Tout d'abord, je survolerai l'intrigue, je me limiterai à mes impressions. J'ai été happée par les cent premières pages. le premier chapitre m'a coupé le souffle, m'a fait frissoné, certaines phrases se lisent à haute voix, tant elles sont belles et longues. La lecture est intense et pas très evidente.
Il règne dans ces lignes comme une ambiance d'apocalypse, c'est inquiétant, le roman est-il ainsi tout du long ??? le rapprochement avec la bible est facile, et ne fuyez pas car même s'il est question d'un sermon tenu en 410 par un évèque,
Saint Augustin à Hippone, le texte religieux est amené bien à propos comme un pont entre le passé et le présent, l'idée est de se dire c'était déja dans l'air du temps au moment de la Chute de Rome mais depuis 410 après JC, le commun des mortels l'a oublié.
Alors, quel que soit votre état d'esprit au regard de la religion, croyant, athé, néophyte rassurez vous,
Jérôme Férrari se veut juste un traducteur, un passeur de messages et non un prêcheur, il va distiller à petite dose ce sermon de
Saint Augustin dans cette histoire, car il va à l'essentiel en racontant l'intrigue de cette famille Corse. Il ne perd pas de temps à dépeindre ses personnages, il prend des raccourcis pour nous présenter cette famille, Marcel le grand-père, le fils Antoine et Mathieu et Aurélie les petits enfants.
Chaque génération est marquée par la vie, les drames. Là encore peu de détails, le lecteur n'est pas tiraillé par les états d'âmes des personnages, exit la psychologie des personnages, ils vivent avec le poids des drames familiaux au fil du temps, et ils se révèlent surtout en étant en opposition les uns par rapport autres.
La fracture entre eux est visible, ils ne se comprennent pas, vivent les uns sans les autres et c'est finalement dans l'antre d'un bistrot de pays au fin fond de la Corse, que se joue leur drame. Là où Mathieu tente de s'approprier ses origines Corses, alors qu'il y a peu vécu. Son grand-père l'accueille, lui il n'a jamais tiré un trait sur ses racines. L'origine, les racines, la famille et les liens entre ses membres est au coeur du roman, un peu comme un rempart pour éviter la chute!
Mathieur abandonne ses études de philosophie pour reprendre un bar avec son meilleur ami Libéro, sur l'île de Beauté. Situer l'intrigue en Corse à son intérêt, un ancrage fort dans cette région ou la culture régionale est fortement marquée en terme d'identité, la manière dont l'auteur l'aborde est particulièrement agréable et j'ai fortement imaginé qu'on puisse trouver la même histoire dans une cidrerie basque, un estaminet Ch'ti, ou un bui bui en campagne ... Au début de l'aventure, les deux jeunes sont "boostés" par cet esprit d'entreprendre, l'affaire marche bien.
Quoiqu'il en soit, dès le début la chute est annoncée, là aussi la vision semble pessimiste, mais pas désespérée et l'écrivain montre les dommages collatéreaux à travers le regard de la soeur de Mathieu, Aurélie. Cette dernière cherche elle aussi ses racines, quelque part près d'Hippone .
L'écriture évolue au cours du livre, elle n'est pas uniforme. Férrari sait doser le rythme, la longueur, adapte le language selon les personnages, le passage ou l'on évoque la perdition de ces jeunes dénote complètement avec les premières phrases du roman, dressant un portrait de la jeunesse assez âpre et peu flatteur. La crudité s'exprime ouvertement, tout est dans le contraste.
La chute s'annonce lentement mais surement dans la dérive des comportements, l'indifférence, l'égoisme, la jalousie, l'exclusion, cette somme de comportements individuels, qui se transmettent à travers la nuit des temps etconduisent au drame.
Finalement, j'ai été pas mal séduite par l'écriture de
Jérôme Férrari, ce roman incite à la réflexion sans prise de tête, j'ai eu le sentiment de ne pas tout intégrer de ce que je lisais, il sera plaisant de relire ce petit roman. La pensée foisonne à la lecture de ce livre, qui aborde la famille, le sens de la vie, la mort. L'approche du continent africain est très discrète, elle se fait par touches. Les connexions ne sont pas toujours évidentes entre l'histoire racontée par Férrari et les textes bibliques , qu'il cite. Cependant, il n'est pas question de philosophie pure et dure, le lecteur a son libre arbitre, et l'intrigue n'est pas ambigue et lance de nombreuses pistes à explorer, chacun y trouvera la sienne. Bref, vous avez compris j'ai aimé.