> Élisabeth Guertik (Autre)
> Georges Philippenko (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253018252
Éditeur : Le Livre de Poche (1977)


Note moyenne : 4.45/5 (sur 96 notes) Ajouter à mes livres
« Est-il possible de croire? Sérieusement et effectivement? Tout est là. » Stavroguine envoûte tous ceux qui l'approchent, hommes ou femmes. Il ne trouve de limite à son immense orgueil que dans l'existence de Dieu. Il la nie et tombe dans l'absurdité de la liberté pour... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par nastasiabuergo, le 22 avril 2012

    nastasiabuergo
    Dostoïevski s'attelle à un immense canevas qu'il est difficile de définir en deux mots et dont les limites semblent elles-mêmes assez floues. Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par un extrait, issu de la bouche de Stepan agonisant, qui me semble révélateur avant de commenter:
    « Ces démons qui quittent (NB: l'auteur vient de citer le passage correspondant dans les évangiles, pour ceux que cela intéresse, il s'agit de l'épisode du démoniaque gérasénien dans les évangiles de Marc, Matthieu ou Luc) le malade pour entrer dans les pourceaux, ce sont tous ces ulcères, ces miasmes, toute cette pourriture, tous ces démons grands et petits, qui s'étaient accumulés dans notre chère et grande malade, notre Russie, depuis des siècles, des siècles. Oui, cette Russie, que j'aimais toujours. Mais une grande pensée, une volonté supérieure descendront d'en haut sur elle comme sur ce possédé, et tous ces démons, cette pourriture, cette plaie qui suppure... la quitteront... et demanderont qu'on leur permette d'entrer dans les pourceaux. Il se peut même qu'ils y soient déjà entrés! C'est nous, nous et ces autres: Petroucha... et les autres avec lui et moi, peut-être, à leur tête... et nous nous jetterons tous, possédés et insensés, dans la mer et nous seront noyés, et ce sera bien fait, car nous ne sommes bons qu'à cela. Mais la malade guérira et s'assiéra aux pieds de Jésus... »
    On comprend bien je pense le message que cherche à faire passer Dostoïevski. En ces années 1870, la Russie connaît des troubles, l'ancien ordre établi vacille (notamment depuis l'abolition du servage en 1861), la religion vit une crise et les ferments de la révolte "à la française" commencent à voir le jour. Des opportunistes de tous poils cherchent à souffler sur les étincelles à coups d'idéologies (socialiste, nihiliste, autres) pour mettre le feu à la Russie et se saisir du pouvoir quitte à s'adonner au bain de sang. L'aristocratie déchue et proche de la ruine (suite au partage des terres) n'y est pas étrangère. C'est donc ce faisceau de craintes et de menaces que l'auteur essaie de dépeindre dans cet étrange ouvrage, mi politique, mi social, mi romantique, mi mystique (les amateurs de Pagnol noteront que comme César, moi aussi j'ai 4 tiers dans mon cocktail). L'auteur bâtit un scénario à échafaudage animé d'une myriade de personnages (les noms russes avec double prénom, à la longue, finissent par tous se ressembler, je vous conseille de mettre un repère à la page de présentation des personnages, ça vous sera utile jusqu'au bout) dont les principaux semblent être Nikolaï Vsévolodovitch Stavroguine et Petr Stépanovitch Verkhovensky. le premier symbolisant l'aristocratie décadente, le second, les classes supérieures arrivistes semant le trouble, l'ensemble constituant Les Démons dont la Russie possédée devra se débarrasser pour recouvrer sa sérénité séculaire.
    En somme, une lecture un peu alambiquée, mais pas désagréable, on ne sait pas trop où l'auteur nous emmène, mais il nous emmène. Un séjour en apnée dans la demie folie ambiante de presque tous ses personnages, parmi Les Démons de la Russie tsariste. Tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Gregory_Lemarchand, le 09 mai 2011

    Gregory_Lemarchand
    "Tout le monde était réuni dans le salon de Varvara Pétrovna. Celle-ci, nauséeuse, tournait la tête en tout sens. Son regard, vitreux, allait de Lisavéta Nicolaïevna (dont le teint était jaunâtre, et qui alternait les crises de rires et de larmes, indiquant l'imminence d'une attaque de nerf) au Capitaine Lébiadkine, ivre mort sur le tapis persan. Stépane Trophimovitch, quant à lui, cherchait désespérément à capter le regard de Varvara Petrovna. Il s'agitait inutilement, en proie à des sueurs froides et des étourdissements. du reste, ses mains tremblaient. Dans son coin, Chatov se tenait les yeux baissés, la main au front, respirant par la bouche comme si, après sa stupéfiante sortie à l'encontre de Stavroguine, il peinait à retrouver son chemin parmi les vivants. Moi-même, la tête me tournait et j'avais des hallucinations. Nous nous demandions tous pourquoi Nicolaï Vsevolodovitch, que l'on pensait fou, était parti si promptement avec Maria Timophéïevna, à qui il manquait positivement une case. Soudain, un inconnu entra par la porte restée ouverte :
    "-Salut, ça va ? Je suis Piotr Stépanovitch Verkhovensky, et je pète le feu !"
    C'est à ce moment-là que les choses commencèrent à se dégrader pour nous."
    Publié en 1871, c'est à dire après "L'Idiot" et avant "les Frères Karamasov" (avec pleins d'autres que j'ai pas lu au milieu), "Les Démons" narre les exploits pathétiques d'un obscur groupuscule révolutionnaire complotant la mise à sac de la Russie depuis une province rurale en s'appuyant sur la veulerie et le laxisme du pouvoir local.
    Cependant, cet énième pavé de Dostoïevski fut avant tout la victime de la folie d'un homme : Albert Camus. Car, non content de se tromper de titre (il l'a traduit "Les possédés", bouh le nul), Camus (et je tiens à préciser que j'assène ce qui va suivre en m'appuyant sur une absence absolue de preuve digne du BHL des grands jours), Camus, disais-je, a tout fait pour en changer le sens. En effet, pour peu qu'on soit muni de deux yeux, d'un cerveau, et d'un recul politique qui confinerait à la sagesse s'il ne s'agissait pas tout simplement de paresse, "Les Démons" apparaît comme une oeuvre foncièrement réactionnaire. Tournant le dos à sa jeunesse délurée, Dostoïevksi y attaque de plein fouet le milieu révolutionnaire russe contemporain, portant au passage l'anathème sur leurs permissifs aînés, jugés traîtres à la patrie pour cause de libéralisme intellectuel.
    Or, fourbe comme la plupart des socialistes et désireux de faire du roman une arme dans sa croisade contre le PCF, Camus a voulu y voir la condamnation prophétique des dérives du totalitarisme, ce qui revient grosso modo à prendre la vache qui rit pour Hellboy sous prétexte que c'est rouge avec des cornes. Comme quoi, on peut être prix Nobel de la littérature et raconter bien des conneries.
    Quoi qu'il en soit, une fois les oeillères camusiennes dénoncées pour ce qu'elles sont, que reste-t-il de ces "Démons" ? Eh bien, on peut envisager cette oeuvre comme le pendant spéculaire de "Crime et châtiment", dans lequel absolument tous les personnages se mettraient à perdre la tête, sauf Raskolnikov. En effet, bien que les névroses, crises de nerfs, vertiges, et autres malaises vagaux soient le pain quotidien du personnage dostoïevskien, il y a dans ce roman une espèce d'épidémie d'hypocondrie générale et permanente, qui va du petit passage à vide (le narrateur) à la bonne vieille bouffée délirante (Stavroguine), à l'exception notable et unique du chef des méchants, qui tient la forme, merci pour lui. Pour vous donner une idée, dans ce roman, l'expression "fièvre chaude" est quatre fois plus occurrente que la lettre "e", ce qui fait à George Pérec une sorte de fussoir.
    En outre, Dostoïevski se départ de la finesse psychologique qui a fait sa réputation pour adopter la main parfois lourde du caricaturiste. Dans "Les Démons", tous les personnages, en plus d'être malades, se révèlent médiocres. D'abord, bien sûr, les révolutionnaires, dont la réunion secrète évoque le chaînon manquant entre le situationnisme et "la Vie de Brian", mais aussi l'élite russe, aussi bien politique qu'intellectuelle, puisque la bêtise de la première n'a d'égale que la pédanterie de la seconde. Alors, certes, la puissance satirique a le mérite de détendre une atmosphère particulièrement tourmentée, mais elle finit tout de même par se retourner contre les idées de l'auteur, puisque, à force de férocité, on en vient à se demander ce qu'il souhaite préserver d'une telle société.
    Ceci étant, "Les Démons" se suit avec entrain, grâce à sa nature fait-divero-mélodramatique, et, bien entendu, au style de son auteur, qui se trouve ici, à l'image du tempérament maladif de ses personnages, exacerbé.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Yantchik, le 22 novembre 2010

    Yantchik
    Prenez Stavroguine, le personnage le plus indifférent, le plus blasé (entendez par là le plus nihiliste) de toute l'histoire de la littérature, du genre par exemple à mettre deux doigts dans les narines d'un vieillard à une soirée et à le faire se balader comme ça sans aucune raison, gratuitement. Ajoutez un jeune idéologue révolutionnaire qui veut le prendre comme exemple afin de tout renverser. Laissez graviter autour de ce dernier d'autres individus tous plus farfelus les uns que les autres, dont un par exemple qui considère dieu et le fait de se donner la mort comme de la pure logique (cf. Le mythe de sisyphe d'Albert Camus qui en parle). Et vous obtenez Les possédés (ou Les Démons, selon la traduction).
    Ce roman, abordant donc le nihilisme, est effectivement le plus fort sur ce thème qu'il m'ait été donné de lire. Stavroguine, en bon personnage dostoïevskien, dégage une telle puissance dans sa manière de prouver l'absurdité de la vie ! On en ressort assez lucide avant de se rendre compte qu'il y a quand même quelques petits plaisirs de vie ici-bas échappant à toute cette négativité (peut-être par exemple la littérature ;)), ouf !
    Je vous conseille plutôt la traduction de l'édition du Livre de poche, j'avais commencé avec celle de Folio mais n'avais pas accroché (d'autant plus que le beau portrait de l'édition du Livre de poche correspond vraiment bien).
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    • Livres 4.00/5
    Par zorazur, le 13 novembre 2011

    zorazur
    Ils sont très rares, les romans d'une telle densité, où l'auteur crée autant de personnages d'égale importance, en dresse autant de portraits aussi fouillés, aussi approfondis, aussi proches du lecteur que l'on peut l'être. Il réussit ce tour de force où chacun s'y retrouve. Quant à savoir qui est le héros du roman ... je ne saurais le dire tant chaque personnage est un rouage essentiel et porte sa prpre énigme. Kirilov ? Stavroguine ? Stepane Trophimovitch ? Varvara Petrovna ? Quel que soit le lecteur, il porte en lui un peu de chacun d'entre eux.
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    • Livres 5.00/5
    Par Hindy, le 23 décembre 2010

    Hindy
    Description impressionnante 50 ans avant des systèmes totalitaires Nazi et Soviétique.
    Prophétique et effrayant !
    A LIRE !
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Citations et extraits

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  • Par zorazur, le 13 novembre 2011

    - Vous aimez les enfants ?
    - Oui...
    - Par conséquent, vous aimez aussi la vie ?
    - Oui, j'aime la vie, pourquoi ?
    - Mais vous êtes décidé à vous brûler la cervelle ?
    - Eh bien ? Quel rapport y a-t-il ? la vie est une chose, la mort en est une autre. La vie existe, la mort n'existe pas.
    - Vous croyez donc maintenant à la vie future éternelle ?
    - Non, pas à la vie future éternelle, mais à la vie éternelle ici même. Il est des instants, vous arrivez à des instants, où le temps s'arrête soudain et le présent devient éternité.
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  • Par velvetunderground, le 09 avril 2012

    Je ne vous souhaite pas beaucoup de bonheur : vous vous ennuieriez. Je ne vous souhaite pas non plus de malheur ; mais à la suite de la philosophie populaire, je répète simplement "vivez davantage" et tâchez de ne pas trop vous ennuyer ; ce vain souhait je l'ajouterai cette fois de ma part. Eh bien, adieu, et adieu pour de bon. Et ne restez pas devant ma porte, je n'ouvrirai pas.
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  • Par Jdo, le 25 décembre 2011

    - Qu’avez-vous, s’écria-t-il tout à coup, fixant presque avec terreur Tikhon. Celui-ci
    était debout devant lui, les bras tendus en avant ; une convulsion rapide contracta
    son visage horrifié.

    - Qu’avez-vous ? qu’avez-vous ? répétait Stavroguine s’élançant vers lui pour le
    soutenir. Il lui sembla que le prêtre allait tomber.

    - Je vois... je vois clairement, s’écria Tikhon d’une voix pénétrante et qui exprimait
    une souffrance intense, je vois que jamais, malheureux jeune homme, vous
    n’avez. été aussi près d’un nouveau crime, encore plus atroce que l’autre.
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  • Par Piling, le 27 août 2008 Première phrase du livre

    incipit :
    En entreprenant de raconter les récents et si étranges événements survenus dans notre ville qui jusqu''alors ne s'était distinguée en rien, je suis obligé, faute de savoir-faire, de remonter un peu en arrière, c'est-à-dire de commencer par quelques détails biographiques sur le talentueux et très honoré Stepan Trofimovitch Verkhovenski. Que ces détails servent seulement d'introduction à la présente chronique ; l'histoire proprement dire que j'ai l'intention de raconter ici est encore à venir.
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  • Par Austral, le 14 novembre 2011

    Près de la porte cochère où Chatov était allé l'accompagner, elle ajouta encore :
    - Vous m'avez fait rire pour le restant de mes jours ; je ne prendrai pas d'argent de vous... J'en rirai encore en rêve, cela me suffit. Je n'ai jamais rien vu de plus comique que vous cette nuit.
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