Passion Russie, c'est ainsi que j'aurais pu intituler ce billet, c'est
Dominique Fernandez qui nous invite auprès du
"plus puissant romancier de
Tous les temps". Sa lecture à 15 ans de
Guerre et Paix l'a laissé à jamais amoureux de la Russie et de
Tolstoï " un
Zola, aussi puissant mais mille fois plus artiste, qui aurait trempé sa plume dans l'encre de
Flaubert..."
Dominique Fernandez, sans faire oeuvre de biographe, il revient sur différents épisodes de la vie de l'écrivain, sa jeunesse libertine, son mariage et ses malentendus, sa révolte contre la richesse, celle d'un homme qui se reproche sans cesse de " mener une vie contraire à ses idées " et nous fait bien sentir le contraste violent entre sa vie réelle et sa soif d'absolu.
Il revient en détail sur les romans et les nouvelles avec un grand talent pour nous les rendre proches, intelligibles, accessibles, en faire ressortir les détails, les particularités.
Rien d'étonnant de consacrer de longues pages à
Guerre et Paix, "le plus complet des romans jamais écrits"
Quand on parle de littérature russe il est fréquent d'opposer
Tolstoï et
Dostoievski, Georges Steiner l'a fait avec érudition et brio, et
Dominique Fernandez se livre aussi à l'exercice.
Il trouve que
Dostoievski est en permanence dans l'outrance alors que pour lui
Tolstoï a "cette qualité unique dans la littérature romanesque de dire tout ce qui est et seulement ce qui est".
Rien d'étonnant de consacrer de longues pages à
Guerre et Paix, "le plus complet des romans jamais écrits"
Il n'hésite pas à en dévoiler les faiblesses (le livre IV) mais cela ne diminue en rien son admiration "Je ne crois pas que, dans toute l'histoire de la littérature, on puisse trouver un autre écrivain qui ait placé ainsi sa confiance dans la force de ce qui est dit plutôt que dans la façon de le dire"
Il aime la capacité de
Tolstoï à nous rapprocher de ses personnages en quelques mots, sa facilité à parler comme eux et il nous fait partager cela dans plusieurs exemples par lesquels il nous montre que "
Tolstoï lui seul s'assied tranquillement au gouvernail et raconte ce qui arrive, sans grossir les événements, sans dire plus que ce qui est, sans se mettre en valeur par des recherches d'écriture, sans chercher d'aucune façon à paraître original. Il reste de plain-pied avec la vie, avec les choses, avec nous ".
Les pages consacrées à
Anna karénine sont passionnantes, il admire l'écriture " Il ne dépose jamais sa plume fine pour souligner au fusain. Il ne cherche pas à frapper, à retenir. Il nous éloigne peu à peu du rivage et, captivé par l'immensité de la haute mer dont le spectacle change sans cesse tout en demeurant le même, nous ne pensons plus au but du voyage "
Fernandez présente aussi les écrits derniers, ceux où l'auteur devient un peu trop prédicateur aveuglé par ses tourments religieux et moraux.
Depuis son roman sur la mort de Tchaïkovski et son Dictionnaire amoureux on connaît la passion de
Dominique Fernandez pour la Russie et
Tolstoï en particulier. J'aime beaucoup qu'on me parle de mes écrivains préférés, j'aime les lire bien entendu, mais j'apprécie également qu'un autre me les dévoile, me permette parfois de les lire autrement ou attire mon attention sur l'aspect d'une oeuvre que je n'ai pas su voir.
Cet excellent livre est une belle réflexion sur la création littéraire et le cheminement qui va d'Homère à
Tolstoï et des tragiques grecs à
Dostoïevski.
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