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ISBN : 2330012594
Éditeur : Actes Sud (2012)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.54/5 (sur 398 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l’impulsion de ses nouveaux gérants. À la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le contine... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 27 août 2012

    nadejda
    Le roman débute par une photo, prise pendant une journée caniculaire de l'été 1918, dans la cour de l'école du village où un photographe ambulant a tendu un drap blanc entre deux tréteaux, Marcel contemple d'abord le spectacle de sa propre absence. «Tous ceux qui vont bientôt l'entourer de leurs soins, peut-être de leur amour, sont là mais, en vérité, aucun d'eux ne pense à lui et il ne manque à personne.»
    Marcel Antonetti, pas encore né, est absent sur la photo prise l'été en 1918 et il deviendra le fils d'un autre absent sur cette même photo, son père, «fait prisonnier dans les Ardennes au cours des premiers combats qui travaille depuis le début de la guerre dans une mine de sel en Basse-Silésie».
    Ce père rentrera au village en février 1919 afin que Marcel puisse voir le jour. «Ses cils ont brûlé, les ongles de ses mains sont comme rongés par l'acide et l'on voit sur ses lèvres craquelées les traces blanches de peaux mortes dont il ne pourra jamais se débarrasser.»

    Toute l'histoire des membres de cette famille, ceux qui sont sur la photo et leurs descendants est dès le départ placée sous le signe de la décomposition et de l'absence.
 S'absenter du monde, en détourner le regard en se réfugiant dans ce village Corse qui les a vu naître et qu'ils avaient essayé de quitter, comme le feront Marcel Antonetti et son petit-fils Mathieu, ne les empêchera pas d' être rattraper par la corruption, envahis par des nécroses qui naissent de l'extérieur mais aussi du tréfonds de l'âme de chacun des protagonistes de cette histoire sombre. Les Empires romain, coloniaux sont gangrénés et comme les corps ils naissent, vivent et finissent par s'écrouler et disparaître sans que les hommes voient venir leur fin parce qu'ils préfèrent ne pas en découvrir les prémices annonciateurs et réaliser qu'ils y ont tous participé.
    Je retiens au milieu de cette sombre beauté celle plus lumineuse d'Aurélie la soeur de Mathieu qui part en Algérie faire des fouilles à Annaba, anciennement Hippone dont Augustin fut évêque.
    Elle reviendra elle-aussi dans son village mais elle aura intériorisé ses déceptions et aura gagné en lucidité sur les autres et sur elle-même.
    
«Aurélie comprenait qu'il n'y avait qu'un endroit où elle pourrait vivre librement sa relation avec Massinissa (algérien qui participe avec elle aux fouilles) et cet endroit n'était ni la France, ni l'Algérie, il relevait du temps, non de l'espace, et n'était pas situé dans les limites du monde. C'était un morceau de Ve siècle, qui subsistait dans les pierres effondrées d'Hippone où l'ombre d'Augustin célébrait encore les noces secrètes de ceux qui lui étaient chers et ne pouvait s'unir nulle part ailleurs.»
    Si elle-aussi s'absente, elle le fait en sachant pourquoi :
    «Elle ne lui laissa pas de lettre. Elle ne voulait pas lui laisser autre chose que son absence car c'est par son absence qu'elle hanterait Massinissa pour toujours, comme le baiser d'une princesse disparue hantait encore le roi numide qui portait son nom.»
    Massinissa fut le roi numide qui intégra Hippone à son royaume et Aurélie est la seule qui en elle-même réunit des mondes disparus comme elle relie au sein de sa famille les différentes générations.

    «Le sermon sur la chute de Rome» est d'une grande force et l'on n'échappe pas à son emprise. J'en ferai une seconde lecture pour en apprécier encore plus l'écriture en sachant qu'elle n'en adoucira pas l'effet corrosif.
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    • Livres 5.00/5
    Par ferdi, le 28 octobre 2012

    ferdi
    On dit d'un grand roman que sa lecture nous partage entre l'envie de le dévorer et celle de le faire durer : ici, je ne sais pas combien de fois j'ai remonté le cours des longues phrases pour me laisser de nouveau dériver… Il faut dire que la prose au long phrasé de Jérôme Ferrari ne manque pas d'oxygène, elle se déroule majestueusement, respire à pleins poumons et se parcourt avec délectation. Tout un petit monde corse aux codes excentriques et tragi-comiques se révèle entre les virgules, l'immersion totale est garantie dans cet univers îlien. Saga familiale ou histoire d'un petit bistrot corse, parfois on ne sait plus trop quel angle la narration adopte mais peu importe, le plaisir est jubilatoire. Des personnages cocasses traversent le récit et ravissent le lecteur, les anecdotes croustillent, l'humour effleure, avant que l'inéluctable tragédie n'anéantisse tout ce beau monde, car il s'agit bel et bien de mondes dont Jérôme Ferrari relate l'existence.
    Un superbe roman, à l'écriture limpide et moderne, agrémenté de références à Augustin d'Hippone qui font écho et donnent le tempo à la narration, avant de finaliser une belle envolée lyrique.
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 08 avril 2013

    carre
    Je termine avec regret ce très beau roman de Jérôme Ferrari qui avec ce « Sermon sur la chute de Rome » m'a réconcilié avec les prix décernés au début de l'Automne. Car Ferrari que je lis pour la première fois, livre un texte à la fois ambitieux mais aussi accessible me semble t‘il. A travers la destinée de jeunes gens dans un village corse qui décident de lui redonner vie en reprenant le café, tournant le dos à des études qui semblaient leur sourire, Ferrari se sert de cette histoire somme toute banale, pour démontré la naissance, l'apogée puis la fin d'un monde. D'une écriture dense, il mène son récit de façon remarquable. de Mathieu à Libero mais aussi surtout grâce à Aurélie, il donne chair et densité à ces personnages. Je me suis même autorisé à lire à voix haute certains passages tant leur musicalité et leur longueurs étaient un plaisir à lire. (Je vois déjà les moqueries, mais j'assume). Une escapade corse à la hauteur de l'ile, belle et généreuse. Et la découverte d'un brillant romancier.
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    • Livres 4.00/5
    Par litolff, le 21 septembre 2012

    litolff
    Tragédie classique aux accents apocalyptiques dans un petit village corse.
    Jérôme Ferrari m'avait enchantée dans son précédent roman, « Où j’ai laissé mon âme », et cette fois-ci encore son écriture m'a enthousiasmée : ses phrases peuvent faire une page comme une demi-ligne et dans tous les cas, il vise juste et il captive.
    J'ai beaucoup aimé cette histoire, assez sordide, il faut le dire, d'ambitions et de rêves effondrés, cette histoire pathétique de jeunes types immatures, incapables d'affronter la réalité et de percevoir l'inanité de leurs rêves.
    Matthieu, jeune corse « parisien » autocentré, étudiant en philosophie s'associe à Libero, jeune corse « local » étudiant en lettres, pour reprendre le bar du village et redonner vie à la région… beau projet, oui mais, quand l'alcool, le sexe et la bêtise s'en mêlent, les choses peuvent se gâter. Parallèlement au parcours chaotique de Matthieu, on suit celui de Marcel, son grand-père, un rescapé du siècle qui a vu ses mondes s'effondrer.
    Et puis il y a Saint-Augustin, son sermon, la chute de Rome, et c'est là où j'ai trouvé que la comparaison était certes audacieuse, mais quand même pas mal tirée par les cheveux ! Avait-on besoin de Saint-Augustin pour décrypter le message et ses retombées philosophiques ? Je n'ai pas trouvé que les références augustines ( ?) étaient indispensables et elles ne m'ont pas particulièrement parlé …
    Il n'en reste pas moins un texte magnifique pour raconter une histoire pathétique et universelle.
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    • Livres 4.00/5
    Par nathalia1307, le 11 septembre 2012

    nathalia1307
    Tout d'abord, je survolerai l'intrigue, je me limiterai à mes impressions. J'ai été happée par les cent premières pages. le premier chapitre m'a coupé le souffle, m'a fait frissoné, certaines phrases se lisent à haute voix, tant elles sont belles et longues. La lecture est intense et pas très evidente.

    Il règne dans ces lignes comme une ambiance d'apocalypse, c'est inquiétant, le roman est-il ainsi tout du long ??? le rapprochement avec la bible est facile, et ne fuyez pas car même s'il est question d'un sermon tenu en 410 par un évèque, Saint Augustin à Hippone, le texte religieux est amené bien à propos comme un pont entre le passé et le présent, l'idée est de se dire c'était déja dans l'air du temps au moment de la Chute de Rome mais depuis 410 après JC, le commun des mortels l'a oublié.

    Alors, quel que soit votre état d'esprit au regard de la religion, croyant, athé, néophyte rassurez vous, Jérôme Férrari se veut juste un traducteur, un passeur de messages et non un prêcheur, il va distiller à petite dose ce sermon de Saint Augustin dans cette histoire, car il va à l'essentiel en racontant l'intrigue de cette famille Corse. Il ne perd pas de temps à dépeindre ses personnages, il prend des raccourcis pour nous présenter cette famille, Marcel le grand-père, le fils Antoine et Mathieu et Aurélie les petits enfants.
    Chaque génération est marquée par la vie, les drames. Là encore peu de détails, le lecteur n'est pas tiraillé par les états d'âmes des personnages, exit la psychologie des personnages, ils vivent avec le poids des drames familiaux au fil du temps, et ils se révèlent surtout en étant en opposition les uns par rapport autres.

    La fracture entre eux est visible, ils ne se comprennent pas, vivent les uns sans les autres et c'est finalement dans l'antre d'un bistrot de pays au fin fond de la Corse, que se joue leur drame. Là où Mathieu tente de s'approprier ses origines Corses, alors qu'il y a peu vécu. Son grand-père l'accueille, lui il n'a jamais tiré un trait sur ses racines. L'origine, les racines, la famille et les liens entre ses membres est au coeur du roman, un peu comme un rempart pour éviter la chute!

    Mathieur abandonne ses études de philosophie pour reprendre un bar avec son meilleur ami Libéro, sur l'île de Beauté. Situer l'intrigue en Corse à son intérêt, un ancrage fort dans cette région ou la culture régionale est fortement marquée en terme d'identité, la manière dont l'auteur l'aborde est particulièrement agréable et j'ai fortement imaginé qu'on puisse trouver la même histoire dans une cidrerie basque, un estaminet Ch'ti, ou un bui bui en campagne ... Au début de l'aventure, les deux jeunes sont "boostés" par cet esprit d'entreprendre, l'affaire marche bien.

    Quoiqu'il en soit, dès le début la chute est annoncée, là aussi la vision semble pessimiste, mais pas désespérée et l'écrivain montre les dommages collatéreaux à travers le regard de la soeur de Mathieu, Aurélie. Cette dernière cherche elle aussi ses racines, quelque part près d'Hippone .
    L'écriture évolue au cours du livre, elle n'est pas uniforme. Férrari sait doser le rythme, la longueur, adapte le language selon les personnages, le passage ou l'on évoque la perdition de ces jeunes dénote complètement avec les premières phrases du roman, dressant un portrait de la jeunesse assez âpre et peu flatteur. La crudité s'exprime ouvertement, tout est dans le contraste.
    La chute s'annonce lentement mais surement dans la dérive des comportements, l'indifférence, l'égoisme, la jalousie, l'exclusion, cette somme de comportements individuels, qui se transmettent à travers la nuit des temps etconduisent au drame.

    Finalement, j'ai été pas mal séduite par l'écriture de Jérôme Férrari, ce roman incite à la réflexion sans prise de tête, j'ai eu le sentiment de ne pas tout intégrer de ce que je lisais, il sera plaisant de relire ce petit roman. La pensée foisonne à la lecture de ce livre, qui aborde la famille, le sens de la vie, la mort. L'approche du continent africain est très discrète, elle se fait par touches. Les connexions ne sont pas toujours évidentes entre l'histoire racontée par Férrari et les textes bibliques , qu'il cite. Cependant, il n'est pas question de philosophie pure et dure, le lecteur a son libre arbitre, et l'intrigue n'est pas ambigue et lance de nombreuses pistes à explorer, chacun y trouvera la sienne. Bref, vous avez compris j'ai aimé.
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Critiques presse (9)


  • Lhumanite , le 09 novembre 2012
    Récit âpre, méditatif et envoûtant, le Sermon sur la chute de Rome est un des vrais bons livres de cette rentrée littéraire et promet de belles heures de lecture.
    Lire la critique sur le site : Lhumanite
  • LeFigaro , le 08 novembre 2012
    Ce roman puissant, malgré son caractère ambitieux, n'est jamais ennuyeux. Car il est porté par des personnages superbement incarnés et par une écriture extrêmement travaillée.
    Lire la critique sur le site : LeFigaro
  • Lhumanite , le 29 octobre 2012
    L’écriture de Jérôme Ferrari est avare de dialogues mais riche en accents polyphoniques grâce auxquels on croit entendre s’exprimer tous les personnages. Le ton est souvent sarcastique avec des inflexions quasi voltairiennes.
    Lire la critique sur le site : Lhumanite
  • Culturebox , le 12 septembre 2012
    Mettre la philosophie au cœur de la littérature […] est une belle ambition. Dans ce monde où le sens à souvent déserté les livres, on sort de la lecture du "sermon sur la chute de Rome" éreinté mais tenaillé par l'envie de poursuivre la réflexion.
    Lire la critique sur le site : Culturebox
  • LaLibreBelgique , le 04 septembre 2012
    [Un roman] pétillant d’intelligence. […] De la vraie littérature pour un beau moment de plaisir.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
  • LesEchos , le 04 septembre 2012
    L'art de l'ellipse, la maîtrise de l'humour au coeur du désastre, font de ce roman l'un des plus accomplis de la rentrée littéraire.
    Lire la critique sur le site : LesEchos
  • LeSoir , le 03 septembre 2012
    Dans un texte peu dialogué et quasiment sans paragraphe, où on ne perd pas pied une seule fois tant les longues phrases sont bien balancées et coulent naturellement, l'écrivain scrute la noirceur du monde, met en évidence sa stupidité, démonte l'échec des plus grands rêves. Les souffrances de ses personnages empêtrés dans leurs familles en témoignent. Son écriture somptueuse fait s'imbriquer les époques.
    Lire la critique sur le site : LeSoir
  • Telerama , le 22 août 2012
    C'est un roman qui se désagrège à chaque page, et qui pourtant offre un grand sentiment de sécurité. Un livre meuble, fuyant, insaisissable, sur lequel on peut néanmoins prendre appui, pour avancer en confiance.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • Lexpress , le 10 août 2012
    Alternant une prose au lyrisme appuyé et un ton des plus crus, fourmillant de personnages, cette chronique d'une mort d'un monde annoncée pourra dérouter certains lecteurs.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 27 août 2012

    Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien. Cette hypothèse intolérable brûle l'âme d'Augustin qui pousse un soupir, gisant parmi ses frères, et il s'efforce de se tourner vers le Seigneur mais il revoit seulement l'étrange sourire mouillé de larmes que lui a jadis offert la candeur d'une jeune femme inconnue, pour porter devant lui témoignage de la fin, en même temps que des origines, car c'est un seul et même témoignage.
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  • Par nadejda, le 26 août 2012

    Epigraphe
    Tu es étonné parce que le monde touche à sa fin ? Etonne-toi plutôt de le voir parvenu à un âge si avancé. Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt. (...) Dans sa vieillesse, l'homme est donc rempli de misères, et le monde dans sa vieillesse est aussi rempli de calamités. (...) Le Christ te dit : Le monde s'en va, le monde est vieux, le monde succombe, le monde est déjà haletant de vétusté, mais ne crains rien : ta jeunesse se renouvellera comme celle de l'aigle.
    Saint Augustin, sermon 81, §8, décembre 410
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  • Par Charybde2, le 01 mai 2013

    Libero avait d'abord cru qu'on venait de l'introduire dans le cœur battant du savoir, comme un initié qui a triomphé d'épreuves incompréhensibles au commun des mortels, et il ne pouvait pas s'avancer dans le grand hall de la Sorbonne sans se sentir empli de la fierté craintive qui signale la présence des dieux. Il emmenait avec lui sa mère illettrée, ses frères cultivateurs et bergers, tous ses ancêtres prisonniers de la nuit païenne de la Barbaggia qui tressaillaient de joie au fond de leurs tombeaux. Il croyait à l'éternité des choses éternelles, à leur noblesse inaltérable, inscrite au fronton d'un ciel haut et pur. Et il cessa d'y croire. Son professeur d'éthique était un jeune normalien extraordinairement prolixe et sympathique qui traitait les textes avec une désinvolture brillante jusqu'à la nausée, assénant à ses étudiants des considérations définitives sur le mal absolu que n'aurait pas désavouées un curé de campagne, même s'il les agrémentait d'un nombre considérable de références et citations qui ne parvenaient pas à combler leur vide conceptuel ni à dissimuler leur absolue trivialité. Et toute cette débauche de moralisme était de surcroît au service d'une ambition parfaitement cynique, il était absolument manifeste que l'Université n'était pour lui qu'une étape nécessaire mais insignifiante sur un chemin qui devait le mener vers la consécration des plateaux de télévision où il avilirait publiquement, en compagnie de ses semblables, le nom de la philosophie, sous l'œil attendri de journalistes incultes et ravis, car le journalisme et le commerce tenaient maintenant lieu de pensée, Libero ne pouvait plus en douter, et il était comme un homme qui vient juste de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n'a plus cours.
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  • Par Bilonico, le 09 septembre 2012

    (...) tandis qu'un grand vent poussait les nuages vers la montagne, au dessus d'une petite chapelle consacrée à la Vierge, une chapelle toute blanche au pied de laquelle brûlaient les bougies écarlates que Sauveur et Virgile allumaient parfois pour honorer leur compagne de solitude, et les mains qui avaient bâti cette chapelle avaient été depuis longtemps balayées par le vent, mais elles avaient laissé ici les traces de leur existenc, et plus haut, le long d'une pente abrupte, on apercevait les vestides de murs écroulés, presque invisibles car ils avaient la même couleur rouge que la roche granitique d'où ils avaient surgi avant que la montagne ne les reprenne en les absorbant lentement dans son sein recouvert de pierres et de charbon, comme pour manifester non pas sa puissance, mais sa tendresse.
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  • Par caro64, le 10 décembre 2012

    Il n'a pas peur. Il sait qu'elle est là, guettant pour lui la calme arrivée de la mort, et il se laisse aller contre son oreiller. Aurélie ne lâche pas sa main. La mort arrivera peut-être avant Matthieu et Claudie, à la ferveur de leur communion intime, et quand elle sera là, elle emportera, en même temps que Marcel, le monde qui ne vit plus qu'en lui. (...) Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d'un obturateur dans la lumière d'été, la main fine d'une jeune femme fatiguée, posée sur celle de son grand-père, ou la voile carrée d'un navire qui entre dans le port d'Hippone, portant avec lui, depuis l'Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée.
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Jérôme Ferrari - Le sermon sur la chute de Rome .
Jérôme Ferrari vous présente son ouvrage "Le sermon sur la chute de Rome" aux éditions Actes Sud. Prix Goncourt 2012. http://www.mollat.com/livres/jerome-ferrari-sermon-sur-chute-rome-9782330012595.html Notes de Musique : A Filetta Bracana -1 - Jean-Claude Acquaviva - 1901








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