Je pensais naïvement que les récits de
Faulkner ne se déroulaient que dans le fameux comté faulknérien de Yoknapatawpha dans le Mississippi, et ce recueil de nouvelles, "
Treize histoires", s'il ne déroge pas totalement à la règle puisque la deuxième partie de ce recueil a bien pour toile de fond la région de Jefferson, transporte le lecteur, une première fois, en Europe à la fin de la Première Guerre mondiale, et, pour sa dernière partie, en Italie plus particulièrement, pour finir par une ultime nouvelle étonnante, proche de la poésie, effaçant tout paysage, tout point de repère, mais paradoxalement intitulée « Carcassonne. »
Si le génie de
Faulkner a transformé l'art romanesque du XXe siècle, il a sûrement transformé les codes de la nouvelle. Car l'éternelle ou réglementaire chute finale ne vient pas. La surprise arrive à cause de cette absence d'un schéma narratif normé et formaté. le récit faulknérien, bien que traitant de thèmes universels et bien que s'appuyant sur les plus belles œuvres de la littérature, ne cherche pas à clore la narration, car un récit en appelle un autre, comme un père appelle un fils, comme des ancêtres appellent une lignée. L'œuvre de
Faulkner s'apparente à un éternel recommencement, l'éternel retour de
Nietzsche, d'une humanité lancée rageusement vers un avant improbable, mais ne voyant pas qu'elle ne fait que tourner sur elle-même.