énoncés sans jamais porter de jugement de valeur.
    Mais plus que de l'histoire elle-même, la puissance du récit vient de sa construction, magistrale, et de son style, chaotique, tendu, qui ne laisse aucun répit au lecteur. Sa technique narrative est subtile, les chapitres se focalisent à tour de rôle sur le destin des différents protagonistes, et le noyau de l'intrigue n'est révélé qu'à la fin du roman. Pas même révélé d'ailleurs, puisque le lecteur doit plutôt le déduire, ce qui s'est réellement passé n'étant jamais dit explicitement, mais évoqué par bribes. Ce n'est que peu à peu que, l'intrigue se resserrant, les clés pour comprendre le déroulement des faits sont données. Cette construction non linéaire, avec sa chronologique bouleversée et sa narration disloquée, déroute certainement, mais force l'admiration devant son habileté, le lecteur restant incertain jusqu'au bout sur les faits. C'est un livre difficile, qui requiert une attention soutenue et qu'on lit partagé entre fascination et répulsion.
    « Temple ne vit pas, n'entendit pas s'ouvrir la porte de sa chambre. Au bout d'un instant, elle tourna par hasard les yeux de ce côté et y aperçut Popeye, son chapeau sur l'oreille. Sans bruit, il entra, ferma la porte, poussa le verrou, se dirigea vers elle. Tout doucement, elle se renfonça dans le lit, remontant jusqu'au menton les couvertures, et resta ainsi, anxieusement attentive aux gestes de Popeye. Il s'approcha, la regarda. Elle sentit son corps se contracter insensiblement, se dérober dans un isolement aussi absolu que si elle eût été attachée sur le clocher d'une église. Elle sourit à Popeye d'un pauvre sourire humble et gauche, découvrant l'émail de ses dents. »
    On referme ce livre sonné, à bout de souffle, exsangue, sans savoir comment en parler... J'ai attendu quelques jours, quelques semaines même, le temps de reprendre mon souffle et de chercher mes mots. Je ne suis pas sûre de les avoir trouvés. Mais l'impression généralement qu'il m'en reste aujourd'hui est un sentiment diffus et persistant de violence, de bassesse, de corruption, d'impuissance, de désespérance et... de consternation.

    Lien : http://descaillouxpleinleventre.blogspirit.com/archive/2009/06/08/sa..
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    • Livres 4.00/5
    Par Madamedub, le 13 mai 2011

    Madamedub
    «C'est Sanctuaire qui valut à Faulkner sa réputation d'auteur ténébreux et scandaleux. L'écrivain n'a-t-il pas tenu à inventer, selon son expression, "l'histoire la plus effroyable qu'on puisse imaginer" ? En réalité, il s'est inspiré d'un fait divers, survenu dans un night-club de la Nouvelle-Orléans : le viol d'une jeune fille avec un "objet bizarre", devenu un épi de maïs dans le roman, suivi d'une étrange séquestration. Dans un climat de violence, de bassesse et de corruption, remarquablement diffus et persistant, la jeune fille subit une sorte d'initiation au mal, à travers laquelle Faulkner livre son interrogation sur l'homme, avant de l'élargir et de la faire porter sur la société tout entière.»
    "Sanctuaire", c'est l'histoire de différents parcours "manqués", ou la lente descente aux Enfers de personnage cultivant l'art du "presque"...
    Après un accident de voiture, Temple et Gowan, jeunes étudiants, pas vraiment en couple, et presque bien sous tous rapports, cherchent de l'aide au près d'une maison isolée, qui se révèle être le repère d'un groupe de trafiquants d'alcool.
    Seule femme au milieu d'hommes plus ou moins dangereux, dont Goodwin, son mari, amoureux mais presque infidèle, Ruby tente vainement de faire comprendre à Temple les dangers qu'elle encourt au milieu de tous ces personnages rustres, sans que celle-ci ne comprenne les risques et les violences que déchaînent peu à peu ses minauderies.
    Alors que l'un d'entre eux, Tommy, est tué, Temple est enlevée par Poppeye, et commence alors pour elle le début d'une nouvelle vie. Victime d'un viol "raté", elle suivra son ravisseur, presque volontairement, de villes en villes, jusque dans une maison de passe, et finira par embrasser bon gré mal gré le visage de ce nouveau personnage qu'elle est devenue, en s'énamourant d'un autre malfrat.
    Alors que Poppeye est arrêté et pendu, pour un crime que paradoxalement cette fois-ci il n'a pas commis, nous comprenons "Sanctuaire" comme définitivement le portrait d'une société en mouvement, sous ses allures figées et arides.
    Si par exemple les Noirs sont toujours désignés comme les accusés idéaux d'un état corrompu, le couple que Goodwin, emprisonné à tort pour le crime de Tommy, forme avec Ruby, n'en est pas moins l'un des plus forts.
    Et Ruby, l'ancienne prostituée, qui rudoie les manières polies et policées de Temple, s'avère être finalement un personnage infiniment plus fort et poétique que celui de la jeune fille.
    Si aucun de ces personnages, ni aucune de ces situations, n'est pleinement entière, "Sanctuaire" n'en est pas moins un roman fort et étouffant, qui soulève une nouvelle fois le rideau des moeurs de ces états sudistes conservateurs, et cela sans aucune concession.
    "Sanctuaire" n'est pas le roman de la pureté, ou de la sainteté, mais plutôt son linceul. Cette affirmation, en rien nihiliste, est celle d'une force réaliste et lucide, seulement jamais là où on l'attend, au sein d'une société pesante et asphyxiée.

    Lien : http://www.madamedub.com
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 16 août 2008 Première phrase du livre

    incipit :
    Caché derrière l'écan des broussailles qui entouraient la source, Popeye regardait l'homme boire. Un vague sentier venant de la route aboutissait à la source. Popeye avait vu l'homme, un grand sec, tête nue, en pantalon de flanelle fatigué, sa veste de tweed sur le bras, déboucher du sentier et s'agenouiller pour boire à la source.
    La source jaillissait à la racine d'un hêtre et s'écoulait sur un fond de sable tout ridé par l'empreinte des remous. Tout autour s'était développée une épaisse végétation de roseaux et de ronces, de cyprès et de gommiers, à travers lesquels les rayons d'un soleil visible ne parvenaient que divisés et diffus. Quelque part, mystérieux, et pourtant tout proche, un oiseau lança trois notes, puis se tut.
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  • Par BlueGrey, le 27 août 2009

    Temple ne vit pas, n'entendit pas s'ouvrir la porte de sa chambre. Au bout d'un instant, elle tourna par hasard les yeux de ce côté et y aperçut Popeye, son chapeau sur l'oreille. Sans bruit, il entra, ferma la porte, poussa le verrou, se dirigea vers elle. Tout doucement, elle se renfonça dans le lit, remontant jusqu'au menton les couvertures, et resta ainsi, anxieusement attentive aux gestes de Popeye. Il s'approcha, la regarda. Elle sentit son corps se contracter insensiblement, se dérober dans un isolement aussi absolu que si elle eût été attachée sur le clocher d'une église. Elle sourit à Popeye d'un pauvre sourire humble et gauche, découvrant l'émail de ses dents.
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  • Par csapin, le 23 mars 2011

    Un monde inégal, puissant, sauvagement personnel, non sans vulgarité parfois. Monde où l'homme n'existe qu'écrasé. Il n'y a pas d'"homme" de Faulkner, ni de valeurs, ni même de psychologie, malgré les monologues intérieurs de ses premiers livres. Mais il y a un Destin dressé, unique, derrière tous ces êtres différents et semblables, comme la mort derrière une salle des incurables. Une obsession intense broie en les heurtant ses personnages, sans qu'aucun d'eux l'apaise ; elle reste derrière eux, toujours la même, et les appelle au lieu d'être appelée par eux.

    Préface d'André Malraux
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  • Par csapin, le 23 mars 2011

    Mais il savait bien que tout cela n'était que des mots. Et il se rendait compte qu'elle s'en doutait aussi, grâce à cet irrésistible penchant qui porte les femmes à suspecter tous les actes d'autrui - penchant qui paraît n'être qu'affinité avec le mal, mais qui est, en réalité, une forme pratique de la sagesse.
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Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Dean Faulkner Le Sud des Etats-Unis fut celui de l'esclavage et des grandes plantations, du Ku Klux Klan et des chrétiens fondamentalistes. Mais elle est aussi le berceau du jazz et du blues. François Busnel se rend à Fripp Island, en Caroline du Sud, pour y rencontrer Pat Conroy. Puis il rejoint Memphis, dans le Tennessee où il retrouve l'auteur de polars Ace Atkins. De là, il se rend en voiture à Oxford, dans le Mississippi, où William Faulkner avait élu domicile, en 1931. A Oxford vit également le romancier Tom Franklin. Il rencontre aussi Thomas H. Cook, auteur de polar natif du Sud. Arrivé à La Nouvelle Orléans, l'écrivain Eddy Harris entraîne François Busnel dans les quartiers détruits par l'ouragan Katrina. Dans un bayou proche de La Nouvelle-Orléans, François Busnel rencontre John Biguenet, écrivain américain d'origine acadienne.








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