La guerre, son éternel recommencement, son lot d'obsessions tenaces, de souvenirs engendrés, de victimes. Après L'Élégance des veuves et Grâce et Dénuement, Alice Ferney revient sur un thème déjà bien emprunté dans la littérature, de Roland Dorgelès à Henri Barbusse, de... > voir plus
Formidable récit décrivant l'histoire d'un famille landaise dans le déroulement de la première guerre mondiale. le choix du style un peu désuet donne une authenticité supplémentaire : on ne s'exprimait pas en 1914 comme en 2009. Une fois entré dans la lecture et dans l'époque, on ne peut véritablement plus lâcher ce livre.
Cette histoire aurait très bien pu être celle de nos grands-parents et arrières grands parents, la Grande Guerre a meurtri toutes les familles françaises, en laissant des traces indélébiles longtemps après. Ici, elle est racontée de l'intérieur, par ceux qui la vivent : ni à la façon des historiens ou des statisticiens, qui analysent et commentent avec recul en évaluant le nombre effarant des victimes, ni même à la façon de ceux qui l'ont vécue, sous la forme d'un témoignage, nécessairement auto censuré et exprimé longtemps après les faits. Elle est racontée par ceux qui la vivent, au quotidien, sous le feu de l'ennemi, et qui ne savent donc pas s'ils seront encore là demain ou dans l'heure qui suit. Par ceux qui exécutent les ordres et qui s'efforcent de tenir des positions au péril de leur vie, pour obéir à des stratégies militaires qu'ils ne comprennent pas.
On s'attache rapidement aux héros de l'histoire : le soldat envoyé au front, la femme aimante et la mère acariâtre restées seules à la ferme, les camarades de combat, et le chien, qui traverse la France entière pour retrouver son maître. Ce récit à plusieurs voix (y compris celle du chien Prince, personnage à part entière, d'une intelligence supérieure et doué d'émotions) est aussi l'entrecroisement de plusieurs histoires d'amour : entre Jules et Félicité, les époux séparés par la guerre, entre Jules et son chien, inséparables.
La magnifique écriture d'Alice Ferney fait encore mouche pour évoquer l'absurdité de la guerre, la dureté, la solitude, mais aussi le courage des femmes restées seules, l'amour conjugal, l'amour d'un chien pour son maitre... On se laisse bercer par la magie de sa plume !
Alice Ferney met en scène un jeune landais appelé sous les drapeaux en 1914. Que va devenir sa jeune épouse enceinte ? Comment son chien Prince va traverser les champs de bataille pour le retrouver et devenir chien de guerre ? Qu'est-ce qui fait tenir cet homme dans l'enfer des tranchées ? Alice Ferney nous le conte finement. Dans cette guerre, elle évoque les liens qui se tissent entre compagnons d'armes, mari et femme, parents et enfants, homme et animal. Liens précieux qui permettent de survivre.
La description de la guerre est prenante. Ce livre m'a fait prendre conscience de ce qui a pu être vécu par les poilus. C'est dur mais c'est beau et ça vaut le coup d'être lu.
Abandon. Malgré l'intérêt que je porte à cette auteur et au sujet, je n'ai pas réussi à entrer dans ce roman.
J'ai aimé en revanche "Grâce et dénuement", "les autres", "Le ventre de la fée", "L'élégance des veuves"...
Les naissances sont des instants que le corps et l'esprit unis scellent dans la memoire. Elle se plia au rituel : s'allongea, pensa à respirer paisiblement, commença d'ecouter son corps comme savent le faire les femmes, allant vers lui pour le deviner, connaître son projet, le suivre avec son âme. Elle se remit à lui toute entière, comme on se remet à son coeur quand il aime et qu'il n'y a plus rien à comprendre. Elle attendit qu'advienne en elle - pour elle et au-delà d'elle - une oeuvre de la chair. : une vie supplémentaire venue emplir la sienne, un pas à côté du sien, un souffle d'enfant qui dort, une merveille.
Alors les femmes restèrent seules. Sur le versant silencieux de la guerre : non pas sous l'orage d'acier mais dans le ruissellement des pleurs, loin du pétillement de la bataille mais dans l'attente anxieuse de ses effets, là où se froisse un visage quand arrive un papier timbré, où une larme se fraye son chemin dans une chevelure jusqu'à l'oreiller.
Jules avait refermé la porte derrière lui. Il était resté quelques secondes l'oreille collée au bois, écoutant le silence qui s'était fait dans sa chambre. Il n'entendait rien. Alors seulement il était parti, et la bête soumise, blessée par chaque pas du maître qui s'éloignait, s'était mise à souffrir.
Dieu ? appela Jules avec sa voix du dedans. Nous vois-tu nous aimer ? Nous vois-tu nous quitter ? Pourquoi nous faut-il vivre ce jour ? Félicité remettait sa coiffure en ordre. Jules enlevait les brins de paille collés aux vêtements. Tu verses la paix en moi et c'est à la guerre que je pars, murmura-t-il. Pouvait-elle encore lui faire des reproches ? L'amour viril avait gagné son absolution. Elle l'attrapa pour l'embrasser.
Félicité sentait croitre en elle , en même temps que l'enfant qu'elle portait, une haine de la guerre qui était amour de la vie.
Et bien qu'elle n'en soufflât mot , elle était en cela un esprit insoumis, une résistante.